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1345 - 1355 - Campagnes des Anglais dans les provinces de l’Ouest.

D 24 avril 2009     H 19:12     A Pierre     C 1 messages A 1921 LECTURES


Denis d’Aussy nous emmène dans un examen précis et détaillé des chroniques du temps de la Guerre de Cent Ans (principalement celles de Froissart), pendant 10 années d’une période où les gens de guerre, incontrôlés, pillent et repillent les provinces de Saintonge, d’Aunis et d’Angoumois. Il ne faisait pas bon vivre en cette sombre époque.

Source : Revue Historique de l’Ouest - Année 1895 - BNF Gallica

On sait que la Chronique de Jehan Lebel qui raconte : « Les nouvelles guerres et choses avenues l’an mil CCCXXVI jusques l’an LXI, en France, en Angleterre, en Escosse, en Bretagne et ailleurs », a été intégralement reproduite par Froissart, avec toutes ses erreurs topographiques et chronologiques. Dans le récit des faits qui notamment ont eu pour théâtre la Guyenne et les provinces voisines, les nombreuses erreurs d’indication des noms de lieux, non moins que de fréquents anachronismes rendent fort difficile à comprendre la suite des opérations militaires. L’excellente édition de Froissart, que M. Siméon Luce laisse malheureusement inachevée, a rectifié déjà bien des inexactitudes ; grâce à ses recherches aux Archives nationales, et aidé par les travaux de quelques érudits de la province, le savant historien a pu jeter une vive lumière sur cette partie des chroniques encore assez obscure. Nous venons aujourd’hui utiliser ces précieuses notes en présentant le tableau des événements qui se sont passés dans les provinces du Sud-Ouest de 1345 à 1365. Ces pages pourront compléter le récit souvent trop succinct des grands historiens, et surtout relever les erreurs des écrivains locaux toujours disposés à reproduire sans contrôle le texte de Froissart. Elles nous offriront aussi l’occasion de critiquer certaines appréciations de M. Siméon Luce, qui, entraîné par sa trop vaste érudition, serait parfois tenté de taxer d’imaginaires des faits acceptés jusqu’à ce jour comme historiques sur la foi de nos vieux chroniqueurs.

La trêve conclue le 19 janvier 1343 [1] entre Edouard III et Philippe de Valois devait être une simple suspension d’armes, car elle avait pour cause les maladies contagieuses, suite des intempéries, qui ravageaient aussi bien l’armée du roi d’Angleterre que celle du duc de Normandie. Aussitôt qu’il se crut en mesure de reprendre les hostilités, le roi d’Angleterre écrivit, le 26 mai 1345, au pape, pour lui apprendre sa déclaration de guerre à la France.

Il comptait prendre l’offensive sur trois points différents [2] : en Guyenne, où il envoya Henri de Lancastre, comte de Derby, à la tête de trois cents chevaliers, six cents hommes d’armes et deux mille archers ; en Bretagne, où il nomma son lieutenant Guillaume de Bohon, comte de Northampton, enfin dans la Flandre où il devait commander en personne.

Derby débarqua a Bayonne dans le courant du mois de juillet 1345 ; il y fut reçu avec enthousiasme, car cette ville, comme toutes celles de la Guyenne, avait vivement appréhendé de tomber au pouvoir de la France. Pendant que les Anglais étaient occupés en Flandre au siège de Tournay, Bertrand de Lisle-Jourdain, lieutenant de Philippe VI en Languedoc, avait parcouru la province sans trouver aucune force capable de l’arrêter. Il avait déjà, dit Froissart, « reconquis tout le pays d’Aquitaine », et osé mettre le siège devant Bordeaux. Mais les contingents dont il disposait, temporairement fournis par les barons de Gascogne, ne lui permettaient pas de placer dans les Villes et les châteaux enlevés aux Anglais des garnisons suffisantes, et moins encore d’essayer de leur tenir tète en rase campagne. En apprenant la venue de l’armée anglaise, il se retira à Bergerac pour y défendre le passage de la Dordogne et s’opposer à l’envahissement du nord de l’Aquitaine. A la fin d’août Derby vint l’y assiéger. Les Français voyant que la ville n’était pas tenable sortirent pendant la nuit et se retirèrent à la Réole ; « les habitants, dit Froissart, furent reçus à merci et prêtèrent serment de féauté au roi d’Angleterre. » Cependant, fait honorable pour eux, il est à remarquer qu’un certain nombre préféra abandonner la ville plutôt que de se soumettre aux Anglais. De Bergerac Derby marcha sur Périgueux, enlevant sur son passage les petites forteresses de Lanquais, les Lèches, Maduran, Pinac, la Linde, la Force, la tour de Prudaire, Beaumont, Môntagrier, Lisle-Jourdain et Bonneval [3], mais il trouva Périgueux trop bien défendu et n’osa l’assaillir ; en revenant il s’empare de Pellegrue [4], et la trahison lui livre le château d’Auberoche qu’essaya de ressaisir le comte de Lisle-Jourdain. A cette nouvelle, Derby, ralliant les garnisons de Libourne et de Bergerac, tombe à l’improviste sur les Français et leur fait subir un sanglant échec. Le comte de Lisle fut fait prisonnier et avec lui Aymar de Poitiers, le vicomte de Caraman (Arnaud d’Euze), Agout des Baux, sénéchal de Toulouse, Raymond de Jourdain, et le vicomte de Lautrec. Louis de Poitters, comte de Valentinois, et Henry de Montigny, sénéchal du Queroy, restèrent au nombre des morts [5].

