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1360 - Reddition de La Rochelle aux Anglais - Nos privilèges d’abord...

D 14 juin 2012     H 18:53     A Pierre     C 0 messages A 734 LECTURES


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La ville de La Rochelle est, dans bien des occasions, un cas particulier dans le Royaume de France. On pourrait le résumer ainsi : nos privilèges locaux d’abord, le roi après... . L’application du traité de Brétigny (1360) en est une des illustrations. Le récit de la reddition de la ville aux envoyés du roi Edouard III d’Angleterre révèle les négociations particulières faites entre les deux rois sur le statut de la ville, qui entend bien conserver "franchises, libertés, usages et coutumes" octroyés précédemment par les rois de France. Edouard III ne peut faire autrement que les confirmer. Le document présenté ici, d’origine anglaise, mais mentionné comme provenant des archives de La Rochelle, est une bel exemple de cette négociation hors normes. Son second intérêt est la relation détaillée des formalités d’hommage et d’allégeance.

Source : Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos, commissaire du roi d’Angleterre, des places françaises abandonnées par le Traité de Brétigny, d’après le manuscrit du Musée Britannique - A. Bardonnet - Niort - 1867 - Google Livres

La France après le traîté de Brétigny
Le traité de Brétigny met un terme à la captivité du roi Jean le Bon en Angleterre, après la désastreuse bataille de Poitiers. Il est libéré contre versement d’une rançon de 3 millions d’écus et les concessions territoriales suivantes :
- Les Anglais obtiennent la Guyenne et la Gascogne en toute souveraineté ainsi que Calais, le Ponthieu et le comté de Guînes. Ils obtiennent également le Poitou, le Périgord, le Limousin, l’Angoumois et la Saintonge septentrionale, avec la ville de la Rochelle, le comté d’Armagnac avec l’Agenais, le Quercy, le Rouergue, la Bigorre et le comté de Gaure.
- Par contre, Édouard III renonce aux duchés de Normandie et de Touraine, aux comtés du Maine et d’Anjou et à la suzeraineté sur la Bretagne et les Flandres. Il renonce surtout à revendiquer la couronne de France.

Reddition de La Rochelle aux Anglais.

Le 6 decembre 1360 [1].

L’an mil trois cents soixante, etait Maire de La Rochelle : Louis Buffet, echevin, et furent ses coeslus : Me Guillaume Boullard et sire Guilleaume de Vayr. Au dit an, la ville de La Rochelle fut mise en l’obeissance du Roy d’Angleterre, par accord fait avec le Roy Jean qui lors estoit prisonnier à Calais, ayant perdu la bataille pres de Poitiers où il fut pris prisonnier, en la maniere qui en suit : C’est asçavoir que le Dimanche, sixieme jour du mois de Decembre, à heure de soleil couchant, vindrent à la porte de Cougne de la dite ville de La Rochelle, nobles hommes et puissans : Monsieur Jean le Maingre dit Boucicault marechal de France, Monsieur Guichard d’Angle senechal de Xaintonge, Monsieur Bertrand, sire de Montferrand et en leur compagnie frere Andre de Montjean, prieur de Frontenay L’abattu, Monsieur Hugues de Surgeres, Monsieur Mangou Maubert, Aymery Helyes, Guillaume Helyes, Monsieur Pierre de Montferrand, Monsieur Regnauld de Montferrand et plusieurs autres chevaliers et escuyers, tant Anglais que Français ; et à la dite porte trouverent le dit sire Louis Buffet, maire de la dite ville, et en sa compaignie etoient : Reverend pere en Dieu, l’Evesque deSaintes, l’abbe de Chartres et plusieurs gens d’Eglise et des bourgeois : Me Laurent Poussard, Me Fremin de Villers, sire Pierre Buffet, sire Jean Chauderer, Monsieur Guillaume de Serys, Me Guillaume Boulard, sire Pierre Auban, Me Masse d’Ayguechauve, sire Guillaume de Vayr, Bernard Barraud, Jean Poussard, Me Jean Marchand et plusieurs autres bourgeois et habitants de la dite ville.

S’ensuivent les paroles dittes par Monseigneur de Montferrand a M. le maire de La Rochelle.

