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1220 - 1222 - La Rochelle et le roi Henri III d’Angleterre : diplomatie, coups fourrés et trahisons

D 16 mars 2010     H 23:54     A Pierre     C 0 messages A 1236 LECTURES


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8 lettres provenant des archives anglaises révèlent que les élus de la Rochelle, pris entre plusieurs fidélités contradictoires et leurs intérêts financiers, jouent un jeu un peu trouble auprès du roi Henri III d’Angleterre. Otages, trahisons, compromissions diverses, les Rochelais naviguent entre les écueils et vont où le vent les pousse. Les Bayonnais n’en reviennent pas.

Nous avons de la chance : les érudits de la SAO ont traduit en français les textes écrits en latin.

Source : Mémoires de la Société des Antiquaires de l’Ouest - T 38 - Nantes - 1874 - BNF Gallica

Le maire et les bourgeois de La Rochelle à Henri III.

Royal letters, n° 1045. Février ou mars 1220.

A leur très-excellent et très-cher seigneur Henri, par la grâce de Dieu, roi très-illustre d’Angleterre, seigneur d’Irlande, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Anjou, et à son noble conseil, ses humbles et dévoués en toutes choses, le maire et les bourgeois de la Rochelle, salut et obéissance totale à la volonté du roi.

Sur la trêve prorogée, par la grâce de Dieu, entre vous et le roi de France pour quatre ans, à partir de Pâques prochain, nous rendons à Dieu, à vous et à votre conseil des grâces infinies, vous signifiant qu’il est certain que quand monseigneur Geoffroy de Neville, sénéchal, a abandonné le pays de Poitou, Guillaume l’Archevêque de Parthenay et R. de Rançon accablaient d’énormes exactions (gravamine aggravabant graviter) vos bourgeois fidèles de Niort et Saint-Jean-d’Angély...., et ils les en accablent encore et ils ne cessent pas. Un grand nombre de nos voisins, vos hommes, nous ont aussi causé de lourds dommages, et ils, ne cessent de nous en causer. Le sénéchal lui-même ne suffisait pas mieux à remédier à ces affaires qu’aux autres..... ; et s’il était présent encore, il n’y suffirait pas davantage. C’est pourquoi nous vous supplions humblement qu’il vous plaise en envoyer un dans ce pays plus utile et plus capable ; tel en un mot qu’il puisse, avec l’aide de Dieu, venir au secours de vous et de votre couronne, de nous et de notre pays, qu’il gouverne votre domaine d’une manière qui nous fasse honneur, et qu’il puisse, à la mort des barons qui relèvent de votre terre, mettre en la main du roi, comme il est de droit, leurs terres et leurs ténements.

Le maire et les bourgeois de La Rochelle à Henri III.

Royal letters, n° 4048. Vers mai 1220 (?)

A leur très-excellent et très-cher seigneur Henri, par la grâce de Dieu, etc., et à son noble et prudent conseil, ses humbles et dévoués en toutes choses, le maire et les bourgeois de la Rochelle, salut, et aussi longtemps qu’il vivra, administration fidèle de ses affaires pour son utilité plus grande et son honneur.

Nous ne voulons pas dissimuler à Votre Excellence Royale qu’au moment où notre fidèle messager, Morellus, a pris sa route, par notre ordre, vers le pays d’Angleterre, monseigneur Hugues de Lusignan, comte de la Marche, nous a mandé par lettres que partout où il pourrait trouver des choses à nous appartenant, il s’en emparerait ; que du reste nous et nos biens, il ne nous aurait plus sous sa protection ni sa garde, bien plus, qu’il nous ferait tout le mal qu’il pourrait.

Les Templiers, qui, en cela et en toutes choses, apportent un soin assidu à sauvegarder vous et les vôtres, ont fait pour nous sur ces griefs une information contre lui.

