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1242 - La bataille de Taillebourg racontée par Jean de Joinville, chroniqueur

D 24 septembre 2009     H 16:01     A Pierre     C 0 messages A 1688 LECTURES


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« un chastel que on appelle Taillebourc, qui siet sus une male riviere que l’on appelle Carente, là où on ne puet passer que à un pont de pierre mout estroit ». La bataille de Taillebourg épisode-phare des guerres franco-anglaises du XIIIème siècle, et ses circonstances politiques, racontées par un des meilleurs chroniqueurs de l’époque.

Source : Histoire de Saint Louis par Jean de Joinville. suivie du Credo et de la lettre à Louis X... / publ. pour la Société de l’histoire de France par M. Natalis de Wailly. - Paris 1868 - BNF Gallica.

En savoir plus sur Jean de Joinville (Wikipédia)

Plaque commémorative de la bataille de Taillebourg posée en 1892
Photo : P. Collenot

XXII. Apres celle feste mena li roys le conte de Poytiers a Poitiers, pour repenre ses fiez [1]. Et quant li roys vint à Poytiers, il vousist bien estre arières à Paris ; car il trouva que li cuens de la Marche [2], qui ot mangié à sa table le jour de la saint-Jehan, ot assemblei tant de gent à armes à Lusignan delez Poitiers comme il pot avoir. A Poitiers fu li roys pres de quinzeinne, que onques ne s’osa partir tant que il fu acordez au conte de la Marche, ne je ne sai comment. Plusours foiz, vi venir le conte de la Marche parler au roy a Poitiers de Lusignan, et touz jours amenoit avec li la royne d’Angleterre sa femme ; qui estoit mère au roy d’Angleterre [3]. Et disoient mout de gens que li roys et Ii cuens de Poitiers avoient fait mauvaise paiz au conte de la Marche.

Apres ce que li roys fu revenus de Poitlers, ne tarja pas grantment apres ce que li roys d’Angleterre vint en Gascoingne pour guerroier le roy de France. Nostre sainz roys, a quanque il pot avoir de gent, chevaucha pour combatre à li. La vint li roys d’Angleterre et li cuens de la Marche, pour combatre devant un chastel que on appelle Taillebourc, qui siet sus une male riviere que l’on appelle Carente, là où on ne puet passer que à un pont de pierre mout estroit. Si tost comme li roys vint à Taillebourc, et li host virent li uns l’autre, nostre gent qui avoient le chastel devers aus, se esforcièrent a grant meschief, et passèrent perillousement par neis et par pons, et coururent sur les Anglois, et conmenca li poingnayz forz et grans. Quand li roys vit ce, il se mist ou peril avec les autres ; car pour un home que li roys avoit quant il fu passez devers les Anglois, li Anglois en avoient bien vingt8. Toutevoiz avint-il, si comme Diex vout, que quant li Anglois virent le roy passer, il se desconfirent et mistrent dedens la citei de Saintes, et plusour de nos gens entrèrent en la citei mellei avec auss et furent pris.

Cil de nostre gent qui furent pris a Saintes, recordèrent que il oirent un grant descort naistre entre le roy d’Angleterre et le conte de la Marche ; et disoit li roys que li cuens de la Marche l’avoit envoié querre, car il disoit que il trouveroit grant aide en France. Celi soir meismes, li roys d’Angleterre mut de Saintes et s’en ala en Gascoingne.

XXIII. Li cuens de la Marche, comme cil qui ne le pot amender, s’en vint en la prison le roy, et li amena en sa prison sa femme et ses enfans : dont li roys ot, par la paiz fesant, grant coup de la terre le conte ; mais je ne sai pas combien, car je ne fu pas à celi fait, car je n’avoie onques lors hauberc vestu [4] ; mais j’oy dire que, avec la terre que li roys emporta, li quita li cuens de la Marche dix mille livres [5] de parisis que il avoit en ses cofres, et chascun an autant.

Quant nous fumes a Poitiers, je vi un chevalier qui avoit non monsignour Gieffroy de Rancon, qui pour un grant outraige que li cuens de la Marche li avoit fait, si comme l’on disoit, avoit jurei sur sains que il ne seroit jamais roingniez en guise de chevalier, mais porteroit greve, aussi comme les femmes fesoient, jusques a tant que il se verroit vengiez dou conte de la Marche, ou par lui ou par autrui. Et quant messires Geflroys vit le conte de la Marche, sa femme et ses enfans, agenoilliez devant le roy, qui li crioient merci, il fist aporter un tretel et fist oster sa grève, et se fist roingnier tout a coup6 en la presence dou roy, dou conte de la Marche et de ceus qui là estoient. Et en cel ost contre le roy d’Angleterre et contre les barons, li roys donna de grans dons, si comme je l’oy dire ceus qui en vindrent.

Ne pour dons, ne pour despens que l’on feist en cel host, ne autres de ça mer ne de là, li roys ne requist ne ne prist onques aide des siens barons, n’à ses chevaliers, n’à ses homes, ne à ses bones villes, dont on se plainsist. Et ce n’estoit pas de merveille ; car ce fesoit-il par le consoil de la bone mère qui estoit avec li, de cui consoil il ouvroit, et des preudhomes qui li estoient demourei dou tens son père et dou temps son ayoul.


[1C’est-à-dire pour recevoir l’hommage de ses vassaux, qui avouaient tenir de lui leurs fiefs.

[2Hugues X, dit Ie Brun.

[3Isabelle d’Angoulême, veuve de Jean sans Terre et mère de Henri III. Elle s’était remariée en 1217 avec Hugues X.

[4Le haubert était la cotte d’armes réservée aux chevaliers. On peut conclure de ce passage qu’en 1242 Joinville n’avait pas vingt et un ans, qui était l’âge ou l’on pouvait être armé chevalier.

[5Cette rente était alors réduite a 5000 livres tournois, ou 101 319 francs [NDLR. Francs de 1868

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