Maire, le Roy de France par la paix accordee entre luy et le Roy d’Angleterre, mon seigneur, a baille et transporte à perpetuite le chatel et la ville de La Rochelle avec les appartenances et dependances d’icelle, au dit Roy d’Angleterre, mon seigneur, et s’en est devestu et dessaisy et en a vestu et saisy le dit Roy d’Angleterre, mon seigneur, par figure ; et a commande de bouche et par lettre à Monsieur Guillaume de Serys chevallier, sire Pierre Buffet, sire Jean Chauderer, Me Guillaume Boullard et Me Masse d’Aiguechauve vos procureurs, envoyes par devers les deux Roys, comment vous et eux ballies la possession de la dite ville reaument et de fait au Roy mon dit Seigneur ou à ses deputes, et aussi M. le Marechal qui cy est present a pouvoir de vous le commander ; car vos dits procureurs ont promis et jure, sur le vray corps de Jesus-Christ sacre, a le bailler reaulment et de fait et de faire jurer, vous et les habitans de la dite ville, certaynes choses par même ordre et maniere qu’ils ont jure au Roy d’Angleterre, mon seigneur, et vous requierent vos cinq procureurs dessus dits que acquities vos foys et seremens à moy, que promis et jure l’aves au Roy d’Angleterre mon seigneur.

S’ensuivent les paroles dites par M. le Marechal au Maire.

Sire Maire, je vous commande de par le Roy de France et ie vous mande de bouche, de par moy et par ses lettres et par vos dits procureurs, que vous baillies à Monseigneur de Montferrand qui cy est present pour le Roy d’Angleterre, la possession et saisine de la ditte ville reaulment et de fait, c’est à sçavoir ce que le Roy y a en domaine, en domaine, et ce qu’il y a en fief, en fief. Et les dits procureurs requirent aussi le dit Maire qu’il baillast la possession de la ditte ville reaulment et de fait, et fit faire le serment aux bourgeois et habitans de la ditte ville, afin qu’ils fussent quittes de la foy et obligation en quoy ils etoient tenus pour ce faire, envers le Roy d’Angleterre.

Réponse de M. le Maire.

Monnaie d’Edouard III (1327-1362) - Guyennois d’or 3ème type - R La Rochelle. - Emission du 13 novembre 1361

Messieurs, puisque le Roy de France notre souverain Seigneur s’est demis, devestu et dessaisy de la possession de cette ville de La Rochelle, et en a vestu et saisy le Roy d’Angleterre, et me mande de bouche, tant par Monseigneur le Marechal que Messieurs nos procureurs qui sont si solemnels gens comme chacun scait, ensemble par ses lettres patentes, j’obeiray volontiers et donnerai la possession et acquiteray et ferai acquiter nos dits procureurs de ce qu’ils ont promis et jure : moyennant que j’aye vu et ouy le pouvoir que vous Monsieur le Marechal aves de sa majeste, et vous Monsieur de Montferrand du Roy d’Angleterre, vous priant de nous maintenir et garder en nos franchises, libertes et usages et coutumes, pour et au nom du Roy d’Angleterre, sy et par la maniere que les Roys de France nous ont octroyee. A quoy fit reponse le dit sieur de Montferrand que si feroit-il, car le Roy d’Angleterre le vouloit et le luy avait commande.

Et apres ce incontinent, furent lus les deux pouvoirs et furent tenus pour bons et suffisans et pour ce, apres la lecture incontinent le dit sieur Maire prist le dit sieur de Montferrand par la main et fit ouvrir la dite porte du Cougne luy disant ces paroles :
Monseigneur de Montferrand, au nom du Roy d’Angleterre, notre sire, et comme son commissaire en cette partie : je vous mets pour moy et pour mon commun en saisine et possession de cette ville de La Rochelle reaument et de fait. C’est à sçavoir de ce qui est en domaine du seigneur, en domaine, et de ce qui est en fief, en fief, par l’antrage et introit de cette porte, en s’en allant par toute la ville et au plus loin ; et venes avec moy de cette porte à la porte des Deux Moulins qui est la plus lointaine de ceste, car il n’est si belle possession realle comme l’entremain de la chose et la possession des pieds de celuy qui la possession prend ; et que de la possession j’acquitteray nos dits procureurs, et dedans demain, les acquitteray du demeurant.

