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1242 - Louis IX (Saint-Louis) marche en Saintonge vers la bataille de Taillebourg

D 30 mai 2010     H 00:16     A Pierre     C 4 messages A 1430 LECTURES


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La reconquête de la Saintonge sur les Anglais par le roi Louis IX a inspiré de nombreux chroniqueurs, et chacun d’eux nous donne une version différente de cette épopée.
Le moine de Saint Denis, anonyme, est l’un d’entre eux. Sa version apporte quelques précisions sur les combats qui précèdent la bataille de Taillebourg.

Source : Chroniques de Saint Denis - Les grandes chroniques de France - Paulin - 1836 - Google Books

Voir : Les chroniqueurs de la bataille de Taillebourg

Coment le roy prist pluseurs chasteaux.

Le roy de France vit que son ost estoit grant et bel et que gens luy venoient de toute part en aide ; si s’en ala à un chastel que on appelle Fontenay [1], enclos de deux eaues(l), et si estoit avironné de deux paires de murs et de hautes tours deffensables et bien garnies. Il fist avironner et assaillir le dit chastel forment ; mais ceux qui dedens estoient se deffendirent vaillamment, et furent de si grant prouesce que les François ne leur porent faire mal né de riens empirier. Quant le roy vit la force du chastel et la prouesce d’eux, si fist drécier une tour si haute de fust que ceux qui dedens estoient povoient véoir la contenance et la manière des gens du chastel ; et puis commencièrent à lancier et à traire à eux, si qu’il en occistrent assez.

Quant ceux du chastel virent que ceux de la tour les grevoient si forment, si se tindrent loing et jectèrent feu gréjois, si que ceux qui dedens estoient s’en fouirent pour le péril où il estoient, car toute la tour estoit embrasée ; et commencièrent François à reculer. En ce butin et assaut avint que un arbalestrier à tour trait un quarrel et féry le conte de Poitiers au pié et le navra forment. Quant le roy vit le coup , si fu moult forment courroucié et fist tantost l’assaut recommencier plus fort que devant.

Lors alèrent à l’assaut chevaliers et sergens, et assaillirent de toutes pars , et boutèrent le feu en la porte ; et les autres montèrent sur les murs à eschieles , et les autres y montèrent à cordes ; si ne porent plus ceux du chastel endurer, et fu le chastel pris et ceux qui dedens estoient. Le fils au conte de la Marche fu pris, qui estoit bastart, et quarante et un chevaliers et quatre-vingt sergens, et pluseurs autres dont il y avoit assez. Grant partie des prisonniers envoia le roy à Paris et les autres en prisons diverses parmi son royaume, et fist abatre toute la forteresce du chastel et les murs tresbuchier jusques en terre.

Après ce que Fontenay fu pris et conquis, le roy vint devant un autre chastel qui est nommé Villiers [2]. Tantost que ceux de dedens se virent avironnés de ceux de l’ost, il furent esbahis si que il ne porent mectre conseil en eux deffendre ; si furent tous pris : iceluy chastel estoit à Guy de Rochefort, qui estoit de l’aide au conte de la Marche ; pour ce le roy le fist tout abatre et jecter en un mont [3].

