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1242 - La bataille de Taillebourg, racontée par les chroniqueurs français vers 1670

D 31 mars 2008     H 00:31     A Pierre     C 0 messages A 2186 LECTURES


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Une version française de la célèbre bataille, composée à partir de plusieurs chroniques. Une ’compil’, en quelque sorte, écrite vers 1670, avec une carte des lieux cités.

Source : Vie de Saint Louis, roi de France, par Le Nain de Tillemont, publiée pour la société de l’Histoire de France d’après le manuscrit inédit de la Bibliothèque Royale et accompagnée de notes et d’éclaircissements par J. de Gaulle - Paris - 1847

Voir aussi : 1242 - Henri III d’Angleterre à Taillebourg : sa version de la bataille contre Saint Louis
Le Nain de Tillemont est un historien français né en 1637 et mort en 1698.

Ancien élève des Petites écoles de Port-Royal, il se montre dans la méthode historique un disciple de Dom Mabillon.

Sa méthode est basée sur une utilisation de matériaux historiques fiables, validés par un examen scrupuleux et un début de critique historique. Il écrit dans un style simple, débarassé des fioritures littéraires, et donne beaucoup de détails. Il n’écrit pas pour le grand public mais pour des érudits, et base sa légitimité sur l’expérience, qui lui permettrait de séparer les vraies informations des fausses.

Source : Wikipédia

CLXIV. Saint Louis prend Frontenay. — Henry luy déclare la guerre.

 [1]Saint Louis, continuant ses victoires, fut mettre le siège devant Frontenay ; [2]car Nangis et Matthieu Paris disent qu’il prit dans cette guerre Frontenay et Fontenay. [3]Vincent de Beauvais a aussi distingué ces deux places, quoique moins clairement ; et il est certain que Fontenay estoit pris avant que Henri eust déclaré la guerre, [4]et qu’il la déclara durant le siège de Frontenay. [5]Ceux qui ne parlent que de Frontenay, l’appellent Fontenay. [6] Ainsi l’on peut juger que ce Frontenay, qui fut rasé par saint Louis, est ce qu’on appelle Fontenay-l’Abattu, au haut de la Saintonge, et j’ay veu des cartes où il est appelé Frontenay.

 [7]Cette place estoit alors très-bien fortifiée, et il y avoit dedans une forte garnison de gens de cœur et entièrement assurez au comte de la Marche. Il y avoit même un fils de ce comte, extrêmement brave. Nos historiens le font bastard ; Matthieu Paris le dit fils d’une première femme. Les assiégez se défendirent très-bien ; mais saint Louis, qui vouloit l’emporter pour donner de la terreur aux autres, l’attaquoit avec une ardeur et des efforts qu’il estoit impossible de soutenir. [8]La blessure d’Alphonse, qui y receut un coup de pierre dans le pied, ne fit qu’animer encore le courage de saint Louis et des François, et les largesses que saint Louis faisoit aux soldats n’y contribuoient pas peu. De sorte qu’au bout de quinze jours cette place si forte fut emportée, contre l’opinion de tous les Poitevins qui y fondoient toutes leurs espérances ; et le fils du comte de la Marche, avec plus de quarante chevaliers et tout le reste de la garnison, fut amené prisonnier devant le roy. Beaucoup de François, dans l’insolence de ce triomphe, vouloient qu’on les fist tous pendre pour intimider, disoient-ils, les autres. Mais le roy même fut leur avocat, ne jugeant pas qu’un fils eust mérité la mort pour avoir obéi à son père, ni des vassaux pour avoir obéi à leur seigneur. Il les envoya néanmoins prisonniers à Paris et en d’autres endroits, et fit entièrement démolir la place jusqu’à la dernière pierre.

Ce fut durant ce siège que Henri, ne pouvant obliger saint Louis à rompre la trêve, la rompit le premier et luy déclara la guerre, à cause de celle qu’il faisoit au comte de la Marche, son beau-père, qui n’estoit vassal que de la France. Henri, qui ne s’estoit point engagé par la trêve à le défendre, n’avoit aucun droit de rompre sur cela. Ce que dit à cet égard Matthieu Paris est important. On y voit saint Louis justifié, et Henri condamné par un Anglois. Matthieu de Westminster fait la même chose, quoy qu’en moins de paroles. Il ne faut pas douter que Matthieu Paris n’ait tourné les paroles de saint Louis comme il a voulu, car je doute fort que saint Louis s’arrestast beaucoup à la paix de Londres que Henri violoit tous les jours ; et certainement son père ne luy en avoit point parlé ni à Avignon, ni à Montpensier. Il semble, selon cet auteur, que saint Louis, en offrant de rendre la Normandie, vouloit néanmoins en garder les places fortes.