A quoy le dit sieur de Montferrand luy repondit que ce luy plaisoit bien et que, au nom du Roy d’Angleterre, il prenait la possession de la dite ville reaulment et de fait par la maniere dessus dite ; et alla en sa compagnie jusqu’à la porte des Deux Moulins ; en continuant sa possession, et depuis la derniere porte des Deux Moulins jusqu’à l’hostel de Jean Poussard, fils de Me Laurent Poussard ou le dit sieur de Montferand etait loge aux petits bancs ; et illec descendirent de cheval et soupa avec luy le Maire et bourgeois dessusdits avec grand nombre d’autres bourgeois et plus cette journee ne fut fait.

La teneur des pouvoirs des dits Monseigneur le Marechal et de Monseigneur de Montferrand s’ensuivent.

Jean, par la grâce de Dieu, roy de France, à nos amez conseillers feaux, Jean le Maingre dit Bouciquault, marechal de France et Guischard d’Angle, senechal de Xaintonge, salut et dilection. Sçavoir vous faisons que, par la forme de la paix nouvellement reformee entre nous et notre tres cher frere le Roy d’Angleterre, nous luy avons promis et accorde et devons bailler, delivrer et delaisser, et avons baille et delaisse par nos lettres à perpetuite, pour luy et ses hoirs, la ville, le chastel et les forteresses de La Rochelle avec les appartenances et apendances, à tenir en domaine ce que nous y avons en domaine et en fief ce que en fief, et en obeissant ce que plus a plein est contenu en nos autres dernieres lettres ; pourquoy nous voulans accomplir ce que faire en devons, vous mandons et commettons et à chacun de vous, qu’à notre dit frere, le Roy d’Angleterre ou à ses deputes, un ou plusieurs pour luy, vous bailles et delivres reellement et de fait la possession des choses dessus donnees à plain et luy faites entendre et obeir comme à Seigneur des dictes choses ou à ses deputes, en contraignant rudement, si mestier est, tous contredits, par telle maniere qu’il n’en convienne retourner à nous et mandons à tous que sur ce vous obeissent et à chacun de vous.

Donne à Calais, le 24e jour d’octobre l’an 1360.

Par le Roy....

Edouard, par la grâce de Dieu Roy d’Angleterre, seigneur d’Irlande et d’Acquitaine, à tous ceux que ces lettres verront et orront, salut. Sçavoir faisons que nous avons donne et donnons plein pouvoir et mandement special à notre bien aime et feal chevalier et conseiller, Bertrand, seigneur de Montferrand, gouverneur pour nous en Xaintonge, de prendre et accepter en nom de nous, la possession et saisine du chastel, et ville de La Rochelle et des appartenances et appandances : c’est à sçavoir la possession dudit chastel par la main de Guichard d’Angle, chevallier ou de ses deputes, et la possession de la dite ville par la main du maire ou de ses deputes, et de recevoir les sermens des bourgeois et habitants de la ditte ville, si et par la maniere que nous luy avons baillee par ecrit ; et de donner lettre de quittance et de reconnaissance de ce qu’il prendra et recevra de par nous, aux dits maire, bourgeois et habitans de la ditte ville et autres, si comme appert à faire en tel cas, et de faire toutes autres choses que bon et loyal gouverneur peut et doit faire, jaçoit ce que requiere mandement special.

Donne à Calais, sous notre grand scel, le penultieme jour d’octobre l’an mil trois cents soixante.

Le lundi, septieme jour de decembre, au dit an, les dessus nommes marechal et sire de Montferrand firent chanter une messe chez les freres Prêcheurs, et firent retenir le corps de Jesus-Christ sacre afin de faire les sermens que le maire, bourgeois et habitans estoient tenus de faire au dit seigneur de Montferrand. Apres laquelle messe le dit marechal comman­da à Jean Masse, chevalier, garde du scel royal etabli en la ditte ville pour le Roy de France qu’il luy baillast et rendist les scels et aussi à Me Arnaud Grosset, garde de la prevoste de la ditte ville, qu’il luy baillast et rendist les scels de la ditte prevoste, lesquels Jean Masse et Grosset lui baillerent les dits scels et il les prist pour le Roy de France et les bailla au dit sire de Montferrand, pour nom du Roy d’Angleterre ; lequel sire de Montferrand les prist et accepta et les bailla en garde, c’est à sçavoir le scel etabli aux contracts, à Me Fremin de Villers, avec le scel royal etabli en la ditte ville aux contracts pour le Roy d’Angleterre, notre sire, en recevant le serement de luy de bien et loyaulment garder et gouverner les dits scels ; et au dit Me Arnault Grosset, la prevoste en garde et les scels d’icelle, tant du Roy de France que du Roy d’Angleterre, et en recevant le serment de luy de bien et loyaulment garder et gouverner la dite prevoste et les scels d’icelle, car il lui estoit refere par lettres patentes que le Roy d’Angleterre, notre sire, les avoit institues aux dits offices ; pres lesquelles choses firent le serement au dit sieur de Montferrand, pour nom du Roy d’Angleterre, notre sire, sur le corps de Jesus-Christ sacre et sur les saints Evangiles de Dieu, les dessous nommes et premierement le dit sieur Monsieur le Maire par la maniere qui s’en suit :