D’ilec se parti le roy et s’en ala à un autre chastel que on appelle Prée [4]. Ceux de dedens ne se mistrent oncques à deffense, ains se rendirent tantost. D’ilec s’en ala le roy à un autre chastel que on nomme Saint-Jelas [5] ; si comme l’en vouloit tendre tentes et paveillons tout entour, ceux du chastel mandèrent au roy qu’il les prist à mercy, et il li rendroient le chastel ; le roy le fist volentiers et les prist à mercy. Le roy retourna vers un chastel que on nomme Betonne [6] ; et tantost qu’il furent devant, il commencièrent à paleter et à lancier ; si fu tantost pris. Moult fu le roy lie de ce qu’il défouloit ainsi ses anemis à sa volenté, et luy estoit bien avis que Nostre-Seigneur conduisoit son ost. Il se départi de Betonne et vint à un autre chastel que on appelle Mautal [7] ; ceux du chastel commencièrent à lancier et à eux defendre ; mais pou leur valut, car les François les avironnèrent de toutes pars, si que ceux du chastel ne sorent auxquels aler. Quant il se virent si sourpris, si se rendirent sauves leur vies. Il avoit emmy le chastel une forte tour bien deffensable, le roy commanda qu’elle fust abatue : les mineurs alèrent tant environ qu’elle fu enversée et menée au néant. Le roy chevaucha oultre et vint au chastel de Thori [8] qui fu Eblon de Rochefort : ceux qui au chastel estoient virent l’ost qui estoit plain de nobles combateurs, si sorent bien qu’il ne pourraient longuement durer né soustenir la puissance le roy : si s’en vindrent tous nus, sans armes encontre le roy et luy rendirent le chastel, et tantost le roy le fist garnir de sa gent.

D’ilec se parti et vint à un autre chastel que on appelle Aucere [9], et y fist jecter pierres et mangonniaux , et le fist tout raser à terre et tresbuchier. Et puis après chevaucha avant à tout son ost tant qu’il fu près d’un marais, et fist lever un pont : car l’ost au roy d’Angleterre estoit illec près, et estoit enclos et avironné de grans fossés larges et parfons. Quant le pont fu drécié, si cuidèrent passer François oultre ; mais les anemis furent d’autre part qui leur véerent l’entrée. Si commencièrent à paleter les uns contre les autres. Le roy s’en tourna d’autre part vers Taillebourc droit [10] au chastel Geffroy de Ranconne qui siet sus une rivière que on nomme Carente. On ne loa pas au roy qu’il passast le pont qu’il avoit fait faire et drécier ; le roy fist tendre ses paveillons et drécier sur la rivière. Quant le roy d’Angleterre vit l’ost le roy de France , si se retraist arrières, luy et sa gent, le trait de deux arbalestres, pour ce qu’il se doubta d’assembler au roy à celle fois ; et si avoit avecques luy le conte de Cornouaille [11] et le conte de Lincestre, et le prince de Gales, à tout grant plenté de chevaliers et d’autre gent appareilliés à bataille.

Quant les François apperçurent l’ost des Anglois retraire arrières , si envoièrent cinq cens sergens hastivement pour passer au pont que le roy avoit fait drecier, et avecques eux grant plenté d’arbalestriers et d’autres gens de pié. Le conte Richart vit que les François passoient le pont sans contredit, si mist jus [12] ses armes, et s’en vint vers eux et leur monstra signe de paix, et leur pria qu’il le féissent parler au conte. d’Artois, pour les deux roy s accorder ensemble sans faire bataille. Mais le conte d’Artois n’y voult point aler devant ce qu’il en eust congié de son frère le roy : quant le conte Richart vit qu’il ne pourroit parler au conte d’Artois, il s’en retourna vers l’ost au roy d’Angleterre.

De la bataille au roy de France contre le roy d’Angleterre.

Droitement le jour de la Magdaleine, le roy et son ost passèrent la rivière de Carente par le pont que le roy ot fait faire, et s’en retourna arrières de Taillebourc par le conseil de sa gent. Tantost comme il fu passé, les fourriers coururent vers Saintes en dégastant tout ce que il trouvèrent. Si comme les fourriers dégastoient tout avant eux, un espie vint au conte de la Marche qui luy dit que les fourriers au roy de France dégastoient tout le pays. Quant le conte oï ces nouvelles, il commanda à ses fils qu’il s’armassent et à tous ses chevaliers, et ala contre les fourriers isnelement pour eux desconfire. Le conte de Bouloigne [13] oï dire que le conte de la Marche venoit sur les fourriers ; si se hasta moult de eux secourre, et s’en vint droit au conte de la Marche : là fu le poingnéis fort et aspre, et l’abatéis d’hommes à pié et à cheval. A ce premier poingnéis fu occis le chastelain de Saintes qui portoit l’enseigne au conte de la Marche. François qui bien sorent que le conte de Bouloigne se combatoit, se hastèrent moult de luy aidier et orent grant despit de ce que le conte de la Marche les avoit premiers envaïs, si luy coururent sus. Illec entrèrent en champ les deux roys l’un contre l’autre à tout leur povoir.

