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1317 - Le sénéchal du roi d’Angleterre rackette la Saintonge

D 14 janvier 2008     H 19:49     A Pierre     C 0 messages A 1626 LECTURES


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En 1317, la Saintonge est sous la domination anglaise. Le roi Edouard II [1] est loin. Le sénéchal Arnault Calculi en profite pour racketter la population.

Un document commenté par Daniel Massiou en 1837. Le commentaire est de couleur bleue.

Source : Revue anglo-française – Tome V – Poitiers – 1837 – Books Google

1317 - Un exemple des vexations commises en Aquitaine au XIVe siècle par les agents des rois d’Angleterre

 [2] Edward II roi d’Angleterre ne se montrait pas soigneux des intérêts de ses hommes du continent. Soit que les embarras qu’il avait de l’autre côté de la Manche ne lui permissent pas de prêter une attention sérieuse aux plaintes de ses vassaux d’outre-mer, ou que prudemment dénaturées en traversant le détroit, ces plaintes eussent perdu de leur gravité avant d’arriver au pied du trône, le prince, trompé sans doute par les rapports mensongers de ses agents, demeurait sourd aux cris de détresse qui s’élevaient incessamment des villes de la haute Saintonge.

Edward avait établi comme sénéchal dans cette contrée un certain Arnault Calculi, homme dur et sordide qui, par son insatiable avarice et sa rigueur impitoyable, était devenu pour tout le pays soumis à son gouvernement, un objet de haine et de terreur. Abusant, pour s’enrichir, du pouvoir illimité dont il était armé, il n’était sorte de vexations que cet homme ne commît pour amasser de l’or, et il étouffait, par un odieux despotisme, les cris que sa cupidité arrachait à ses victimes.

L’indignation universelle, longtemps comprimée, éclata enfin et parvint à se faire jour jusqu’à l’oreille d’Edward. Un grand nombre de bourgeois s’étant réunis, adressèrent, en 1317, au roi d’Angleterre, une supplique dans laquelle, après avoir longuement énuméré les déprédations commises par le sénéchal de Saintonge, ils conjurèrent le prince de leur tendre une main protectrice et d’infliger au coupable le châtiment qu’il avait mérité [3].

Cette pièce est trop longue pour être traduite ici en entier ; mais on en extraira les passages les plus saillants.

Calculi, y disait-on, tient journellement et clandestinement ses audiences au bourg de Nancras, de sorte qu’aucun membre du conseil royal ne peut savoir ce qu’il y fait : ces audiences secrètes sont si fréquentes qu’elles ont totalement anéanti les bailliages du roi notre seigneur, et même les grandes assises de Saintes, auxquelles se rendaient les plus célèbres avocats d’Angoulême et d’autres lieux, et qui étaient les meilleures et les plus belles de tout le diocèse de Saintonge, par l’affluence des barons, abbés et bourgeois qui, pendant quatre à cinq jours, y venaient de toutes parts. La ruine de ces assises est grandement dommageable audit seigneur roi, dont le sénéchal usurpe tous les droits et juridictions, et dont le nom même sera bientôt oublié dans toute la Saintonge.

Calculi chasse et fait chasser dans les forêts du roi notre seigneur, ce qui est défendu par la cour ; il y prend des cerfs et autres bêtes fauves qu’il donne et distribue ensuite où il lui plaît, et il a même donné licence à plusieurs personnes de chasser dans lesdites forêts.

Au commencement de la dernière guerre, lorsque monseigneur Arnault de Gaveston vint approvisionner le château de Saintes, et fit déposer dans l’une des tours une grande quantité de sel, on assure que le sénéchal fit enlever, pendant la nuit, tout ce sel estimé plus de trois mille livres.

Cette année, lorsque le sel commença à enchérir, le même sénéchal apposta ses sergents à l’entrée des ports de Marennes, avec ordre d’arrêter toutes les barques chargées de sel qui se présentaient pour sortir, et de ne les laisser passer qu’après que les marchands auraient racheté leurs marchandises, en payant de grosses sommes d’argent.

Quand il vit que le sel valait à Marennes quatorze livres le muid, il fit saisir toute la levée des salines, assurant que le roi en avait besoin, et dès-lors nul n’obtint la liberté de vendre, à moins qu’il ne se rachetât par une grande quantité de sel ou une forte somme d’argent. Personne n’ayant osé traiter à de telles conditions, le muid de sel baissa bientôt jusqu’à huit livres. Alors il profita des six livres par muid qu’il avait fait perdre aux vendeurs, et l’on évalue à deux mille livres le gain qu’il retira de cette manœuvre.

Un procès était pendant à Nancras, devant le sénéchal, entre Geoffroy de Libelle et Itier Aimery d’une part, et Arnault Forestier de l’autre, à l’occasion d’une vente de cent muids de sel. Le sénéchal envoya vers les deux acheteurs un homme de sa maison, appelé Jehan Flors, qui fit avec eux un pacte par lequel le sénéchal promit de leur donner gain de cause, s’ils consentaient à partager avec lui l’objet du procès. Ainsi fut fait, et Calculi fut à la fois juge et partie.