Je, Louis Buffet, Maire de la ville de La Rochelle, au nom du commun et en mon propre et prive nom, promets et jure au Roy d’Angleterre, notre sire, et à vous monseigneur de Montferrand, gouverneur et capitaine, souverain et commissaire en cette partie pour le dit seigneur, du chastel, de la ville et des appartenances et appendances de La Rochelle, au nom de notre dit seigneur, que ie suis et seray à luy et à ses hoirs masles et successeurs, bon et loyal sujet et vassault ; sa vie, son corps et membres luy garderay et sauveray ; ses biens et droits, memement la ville de La Rochelle, à luy et à son obeissance et à ses hoirs et successeurs masles garderay et deffendray la ditte ville à mon loyal pouvoir, sans jamais reconnaître d’autre seigneur et souverain, et à vous et à ses autres commissaires et ministres qui, par le temps seront en ces parties, ferai au nom de luy les obeissances et serments accoutumes, bon conseil et loyal luy donneray quand par luy, vous, ou ses autres ministres en seray requis et son conseil secret tiendray sans reveller à nully ; ainsy me ayt Dieu en son vray corps sacre et les saints Evangiles qui cy sont. Et mettoit la main sur le corps de Jesus-Christ et sur le Messal et sur la croix. Et par semblable maniere, de mot à mot levees et exposees les paroles dessus dittes le furent par les personnes qui s’ensuivent :

Me Laurent Poussard. Me Fremyn de Villiers. Guillaume de Vayr. Me Arnaud Grosset. Bernard Barrault. Jehan Poussard. Me Helyes Baugis. Me Jehan Sudre. Me Vincent Gorraud. Sire Pierre Auban. Jacques de Thalemond. Sire Jehan Braud. Me Jehan du Poix, phisicien. Helies Gilbert, Pierre Mestrain. Fremyn de Villiers, Aymery Sudre. Aymery Gallet. Yon le petit, dit Me Geys, Guillaume de la Faye. Helies de la Gravelle. Jacques Coustet. Jehan de Leigue, laisne. Pierre Allegreau. Jehan de Leigue, le jeune. Guillaume de Lomaria. Jehan Bienvenu. Gombault de Vayr, Me Jehan Marchant. Me Jehan de Maignac. Jehan Baston. Berthome Foulques. Jehan de Han. Jehan de Hergier. Pierre Bonnet. Guillaume de la Gravelle. Andre Ballon. Jehan de la Brousse. Guillaume Ballon. Jehan de la Porte. Guillaume Duboys. Raymont Gossu. Jehan de la Venelle. Arnault Pelisson. Micheau du Bois. Siquart Faure. Pierre Coudre. Jehan Poissonnat. Me Raymond Cluzes. Ythier de l’Angle. Simon Cruvetier. Jehan Olivier. Guion de Lomaria. Pierre Blein. Pierre Chaucheps. Jehan Thiphanne. Hugues de Carsac. Astor de Fonfaynes. Guillaume Plaigue. Jehan l’Espagnol. Guillaume Blein. Domingon Reuss. Arnault de Bassesaux. Pasquier Barre. Jehan de Triaize. Nicollas Dubois. Pierre Cassefeve. Jehan Clert. Pierre Vivant. Guillaume Ybain, du Pillaut. Berthoume Miette. Ythier Mesnier. Pierre Maguelin. Adam Daz. James Duchesne. Jehan de Compagne. Jehan Sicques. Pierre Bouchoir. Jean de Croins. Pierre Babineau. Yon Bienvenu. Gans le Broer. Seguin Chevry, Jehan Corbel. Guillaume Marteau. Guillaume de la Ferte. Lambert Roabli. Yon de Sevenne. Robert Rumaillon. Guillaume Grosset. Jehan Mandin. Bertrand Raoul. Jehan Rousseau. Bertrand de Flaignac. Selin Coing. Estienne Baillonneau. Giraud Chacuel. Frere Jehan Bourdin, commandeur du Temple. Frere Aymar Castaing. Me Renoul Boucher. Jehan de Xaintonge. Jehan Garcie. Jacques du Poix. Nicollas Froge. Raymond Fourby. Guillaume Raoul. Me Geoffroy Bonnet. Pierre Vinal. Pierre Gossu. Naudon Couste. Jehan du Poix. Robin le Manceau. Joseph de la Garenne. Colin Durant. Jehan Mace.