Lors fu l’occision grant et la bataille aspre et dure, si ne porent plus les Anglois souffrir né endurer le fait de la bataille. Quant le roy Henry vit sa gent fouir et apeticier, si fu trop durement couroucié et esbahi, si s’en tourna vers la cité de Saintes. Les François virent les Anglois fouir et desrouter, si les enchacièrent moult asprement, et en occistrent en fuiant grant plenté.

En cest estour furent pris vingt et deux chevaliers et trois clers moult riches hommes et de grant renom , et furent pris cinq cens sergens d’armes, sans la piétaille. Quant le roy ot eue victoire, il fit rappeler sa gent qui trop asprement enchaçoient les Anglois ; lors s’en retournèrent les chevaliers par le commandement le roy.

Quant vint entour mienuit que tout le peuple se reposoit, le roy d’Angleterre et le conte de la Marche s’en issirent de Saintes à tout le remenant de leur gent et firent entendant à ceux de la ville qu’il aloient faire assaut aux François qui se reposoient ; mais il tournèrent leur chemin droit à Blaives. L’endemain par matin que le jour parut cler, ceux de Saintes virent que ceux qui leur devoient aidier s’en estoient fouis, si s’en vindrent au roy et luy rendirent la cité de Saintes. En telle manière comme nous avons devisé conquist le roy grant partie de la terre au tonte de la Marche, mais il y perdi de bonne gent et de bons chevaliers pour la grant chaleur du temps et pour le soleil qui moult estoit chaut. Regnaut le sire de Pons fu tout espoventé de la force le roy et de la victoire que Dieu luy ot donnée, si vint à luy en la ville de Coulombiers [14] qui siet à un mille de Pons, et fist hommage au conte de Poitiers devant les barons de France.

En ce meisme jour vint à luy l’ainsné fils au conte de la Marche , et s’agenouilla devant le roy et luy requist paix qui fu faite en la manière qui s’ensuit : C’est assavoir que toute la terre que le roy avoit conquise sur le conte de la Marche demourast paisiblement au conte de Poitiers, frère le roy, et du demourant le conte et sa femme et ses enfans se metroient du tout en tout en la mercy le roy ; et délivrerait le conte trois chastiaux fors et bien garnis en ostage ; c’est assavoir Merplin [15] , Crotay et Hascart, esquiels le roy avoit ses garnisons et ses souldoiers aux cous dudit conte. Pour ce que ledit conte n’estoit point présent à ces convenances enteriner, le roy reçut son fils en ostage jusques à l’endemain que le dit conte devoit venir.

Quant le conte de la Marche sot comment le roy s’estoit acordé, si vint l’endemain faire ferme et estable ce que son fils avoit promis , et amena avecques luy sa femme et ses enfans. Eux se agenouillèrent devant le roy et luy crièrent mercy , plains de souspirs et de larmes, et luy commencièrent à dire : « Très doux roy débonnaire, pardonne-nous ton ire et ton mautalent, et ayes mercy de nous ; car nous avons mauvaisement ouvré et par orgueil, à l’encontre de toy ; sire, selon la grant franchise et la grant miséricorde qui est en toy, pardonne-nous nostre mesfait. »