Loin de se reposer à Bordeaux après cette victoira, comme le prétend Froissart, Derby poursuit sa campagne avec la plus grande activité et se propose d’enlever la Réole. Il reçoit la soumission de deux forteresses voisines de cette ville, Sainte-Bazeille et Meilhan, et tandis qu’il met le siége devant la petite place de Monségur [6], il charge un de ses lieutenants, le baron de Stafford ; de s’emparer de Castelsagrat, dans les environs d’Agen, et de traiter avec Raimfroid de Montpezat et Guillaume de Lunas, coseigneurs d’Aiguillon, la remise entre ses mains de cette importante place forte située au confluent du Lot et de la Garonne. Monségur se rendit & composition, mais la résistance de la Réole ne fut pas, à beaucoup près, aussi vigoureuse que le dit Froissart, car il résulte de plusieurs documents authentiques et notamment d’une donation faite par Derby le 26 janvier 1346 (Archives historiques de la Gironde, t.1, p.302), que les habitants de la Réole se soumirent d’eux-mêmes et de bonne grâce [7]. » La prise de la Réole entraîna celle de Montpezat, de Castelmoron, de Villefranche d’Agenais, Miremont, Tonneins et Damazan. Sûr de n’être point inquiété sur ses derrières, Derby s’avança vers le nord, et vint, à la fin de l’année 1345, investir Angoulême.

On n’avait point pourvu à la défense d’Angoulême. Privés de tout secours, les bourgeois, suivant leur habitude, demandèrent à composer ; les mêmes conditions qu’à ceux de Monségur leur furent faites ; ils s’obligèrent à prêter serment de féauté au roi d’Angleterre s’ils n’étaient pas secourus dans le délai d’un mois. Vingt-quatre otages choisis parmi les plus riches de la ville répondaient de l’exécution de la convention. Pendant le délai accordé aux Anglais, Derby ne demeura pas inactif : il se présenta devant Saint-Jean d’Angély qui suivit l’exemple d’Augoulême et traita de sa soumission par l’entremise de son maire, Guillaume Roilhe. Cette reddition de Saint-Jean-d’Angély aux Anglais n’est pas mentionnée à cette date par Froissart, qui l’a confondue, comme nous le verrons plus loin, avec la prise d’assaut cette même ville par Derby à l’automne de l’année suivante. Les Anglais furent moins heureux dans leurs entreprises sur les petites places fortes de la Saintonge, Aunay, Mirembeau, Mortagne-sur-Gironde, et sur Blaye : ils furent partout repoussés [8].

Bien que Philippe de Valois s’attendît de jour en jour à la rupture de la trêve de Malestroit, il n’avait pas encore réuni ses forces, lorsque les hostilités éclatèrent. Le mauvais état de ses finances ne lui permettait pas d’agir avec la même célérité que son adversaire ; il ne mérite pas cependant le reproche d’inactivité que lui adressent certains historiens [9], tandis que le comte de Lisle-Jourdain, dans l’impossibilité où il se trouvait de tenir campagne en Guyenne dispersait dans les petites places fortes les troupes auxquelles il commandait, Philippe VI chargea le duc de Bourbon d’appeler aux armes la province de Languedoc ; aussitôt après la prise de Bergerac par Derby et son expédition en Périgord, au mois de septembre 1245, il l’envoya à Cahors et à Agen, où nous le trouvons encore au mois de février de l’année suivante. Le duc Jean de Normandie parcourt de son côté la Touraine, le Poitou, le Limousin et le Périgord, convoquant le ban et l’arrière-ban. Le roi lui-même était à Angoulême à la fin de septembre. Mais il négligea d’envoyer en Guyenne quelques renforts qui peut-être eussent empêché le désastre d’Auberoche. Ses troupes furent concentrées à Châtillon-sur-lndre, prêtes à se porter sur le point le plus menacé, c’est-à-dire au lieu où débarquerait l’armée commandée par le roi d’Angleterre. Or jusqu’au dernier moment Edouard III tint sa résolution secrète : il parla d’abord de se jeter en Flandre, puis en Guyenne [10], et finalement il débarqua en Normandie. Probablement, trompé par de faux rapports, Philippe de Valois crut à une descente en Guyenne, et se décida à diriger par le Berry et l’Auvergne l’armée de Châtillon pour la réunir aux contingents du Midi, du Poitou et de la Saintonge rassemblés à Toulouse. Le duc de Normandie, mis à la tête des deux armées, entra en campagne au mois de mars 1346. Nous n’avons aucune donnée positive sur le plan qu’il se proposait de suivre, mais il est bien évident que des forces aussi considérables n’étaient pas uniquement destinées à la conquête de la Guyenne. Cette puissante armée de cent mille hommes, d’après Froissart, et qui pouvait bien compter cinquante à soixante mille combattants, avait plutôt pour but de livrer bataille au roi d’Angleterre, s’il descendait en Guyenne, et dans le cas contraire de remonter jusqu’en Bretagne, et d’y faire triompher la cause de la maison de Blois ; avant de chasser les Anglais de leurs possessions héréditaires, il était urgent de leur fermer « la plus belle entrée qu’ils pouvaient avoir pour conquérir le royaume de France ».

