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1346 - Les Anglais assiègent Angoulême - Chronique de Froissart

D 18 novembre 2008     H 02:49     A Pierre     C 0 messages A 1126 LECTURES


Un épisode des premières années de la Guerre de Cent Ans. Avec Froissart, il y a du mouvement. Par moments, on ne sait plus très bien qui est avec les Anglais, et qui est contre !

Source : Collection des chroniques nationales françaises – T. II - J. A. Buchon – Paris – 1824 – Books Google

Chapitre CCLIV. - Comment le sénéchal de Beaucaire se partit du siège d’Angoulême et prit toute la garnison de Anchenis (Saint-Jean-d’Angely) et bien huit-cents grosses bêtes.

Les nouvelles vinrent en l’ost (armée) devant la cite d’Angoulême comment les Anglois avoient repris Villefranche, pour cause du châtel qu’ils avoient laissé sans abattre. Si se repentoit trop le duc de ce que si simplement s’en étoient partis, quand ils n’avoient ars (brûlé) ou abattu le châtel ; mais amender ne le pouvoit. Si se tint à siège devant la cité d’Angoulême un grand temps, et y fit par plusieurs fois assaillir ; mais peu y conquit, car elle étoit bien défendue. Quand le duc de Normandie et son conseil virent que par assaut ils ne la pourroient gagner, et qu’ils perdoient chacun jour de leurs gens à l’assaillir, si firent commander et crier que nul n’allât plus assaillir ; ainçois (mais) se délogeassent et allassent loger plus près de la cité. Tous obéirent au commandement de leur souverain : ce fut raison. Ce siège durant devant la cité d’Angoulême, vint un jour au duc de Normandie le sénéchal de Beaucaire [1] un vaillant chevalier, et lui dit : « Sire, je sais bien toutes les marches de ce pays ; s’il vous plaisoit, et vous me voulussiez prêter six ou sept cents armures de fer, je irois aventurer à val ce pays pour querre (chercher) bêtes et vitailles (vivres) j car assez tôt nous en aurons défaut. » Tout ce plut bien au duc et à son conseil. Si prit lendemain le sénéchal , plusieurs chevaliers et écuyers qui se desiroient à avancer, et se boutèrent dessous lui le duc de Bourbon, le comte de Ponthieu son frère, le comte de Tancarville, le comte de Forez, le dauphin d’Auvergne, le sire de Coucy, le sire d’Aubigny, le sire d’Offemont, le sire de Beaujeu, le sire de Pons, le sire de Parthenay, messire Guichart d’Angle, messire Saintré, et plusieurs autres chevaliers et écuyers, tant qu’ils furent bien entre mille et neuf cents lances. Si montèrent à cheval sur une vesprée (soirée), et chevauchèrent toute la nuit jusques au point du jour que l’aube crevoit ; et tant exploitèrent qu’ils vinrent assez près d’une grosse ville, qui étoit nouvellement rendue aux Anglois, et l’appeloit-on Anchenis (Saint-Jean-d’Angely). Là endroit vint une espie au dit sénéchal, et lui dit que dedans Anchenis (Angely) avoit bien six vingts armures de fer, Gascons et Anglois, et trois cents archers, qui trop défendroient la ville si on les assailloit « Mais j’ai vu, dit l’espie, issir (sortir) la proie hors de la ville, et y a bien sept ou huit cents grosses bêtes ; et sont par dessous la ville ès près. »

Quand le sénéchal de Beaucaire ouït ce, il dit aux seigneurs qui là étoient : « Mes seigneurs, je conseille que vous demeurez en cette vallée couvertement (secrètement), et je m’en irai atout (avec) soixante compagnons accueillir cette grand’proie, et là vous amènerai ci en droit. Et si ces Anglois issent (sortent) pour rescourre (délivrer) leur proie, ainsi que je pense bien qu’ils feront, je les amènerai tout fuyant jusques à vous ; car je sais bien qu’ils me chasseront follement ; et vous leur irez au devant hardiment : si seront tous vôtres par raison. » Chacun s’assentit (consentit) à ce conseil. Adonc s’enpartit le dessus dit sénéchal atout (avec) soixante compagnons bien montés, et chevauchèrent par voies couvertes autour delà ville, ainsi que l’espie les menoit, et tant qu’ils vinrent en ces beaux prés et larges où les bêtes pâturoient Si se vont tantôt épandre et remettre ces bêtes ensemble, et puis chassèrent tout devant eux au-dessous de la ville, par une autre voie qu’ils n’étoient venus.