Nous ne voulons pas oublier toutefois que monseigneur le vénérable évêque de Saintes, inspiré, grâce à Dieu, d’un bon zèle pour vous et les vôtres, conduit à bien et améliore de toutes ses forces vos intérêts, et que, dans tous nos négoces et toutes nos affaires, il nous défend, comme ses fils et selon son pouvoir, contre les insultes et les oppressions.

Mais parce que, chaque jour et sans cesse, nous sommes affligés par vos ennemis qui sont les nôtres, nous conjurons humblement et dévotement Votre Excellence Royale de se hâter de nous secourir virilement et puissamment. Car si elle avait soin de nous envoyer d’ici peu un homme assez puissant, nous sommes certains que beaucoup de barons retourneraient à leur fidélité pour elle, puisqu’ils le promettent eux-mêmes de vive voix. Et avec leur secours, l’orgueil effréné dudit homme, comme son arrogance, pourraient être abaissés , et l’autorité royale augmentée plus qu’on n’oserait l’espérer.

Gérard Brochard, Commandeur du Temple en Aquitaine, à Hubert de Burgh, Justicier.

Royal letters, n° 946. Août ou septembre 1220.
A vénérable et discrète personne Hubert de Burgh, justicier du royaume d’Angleterre, frère Gérard Brochard, humble commandeur des maisons de l’ordre du Temple en Aquitaine, salut en Notre-Seigneur.

Nous vous signifions qu’avant l’arrivée ès parties du Poitou des envoyés de mon seigneur le roi, venus pour parler au seigneur comte de la Marche, le péril de la guerre étant imminent en Poitou, tous les évêques et le plus grand nombre des barons et autres hommes probes des villes du seigneur roi, à savoir, Bordeaux, Niort, la Rochelle et Saint-Jean-d’Angély, se sont réunis à Angoulême avec Hugues de Lusignan, pour proposer audit seigneur comte, qu’avant de se déclarer la guerre, on saisît le roi d’Angleterre et ses conseillers des altercations survenues entre ledit comte et ledit seigneur roi.

Et alors, les hommes de chaque susdite ville ont décidé d’envoyer leurs lettres vers nous, pour nous supplier humblement, et au nom des deux partis, de nous rendre avec eux près de vous. Et nous, appliqués de toutes nos forces à la paix et à la tranquillité de la terre et des hommes de notre seigneur roi, nous leur avons promis de les accompagner.

Nous faisons donc savoir à votre discrétion que, si Dieu le permet, les messagers et nous, nous arriverons à Londres dans l’octave de la prochaine Saint-Michel. Quant à vous, ayez soin d’accélérer tellement les décisions du seigneur roi, qu’il consente à écouter, dans le terme et le lieu fixés aux messagers susdits, les propositions faites de part et d’autre par le comte de la Marche et ses contradicteurs. Sachez que vous y entendrez formuler les conditions par lesquelles une bonne et longue paix pourra être de nouveau rétablie entre ledit comte et ledit seigneur roi.

Nous aurons soin de vous renseigner davantage sur la succession des faits. Nous tenons de source certaine que, si notre colloque réussit, demoiselle Jehanne, sœur du seigneur roi, vous sera rendue libre et non mariée ; on nous l’aurait même remise entre les mains, si nous avions voulu prendre l’engagement que ledit roi rendrait au comte ce qu’il est censé lui devoir.

Et sur le dos, est écrit : A Hubert de Burgh, justicier d’Angleterre.

Il est déjà visible ou que cette lettre est du commencement d’août, ou qu’il y avait eu entre le comte Hugues et le roi Henri des négociations infructueuses, car on trouve dans les lettres closes, et à la date du 9 août 1220, un ordre aux Rochelais de recevoir des mains de Hugues de la Marche, Jehanne, sœur du roi Henri, et, une fois livrée, de la garder soigneusement dans leur château. Le comte de la Marche faisait courir, de son côté, le bruit qu’il la livrerait au roi de France.