Le duc de Normandie traversa donc la Guyenne se dirigeant vers le nord afin d’appuyer sur les provinces d’Angoumois et de Saintonge la base de ses opérations ; il se contenta d’enlever les places ennemies qu’il rencontrait sur son passage. C’est ainsi que son avant-garde se saisit de Miramont et de Villefranche. Miramont était tombé au pouvoir des Anglais après la prise de la Réole. Quant à Villefranche, malgré l’indication de Villefranche d’Agenois, donnée par Froissart, nous ne saurions avec M. Luce l’identifier avec Villefranche-du-Queyran. Nous ne nous expliquerions pas en effet comment les lieutenants du duc de Normandie seraient revenus sur leurs pas ou auraient envoyé assiéger une place aussi insignifiante, alors que tout autour de Miramont se trouvaient des postes autrement importants comme Monségur, Castelmoron, Meilhan, Sainte.Bazeille.etc,.. Si les soixante mille hommes qui suivaient le duo de Normandie avaient voulu délivrer le pays des garnisons anglaises, en se partageant en dix ou douze corps de cinq à six mille combattants, il eût été facile d’assaillir simultanément, ou de bloquer étroitement toutes ces petites places qui n’auraient pas offert plus de résistance qu’elles n’en avaient opposé à Derby. Enfin Froissart nous apprend que les Français brûlèrent Villefranche et laissèrent son château intact sans y mettre de garnison (nouvelle preuve qu’ils ne songeaient pas à occuper le pays) ; cela suppose une localité asses importante ; aussi supposons-nous que le Villefranche dont il s’agit est Villefranche-de-Lonchapt, en Périgord, petite ville qui a conservé en partie ses anciennes fortifications du XIV siècle, et qui se trouve directement sur le chemin suivi par l’armée française pour se rendre devant Angoulème [11].

Angoulème n’était pas, comme au temps où l’avait attaqué Derby, livré à ses propres forces : un capitaine expérimenté, Jean de Norwich, y commandait à « grand foison de bons compagnons ». Les Français durent investir la ville et en faire le siège. Ce siège, aussi bien que la reddition d’Angoulême au comte de Derby à la fin de l’année précédente, serait, d’après M. Siméon Luce, une erreur historique dans laquelle Froissart aurait été induit par Jean Lebel. On sait en effet que jusqu’en l’année 1350, Froissart a exactement suivi les indications du chroniqueur liégeois. Nous verrons plus loin sur quelles raisons M. Luce appuie cette opinion, mais il nous faut d’abord poursuivre jusqu’à la fin le récit du siège d’Angouléme.

Après plusieurs assauts donnés sans résultat, le duc de Normandie, qui n’avait point de matériel de siège, se décida a faire le blocus de la ville. Ce séjour prolongé sous les murs d’Angoulême rendait difficile le ravitaillement de l’armée. Le sénéchal de Beaucaire (il se nommait Guillaume Rolland) proposa au duc de lui confier le commandement d’une expédition chargée « de quérir bestes et vituailles ». La connaissance exacte qui ! disait avoir du pays décida un grand nombre de chevaliers poitevins et saintongeois à l’accompagner, entre autres le sire de Pons, le seigneur de Parthenay et Guichard d’Angles. Ils partirent dans la soirée et à la pointe du jour ils arrivèrent près d’une « grosse ville qui estait nouvellement rendue aux Englès et l’apelloit-on Anchenis » (Saint-Jean-d’Angély). La garnison anglaise se composait de cent vingt armures de fer et trois cents archers. Sur les indications d’un espion, le sénéchal plaça en embuscade la plus grande partie de sa troupe ; il s’occupa ensuite de rassembler le bétail qu’on envoyait au matin paître dans les prairies autour de la ville. Aussitôt les Anglais sortent en foule et courent sur les ravisseurs qui les font tomber dans l’embuscade ; « en brief ainsi furent ruez jus, pris et mors ». Les vainqueurs entrèrent dans la ville, y établirent une garnison et ramenèrent à Angoulême leur butin et leurs prisonniers.

Jean de Norwich, voyant que la reddition de la place n’était plus qu’une question de temps, et redoutant l’esprit de la population qu’il savait très favorable aux Français, s’avisa d’un stratagème qui fait plus d’honneur à la loyauté chevaleresque du duc de Normandie qu’à la bonne toi de capitaine anglais. Sous prétexte d’une solennité religieuse à observer, il obtint une trêve de quelques jours pendant laquelle tout acte d’hostilité serait absolument interdit aussi bien aux assiégeants qu’aux assiégés. Il n’eut pas plus tôt obtenu le serment du duc de Normandie qu’il défila à la tête de la garnison, traversa ,en armes le camp français et prit le chemin de la Guyenne, sans que, sur l’ordre formel du duc, on ait rien tenté pour l’arrêter. Froissart place ce fait au jour de la Purification de l’année 1346, qui tombait ce jour-là le 3 février ; mais c’est évidemment une erreur, car à cette date l’armée française n’avait pas encore quitté Toulouse, et le 22 mars le duc de Normandie était à Montauban. La solennité qui avait servi de prétexte au capitaine anglais pour solliciter une trêve était, ou la fête de Pâques, qui en 1346 tombait le 16 avril, ou l’un des jours de la semaine sainte. Dès que les Anglais se furent retirés, Angoulême ouvrit ses portes au duc de Normandie.

Nous avons dit que ce double siège d’Angoulême par les Anglais et les Français en 1345 et en 1346 était révoqué en doute par M. Siméon Luce. « Cette expédition de Derby en personne dans l’Angoumois à la fin de 1345 et au commencement de 1346, dit-il, est une erreur historique ou Froissart a été induit par la désignation chevaleresque et romanesque donnée par Jehan Le Bel à Agen, que le chroniqueur liégeois (t. II, p. 42) appelle la cité d’Agolem ou d’Agolent, sans doute en souvenir du siège fabuleux soutenu dans cette ville par le Sarrasin Agolant contre Charlemagne [12].. » La paraphrase de cité d’Agolent pour désigner Agen n’a rien d’étonnant sous la plume d’un chroniqueur du XIV* siècle, surtout quand il se complaît, autant que Jean Lebel, dans tout ce qui se rattache, de près ou de loin, aux poèmes de la Chevalerie (V. t. II, p. 54, 110, etc.). Agolent figure toujours, dit Fauriel, comme roi d’Agen, dans la vie de saint Honorat, ainsi que dans d’autres romans provençaux perdus (Hist. litt. t. XXII ,p.238). Notre identification de la « cité d’Agolent » avec Agen s’accorde du reste très bien avec les circonstances topographiques indiquées par Jean Lebel. La « cité d’Agolent est voisine de Villefranche, de Tonneins, de Damazan et d’Aiguillon ; elle est a une nuit de marche de Tonneins et personne n’ignore que toutes ces localités, fort éloignées d’Angouléme, sont à une assez faible distance d’Agen [13] ». Enfin Froissart a pris soin de se corriger lui-même, « en ne mentionnant pas ce siège et cette reddition imaginaires d’Angoulême dans la dernière rédaction de sa chronique, c’est-à-dire dans le texte de Rome [14]. »