Apres cette déclaration de guerre, qu’on peut mettre sur la fin de juin, saint Louis déploya l’oriflamme dont M. du Cange a fait sa dix-huitième dissertation ; et reprenant un nouveau courage, il attaqua le comte de la Marche avec plus d’ardeur qu’auparavant. Ce fut par ce moyen qu’en peu de jours il emporta Frontenay, dont la prise donna une telle épouvante dans tout le pays et jusque dans la Gascogne, que la plupart des gouverneurs des places du comte de la Marche luy vinrent apporter les clefs. Il démolit les plus faibles et mit garnison dans les autres.

Nangis et Guiart marquent en particulier que le roy prit Villiers-Coustures en Poitou, Prahec, entre Niort et Mesle, Saint-Gelais, Tonnay-sur-Boutonne, Matas [Matha], Thoré [Thors], Aucerre ou Saint-Asserre [probablement Le Seure], ces quatre dernières en Saintonge, en deçà de la Charente. Ainsi il s’approchoit de Taillebourg, ville située sur la Charente, qui appartenoit à Geoffroy de Rancon, vassal du comte de la Marche.

CLXV. Saint Louis gagne le pont de Taillebourg.

Leroy d’Angleterre, de son costé, s’estoit avancé de Royan à Pons, à quatre ou cinq lieues de Saintes, au sud-est, où Renaud, seigneur du lieu sous le comte de la Marche, et d’autres seigneurs de Saintonge, le vinrent recevoir. Il fut ensuite quelque temps à Saintes, qui appartenoit au même comte. Il campa depuis avec toute son armée dans les prairies de Tonnay-Charente, ou il fit chevaliers deux fils du comte de la Marche, qui estoient ses frères de mère, et leur assigna de grandes pensions. Le comte avoit, au mois d’aoust, trois enfans chevaliers : Hugues le Brun, Gui et Geoffroy. C’estoient ces deux derniers que Henri fit chevaliers.

Henri revint de là camper dans les prairies de Taillebourg : Il avoit avec luy, entre autres seigneurs, le comte Richard, son frère, le comte de la Marche, qu’il appeloit son père, Simon de Montfort, comte de Leicester, son beau-frère, les comtes de Salisbéry, de Norfolk et de Glocester, et seize cents chevaliers ; mais on ne luy donne que six cents arbalestriers et vingt mille hommes de pied..

On ne dit point combien saint Louis avoit de troupes, mais on convient qu’il en avoit plus que les Anglois. On prétend qu’il y avoit deux cent mille hommes de part et d’autre dans la bataille de Saintes.

Saint Louis avoit avec luy ses deux frères, le comte d’Artois et le comte de Poitiers, et Alphonse de Portugal, comte de Boulogne, Robert Mallet, seigneur de Normandie, Richard, vicomte de Beaumont, le vicomte de Chastelleraud, le comte de Bretagne, c’est-à-dire Pierre de Dreux qui en avoit esté comte, car c’est celuy qu’on accusoit de trahison.

Saint Louis, après la prise d’Aucerre (ou Saint-Asserre), voulut faire faire des ponts sur un marais pour s’approcher de Henri ; mais y ayant trouvé trop de difficulté et de danger, il tourna vers Taillebourg et y arriva le samedi 19 de juillet ; il y avoit déjà six jours que les Anglois estoient auprès de la même ville, de l’autre costé de la Charente, sur. laquelle Taillebourg est situé, du costé de deça. Ainsi les deux armées se trouvèrent l’une auprès de l’autre, séparées seulement par la Charente, qui est une rivière profonde et dangereuse et non guéable. Il y avoit un pont fort bon, mais fort étroit, gardé par quelques Anglois, et un chasteau de l’autre costé de l’eau, que les Anglois tenoient aussi.