Jehan Galerne, Maire de La Rochelle, à Henri III.

Royal letters, n° 1049. Avant septembre 1220.

A son très-excellent et très-cher seigneur Henri, par la grâce de Dion, roi très-illustre d’Angleterre, seigneur d’Irlande, duc de Normandie et d’Aquitaine, comte d’Anjou, et à son noble et prudent conseil, son humble et dévoué en toutes choses, Jean Galerne, maire de la Rochelle, salut et dévouement, pour augmenter, d’une bonne foi incessante et selon son pouvoir, son avantage aussi bien que son honneur.

Nous avons cru utile de faire parvenir, par lettres très-secrètes, à l’oreille de Votre Excellence que noble homme Renaud de Pons le jeune, par l’inspiration de la grâce divine, nous a parlé tout récemment en ces termes : que si vous preniez soin de lui rendre le château de Cognac (il en a parlé à cause de vous et de votre honneur aux bourgeois d’Angoulême, de Jarnac et de Cognac, et même les magnats, les barons, les chevaliers des diocèses d’Angoumois et de Saintonge y sont consentant), il s’appliquerait pour tout le reste à votre honneur et votre fidélité, et la terre susdite retournerait à votre domination. Tenez en outre pour certain que les conseils d’Angoulême, de Jarnac, de Cognac nous ont transmis le message positif que, toujours avec la même bonne foi....., et ainsi qu’avec eux et nous ledit Renaud de Pons s’en est entretenu, ils poursuivent le but de vous rester fidèles ; votre volonté et votre bon plaisir connus par lettres, ils entraîneront, d’après votre ordre, les villes susdites et toutes celles qu’ils pourront et vous les livreront un jour, s’il plaît à Dieu. Et quand vous aurez fait cela, il nous semble que vos affaires dans ces pays ne pourront qu’aller mieux. En outre nous voulons vous faire connaître que ledit Renaud de Pons nous a prêté serment et accordé qu’il poursuivrait de bonne foi l’accomplissement de ces choses ; et qu’avant d’avoir, par votre ordre, la saisine du château de Cognac, il nous livrerait comme otage envers vous son fils à la Rochelle, comme preuve de ses bons soins ultérieurs et de sa loyauté dans vos affaires et gage de sa fidélité.

Si Votre Royale Majesté se décide à agir dans ce sens, envoyez des lettres patentes au conseil de Cognac d’avoir à livrer, par votre mandement et à Renaud de Pons, le château de Cognac. De même, Hubert de Burgh, auquel, assurent-ils, ils sont liés par serment, aura à leur adresser sur le même sujet des lettres que vous leur transmettrez par notre messager. Et s’il vous plaît encore, transmettez des lettres patentes aux conseils d’Angoulême et Jarnac, de Saintes et d’Oleron, à chacun les siennes, leur donnant ordre d’avoir à revenir, eux et leurs villes, à votre obéissance, et leur promettant encore les plus grands biens.

Que vous fassiez cela ou non, hâtez-vous, comme vous l’avez promis, de nous envoyer tel de votre entourage qui nous donne un secours viril et puissant, car le comte de la Marche nous fait tout le mal qu’il peut. Si l’homme que vous nous enverrez est énergique et puissant, par l’inspiration de la grâce divine, ce que nous avons dit s’accomplira au plus vite. Ne vous étonnez pas si nous vous écrivons sans l’assentiment du conseil commun de votre ville : nous nous sommes bien gardés de révéler ceci à personne, fors à deux de nos fidèles bourgeois de la Rochelle liés par les plus forts serments. Plaise à vous également de n’en rîen dire et seulement de révéler la chose à votre conseil secret.