Les gardes de la porte et la guette du châtel, qui tout ce véoient (voyoient), commencèrent à faire friente (bruit) et à corner (sonner du cor) et à émouvoir ceux de la ville, et les compagnons qui espoir (peut-être) dormoient encore, car il étoit moult matin. Sitôt qu’ils furent éveillés, ils saillirent sus vîtement, et ensellèrent leurs chevaux, et s’assemblèrent tous en la place. Sitôt qu’ils se furent recueillis, et leur capitaine venu, un moult appert, chevalier Anglois qui s’appeloit messire Etienne de Lucy , ils vidèrent chacun qui mieux mieux, et ne demeurèrent en la ville, fors que les vilains, dont ils firent folie. Les Anglois qui s’étoient mis aux champs pour rescourre (délivrer) leur proie se hâtèrent durement, en écriant aux François : « Vous n’en irez mie ainsi. » Le sénéchal et sa route (troupe) commencèrent à hâter leur proie, pour venir en leur embûche ; et tant firent qu’ils eh furent assez près.

Quand ces seigneurs de France, où moult avoit de grands seigneurs et de vaillants hommes, qui étoient là venus pour quérir les armes, virent la proie approcher et leur bon sénéchal chasser, chacun sire écria son cri et fit sa bannière hâter et passer avant ; et s’en vinrent férir de plein bond en ces Anglois qui chassoient et qui furent tous émerveillés quand ils les virent ; et fussent volontiers retournés, s’ils eussent pu ; mais ils
n’eurent mie loisir, car ils furent tellement épars, que en bref heure ils furent tous rués, jus (à bas), pris et morts. Là fut pris le capitaine et tous ceux d’honneur qui devers lui étoient, et le demeurant (reste) mort.

Et puis chevauchèrent les François vîtement
devers la ville, et entrèrent dedans d’assaut , car
elle étoit sans garde ; et la première bannière qui y entra ce fut celle du duc de Bourbon. Si se saisirent les seigneurs de la ville, et la rafraîchirent de nouvelles gens et de capitaine, et puis s’en partirent à (avec) toute leur proie et leurs prisonniers, et revinrent lendemain devant la cité d’Angoulême, où le siège se tenoit, où ils furent reçus à (avec) grand’joie. Et moult y acquit le sénéchal de Beaucaire en cette chevauchée grand’grâce, pourtant (attendu) qu’il l’avoit mise sus, combien qu’il y eut eu plus grands seigneurs assez qu’il n’étoit.

Chapitre CCLV. Comment le capitaine d’Angoulême et tous ses compagnons s’en allèrent subtilement avec tous leurs biens a Aiguillon.