Que te texte de Jean Lebel autorise la lecture d’Agolent pour Agolem, nous n’y ne contredisons point, mais tirer de là cette induction que le chroniqueur a voulu désigner, par une paraphrase romanesque, la ville d’Agen, c’est, on en conviendra, aller un peu loin, alors surtout que, malgré la convenance topographique, l’illustre membre de l’Institut est obligé de reconnaître « que la prise d’Agen en 1345, par Derby, dans Jean Lebel, n’est pas plus exacte que celle d’Angoulême dans Froissart ». Si Agen n’a pas été pris par les Anglais en 1345, a-t-il été assiégé en 1346 par les Français ? Pas davantage. Précisons les dates : à la fin de l’année 1345, le duc de Bourbon est à Agen ; il y est encore le 3 février 1346 et y dicte la lettre analysée par Dom Vayssète dans son histoire du Languedoc [15] ; le 5 avril, les consuls d’Agen, toujours occupé par les Français, déclarent ne pouvoir concourir au siège d’Aiguillon [16]. Ce serait donc dans l’espace de deux mois, du 3 février au 5 avril, qu’Agen aurait été successivement pris par Derby et repris par le duc de Normandie. Monsieur Siméon Luce convient lui-même : « Rien n’autorise à supposer qu’Agen soit jamais tombé au pouvoir de Derby dans cette campagne... La reddition de cette ville au duc de Normandie avant le siège d’Aiguillon, c’est-à-dire avant le 10 avril 1346, ne paraît pas plus fondée, au point de vue historique, que la reddition d’Angoulême imaginée par Froissart... » De ce que la Cité d’Agolent n’a point soutenu de siège, s’ensuit-il qu’Angoulême n’en a pas soutenu non plus ? On trouve aux Archives nationales « plusieurs titres authentiques prouvant que le Limousin, la Saintonge, le Poitou et l’Angoumois furent le théâtre d’escarmouches nombreuses et d’hostilités continuelles entre Français et Anglais pendant les derniers mois de 1345 et les premiers mois de 1346, mais il n’est nulle part question du siège et de la prise d’Angoulême... » Ce silence des Archives suffirait-il, d’après M. S. Luce, pour faire suspecter la véracité et la bonne foi de Jean Lebel et de Froissart ? II y a encore les convenances topographiques. Là se présente une nouvelle difficulté d’identification. M. Luce veut qu’Anchenis, qu’on lit dans quelques manuscrits Anthenis, soit Tonneins, mais n’est-il pas aussi logique de trouver Angély (Anchely avec la prononciation picarde ; dans Anchenis, que Tonneins dans Anthenis ? Dans ces altérations des noms propres par les chroniqueurs, il ne faut d’ailleurs chercher aucune règle : elles sont le résultat d’un mot mal lu, d’un son mal articulé ou mal entendu. Voyons si maintenant Sain Jean-d’Angély répond aux conditions topographiques indiquées par Froissart. C’est « une grosse ville » ; elle est en effet, après la Rochelle, la place la plus importante de la province ; elle est « nouvellement rendue aux Anglais » ; nous avons vu qu’elle avait capitulé en même temps qu’Angoulême ; enfin on chercherait vainement à Tonneins, bâti sur un coteau escarpé, au pied duquel coule la Garonne, les prés dont parle Froissart ; on les trouve à SaintJean-d’Angêly, précisément dans la situation indiquée par le chroniqueur « par dessoubs la ville ». Reste enfin cette objection. « Dans la dernière rédaction de ses chroniques, c’est-à-dire dans le texte de Rome, le chroniqueur ne mentionne pas cette reddition imaginaire ». C’est vrai, et c’est une lacune, car s’il ne parle pas du Siège de Derby, il rapporte tout au long (F° 106 et 107 V*) celui du duc de Normandie : or, pour enlever Angoulême aux Anglais, il fallait donc que cette ville fût tombée en leur pouvoir depuis la fin de septembre de l’année 1345, époque où la présence du roi de France est constatée dans les murs.

Après s’être emparé d’Angoulême, le duc Jean, au lieu de poursuivre sa marche en avant, résolut de mettre le siège devant la petite place d’Aiguillon où s’étaient retirés Jean de Norwich et ses gens d’armes. Le dépit d’avoir été joué par les Anglais ne fut peut-être pas étranger à cette détermination ; il repassa donc la Dordogne et enleva sans peine Tonneins, Port-Sainte-Marie et Damassan ; mais Aiguillon avait été mis en un état de défense formidable. Le comte de Pembroke, Gauthier de Mauny et les capitaines anglais les plus expérimentés s’y étaient enfermés avec une garnison de 1500 hommes ; quatre assauts par quatre corps de troupes différents furent successivement donnés et énergiquement repoussés. Il fallut faire venir de Toulouse l’artillerie nécessaire et le siège traîna en longueur ; au mois d’août, les Français étaient encore devant Aiguillon.