Le maire de la Rochelle se montre agent diplomatique, servant d’intermédiaire entre l’Angleterre et la Saintonge, au moment où le comte de la Marche se prononce ouvertement contre Henri III. Il y a là toute une négociation très-secrète,,, Trois combinaisons politiques sont en œuvre à la fois : la médiation officielle du commandeur du Temple, les pourparlers directs d’arrangement du comte avec le roi, et, comme dernière ressource en cas d’échec et de non-réussite de cette médiation, le pronunciamiento de Renaud de Pons et le soulèvement des villes saintongeoises en faveur de leur roi.

Le maire et les bourgeois de La Rochelle à Henri III.

Royal letters, n° 1050. Vers octobre 1222 (?)

A leur très-excellent et très-cher seigneur Henri, par la grâce de Dieu...., et à son noble conseil, ses humbles et dévoués en toutes choses, le maire et les bourgeois de la Rochelle, salut et obéissance totale à sa volonté.

Notre messager, votre bourgeois de la Rochelle, nous a donné à entendre qu’il vous avait été insinué que nous voulions faire la paix avec Hugues de Thouars, pour quatre-vingts livres de monnaie faible de notre pays, et que nous avions arraché ses vergers et ses vignes. Celui qui vous a raconté de telles choses ne nous a sans nul doute jamais aimés, et tenez pour certain que nous n’avons jamais arraché ses vignes et que nous lui avons promis à lui-même, avant la démolition de son château, quatre cents livres de Poitou qu’il a refusé d’accepter, et il nous a transmis aussitôt sa réponse de cette manière :

Hugo de Toarco, dominus Montis Acuti et Gasorapiae, omnibus rusticis agrestibus de Rupella, malam salutem.

Mando vobis, quod pro rege Angliae nec pro vobis nullatenus dimittam, quin caslrum meum firmarem. Et sciatis pro certo quod illud praesto sum firmiter roborare. Et si quis mihi aliquam injuriam fecerit, extra portas audebitis nullatenus exire.

Cette lettre, nous vous l’avons déjà transmise. Et nous, toujours attentifs à votre avantage et à votre honneur auxquels nous apportons tous nos soins, émus d’une grande colère en entendant si indécente réponse, nous avons accompli votre ordre et renversé de fond en comble son château.

Jean Galerne, maire et les bourgeois de La Rochelle à Henri III.

Royal letters, n° 1047. Vers octobre 1222 (?)

A leur très-excellent seigneur Henri, par la grâce de Dieu , etc., ses fidèles partout et toujours, Jehan Galerne, maire, et les bourgeois de la Rochelle, salut et dévoué service.

Nous avons jugé nécessaire d’avertir Votre Excellence que nous ne pouvons éviter, quand les barons et les grands du Poitou nous en requièrent, et sous peine d’encourir leur indignation et leur haine, de vous adresser des lettres d’intercession en leur faveur.

C’est pourquoi nous vous supplions avec humilité et dévouement de n’acquiescer jamais à nos prières quand elles vous sont adressées pour autrui, à moins qu’elles ne concernent des choses que vous et votre conseil reconnaîtrez vous être avantageuses.

Sachez aussi que monseigneur Hugues de Thouars, malgré votre défense et les sommations que nous lui avons transmises de votre part, ne cessait pas d’édifier et de construire son château près de la Rochelle. Ce pour quoi nous, par vos ordres auxquels nous sommes et, si Dieu le veut, nous serons toujours obéissants, et en outre parce que nous avons devant les yeux la destruction de la ville qui est notre patrie, nous avons renversé son château. Mais celui-ci ayant convoqué et réuni tous les hommes et toutes les bandes qu’il a pu, a marché contre nous, en personne, accompagné de tous ses amis et même de ses ennemis, et s’est mis en devoir de dévaster et d’arracher nos pressoirs et nos vignes, et tout ce que nous avions en dehors de la ville de la Rochelle.

Nous qui n’avions, pour ainsi dire, personne pour nous conseiller et nous secourir, et qui ne pouvions résister à une troupe aussi nombreuse, nous avons été forcés de nous racheter pour cinq cents marcs d’argent, et il nous en coûte d’autre part deux cents marcs et même plus. Et de cette rançon nous sommes tenus de solder la moitié à la prochaine fête de Toussaint et l’autre moitié à la Purification de la sainte Vierge.