La ville de Taillebourg estoit d’elle-même fort considérable, et néanmoins dès que saint Louis en approcha, les bourgeois n’ayant ni la volonté, ni le pouvoir de se défendre, se rendirent aussitost à luy. Il y coucha cette nuit même avec les principaux de son armée, et le reste dressa ses tentes dans la prairie, dans le dessein de passer le pont le lendemain.

Les Anglois se préparèrent toute la nuit à combattre et à empescher le passage du pont aux François ; mais ils reconnurent trop tard que leur armée n’estoit pas assez puissante pour cela.

Le lendemain au matin, les deux armées, commandées chacune par leur roy, se trouvèrent en présence l’une de l’autre, et l’oriflamme fut arborée dans le camp des François pour estre veue des ennemis. L’histoire angloise n’exprime point ce qui se passa en cette rencontre, et dit seulement que son roy estoit visiblement en danger d’estre pris, si Richard ne fust venu demander un jour de trêve pour luy donner le temps de se retirer ; mais la nostre nous apprend que dès que les François eurent aperçu les ennemis, c’est-à-dire le dimanche dès qu’il fit jour, ils passèrent partie sur le pont, partie en bateau, et saint Louis même avec les autres, pour aller attaquer les ennemis.
On marque qu’il y a des médailles de saint Louis avec cette inscription : Cœsis, fugatis, victis ad Taliaburgum Anglis. Je douterais fort de la vérité de ces médailles.

Guiart, qui remarque que les François qui forcèrent le passage du pont n’estoient qu’environ cinq cents sergens, mesle dans ce combat et Henri et tout ce qu’il avoit de plus considérable. Mais Vincent de Beauvais, suivi par Nangis, nous assure que quoique Henri parust bien préparé à combattre, et à soutenir ceux qui disputaient le passage aux François, méanmoins, comme s’il eust eu peur d’attaquer son roy, il s’éloigna de deux traits d’arbaleste et plus a delà de la rivière.

Nangis ne parle point de ce premier combat, mais dit seulement que saint Louis, voyant les Anglois se retirer, fit promptement passer le pont à cinq cents sergens et à quelques arbalestriers, suivis de beaucoup d’infanterie, pour les poursuivre.

Ce fut alors que Richard, ne voyant aucun moyen d’échapper si les François continuoient à le poursuivre, quitta ses armes, et n’ayant qu’un baston à la main, s’avança vers les François pour parler de trêve, et demanda le comte d’Artois. Il est marqué qu’il passa le pont, et saint Louis pouvoit estre retourné à Taillebourg après avoir chassé les Anglois du pont. Il est certain au moins que le corps de l’armée ne passa le pont que la nuit suivante. Le comte d’Artois, averti que Richard le demandoit, fut trouver saint Louis. Ainsi, Richard fut mené au roy même, qui lui accorda trêve jusqu’au lendemain pour délibérer de ce qu’ils avoient à faire. Il trouva à son retour que quelques Anglois, sans sçavoir ce qu’on luy avoit répondu, avoient déjà commencé à se retirer à Saintes. Il avertit son frère qu’il n’y avoit point d’autre parti à prendre pour se sauver. Ainsi, dès que le soir fut venu, et le roy et toute l’armée prirent en diligence le chemin de Saintes, dont ils n’estoient qu’à deux lieues, avec beaucoup de bonheur et de prudence, mais peu d’honneur. Saint Louis, sur cette nouvelle qu’il eut peine à croire d’abord, fît passer le pont à toute son armée dès la nuit même et le lendemain, et campa ce jour-là, qui estoit le lundi, au lieu où Henri avoit campé la veille.

CLXVI Les Anglois sont entièrement défaits à Saintes.

Le lendemain, qui estoit le mardi 22 juillet, jour de la Madeleine, saint Louis marcha avec son armée pour poursuivre les Anglois, et envoya ses fourriers ou fourrageurs, forratores, courir jusqu’à Saintes pour avoir des vivres et piller. Ils pillèrent, saccagèrent, brûlèrent et prirent ce qu’ils trouvèrent de bestail. Le comte de la Marche, averti de cela, y accourut avec ses trois fils et quelques soldats gascons, anglois et écossois, sans se donner le loisir d’avertir ni le roy, ni le reste de l’armée ; et on disoit qu’il estait résolu ou de réparer son honneur en cette occasion, ou d’y mourir.