Apres lequel serment ainsy pris reçu par le dit sire de Montferrand des dessus nommes, Monsieur le Maire requist au dit sieur de Montferrand, au nom et comme gouverneur que dessus , que comme les devanciers, gouverneurs et senechals, en leurs nouveaux avenements, eussent accoustumes à faire serment au Maire de la ditte ville, pour lui et pour son commun, et pour leur garder leurs droits, privileges, usages, coutumes, franchises et libertes, avant ce qu’ils s’entremissent en rien du fait de la jurisdiction, en l’informant sur ce par un arrest donne en parlement de Paris, faisant mention comme il avoit este dit et declare par jugement, les dits gouverneurs ou senechaux, en leur nouvel advenement, estre tenus de faire le dit serement, et aussi par un instrument public contenant qu’un senechal qui avoit este par le temps passe, avoit fait le serment en la maniere dessus dite ; et en outre informa le dit sire de Montferrand, par tesmoins dignes de foy, que Mre Guichard d’Angle lequel avoit este dernier senechal de Xaintonge pour le Roy de France, en son nouvel avenement, avoit semblablement fait le dit serement ; que le dit serment il voulut faire, par la maniere qu’il devoit, avant qu’il s’entremit en rien du fait de la jurisdiction. Lors le dit sire de Montferrand dit et repondit qu’il feroit volontiers ce qu’il devroit, et par le conseil et avis du conseil du Roy notre sire, fit le serment en la main de Monsieur le Maire sur une matynes par la maniere qui s’en suit :

Je Bertrand, sire de Montferrand, gouverneur et capitaine souverain pour le Roy d’Angleterre, mon seigneur , du chastel et ville et des appartenances et appandances de La Rochelle, promets à vous le Maire, pour vous et pour votre commun, vous garder vos privileges, droits, usages, coutumes, franchises et libertes, desquels il m’apparoistra sans les emfraindre ; ainsy me ait Dieu et les Evangiles notre seigneur, qui icy sont.

Apres lequel serment ainsi fait par le dit gouverneur en la presence du peuple, le dit gouverneur et le Maire s’en allerent sans rien plus faire cette journee.

Le mardy ensuivant, huitieme jour du dit mois de decembre, au temple de la dite ville, firent le serment, en la maniere dessus ditte, tous les autres habitants ou la plus grande partie de la ditte ville, religieux et autres, en la presence de noble homme Messire Guillaume Dureton, capitaine de Bergerac, à ce commis par le dit sire de Montferrand.

Au dit an, le dix septieme de decembre, le Roy Jean estant à Calais donna, par ses lettres patentes, exemption aux Rochellois de confiscation des biens et marchandises à eux appartenantes, occupees et prises en temps de guerre ou autrement ; et que les Maire, Echevins, Conseillers et Pairs ne soient tenus rendre compte, fors à eux ou leurs deputes, de toutes receptes et mises qu’ils auront faites, mais veut qu’ils en soyent quittes perpetuellement, ensemble des impositions tailles et autres subsides par eux imposes.

Le vingt cinquieme jour d’octobre mil trois cents soixante, le Roy Edouard d’Angleterre donna lettres scellees a lacz de soye et cire verte, par lesquelles les habitans de La Rochelle ne peuvent être contraints vendre ne prester leur chevaux contre leur volonte, ne aller en ost ne chevauchee du Roy, si premierement la ville n’est bien garnie, ne de recevoir chevaliers ou gens d’armes qui puissent avoir pouvoir sur la ville, ne fournir francs archiers ; et peuvent les marchands de St Omer, Arras, Gand, Yspres, Bruges et de Lislle venir trafiquer de marchandise à la ditte Rochelle ; et donna, sa ditte Majeste, lettres au dit an par lesquelles les habitans de La Rochelle sont exempts de payer finances, vantes, honneurs ne autre devoir des acquêts par eux faits ou qu’ils feront de choses nobles, soyent eux, leurs hoyrs ou successeurs ou qui d’eux auront cause, et ne sont sujets a ban ne arriere ban, pourvu qu’ils ayent valant en tous biens cinq cens livres.

