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> 1060 - Cartulaire de l’abbaye de Cellefrouin - Charte XV

Une charte insolite écrite en latin et en occitan

dimanche 30 juin 2024, par Pierre, 23 visites.

La charte XV du Cartulaire de l’abbaye de Cellefrouin (Charente) rédigée entre 1060 et 1108 (règne de Philippe Ier - voir la fin du texte), est assez originale car elle est écrite en latin et en occitan.
L’usage d’une langue dite "vulgaire", l’Occitan, n’est pas courante dans les documents de ce type. Elle est habituellement prohibée dans la rédaction des chartes, où le latin est roi.
Elle s’explique par la localisation de l’abbaye en Charente limousine, où l’Occitan est la langue vernaculaire.
Exceptionnellement Histoire Passion a utilisé l’Intelligenge Artificielle pour obtenir une traduction de ce texte en français. Pour les puristes, il y aurait peut-être à redire... mais le résultat m’a paru tout à fait acceptable.

Source : Cartulaire de l’Abbaye Saint-Pierre de Cellefrouin XIe & XIIe siècles. - Chanoine J.-Fl. Chevalier - 1936 - (bibliothèque personnelle)

Abbaye Saint-Pierre de Cellefrouin - Eglise Saint Nicolas

 Charte XV - Texte

Itier, viguier de la Forêt, Pierre Lambert, Jourdain de Louberie, Gauscelme de Poscheries, Adémar Bernard, donnent à l’abbaye Saint-Pierre de Cellefrouin la terre de la Forêt, mainements [1] , sols, jardins, éminées, en propre, partageables dans des conditions déterminées. (1075-1101).

Pactum fecerunt Ademarius, abbas, et canonici sancti petri cum iterio, vicario de la terra de la forest, et cum petro Lanberto et fratribus suis, et Jordano de lobersz et uxore sua, et Gauscelmo de poquerano et fratribus suis, et Ademaro bernardo et fratribus suis, cob trestoz aquels omnes qui elbois avian afaira, e trestuch aquist donaverunt sancto petro la terra de la forest e los maisnamenz els sols et ortos et las eminadas en dominio ; Et de altera terra de foris la meitat en dominio sancto petro, e l autra meitat antre totz los seniors. Et diquels fors faiz qui en la terra comunal seran faiz, la una meitat a sancto petro et ad suo preposito, e l altra meitat als altres seniors et als prebosz ; E ls maisnamenz e hen las eminadas, non aura altre prebost ni altre viger nisi sancto petro. De tota la terra, fors los maisnamenz e las eminadas, hic est prebozs sancti petri : tot ofatza aportar e la maiso sancto petro e quovidera tot los altres prebostz que o vehen deveira et chascus quenport sa part. Dels agreiratges de las bordarias misdren li seniors II denarios et que unus fussa sancto petro e lautra als prebozt aus altres seniors. Videntibus istis : Ademarius lo foresters ; Constantinus bastonus ; Geraldus bastonus.
Et si quis vero, contrarias surgens, haec præsumpserit contra dicere, in primis iram dei incurrat, et quod petierit non accipiat, sed cum Datan et Abyron et chore eos vivos terra deglutiat et cum juda scarioth maledictus et excommunicatus permaneat. Ecce testes : Mauricius ; Guillelmus, vicarius ; Guillelmus dessalaiz ; Ademarius tarel et multi alii. Regnante Philippo, rege ; Ademario, episcopo.

 Traduction par Intelligenge Artificielle

(sous toutes réserves)

La question posée au système d’IA, qu’on appelle « prompt » a été la suivante : « traduire en français le texte ci-dessous », suivi du texte original de la charte.