Aussitôt qu’il fut averti du débarquement d’Edouard III en Normandie, le comte de Derby convoqua à Bergerac les seigneurs de Gascogne afin de s’entendre avec eux pour prendre l’offensive ; une trêve sollicitée par le duc de Normandie fut refusée, ce qui le décida à lever en toute hâte le siège d’Aiguillon en abandonnant devant la place une partie de ses bagages. L’accès de le Saintonge etdu Poitou était libre et Derby se hâta d’en profiter. Une lettre conservée par Robert d’Avesbury nous donne sur les événements qui suivirent le siège d’Aiguillon les détails les plus circonstanciés [17]. C’est un véritable rapport officiel écrit par le général anglais avec lequel on peu contrôler et rectifier le récit de Froissart et en faire ressortir l’inexactitude. Après le départ des Français, Derby se présente devant Villeréal en Agenois, reçoit la soumission de cette petite ville ainsi que celle des châteaux voisins occupés par des garnisons françaises ; Tonneins lui ouvre aussi ses portes et dans un conseil tenu à la Réole il partage en trois corps les forces dont il dispose : le seigneur d’Albret est nommé sénéchal de Gascogne, Alexandre de Caumont a 1e gouvernement du pays basadois, et le seigneur de Duras celui de l’Agenois. Derby, à la tête de mille hommes d’armes, se met en marche vers l’Angoumois ; le 12 septembre il se saisit de Sauveterre, huit jours après il est à Châteauneuf-sur-Charente. Tandis qu’il fait rétablir le pont qui avait été détruit, il apprend qu’un de ses plus vaillants capitaines, Gauthier de Mauny, se rendant auprès du roi d’Angleterre, avait été fait prisonnier dans une embuscade, malgré le sauf-conduit du duc de Normandie dont il était porteur, et qu’il s’était, lui troisième, sauvé à grand’peine, tandis que ses compagnons étaient retenus prisonniers à Saint-Jean-d’Angély. Il se dirige immédiatement vers cette ville et l’emporte d’assaut. Ici Froissart se trouve en désaccord complet avec le document anglais dont nous avons parlé ; d’après lui les bourgeois de la ville « qui n’avoient nuls gens d’armes, chevaliers ou escuyers pour aider â garder la ville... furent durement effrayés » ; par l’entremise de Guillaume de Rion, maire de la ville, ils obtiennent d’être reçus à composition. Il nous semble évident que Jean Lebel et Froissart ont confondu cette reddition avec celle qui avait eu lieu à la fin de l’année précédente, après la soumission d’Angoulême à Derby, et qui dut en effet avoir lieu dans les conditions qu’ils indiquent. L’embuscade dans laquelle était tombé Gauthier de Mauny avait été dressée par les hommes d’armes de la garnison de Saint-Jean d’Angély car ce n’était pas le fait des bourgeois de tenter d’aussi périlleuses aventures ; on ne saurait supposer non. plus qu’au mépris d’un sauf-conduit régulier Mauny ait été arrêté : par les autorités de la ville ; il y avait donc à Saint-Jean d’Angély une garnison française qui refusa d’ouvrir, ses portes et obligea Derby, comme il le dit, à la « gaigner de force », Les historiens saintongeois ont recueilli une tradition d‘après laquelle le vainqueur aurait livré la ville au pillage et incendié sa riche abbaye [18]. Cette légende a sans doute pour origine les charges accablantes imposées par Derby à ceux qui avaient osé résister à ses armes. Saint-Jean-d’Angély dut entretenir à ses frais une garnison de deux cents hommes d’armes et de six cents hommes de pied et le fouage antérieurement payé au roi de France fut augmenté de trois mille écus.

Après avoir séjourné huit jours a Saint-Jean d’AngéIy, le lendemain de la Saint-Michel, 30 septembre, Derby marche sur Poitiers. Il prend d’assaut la ville de Lusignan, dont le château « l’un des plus nobles chastiels qui soient guerres en France ou en Gascogne » lui fut remis ; il y laisse une garnison de cent hommes d’armes avec un nombre suffisant de gens de pied ; le 4 octobre il est devant Poitiers. « La cité de Poitiers, dit Froissart, est grant et esparse et n’estoit mie adonc foisonnée de gens. » Attaquée sur trois points différents, elle fut emportée d’assaut et livrée à toutes les horreurs du pillage, « tous ceaulx de la ville, dit Derby, furent prins où mors. » Le 15 octobre, Derby était de retour à Saint-Jean-d’Angély ; : « et avons de bones villes et chastiels qui nous sont rendus autour et insi avons fait un beal chivaché. » Ces places qu’il n’indique point étaient sans doute Montreuil-Bonin et Saint.Maixent, qui durent se soumettre sans coup férir aussitôt la prise de Poitiers ; et aussi dans les environs de la Rochelle, Surgères et Benon. Quant à Niort, assailli sans succès, d’après Froissart, Derby n’en parle pas, non plus que de Marans et d’Aunay [19] ; il termine ainsi sa lettre : « Somes revenus a Saint-Jehan et pensons dillecques tenir nostre chemin devers Bourdeaux quelle chose sera forte à faire a ceo que les ennemys soient quillez en païs mais espoirons de faire bien od layde de Dieux. » C’est en effet en revenant à Bordeaux que Derby dut prendre Soubize [20], Tonnay-Charente [21], et Taillebourg [22], où, pour venger la mort d’un de ses chevaliers, il se montra aussi féroce qu’a Poitiers, Mirembeau [23] et Mortagne-sur-Gironde [24]. Il s’embarqua sans doute dans ce petit port pour regagner Bordeaux ; c’est ce qui nous explique comment Froissart qui intervertit absolument l’ordre suivi dans la « chevauchée » lui fait traverser la Gironde pour entrer en Saintonge.