Le roy qui vit le conte de la Marche si humblement crier mercy, ne pot tenir son cuer en félonnie [16], ains fu tantost mué en pitié. Si fist lever le conte son cousin, et luy pardonna débonnairement ce qu’il avoit mesfait ; et le conte de la Marche quicta au conte de Poitiers tous les chastiaux et forteresces que le roy avoit conquises sur luy ; et, pour tenir les convenances, le roy tint les trois chastiaux dessus dis en sa main ; et le conte, et sa femme et ses enfans jurèrent que il tendroient les convenances sans jamais’aler encontre.
Quant la paix fu accordée, le roy retint l’ommage Regnaut sire de Pont par devers soy, et l’ommage Geffroy de Lesignen et de Geffroy de Ranconne. Ces choses furent acordées le jour de la saint Pierre, premier jour d’aoust, que le roy jut ès près de Pons et tout son ost. L’endemain par matin vindrent en l’ost le sire de Mirabel et le sire de Mortaigne qui avoient hostelé et soustenu le roy d’Angleterre et toute sa gent en sa première venue quant il fu arrivé. Ces deux barons si firent hommage au roy de France et au conte de Poitiers et tous les autres barons du pays et toute la terre jusques à la rivière de Gironde. Le roy d’Angleterre oï dire à Blaives où il estoit que le roy venoit sur luy, si fu si espoventé qu’il s’en alèrent luy et le conte Richart à Bordeaux ; car s’il feussent demourés, il eussent esté pris : mais aucuns leur firent assavoir qui estoient du conseil au roy de France. Lors se pourpensa le roy d’Angleterre coment il pourrait faire paix au roy de France ; si luy envoia messages et requist trèves : mais le roy ne luy voult point de legier octroier, devant qu’il en fust prié des plus haus hommes de sa court qui aimoient moult le conte Richart, pour ce que il leur avoit fait bonté en la terre d’Oultre mer.


[1Fontenay-le-Comte, suivant l’opinion lu plus commune.

[2Villiers , dit en plaine, à deux lieues et au nord de Niort.

[3Mont. Monceau.

[4Prée ou Prahecq, entre Niort et Melle.

[5Saint-Jelas ou Saint-Gelais, aujourd’hui village a deux lieues de Niort.

[6Betonne. Aujourd’hui Tonnay-Boutonne. « Tonacium supra Vetonam, » dit Guillaume de Nangis. Il est sur la rivière de ce nom, entre Rochefort et Saint-Jean d’Angely.

[7Mautal. Aujourd’hui Matha, sur la rivière d’Anteine [Antenne], au sud de Saint-Jean-d’Angely.

[8Thori ou Thors, village de Saintonge, près de Matha, et à cinq lieues de Saint-Jean-d’Angely.

[9Aucere ou Saint-Asserre, en Saintonge, à deux lieues de Saintes. NDLR : il s’agit plus vraisemblablement du village du Seurre, où se trouvait un gué permettant de traverser la rivière de l’Antenne, entre Thors et Taillebourg (voir carte)

[10Droit au, etc. C’est-à-dire : Lequel appartenait à Geffroy de Rancogne. — Carente, Charente.

[11Le conte de Cournouaille. Richart.

[12Mist jus. Mist bas.

[13Le conte de Bouloigne. Alphonse, depuis roi de Portugal.

[14Coulombiers. Sur la Seugne, a une lieue et au nord de Pons.

[15Merplin ou Merpins, auprès de Cognac, en Angoumois, aujourd’hui village au confluent du Né et de la Charente. — Crotay. Le latin dit : « Crosantum. » Ce doit être Crosant, sur la Creuze, à peu de distance de Guéret. — Hascart ou Chastel-Achard, comme le dit Guillaume de Nangis, à quatre lieues de Poitiers, et à deux de Yivonne. Ces trois châteaux, situés le premier dans le Poitou, le second dans la Saintonge et le troisième dans la Marche, permettoient au roy de France de tenir en échec les grands vassaux qui, de ce côté la, étoient toujours secrètement attachés à l’Angleterre.

[16Felonnie. Fiel, mauvais vouloir.

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