Un certain André Deschamps était détenu dans la prison du château de Saintes, pour la mort d’un homme qu’il était accusé d’avoir tué. Le sénéchal, ayant fait une enquête sur ce meurtre, en acquit, dit-on, la preuve, et lui même déclara devant le conseil que l’accusé méritait d’être pendu. Mais plus tard il le fit mettre en liberté, après en avoir reçu une somme de cinquante ou soixante livres.

Maître Pierre Tarzat ayant laissé deux filles mineures de onze ans, un débat s’engagea devant le sénéchal entre la mère nouvellement remariée, et le tuteur des deux jeunes filles, sur le point de savoir à qui appartiendrait la garde de ces enfants. Le sénéchal fit avec le second mari un traité par lequel il promit de livrer les deux filles à leur mère, moyennant qu’on lui compterait cinquante livres. De son côté, la mère traita avec la femme du sénéchal, qui reçut un présent en joyaux valant quinze livres. Toutefois le sénéchal ne tint point sa promesse, et, changeant d’avis, donna l’une des deux filles à un sien clerc, dont il reçut, dit-on, une somme de cent livres.

Le même sénéchal et sa femme extorquèrent encore à quelques juifs, en les effrayant par des menaces, une valeur de cent livres et plus, tant en numéraire qu’en coupes et gobelets d’argent et autres joyaux. Il arracha pareillement à Arnault de Sennihan une somme de quarante livres, et le retint en outre prisonnier pendant plus de trois semaines dans une tour du château de Saintes.

Calculi ayant fait publier par toute sa sénéchaussée, sous peine de saisie de corps et de biens, que nul ne fût assez hardi pour vendre du blé hors de la province, un pareil ban fit descendre au prix de neuf sous le quartier de blé, qui auparavant en valait douze. Alors le sénéchal fit acheter clandestinement jusqu’à la valeur de cinquante livres de froment qu’il fit exporter pour son compte, tandis que ses sergents gardaient les ports et ne laissaient sortir aucun navire sans un congé signé de lui.

Enfin, lorsque monseigneur de Champagné, lieutenant du sénéchal d’Aquitaine, vint en Saintonge pour s’enquérir de la conduite des officiers du roi, le sénéchal se tint constamment à ses côtés, de crainte que quelqu’un n’osât se plaindre, sachant bien que sa présence en imposerait plus que celle de monseigneur Joscelin lui-même. Nul ne fut assez hardi pour rien dire contre sa personne, et ses actes demeurèrent impunis.

On croira difficilement qu’un magistrat contre lequel s’élevaient de pareilles imputations fût un homme irréprochable. Edward ayant écrit à son sénéchal en Guienne de faire une enquête sommaire sur la conduite du senéchal de Saintonge, et de lui transmettre le résultat de ses investigations, deux clercs du pays de Gascogne, Thomas de Grave et Albert de Médoc, délégués par le sénéchal de Guienne, vinrent, à cet effet, au nord de la Gironde. Mais nul n’osa se présenter, comme cela était déjà arrivé, pour déposer contre le redoutable Calculi, dont la présence intimida ses accusateurs. L’enquête ayant été toute favorable au sénéchal, son innocence fut proclamée, par lettres patentes données à Windsor, le 22 décembre 1317.

Mais ce qui ferait supposer qu’Edward conçut dès lors quelques soupçons sur la conduite de son sénéchal de Saintonge, c’est que le 22 novembre de l’année suivante, il détacha du ressort de cet officier le territoire de l’île d’Oleron, pour l’incorporer au gouvernement du chevalier Guillelme de Montaigu, sénéchal de Guienne, et ordonna aux habitants de l’île de n’obéir désormais qu’à ce nouveau gouverneur [4]

Daniel Massiou (de la Rochelle)


[1Roi d’Angleterre (1307-1327). Fils d’Edouard I et gendre de Philippe IV le Bel, il laissa gouverner ses favoris, Hugh le Despenser et son fils. Son règne fut marqué par un net déclin de la puissance royale et la perte de l’Écosse (1314). Édouard devait être déposé à la suite d’une révolte des barons suscitée par sa propre femme, Isabelle de France. Celle-ci le fit assassiner peu après.

[2Extrait d’une Histoire de la Saintonge et de l’Aunis, 2ème période, actuellement sous presse.

[3Rymer, Acta publica, t III, p 684

[4Rymer, Acta publica, t. III p 740

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pour en savoir plus sur : 1154-1337 Domination anglaise en Saintonge (hors guerre de 100 ans) - 1307-1327 - Édouard II - 17 Marennes - 17 Nancras - 14e siècle - Franco-britannique - Massiou (Daniel) - Province Saintonge -

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