Ainsi se tint des seigneurs de France un grand temps le siége devant Angoulême, et couroient les François tout le pays que les Anglois avoient conquis, et y faisoient maint destourbier (ravage), et ramenoient souvent en leur ost (armée) des prisonniers, et grands proies quand ils les trouvoient à point ; et moult y acquirent les .deux frères de Bourbon grand’grâce, car ils étoient toujours des premiers chevauchants. Quand Jean de Norwich capitaine et souverain d’Angoulême vit et considéra que le duc de Normandie n’avoit talent ( volonté ) de déloger, s’il n’avoit la cité à sa volonté, et sentoit que les pourvéances ( provisions ) de laiens (dedans ) amenrissoient (diminuoient ), et que le comte Derby ne faisoit nul apparent de lever le siège, et aussi que ceux de la ville s’inclinoient plus aux François que autre part, et volontiers se fussent pièça tournés, s’ils eussent osé, si se douta de trahison et que mal ne l’en prit, il et ses compagnons. Si se avisa que à toutes ces choses il pourverroit de remède, et se pourpensa d’une grand’subtilité. Droitement la nuit de la purification Notre Dame, à l’entrée de février [2] il vint aux créneaux de la cité tout seul, sans soi découvrir de chose qu’il voulut faire ni dire, à nul homme, et fit signe de son chaperon qu’il vouloit parler à qui que ce fut. Ceux qui perçurent ce signe vinrent cette part et lui demandèrent qu’il vouloit. Il répondit : « Je parlerois volontiers à monseigneur le duc de Normandie, ou à l’un de ses maréchaux. » Ceux qui là étoient répondirent : « Demeurez-là un petit, et nous irons devers lui et le vous ferons venir sans faute. » Adonc se partirent-ils de Jean de Norwich, et vinrent au logis du dit duc, et lui recordèrent (racontèrent) que le capitaine d’Angoulêipe parlerait volontiers à lui ou à l’un de ses maréchaux. — « Savez-vous de quoi, dit le duc ? » Cils (ceux-ci) répondirent : « Monseigneur, nennin. » Lors s’avisa le duc et dit que lui-même iroit, Si monta à cheval, et aucuns chevaliers de son hôtel, et chevaucha jusques aux murs de la cité, et trouva Jean de Norwich qui s’appuyoit aux créneaux. Sitôt qu’il vit le duc il ôta son chaperon et salua le duc. Adonc lui demanda : « Jean comment va, vous voulez vous rendre ? » Il répondit : « Je ne suis mie de ce conseillé à faire ; mais je vous voudrois prier que pour révérence du jour Notre-Dame, qui sera demain, vous nous accordissiez un répit à durer le jour de demain tant seulement ; parquoi les nôtres ni les vôtres ne pussent grever l’un l’autre, mais demeurassent en paix.

Le duc qui n’y pensoit que tout bien, lui accorda liement, et dit : « Je le vueil (veux). ». Ainsi demeura la cité d’Angoulême en paix.

Quand vint le jour de la Chandeleur au matin, Jean de Norwich s’arma, et fit armer tous ses compagnons uns et autres, et enseller leurs chevaux, et trousser tout leur harnois ; et puis fit ouvrir la porte, et se mit hors de la cité. Quand ceux de l’ost (armée) virent ces gens d’armes issir (sortir), si furent tous émerveillés et effrayés ; et se commença l’ost à émouvoir, car ils cuidoient (croyoient) que les Anglois leur vinssent courir sus. Adonc s’avança Jean de Norwich qui chevauchoit tout devant, et dit : « Seigneurs, seigneurs, souffrez-vous, ne faîtes nul mal aux nôtres, car nous avons trêves ce jour d’hui tout entier, ainsi que vous savez, accordées par monseigneur le duc de Normandie et de nous aussi : si vous ne le savez, si l’allez savoir ; et pouvons bien sur cette trêve aller et chevaucher quelle part que nous voulons. » Ces nouvelles vinrent au duc, pour savoir qu’il en vouloit faire. Il répondit : « Laissez les aller, de par Dieu, quel part qu’ils voudront ; nous ne les pouvons par raison contraindre à demeurer : je leur tiendrai ce que je leur ai promis. » Ainsi s’en alla Jean de Norwich et sa route (troupe} ; et passèrent parmi l’ost (armée) du duc de Normandie, sans nul dommage ; et vinrent dedans Aiguillon où ils furent reçus à (avec) grand’joie. Si leur recorda Jean de Norwich comment il étoit parti de la cité d’Angoulême, et avoit sauvé tout le sien et aussi de ses compagnons. Si dirent les chevaliers qui là étoient qu’il a voit bien ouvré et qu’il s’étoit avisé d’une trop grand’subtilité.