Pacte conclu entre Adémar, abbé, et les chanoines de Saint-Pierre d’Iterio, le vicaire de la terre de la forêt, Pierre Lanbert et ses frères, Jordan de Lobersz et son épouse, Gauscelme de Poquerano et ses frères, Adémar Bernardo et ses frères, avec tous ceux qui avaient affaire avec eux, et tous ceux qui avaient des biens en commun. Ils ont donné à Saint-Pierre la terre de la forêt ainsi que les maisons, jardins et terres cultivables en pleine propriété. De l’autre terre à l’extérieur, la moitié en pleine propriété à Saint-Pierre, et l’autre moitié entre tous les seigneurs. Pour tout ce qui sera fait à l’avenir sur la terre commune, une moitié reviendra à Saint-Pierre et à son prévôt, et l’autre moitié aux autres seigneurs et aux prêtres. Pour les maisons et les terres cultivables, il n’y aura d’autre prévôt ni d’autre responsable que Saint-Pierre. De toute la terre, à l’exception des maisons et des terres cultivables, le prévôt de Saint Pierre : tout ce qui est apporté doit aller à la maison de Saint Pierre, et chaque prévôt qui le voit doit le rapporter, et chacun doit prendre sa part. Des revenus des fermes des bordures, les seigneurs doivent donner deux deniers, dont un à Saint Pierre et l’autre aux prévôts parmi les autres seigneurs. Ces témoins sont les suivants : Adémar le forestier ; Constantin, bâtonnier ; Gérald, bâtonnier. Et si quelqu’un, se levant en opposition, ose contredire ces dispositions, qu’il encoure d’abord la colère de Dieu, et qu’il ne reçoive pas ce qu’il demande, mais que la terre l’engloutisse vivant comme Dathan et Abiron, et qu’il reste maudit et excommunié comme Judas Iscariote. Voici les témoins : Maurice ; Guillaume, vicaire ; Guillaume Dessalaiz ; Adémar Tarel et bien d’autres. Sous le règne de Philippe, roi ; Adémar, évêque.

Le système ajoute cette formule : Veuillez noter que la traduction peut varier en fonction du contexte et de la signification précise des termes utilisés dans le document original.

 Commentaires

Itier, qualifié viguier de La Forêt, est mentionné dans les chartes précédentes où on le voit donner avec autres, — tel Pierre Lambert, qui figure aussi dans la présente donation, — la terre de La Tâche. Il se joint ici à ses parsonniers, Pierre Lambert, Jourdain de Louberie, Goscelme de Poscherie et Adémar Bernard, pour céder à l’abbaye en domaine propre, in dominio, la terre de La Forêt. Ils donnent également, tous ensemble, une autre terre en dehors de La Forêt, dont la moitié appartiendra à Saint-Pierre, et l’autre moitié sera commune à tous les seigneurs. Suit un réglement détaillé du partage à faire entre l’abbé, les seigneurs et les prévôts des dites terres.

Maurice Frouin est témoin de cette donation et le sera encore d’une autre, mais le nom de son frère, Pierre, ne paraît plus désormais.
Tout le dispositif de cette charte XV du cartulaire de Cellefrouin, qui comprend dix-huit lignes de texte imprimé, est rédigé en langue vulgaire de l’époque. L’abbé Rousselot y a puisé plusieurs mots, qu’il a utilisés dans sa thèse de doctorat. Nous inspirant de ses données, nous avons tenté une traduction complète de cette charte et l’avons soumise à M. Terracher, le savant recteur de l’Académie de Bordeaux, qui a eu la bonté de venir à notre aide ; aussi le prions-nous de vouloir bien trouver ici l’expression de notre vive gratitude.

Voici cette traduction :

Accord de l’abbé, Adémar, avec Itier, avec Pierre Lambert, et avec tous ces hommes qui dans le bois avaient affaire ; tous ceux-ci donnèrent à Saint-Pierre la terre de La Forêt et les mainements et les sols et les jardins et les éminées en domaine ; et, de l’autre terre en dehors [de La Forêt], la moitié en domaine à Saint-Pierre, et l’autre moitié entre tous les seigneurs ; et de ces forfaits, qui en la terre commune seront faits, une moitié à Saint-Pierre et à son prévôt, et l’autre moitié aux autres seigneurs et aux prévôts ; et en les mainements et en les éminées n’y aura autre viguier que celui de Saint-Pierre ; de toute la terre, en dehors des mainements et des éminées, est prévôt celui de Saint-Pierre : qu’il fasse tout apporter dans la maison de Saint-Pierre, et qu’il y convie tous les autres prévôts pour qu’ils viennent partager, et que chacun en emporte sa part. Pour les agriers des borderies, mirent [imposèrent] les seigneurs deux deniers, et qu’un fut à Saint-Pierre, et l’autre aux prévôts des autres seigneurs

Un accord entre l’abbé de Cellefrouin et Guy VI de La Rochefoucauld, mentionne ces deux terres, [2]