La nouvelle du combat, portée aussitost dans Saintes, en fit sortir Henri avec tout ce qu’il avoit de troupes. Les fourrageurs se défendirent vaillamment ; mais les ennemis estoient trente contre un, et ce fut apparemment en ce premier choc que trois cents hommes de la ville de Tournay furent entièrement défaits. Se voyant donc fort pressez, ils envoyèrent demander secours à Alphonse, comte de Boulogne. Il y vint en diligence, et en même temps fit avertir saint Louis, qui ne manqua pas d’y accourir suivi du reste de ses troupes. Ainsi les deux armées entières, qui, à ce qu’on prétend, faisoient plus de deux cent mille hommes, avec chacune leur roy à la teste, combattirent ce jour-là à la porte de Saintes, au milieu des vignes et parmi des chemins estroits. Chacun se reconnoissoit par le cri de son roy, les François criant Monjoie, et les Anglois Réalistes (les royaux).

Le combat fut rude. Les Anglois y firent paroistre tout ce qu’ils avoient de courage ; mais les François ayant l’avantage du nombre, et indignez de ce que les Anglois avoient eu la hardiesse de les attaquer les premiers, firent de si grands efforts, que les Anglois furent obligés de plier ; Henri se sauva à Saintes, et sa fuite faisant perdre ce qui restoit de cœur à ses gens, ils se débandèrent entièrement, avec cette consolation que, si le nombre eust esté pareil, ils eussent remporté hautement la victoire, dit leur historien, par l’aveu même que les François en firent.

Saint Louis voyant les siens poursuivre trop vivement les ennemis, il les rappela de peur qu’ils ne s’engageassent dans quelque péril. Les François en tuèrent un grand nombre, et dans le combat, et dans la fuite. Ils prirent vingt-deux chevaliers avec trois bénéficiers (clerici) fort riches, et cent vingt sergents. Ils furent présentés à saint Louis qui les fit conduire en divers chasteaux de son royaume. Une Vie nouvelle de saint Louis dit qu’il y eut plus de deux mille gentilshommes de pris, ce qui est apparemment une faute de copiste, quoique Gaguin compte aussi quelque deux mille Anglois prisonniers. Mouskes dit que saint Louis eut plus de soixante chevaliers anglois. Il y eut aussi quelques François pris par les Anglois, estant entrez en les poursuivant jusque dans Saintes. On nomme particulièrement Jean des Barres.

On ne remarque aucun événement particulier dans cette bataille, sinon que le vicomte de Chastelleraud ayant des armes fort semblables à celles du comte Richard, quelques Anglois qui se ramassèrent auprès de luy, furent reconnus et faits prisonniers. II semble que Simon de Montfort, du costé des Anglois, et Thibaud Chabot, du costé des François, se soient signalés sur tous les autres en cette journée.

Nangis dit que saint Louis ne passa la Charente que le 22, et que la bataille se donna aussitost. Mous avons suivi Matthieu Paris, qui est d’ordinaire plus exact, et qui le paroist estre en cet endroit même. On convient que la bataille se donna le 22. Pour la description que Knigton fait de ce qui se passa tant au pont que devant Saintes, il n’y a rien de plus faux.

Cette victoire fut d’une extrême conséquence pour saint Louis ; car si Henri eust eu le moindre avantage, ou s’il eust pu seulement tirer la guerre en longueur, et que le roy d’Arragon et le comte de Toulouse eussent eu le loisir de le venir joindre, sans parler de l’empereur et des rois de Navarre et de Castille, on peut dire que la France eust esté dans un extrême danger. Mais Henri estant vaincu, tous les autres ne songèrent qu’à se soumettre.

On ne marque point ce que fit saint Louis aussitost après sa victoire. Il fut peut-estre prendre diverses places du comte de la Marche au delà de la Charente.