Chapitre CCLVI. Comment ceux d’Angoulême se rendirent au duc de Normandie ; et puis conquit le chatel de Da­massan ; et comment ceux de Tonneins se rendi­rent ; et puis prit le port Sainte-Marie.

Quand vint lendemain du jour de la Purification Notre Dame, les bourgeois d’Angoulême se trairent (rendirent) ensemble en conseil, pour savoir comment ils se maintiendroient. Tout considéré, ils eurent conseil et avis qu’ils se rendroient et mettroient en l’obéissance du duc de Normandie, ainsi que devant,

Si envoyèrent en l’ost (armée) devers le dit duc de Normandie certains traiteurs, qui exploitèrent si bien que le duc les prit à merci et leur pardonna son mautalent (mécontentement) , et entra dedans la cité et au châtel, et reçut la foi et hommage de ceux d’Angoulême. Si y établit le duc un chevalier des siens à capitaine, qui se nommoit Antoine de Villiers et cent soudoyers avec lui, pour mieux garder la cité et le châtel que du temps passé n’avoit été. Après ces ordonnances se délogea le duc, et se trait (retira) devers le châtel de Damassan ; et y sist (resta) le duc quinze jours devant ainçois, (avant) qu’il le pût avoir ; et ne fut jour qu’il n’y eut assaut. Finalement il fut conquis, et tous ceux qui étoient dedans, Anglois .et Gascons, morts. Si le donna le duc, et toute la châtellerie, à un écuyer de Beauce, appert homme d’armes malement, qui s’appeloit le Borgne de Milli. En après vint le duc de Normandie devant Tonneins qui sied sur la rivière de Garonne ; et le trouvèrent bien garni et pourvu d’Anglois et de Gascons, qui le gardèrent et défendirent vassalement un grand temps ; et y avoit presque tous les jours assaut et escarmouche.

Tant y fut le duc, et contraignit ceux de dedans, qu’ils se rendirent par composition, saufs leurs corps et leurs biens ; et les devoit le duc faire conduire jusques à Bordeaux sur son péril. Ainsi se partirent les compagnons étrangers ; mais ceux de la ville demeurèrent en l’obéissance du duc de Normandie. Et se tint là le dit duc et tout son ost (armée) sur la rivière de Garonne jusques après Pâques [3], qu’ils se délogèrent et se traïrent (rendirent) devers le port Sainte-Marie, sur cette même rivière. Et là avoit environ deut cents Anglois et Gascons qui gardoient la ville et le passage, et l’avoient fortifié grandement ; mais ils furent tellement assaillis que ils furent pris par force, et tous, ceux qui dedans étoient, Si le reparèrent et rafraîchirent de nouveau de gens d’armes, et puis s’en partirent les François et chevauchèrent devers Aiguillon.

Chapitre CCLVII. - Comment le duc de Normandie mit le siege devant le fort chatel d’Aiguillon.

Tant exploitèrent ces seigneurs de France, dont le duc de Normandie étoit chef, qu’ils vinrent devant le châtel d’Aiguillon. Si se logèrent et espartirent (répandirent) contre val ces beaux prés et larges, selon la rivière qui porte grand navire, chacun sire entre ses gens, et chacune connetablie (compagnie) par lui, ainsi que ordonné étoit par les maréchaux de l’ost (armée). Et devez savoir que devant le fort châtel d’Aiguillon eut le plus bel ost et le plus beau siège que on eut vu, grand temps avoit, au dit royaume de France, ni ailleurs ; et dura parmi cet état jusques à la saint Remy [4] et y avoit à siège bien cent mille hommes armés à cheval et à pied. Et ne pourroit-on raconter, par nulle histoire, siège où on eut fait tant de beaux faits d’armes et de grands appertises, qu’il avint d’une part et d’autre. Car oncques gens assiégés ne souffrirent tant ni ne se défendirent si vaillamment, comme ceux qui furent enclos dedans Aiguillon, si comme vous orrez ci-après. Car tous les jours les convenoit combattre deux fois ou trois à ceux de l’ost (armée), et le plus souvent du matin jusques à la nuit, sans cesser ; car toudis (toujours) leur survenoient nouvelles gens, Génois et autres, qui ne les laissaient reposer. Les manières des assauts, comment et de quoi, je le vous veux déclarer et pleinement deviser.