« Nous convenons, est-il dit dans cet accord, que l’abbé et l’abbaye de Cellefrouin et leurs successeurs auront à perpétuité sans être inquiétés par le noble seigneur, Guy de La Rochefoucauld, ou ses successeurs, le territoire de La Forêt, cultivé ou inculte, moyennant le cens annuel d’un sétier de froment et d’un sétier d’avoine, mesure de Celle, versés à Celle au dit seigneur, dans l’octave de la Saint-Michel. »

La Forêt est un hameau situé au nord de Cellefrouin, sur le coteau qui sépare le Son de la Sonnette, en face du village de La Louberie ; aussi voit-on figurer parmi les donateurs un Jourdain de Louberie, et parmi les témoins les Constantin, de Beaulieu, localité voisine.

L’autre terre est ainsi désignée dans le même accord : « Nous convenons que l’abbé, l’abbaye et leurs successeurs auront et tiendront à perpétuité la partie du bois des Planes [alias de Saint-Pierre], estimée au sixième, située entre le territoire de Goutibert et le chemin par lequel on va de La Merlière vers Beaulieu, d’une part, et PAge de Saint-Pierre, d’autre part. Le pâturage sera commun aux hommes de l’abbaye et des églises de Beaulieu et de La Tâche, et même aux autres hommes du pays « patriae », comme cela a été observé de tout temps. Cependant, les seigneurs de ce bois, c’est-à- dire l’abbé, l’abbaye et le noble seigneur de Cellefrouin et leurs successeurs pourront vendre, arracher, exploiter, couper les dits bois quand ils voudront, et les essarts seront entretenus suivant la coutume du pays. »

Il existe un autre lieu dit La Forêt, situé à deux kilomètres sud de Cellefrouin ; c’est à ce lieu que s’applique le passage suivant de l’accord :
« Nous convenons aussi que l’abbé, l’abbaye et leurs successeurs, pour eux, leurs églises, maisons, et hommes demeurant en dehors de Celle, auront à perpétuité la dixième partie du grand bois ou forêt de Celle, contiguë à la forêt de Saint-Mary, et que le seigneur, Guy de La Rochefoucauld, leur assignera dans un endroit convenable, en tenant compte de la valeur de tout le bois ; mais les hommes de l’abbaye qui sont en dehors de Celle, l’abbé, l’abbaye et leurs successeurs, auront l’herbage et pacage dans les neuf autres parties de la forêt, et, pour ce, l’abbé et ses successeurs payeront annuellement, en la fête de Saint-Michel, au seigneur de Celle, un sétier d’avoine, pour leurs hommes, aussi longtemps que ceux-ci jouiront de la forêt ; cependant, le dit noble seigneur aura le droit d’exploiter, arracher, vendre sa dite forêt de Celle, nonobstant les herbages et pacages susdits. »

Explications pour faciliter la lecture des dix-huit lignes de langue vulgaire :

1ère ligne
ob = avec. (Voir, Coutumes de Charroux dans Cartulaire de Charroux, p. 220).
trestoz = tous. Tretous est encore usité dans le patois de la région.
aquels omnes = ces hommes.

2e ligne
avian = avaient ; usité encore aujourd’hui.
trestuch, comme trestoz = tous.
aquist = ceux-ci ; isti, dit l’abbé Rousselot.

5e ligne
terra de foris = terre en dehors de La Forêt.
la meitat =. la moitié ; on dit aujourd’hui la meitade.

7e ligne
diquels fors faiz — de ces forfaits.
seran = seront ; usité encore actuellement.

11e ligne
viger = viguier. Répétition de « non erit vicarius nec prepositus nisi... » (Ch. XI).

13e ligne
fatza = qu’il fasse ; subjonctif présent, faciat, (Rousselot).
quovidera = conviera.

14e ligne
vehen = viennent.
quenport = qu’emporte ; subjonctif présent, portet, (Rousselot).

16e ligne
misdren = mirent, dans le sens d’imposèrent.

17e ligne
fussa = fut ; subjonctif imparfait. (Rousselot).


[1Mainement = Domaine, propriété, Dictionnaire du Moyen Français.

[2Arch. dép. de la Charente, G 151, 1-2 ; 30 mars 1279.

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