En outre, monseigneur Guillaume Maengot ne cesse de jour en jour de prendre et de mettre à rançon les hommes.....de la Rochelle, Bien plus, il a eu tout récemment de nous cent cinquante sous.....de Savary de Mauléon ; quand il a voulu se mettre en route, il manifestait sa volonté et menaçait de prendre.....d’Angleterre et même les nôtres. Et cela nous a coûté de rançon deux cent quarante marcs d’argent.

En outre, monseigneur Geoffroy de Neville, votre camérier, a prêté au même seigneur trois mille vingt-sept livres, dont la plus grande partie nous la lui avions avancée.....sur une somme que nous avons nous-mêmes empruntée à des marchands, lesquels nous la demandent et la réclament avec instance.

Comme donc votre ville de la Rochelle , par des messages si nombreux et de si grandes dépenses, en est arrivée à une pauvreté telle que nous ne pouvons acquitter le paiement que nous sommes tenus de faire à Hugues de Thouars, nous conjurons Votre Excellence, avec toutes les supplications et les vœux possibles, d’avoir pitié de nous, d’accéder à nos demandes et de nous accorder sur ce point vos conseils et votre aide.

Nous vous prions aussi spécialement de nous accorder la ferme de la baillie de la Rochelle pour le prix auquel votre sénéchal lui-même jugera convenable de l’estimer.

Le maire et les bourgeois de La Rochelle à Henri III.

Royal letters, n° 1046. Novembre 1222.

A leur seigneur spécial et révéré Henri, par la grâce de Dieu, etc., et à son conseil, le maire et les bourgeois de la Rochelle, salut et soumission qu’ils doivent à leur maître.

Nos messagers de la Rochelle, qui s’en retournaient de votre pays, se sont rencontrés sur la route avec monseigneur Philippe d’Aubigny et vos autres messagers qui venaient de parler au roi de France, et monseigneur Philippe d’Aubigny a dit à nos messagers avoir entendu dire à la cour du roi de France que, si cedit roi le voulait, vos barons poitevins et vos villes se rangeraient sous sa juridiction.

Tenez pour très-certain, révérend seigneur, qu’il n’en a jamais été, et que, Dieu aidant, il n’en sera jamais ainsi de nous. Celui qui a dit cela à monseigneur Philippe d’Aubigny a proféré un très-grand mensonge ; car si nous eussions voulu comploter une trahison contre vous ou le noble roi votre père, nous n’eussions pas laissé, pour vous et votredit père, d’illustre mémoire, incendier et brûler nos maisons, ni arracher nos vignes ; nous n’eussions pas accepté tous les tracas que nous avons eus à supporter et que nous supportons encore aujourd’hui. Jamais, s’il plaît à Dieu, nous ne nous retirerons de votre service !

Bien plus, nous persévérerons toujours, et aussi longtemps que nous vivrons, dans notre soumission à votre égard ; nous ne nous retirerons jamais de votre service et de votre féauté : cela ne sera jamais, quoi qu’on dise ! Jamais, si Dieu le permet, nous ni nos héritiers ne subirons cette honte ! Nous vous signifions en outre que les bourgs placés en dehors de votre ville de la Rochelle sont bien faibles, et que la plus grande multitude de vos hommes de la Rochelle, en raison des guerres qui ont eu lieu les temps passés, et des désastres qu’ils subissent encore tous les jours, sont tombés de la richesse dans la pauvreté la plus grande.

Et s’il plaisait à votre sublimité d’affecter la prévôté de votre ville de la Rochelle à la clôture desdits bourgs, le peuple s’en réjouirait beaucoup, et, une fois vos trêves terminées, lesdits bourgs pourraient mieux se défendre contre les coups de main de vos ennemis.