CLXVII. - Henri fuit. — Le comte de la Marche se rend.

Pour Henri, après avoir passé quelques jours à Saintes, il fut à Pons, d’où il revint à Saintes, ou jusqu’auprès de la ville, le lundi 28 de juillet, dans le dessein de s’y reposer quelques jours comme en un lieu d’assurance. Mais il receut alors un avis secret d’un gentilhomme françois, délivré en Orient par Richard, et qui sçavoit les desseins de saint Louis, que l’on avoit résolu dans le conseil de France de l’assiéger dans Saintes et de le faire prisonnier ; que le comte de la Marche traitoit son accord, et qu’il ne devoit pas attendre autre chose de tout le Poitou. A peine renvoyé de ce gentilhomme avoit-il achevé, qu’il en vint un autre luy dire de la part de Hugues le Brun et Geoffroy, fils du comte de la Marche, que si les Anglois couchoient cette nuit-là dans la ville, ils y seraient tous pris ou au moins assiégez ; que les habitans avoient fait leur paix avec saint Louis et luy avoient découvert tous leurs secrets. Il estoit près de disner lorsqu’il receut ces deux avis ; et aussitost, sans se donner, ni à luy ni à ses gens, le loisir de manger un morceau, et sans songer qui le suivrait, il monte à cheval en commandant qu’on mette le feu dans la ville, et picque à route bride pour se sauver à Blaye sur la Garonne, à vingt lieues de là (les cartes n’en comptent que quatorze). Toute son armée l’y suivit avec un désordre et une désolation estrange. Henri perdit sa chapelle et beaucoup d’autres richesses dans cette fuite honteuse. Il fut près de deux jours et deux nuits sans dormir et sans manger ; et quand il se fut reposé quelques jours à Blaye, ne trouvant pas encore ce lieu assez seur pour luy, il se retira à Bordeaux. Geoffroy de Rancon le fit déloger et gagna sa tente à la déroute. Nos historiens, moins anciens et moins exacts, disent simplement qu’il s’enfuit de Saintes durant la nuit avec le comte de la Marche, et quelques-uns disent que ce fut la nuit même d’après la bataille, en faisant semblant d’aller attaquer les François. Ceux de Saintes, abandonnez ou délivrez de Henri, se rendirent dès le matin à saint Louis et le receurent avec respect. On prétend qu’ils n’aimoient pas Henri parce que, peu de jours auparavant, il avoit donné la ville à Hugues, fils du comte de la Marche, dont ils haissoient la fierté et l’insolence. Le roy y mit garnison.

Il estoit le même jour, qui estoit le mardi 29 juillet , au village de Colombière, à une lieue de Pons, et ainsi peut-estre à trois ou quatre de Saintes. Ce fut là que Renaud, sire de Pons, ayant fait sa paix, avec beaucoup de peine, par ses amis, le vint trouver ; et il y fit hommage à Alphonse, comte de Poitiers, en présence des barons du roy, exprimant que c’estoit du consentement du comte et de la comtesse de la Marche. Et le roy mit garnison dans Pons et dans les chasteaux voisins.

Le même jour encore, Hugues, fils aisné du comte de la Marche, vint traiter avec le roy pour son père. Henri avoit témoigné, dès que saint Louis arriva à Taillebourg, estre mécontent du comte. On prétendoit aussi qu’ils avoient eu une grande, dispute à Saintes la nuit d’après la perte de la bataille. De sorte qu’il ne faut pas s’estonner si le comte, qui voyoit d’autre part toutes ses places prises par les François, se résolut enfin à s’humilier sous son prince légitime.

Il avoit commencé à traiter dès devant que Henri s’enfuist de Saintes, par le moyen du comte Pierre de Bretagne et de l’évesque de Saintes. II faut voir ce que Matthieu Paris dit de cette négociation, où il veut faire croire que le comte de Bretagne ne se mettoit guère en peine des intérests de celuy dont il estoit entremetteur. Les conditions qu’il obtint par Pierre sont plus rudes que celles auxquelles saint Louis s’obligea lorsqu’il le vint trouver ; et peut estre qu’en se soumettant au roy il obtint cette modification. Le jeune Hugues estant donc venu trouver le roy pour faire et conclure le traité, il céda absolument au roy pour le comte de Poitiers tout ce que le roy avoit conquis sur son père, et accorda que le comte mettrait entre les mains du roy trois de ses plus forts chasteaux, sçavoir : Merpin en Angoumois, près Cognac, à l’embouchure du Nay et de la Charente, [Crosant ou Crozant] et Chastel-Achard, à quatre lieues de Poitiers, au midi et à deux de Vivonne, pour y tenir garnison aux dépens du comte ; que pour tout le reste de ses terres il se soumettrait à la volonté du roy ; qu’il viendrait le lendemain accomplir ces conditions , et que cependant le fils demeurerait en ostage.