[1Il s’appeloit Guillaume Rolland, (Hist. de Langued. ubi sup. P. 56.) J.D.

[2On a vu ci-dessus (note sur le chap. 251) que l’armée s’assembla à Toulouse le 3 février ; ainsi il n’est pas possible qu’elle fut le 1er. de ce mois devant Angoulême. De deux choses l’une, ou ce ne fut point l’armée assemblée a Toulouse qui assiégea Angoulême, comme le dit Froissart dans le chapitre qu’on vient de citer, ou bien la date qu’il assigne au siège de cette place est fausse. Si au lieu de la Purification, il disoit l’Annonciation, l’intervalle seroit suffisant : peut-être son erreur vient-elle de ce qu’il a confondu ces deux fêtes. J. D.

[3Pâques étoit cette année le 16 avril : ce fut donc vers la fin de ce mois, ou au commencernent de mai que le duc de Normandie mit le siège devant Aiguillon. J. D.

[4Froissart exagère la durée de ce siège : l’auteur de L’histoire de Languedoc a prouvé par les comptes du domaine des sénéchaussées de Toulouse, deCarcasdenne et de Beaucaire qu’il étoit levé au plus tard le 22 août (T. 4. note 21. P. 570.) Une lettre du comte de Derby lui-même, conservée par Robert d’Avesbury (P. 141. et suiv,), fixe invariablement la date de cet événement au dimanche prochain avant la fête de St.-Barthélémy. Or, cette fête, en 1346, tomboit au jeudi 24 août ; ainsi le dimanche précédent étoit le 20. Comme la lettre que nous venons de citer indique la marche et les principales opérations de l’armée Angloise depuis le 11 ou le 12 de ce mois jusques vers le milieu d’octobre, nous la rapporterons toute entière.