Derby dont la présence n’était plus nécessaire en Guyenne revint en Angleterre au commencement de l’année 1347. Son départ inaugura cette ère de pillage et de dévastations, qui, pendant plus de cent ans, livra la Saintonge, l’Angoumois et le Poitou aux routiers anglais. Toute petite bourgade, tout château fortifié devint un repaire d’aventuriers qui, sans tenir aucun compte des trêves conclues entre les belligérants, rançonnaient impunément le pays sous prétexte de soutenir la cause de l’Angleterre. Tantôt ils traitaient avec les villes qui sous le nom de « pâti » consentaient à leur payer une contribution de guerre, afin d’obtenir la sécurité de leur territoire, tantôt après s’être emparés d’un poste important, ils le cédaient au plus offrant, sauf à s’y réinstaller de nouveau si l’occasion se présentait favorable : « au voir dire et raconter, » assure Froissart, que tant d’audace « esbahit », « c’estoit grant merveilles de ce qu’ils faisoient. » Nous voyons en effet ces hardis pillards attaquer successivement Montendre, Bourg-sur-Gironde, s’avancer même jusqu’à Saint-Georges-de-Reix en Poitou, et enfin se cantonner à Tonnay-Charente et Taillebourg.

La trêve conclue pour deux mois en 1347 fut successivement prolongée pendant deux ans ; elle n’était pas encore expirée au 22 août 1350 lors de l’avènement du roi Jean à la couronne. Mais, dès le 1er mars, Edouard III avait fait annoncer son intention de ne la point renouveler. Aussi le roi de France se décida-t-il à ouvrir le premier les hostilités. Philippe VI avait nommé en 1349 Guy de Nesle, son lieutenant en Poitou, Limousin, Saintonge, Angoumois et Périgord. Au commencement de l’année 1390, il était à Niort ; il reçut l’ordre de s’entendre avec Arnoult d’Audreham, capitaine du comte d’Angoulême pour Charles d’Espagne, afin de délivrer la Saintonge des bandes anglaises qui l’infestaient. Il entrait dans leur plan de campagne de s’emparer de Saint-Jean-d’Angély, mais Edouard les prévint en envoyant immédiatement Jean de Beauchamp en Guyenne à la tête de quarante chevaliers, trois cents hommes d’armes et six cents archers. Les seigneurs d’Albret, de Mucidan et d’autres Gascons unirent leurs forces à celles de Jean de Beauchamp, et formèrent ainsi un petit corps d’armée que Froissart évalue à cinq cents lances, quinze cents archers et trois mille hommes de pied. Pendant qu’ils se dirigeaient directement sur Taillebourg et Saint-Jean-d’Angély, Guy de Nesle et Arnoult d’Audreham passèrent la Charente à Saintes et s’avancèrent à leur rencontre. Les deux troupes se trouvèrent en présence à Saint-Georges-des-Coteaux [25]. Les Anglais simulèrent un mouvement de retraite ; ce que voyant les Français leur crièrent : « Vous n’en irez mie ensi, signeurs d’Angleterre ; il vous fault paier votre escot. » La manœuvre des Anglais n’avait d’autre but que de laisser aux garnisons de Taillebourg et de Tonnay-Charente, qui avaient été prévenues, le temps d’arriver et de prendre les Français à revers. « Me semble, dit Froissart, selon que je fui enfourmé, que en joustant li François s’ouvrirent et passèrent les Anglois tout oultre. Au retour qu’ils firent, ils sachièrent les espées, et s’en vinrent requierre leurs ennemis. Là eut bone bataille et dure et bien combattue. Si furent un grand temps tournoiant sur les camps... ainçois que on peuist savoir ne cognoistre liquel en aroient li millur et lequel non. Et fut telle fois que les Englès branlesrent et furent priés desconfiez... et desrompirent leurs ennemis et les desconfirent [26] ». Dans ce combat, l’un des plus importants dont la Saintonge eût été le théâtre pendant la guerre de Cent ans, un nombre considérable de chevaliers français [27], parmi lesquels Guy de Nesle, son frère Arnoult d’Audreham, furent faits prisonniers. Le récit de Proissart concorde assez avec celui de la Chronique Normande : la victoire semble pencher d’abord du côté des Français jusqu’au moment où l’arrivée des renforts de Tonnay-Charente et de Taillebourg changea l’issue de la lutte ; mais où le chroniqueur est dans l’erreur, c’est lorsqu’il donne pour but à l’expédition de Jean de Beauchamp la levée du siège de Saint-Jean-d’Angély. Cette ville ne fut assiégée qu’au mois d’août 1351, et le combat de Saint-Georges fut livré le premier avril d’après les Grandes Chronique », ou le 8 d’après Robert d’Avesbury. En outre il place le lieu de la rencontre à Taillebourg dont le pont aurait été gardé par Guy de NesIe, alors que depuis 1346, ainsi que nous l’avons vu, la ville et le château étaient au pouvoir des Anglais.