Le comte, quelque peine qu’il eust à accepter des conditions si rudes, ne voyant pas néanmoins de meilleur parti, vint le lendemain se jeter, en pleurant, aux pieds du roy, avec la reine d’Angleterre, sa femme et ses trois aisnez, et obtint sa grâce de saint Louis, quoiqu’il ne la méritast pas. Il faut voir sa réception dans Nangis. Il renonça donc en faveur du roy et du comte de Poitiers, en présence d’un grand nombre d’évesques et de barons, à toutes les places que le roy avoit conquises sur luy, et encore aux hommages que luy devoient le comte d’Eu, Renaud de Pons, Geoffroy de Rancon et Geoffroy de Lusignan. Il renonça encore au grand fief de l’Aunis, à la condition que le roy ne pourrait traiter sans son consentement avec l’Angleterre, et généralement à tout ce que Louis VIII, saint Louis et Alphonse luy avoient accordé par les traitez précédens. Il se soumit en même temps absolument à la volonté du roy pour tous ses autres biens. Le roy l’en remit en possession avec promesse de ne le point soumettre malgré luy au roy d’Angleterre ni au comte Richard. Ainsi il fit hommage à Alphonse pour la terre de Lusignan et le comté de la Marche, et à saint Louis, pour le comté d’Angoulesme, pour les seigneuries de Cognac, Jarnac, Merpin et Villebois en Angoumois, et pour celle d’Aubeterre en Saintonge. Il quitta en même temps le roy d’une pension de cinq mille livres tournois qu’il luy donnoit tous les ans, les luy ayant promis, en 1227, par le traité de Vendosme pour le dédommager du douaire que sa femme perdoit en Angleterre (voy. t. Ier, p. 459). On écrit que cette pension qu’il luy quitta estoit de dix mille livres, et elle l’estoit dans son origine ; mais il y en avoit la moitié qui ne devoit estre payée que durant dix ans. Les actes de ce traité, faits au nom du roy et d’Alphonse, sont datez du mois d’aoust, du camp dans la prairie d’auprès de Pons, au delà de la ville. Saint Louis coucha en ce lieu le premier d’aoust, après avoir receu les soumissions du comte de la Marche. La copie imprimée dans du Cange, qui est au nom de Hugues et d’Isabelle, sa femme, porte in castris Geria, mais la copie manuscrite porte, comme dans les autres, in praeria.

Le 3 du même mois, Hugues et Isabelle remirent entre les mains du roy les trois chasteaux de Merpin, de Chastel-Achard et de Crozant, pour tenir les deux premiers durant quatre ans, et l’autre durant huit, aux dépens du comte Raoul, évesque d’Angoulesme, et quelques autres, donnèrent acte de ce traité.

Alphonse, dans un acte fait le même mois au camp près de Pleineselve, abbaye de Prémonstré au diocèse de Bordeaux, promit de recevoir les enfans de Hugues au même hommage que leur père, quand il les auroit partagez. Hugues les partagea cette année même, donnant à Hugues, l’aisné, la Marche, Angoulesme et Lusignan ; Cognac, etc., à Gui ; Jarnac, etc., à Geoffroy ; Rançon, etc., à Guillaume, et Couhé à Aimar, avec quelques rentes aux filles qui estoient quatre.

Saint Louis envoya promptement le comte de la Marche et Pierre, comte de Bretagne, faire la guerre au comte de Toulouse, qu’il empescha par ce moyen de se venir joindre aux Anglois. Il ferma de même tellement tous les passages, que ni le roy d’Arragon, ni aucun autre allié des Anglois, ne leur put donner aucun secours.


Voir en ligne : Taillebourg, une bataille incertaine, par Jean Chapelot (CNRS)


[1Duchesne, p. 337, b.

[2Ibid. ; Matth. Par., p. 588, c, e.

[3Vinc. Bellov., p. 1883, 1

[4Matth. Par., p. 587, 588

[5Guiart, p. 136 ; Ms. F, p. 167

[6Duchesne, p. 337,

[7Duchesne, p. 337, h, c ; Guiart, p. 136, 2 ; Matth. Par., p. 587,a ; Vinc. Bellov., p. 1283, 2.

[8Vînc.Bellov., p. 1283, 2 ; Ducheane, p. 339, c ; Guiart, p. 136, c ; Ms. F, p. 894.

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