Endroit des Novels saundroit. Sachez que devaunt le feste de l’Assumpcion Notre-Dame bien trois jours nous remuasmes de la Roel (Réole) devers les parties de Bruggerak (Bergerac) et avoms assemblé illesqes toutz lez seigneurs de Gascoigne et autres gentz q’estoient hors de establies (garnisons), à l’entent de chivacher (chevaucher), et avoms illesque consail ove (avec) leys seigneurs sus dits, si qe avaunt notre partir d’illesqes nous veinent (vinrent) ascuns gentz chivalers et aultres pour demander trèwes de par les Fraunceys qe gesoient unqore à siège devant Aquillon (Aiguillon). Mais puisqe nous savoms (sûmes) qe monsr. ie roi est (étoit) arivé en Normandye nous ne vodroms (voulûmes) mye asseotir à nulle trewe ; et sour ceo les enemys se levèrent du siège la dismenge proschein devaunt le feste de seint Barthu (Barthélémy)[Le dimanche 20 août. J. D.], et s’en départirent mult ledement, qar ils perdirent graunt partie de lour biens et de lour gentz et lessèrent lour tentes et tout le pluis de lour herneis (hamois) : si que sitost qe nous le savoms nous tenismes avaunt notre chemyn en Angeneys (Agénois) et venismes devaunt la Villeréal q’est une bone ville du royalme, laquelle nous estoit rendu, et aultres villes et chastiels d’entour tut plain. Et quaunt avoms establé (garni de troupes) cele ville et la païs nous chivachoms tut la pays et alasmes droit a Tonynges (Tonneins) et Aquillon et les feismes establer auxy et la païs environ. Et puis reparasmes (retournâmes) ariere à la Réole et y demurrasmes bien huit jours, et avoms illesqes consail, et avoms illesqes tout la païs, et départismes notre ost en treis (trois) et lessames le seigneur de la Brette (d’Albret) monsr. Bérard de Bret (d’Albret) seneschal de Gascoyne, monsr. Alexandre de Camont (Caumont) et aultres devers les parties de Besades (Basas) ; le seigneur Duracz (de Duras) et aultres seigneurs de Augeneys lessames celes parties et tenismes avaunt notre chemyn vers les parties de Centogne[Probablement Saintonge ; car il dut traverser cette province pour se rendre , comme il le dit plus bas , sur les bords de la Charente. J. D.] od (avec) mil hommes d’armes. Et remuasmes le douzième jour de septembre et geusmes en une bone ville qe nous fust mesme le jour rendus, la ville de Salveterre (Sauveterre). Et lendemayn quaunt nous avoms pris serment de céaux de la ville, nous tenismes avaunt notre chemyn bien sept jours saunz assaillir une ville ou chastiel tanqe nous venismes au chastiel de Nau [Peut être Château-Neuf sur la Charente. J. D,] qu’est sour la rivière de Charente, et illeosqes feismes reparailler le pount q’estoit debrusé (détruit) qar l’eawe estoit si perfounde qe homme ne poet passer par ailleurs, et passâmes illeosqes lendemain. Et avoms cele jour novels qe les gents rnonsr. Wautier de Maimy, q’avoient conduyt des Fraunceis d’aler au roy par terre, furent pris et emprisonés deinz la ville de Seint John Aungelyn (Saint-Jean-d’Angely) ; et ensi fustrent, et mounseigneur Wautier estoit eschapé soy tierce a graunt payne : si qe nous tenismes avaunt notre chemyn devers la dite ville et l’assaillames et fust gayné (gagnée) par force, Dieu mercy, et les gentz gettés hors du prisone (de prison) ; et demureasmes huit jours et establioms (garnîmes de troupes) la ville. Et ceulx de la ville nous fisrent serment et deviendrent Engleis, et deivent de lour costage (à leurs frais) demene duraunt la guerre trover CC hommes d’armes et DC a pié en garnîsoun de la dite ville ; et en temps du peès (de paix) acrestrent (accroîtront) lour rentes au roy pluis par an q’ils ne soleient paier à roi de Fraunce chescun an de III mil escutz, Et lendemayn de seint Michel nous chivachasmes vers la cité de Peiters (Poitiers), et geusmes une nuyt devaunt la ville de Lysingham (Lusignan) q’est une forte ville, si qe homme la aloit assailler, et fust gagné par assaut, et le chastiel nous fust rendu q’est un de pluis nobles chastiels et de pluis fort qe sount garres en Fraunce ou en Gascoigne ; et nous establoms le chastiel et la ville et y lessames bien C hommes d’armes et aultres gentz a pié avesqe eux et chivachasmes devaunt la citée de Peiters et ils requeresmes (et leur requîmes de se rendre). Mais ils ne voleient rien faire, qar il lour sembla lour ville assetz forte, et si estoient assetz des gentz, si qe homme l’assailla, qe fust le proschein mersgerdy après le Seint Michel [La féte de St.-Michel fut cette année le vendredi 29 septembre : ainsi le mercredi suivant fut le 4 octobre. J. D.] ; et fust par force gayné, et toutz ceaux de la ville fusrent pris ou mortz. Et les seigneurs q’estoient dedeinz, un évesqe et bien IIII barons, quaunt ils virent la prise de la ville s’en alêrent d’autre part. Et nous demurrasmes y bien huit jours ; et estoioms à l’escrivere des gentz de cestesal (à la ) ville de Seint Johan (Saint-Jean-d’Angely). Et avons de bones villes et chastiels qe nous sount rendus entour, et ensi avons fait un beal chivaché, le Dieux mercy, et sûmes revenuz a Seint Johan, et pensoms d’illesqes tenir notre chemyn devers Burdeaux, quelle chose sera forte à faire à ceo qe les enemys sount quillez (dispersés) en païs ; mais espoiroms de faire bien od (avec) l’ayde de Dieux. J. D.

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