Lettres de la commune de Bayonne au roi d’Angleterre, sur la reddition de La Rochelle au roi de France.

Rymer, tome I, p. 269. An. 8. II 3,

A Henri, par la grâce de Dieu très-illustre roi d’Angleterre, etc., le maire, les douze et tout le conseil de Bayonne, salut et complète soumission à ses volontés.

Votre Sublimité a été, il nous semble, suffisamment informée par ailleurs du complot par lequel votre ville de la Rochelle a été livrée au roi de France. On dit qu’elle pouvait cependant être défendue, si Mgr Savary de Mauléon et les bourgeois de la ville eussent voulu manifester à votre égard la fidélité et la constance qu’ils vous devaient.

Il y avait bien là quatre cents de nos concitoyens en armes qui leur apportaient, fidèlement et gratis, tout le secours qu’ils pouvaient, comme vous serez à même de vous en assurer auprès de vos vénérables hommes qui se trouvaient là présents.

Nous étions en outre dans l’intention de leur envoyer au premier jour les plus braves de notre ville, avec les vaisseaux et galères que nous faisions, que nous faisons encore préparer à grands frais. Mais les bourgeois de la Rochelle avaient placé nos concitoyens, pour garder les remparts, dans la partie la plus faible de la cité, et ceux-ci, quand les bourgeois de la Rochelle eurent introduit dans la ville, et à leur insu, les hommes du roi de France, se réfugièrent aussitôt dans leurs navires, et une partie d’entre eux est revenue vers nous, le quatrième jour avant la fête de saint Laurent.

Nous n’en avons pas moins fait réparer, construire et armer nos navires et six galères avec lesquelles nous nous proposons, avec l’assistance préalable de la faveur divine, de molester vos ennemis, de les incommoder dans tous les lieux et tous les temps possibles, et de venir fidèlement en aide, autant que nous le pourrons, à ceux qui vous sont dévoués.

Nous avons ferme espoir dans Celui qui donne en toute occurrence le succès à ceux qui se confient à lui : il aura égard à notre droit, et nous accordera encore de triompher de vos ennemis.

Quant à nous, sachez que, dans aucun changement de fortune, nous ne cesserons de manifester la constance de notre fidélité à votre égard ; et si nous sommes dans la nécessité de renoncer à quelques-unes des choses que nous avons le projet ou la volonté de faire, on pourra bien nous accuser d’impuissance, mais jamais d’infidélité.

Et comme nous avons été jadis très-accablés par les guerres constantes de l’illustre roi de Castille et de ses complices, par l’incendie de notre ville et aussi par la perte de beaucoup de vaisseaux qui, ces temps derniers, ont fait naufrage et ont été brisés, nos richesses sont considérablement diminuées, au-delà même de ce qui est croyable, tellement que nous ne pouvons subvenir par nous-mêmes aux dépenses qu’il nous faut faire pour armer et mettre en état les galères ; préparatifs et dépenses qui s’élèvent bien à mille marcs, et plus.

Cela nous amène à vous signifier ce dont nous avons été avertis, à savoir que le roi de Navarre, dont la colère est grande contre nous, a fait un traité d’alliance avec le roi de France, à cause du comte de Champagne son neveu, et qu’il se prépare, nous a-t-on dit, à nous déclarer la guerre.

Notre ville, du côté de la Navarre, est très-faible, et nous ne pouvons suffire à la clore comme il serait nécessaire ; c’est pourquoi nous vous supplions, dans l’intérêt même de votre domination, de ne pas différer, s’il vous plaît, à nous transmettre vos secours pécuniaires, pour que nous puissions fortifier votre ville, nous y enfermer et vous la conserver fidèlement, pour que nous arrivions en outre à mener nos affaires à bonne fin, comme nous nous le proposons et comme nous l’espérons.

Que votre Altesse soit en paix devant Dieu.

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