Les Anglais, confiants dans leur victoire, crurent qu’elle mettait Saint-Jean d’Angély à l’abri de toute attaque ; ils ne poursuivirent point leur expédition, et ramenèrent en triomphe leurs prisonniers à Bordeaux. Le roi Jean, cependant, ne se découragea pas à la suite de cet échec ; il reprit son plan de campagne et donna le commandement de l’expédition au connétable Charles d’Espagne, comte de la Cerda. Aussitôt qu’il eut reçu les renforts que lui amenait du Midi Guillaume Roland, sénéchal de Beaucaire, le connétable investit Saint-Jean-d’Angèly ; dès le 26 juillet il était devant .cette ville. La garnison anglaise était sous les ordres de six chevaliers, au nombre desquels Raymond Guillhem, seigneur de Caupène, qui fut un des meilleurs lieutenants de Jean Chandos. Après un premier assaut, vivement repoussé [28], le connétable se décida à bloquer la place. « On mit bastides devant la ville et dans iceulx bastides grand foison de gendarmes » ; les Anglais, mal approvisionnés, n’avaient d’espoir que dans le secours attendu de Bordeaux, ils demandèrent à traiter, offrant de se rendre, si du 25 au 31 août, ils n’étaient pas secourus « par home qui soit si fort sur les champs, en l’un des dits sept jours, pour qu’il puisse livrer bataille audit connétable et affronter li et ses gens ou celi de ses gens qui de par le roy de France ou de par ledit connétable y seroit député [29]. » A la fin du mois le roi Jean vint en personne activer les opérations du siège. Les Anglais, désespérant d’être secourus, et touchés peut-être aussi de la bonté du roi, qui, ému de la souffrance des habitants, avait laissé entrer des vivres dans la ville, capitulèrent avant même l’expiration du délai qu’ils avaient sollicité. Les lettres de rémission et de confirmation de leurs privilèges accordées aux bourgeois de Saint-Jean-d’Angély sont en effet datées du mois d’août [30], mais la date du 7 août donnée par Froissart pour la capitulation est évidemment erronée puisque le traité dont nous avons cité un passage fut conclu le 6 du même mois. Le roi confia à un chevalier du pays, nommé Jean de Montendre, la garde de la ville, puis il reprit le chemin de Paris ; le 6 septembre il était à Niort.

Arnoult d’Audreham, remis en liberté après le combat de Saint-Georges, fut nommé maréchal de France et lieutenant du roi dans les provinces de Poitou, Limousin, Saintonge et Angoumois. Le 1er avril 1352 il était à Saint-Jean-d’Angély dont il ayait fait le centre de ses opérations, et s’occupait de relever les fortifications de cette ville, d’établir des garnisons au château de Brisambourg, à Saintes où commandait Guillaume de Journy, et à Limoges ; mais, pour être à l’abri des incursions des Anglais, il aurait fallu non seulement un corps d’observation placé sur les frontières de la Guyenne, mais aussi une flotte qui pût leur interdire l’accès des côtes, laissées absolument sans défense. En 1352, les Anglais s’emparèrent de Surgères qui leur fut enlevé l’année suivante. En 1356 ils débarquèrent presque en vue de la Rochelle et se retranchèrent dans l’église de Salles, fortifiée comme beaucoup d’édifices religieux des côtes de l’Aunis [31]. Le sénéchal de Saintonge, Guichard d’Angles, alors à Saint-Jean-d’Angély, accourut à la demande des Rochelais qui fournirent les engins nécessaires pour battre en brèche la petite forteresse ; elle se rendit après trois jours de siège. Une autre place, bien plus importante que Salles, le château de Rochefort, était aussi tombée au pouvoir des Anglais [32] ; déjà maîtres de Taillebourg, de Tonnay-Charente et de Soubize, ils pouvaient ainsi pénétrer au centre de la province de Saintonge, et, au grand préjudice du commerce de la Rochelle, commandaient à la navigation de la Charente. Aussi les Rochelais ne reculèrent-ils devant aucun sacrifice pour se délivrer de ce dangereux voisin. Neuf galères espagnoles, commandées par un chevalier, François de Pilleux, étant entrées dans son port, furent prises à la solde de la commune moyennant neuf mille écus d’or. Le sénéchal de Saintonge, à la tête des contingents fournis par la Rochelle, Saint-Jean-d’Angély et les habitants du « plat pays », attaqua le château par terre, tandis que les galères espagnoles embossées sur la rivière criblaient de traits ses défenseurs. Rochefort fut enlevé d’assaut après dix jours de siège le 5 septembre 1356, bien faible succès que devait faire oublier quelques jours après la funeste bataille de Poitiers.

En 1360 le traité de Brétigny replaçait pour dix ans encore le Poitou, la Saintonge, l’Angoumois et le Périgord sous la domination de l’Angleterre,

Denys d’Aussy


[1Au prieuré de Sainte-Madeleine de Malestroit, au diocèse de Vannes. L’église fort curieuse où fut conclue cette trêve existe encore, mais a été récemment abandonnée et pillée et menace ruines, les autorités locales ou le clergé n’ayant pris aucun soin de conserver ce vieux monument historique.

[2Rymer :Foedera, t. III, p. 36 et 37.

[3Nous rectifions les noms de ces localités suivant les indications de M. Siméon Luce et de M. Bertrandy (Etudes sur les Chroniques de Froissart)

[4Froissart prétend que l’attaque de Pellegrue aurait eu lieu le lendemain de la prise de Lisle (Dordogne), ce qui, vu la distance qui sépara ces deux localités, est matériellement impossible ; il est même probable que la prise de Pellegrue suivit celle de la Réole.

[5Nous rectifions la liste des morts et des prisonniers donnée par Froissart suivant les indications trouvées par M. Siméon Luce (Chr. de J. Froissart, t. III, p. XVI, notes)

[6Nous admettons bien, avec M. Siméon Luce, que dans l’Agenais et les environs de la Réole, les opérations militaires durent être exécutées, simultanément et par deux corps différents, mais noua croyons qu’il s’agit ici do Monségur, petite ville de la Gironde, canton et arrondissement de la Réole, et non de Monségur dans le département de Lot-et-Garonne. Cette petite localité canton de Montflanquin, n’est pas sur le Lot et n’a jamais eu l’importance assignée par Froissart au Monségur-sur-Dropt, assiégé par Derby, dont douze bourgeois « des plus souffisants » furent envoyés comme otages a Bordeaux. Jean Lebel qui dit que Monségur sied sur une grosse rivière appelée le Lot a confondu le Lot avec le Dropt.