Et le douzieme de juillet mil cinq cents soixante, fut donnee une sentence au siege de Cognac, signee J. Le Gendre, Daubigne, Thibaudeau et Gourdon ou sont compris les hôpitaux pour et au profit de ceux de La Rochelle. Item les dits Rochellois sont exempts et ne sont tenus rendre compte, fors à eux ou leurs deputes, de toutes receptes et mises qu’ils auront faites, mais en seront quittes perpetuellement, ensemble des impositions, tailles et autres subsides par eux imposes ; et ont droit de poids, aulnes et mesures sur les bourgeois et non bourgeois, à bled, vins, draps et tous autres, signe : de Sancta Œgidia, le douzieme de juin mil trois cents soixante ; et voulut par ses dittes lettres donnees à Calais, le vingt cinq du mois d’octobre au dit an, que l’isle d’Olleron fut du ressort de La Rochelle, et aussi que tous nauffrages ne se peuvent prendre par les gens du Roy et autres, mais doivent les biens du dit nauffrage estre rendus à ceux à qui ils sont, dedans l’an et jour.

Au dit an, Charles, fils du Roy de France, duc de Normandie et Dauphin de Viennois, donna lettres scellees en lacz de soie et cire verte, le douzieme jour d’octobre estant à Boulogne, faisant mention comme le dit seigneur fit à sçayoir à tous que, pour la paix nouvellement traittee entre son dit pere d’une part et son oncle le Roy d’Angleterre, il avait baille et transporte au dit Roy d’Angleterre la ville et chastel de La Rochelle

Au dit an, le dix septieme jour d’octobre, le Roy Jean estant prisonnier à Calais, parle traite fait avec le Roy d’Angleterre en la reddition de La Rochelle, donna lettres scellees à double queue de parchemin et cire blanche, faisant mention comme le dit seigneur voulut et ordonna que les biens de ceux de La Rochelle ne fussent ni occupes par confiscation ne autrement pour cause de la guerre avenir, par tout le royaume de France ou autres de l’alliance de France, les dits Rochellois estant en l’obeissance d’Angleterre ; par son expres commandement il promettoit et estoit tenu de les desendommager comme ses plus obeissans sujets et veut que les dits Rochellois puissent aller et leurs biens et marchandises par tout le royaume de France, sans payer aucun droit ne autre chose mise sus de nouveau, pour les grands services, depenses, charges, labeurs qu’ils luy avoient fait au royaume ; et rattifia les dites lettres au mois de novembre ensuivant, par autres lettres donnees à St-Omer, portant confirmation des precedentes et ordonna que, s’il estoit dû à ceux de La Rochelle aucuns meubles par luy ou ses officiers, au temps qu’il les mit en l’obeissence du Roy d’Angleterre, il promit de les payer sur son tresor et en outre ordonna que les dits de La Rochelle, estant en l’obeissance du Roy d’Angleterre, peussent tirer leurs biens meubles jusqu’à cinq ans, et leurs biens immeubles jusqu’à dix ans apres en suivant.

Au dit an, le vingt cinquieme d’octobre, le Roy Edouard d’Angleterre confirma tous les privileges à ceux de La Rochelle cy devant donnes, et mit la ditte ville en sa sauvegarde et annulla et mit à neant toutes charges et assignations faites sur les dits de La Rochelle et pays d’Aunix, et en outre leur donna conge d’aller par tout le royaume d’Angleterre marchandamment, tant par mer que par terre ; et sont exempts du parti qu’ils auroient pris avec le captal de Bœufs et Pierre de Villeneuve, capitaine de Tonnay Charente, ains qu’ils sont de l’obeissance du Roy d’Angleterre.


[1Le texte de la reddition de La Rochelle, bien que transcrit sur un des manuscrits de la bibliothèque de cette ville, n’est cependant qu’une copie de copies ; aussi n’a-t-il aucune authenticité comme orthographe ; nous reproduisons exactement, mais sans garantie, le texte même de la transcription qui date, je crois, de la fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe

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