[7Chron. de Froissart, éd. S. Luc, t. III, p. XXI, note 2.

[8Aunay est à trois lieues au nord de Saint-Jean-d’Àngely ; quant a Mirabel et Mortagne indiqués par Frolssart, il ne s’agit point ici, comme l’a supposé M. Luce, de deux localités du Poitou. Mirebeau est à plus de trente lieues d’Angoulême, Mortagne en Poitou à 35 lieues de Bordeaux, et enfin cette dernière ville à cinquante lieues au moins de Blaye. On volt par ces distances l’Impossibilité d’une chevauchée qui, dans l’espace de trente jours, aurait eu pour objectif ces trois places.

[9Simondi, Hist. des Français, t.X, p. 247

[10Rymer, Foedera, vol. III, p. 81, lettre du 6 mai 1346

[11« Aussitôt quêtes Français surent quitté Villefranche, Derby revint occuper le château. « Les mareschaux de l’Ost lurent grandement alarmés, dit Froissart, que par leur négligence le ohasteau estoit repris, qui lor poroit porter grands damages, ensi que il fit en toute la saison à leurs fourragieurs. » Pour porter dommage aux fourrageurs il fallait donc que Villefranche fut assez voisine d’Angoulême ; elle en est en effet a vingt lieues, et Villefranche-de-Queyran a quatre-vingts, il s’agit donc de Villefranche en Périgord.

[12Chr. de Froissart, éd. Sim. Luce, t.III, p. XXIII, note 7.

[13Chr. de Froissart, éd. Siméon Luoe. t. III, p. XXIV, note 6

[14Chr. de Froissart, éd. Siméon Luce, t. III, p. XXIII, note 7.

[15T IV, p. 258

[16Arch.com. d’Agen BB.I.

[17Robert d’Avesbury Hist. d’Edouard III éd. de 1720. p. 143.

[18En l’année 1346, 1e comte d’Erby vint à la tête d’une nombreuse armée d’Anglais, anciens ennemis de la Couronne, assiéger la ville de 8aint-Jean d’Angély, laquelle il battit fort longtemps avec beaucoup d’artillerie et renversa la plus grande partie de ses murailles, bien que les assiégés manquassent de vivres et fussent réduits a une très dure nécessité, néanmoins ils ne furent jamais ébranlés par menace, ny par promesses ..

Apres une longue et vigoureuse résistance ils furent contrains de céder a la force. La ville fut prise d’assaut, la plupart des habitants tués dans la chaleur du combat, les autres pris prisonniers et soumis a l’insolence du vainqueur, leurs biens furent pillés et emportés et l’on n’oublia rien pour rendre la face de cette pauvre ville hideuse et déplorable... » (A Maichin, Histoire de Saintonge p. 130. cf. Massiou Hist. de Saint. :II p.57). Ce tableau si peu conforme à la vérité n’est point une invention de l’historien, il est tiré des considérants établis dans des lettres patente, do mois de septembre 1481, confirmant les privilèges de la ville. De même les moines bénédictins obtinrent en 1461 d’autres lettres patentes en vertu desquelles les copies des titres qu’ils pourraient produire en justice devaient être considérées comme authentiques, les originaux ayant été, en haine de la fidélité des moines à la cause française, brûlés ou emportés a Londres par les Anglais (Mss. de Estiennot. Antiquitate bénédictinae xantonenses f° 40).

[19Aunay que Froissart fait prendre deux fois par les Anglais n’est jamais tombé entre leurs mains, comme le prouvent les lettres accordées le 16 février 1348 a Pons de Mortagne, « pour la bonne garde et deffence de son chastel d’Aunay, lequel nos ennemys... plusieurs fois se sont efforciez de prendre et assaillir... » (Froissart, éd. S. Luce, t. III, p. XXIV, note 4).

[20Arch.nat., II.,86-147.

[21Arch. nat., II, 76-321.

[22Arch.nat., II.77-34.

[23Et non Mirebeau en Poitou, comme l’indique M. S. Luce.

[24Bien que Froissart désigne Mortagne en Poitou, il s’agit évidemment de Mortagne-sur-Mer où commandait en 1345 Pierre Clari, comme le constate une quittance donnée à Pons le 23 septembre 1345 (Bertrandy, Etude sur la Chronique de Froissart, p. 101).

[25A une petite chapelle que l’on nomme Saint-Georges (Chronique Normande du XIV siècle, par A. et C. Molinier p. 98.)

[26Chronique de Froissart, éd.. S. Luce, t. IV, p.

[27Trois cents, dit Froissart ; le nombre est évidemment exagéré.

[28Assaut ou sortis, il y eut très probablement combat. D’après un Mss. conservé aux archives du château de la Floceliere et cité par Vialart dans son Histoire généalogique de la maison de Surgères. p. 27 et 126 « après 1a bataille des ennemis, monseigneur Hugues (de Surgères) s’y trouva mort >.

[29Arch. mun.de Saint-Jean d’Angély, AA.53.

[30Datum ante Sanctum Johannem Angeliacensem, anno Domini M° CCC° L° primo, menes Augusti (Aroh. munic, de Saint-Jean-d’Angely AA 53).

[31Place très forte de murs et de fossés et qui parait encore avoir été bien flancquée pour les armes du temps. » (A. Barbet, Histoire de la Rochelle, t. I, p. 163).

[32A. Barbot, Hist. de la Rochelle, t. 2, p. 167.

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