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1372 - 1373 - Les défaites anglaises en Aunis, Saintonge, Angoumois et Poitou - 3

D 6 janvier 2012     H 23:12     A Pierre     C 0 messages A 1371 LECTURES


La dernière partie de l’année 1372 voit s’accélérer la déroute anglaise, tout particulièrement en Aunis. L’épisode de la flotte anglaise, bloquée par des vents contraires, et empèchée de venir au secours de la garnison de Thouars assiégée, est particulièrement significative de cette tranche d’histoire.

Pour comprendre les mots oubliés de la langue de Froissart, on consultera utilement, sur le site Histoire Passion, le Glossaire du français du 14ème siècle, dans les chroniques de Froissart :
- 1ère partie : A - H
- 2ère partie : I - W

Source : Chroniques de J. Froissart. T. 8, 1 (1370-1377) / publiées pour la Société de l’histoire de France par Siméon Luce - Paris - 1869-1899 - BNF Gallica

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Chronologie de cette période


1372,

- 23 juin. Défaite de la flotte anglaise devant La Rochelle. Voir sur Histoire Passion cette page sur la bataille navale de La Rochelle

- Juillet. Siège de Moncontour et de Sainte-Sévère - Reddition de ces deux places aux Français.

- 7 août. Reddition de Poitiers.

- Du 22 au 23 août. Défaite et capture de Jean de Grailly, Captal de Buch, connétable d’Aquitaine, et de Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, devant Soubise - Reddition de cette place

- Reddition d’Angoulême (8 septembre) - de Saint-Jean-d’Angély (20 septembre), - de Taillebourg, de Saintes (24 septembre) et de Pons (28 septembre).

Dans cette page :

- Reddition des châteaux ce Saint-Maixent (4 septembre), de Melle et de Civray.

- 8 septembre, reddition de La Rochelle.

- 15 septembre. Prise du château de Benon et reddition de Marans.

- 19 septembre. reddition de Surgères.

- 9 et 10 octobre. reddition de la ville et prise du château de Fontenay-le-Comte.

- 1er décembre. reddition de Thouars et soumission des principaux seigneurs du Poitou et de la Saintonge. - Siège de Mortagne.


1373,

- mars. défaite des Anglais à Chizé.

- 27 mars. occupation de Niort. - Reddition des châteaux de Mortemer et de Dienné

En bleu : texte original de Jean Froissart - En noir : commentaires et notes.

§ 705. Chil de le Rocelle estoient en trettiés couvers et secrés devers Yewain de Galles, qui les avoit assegiés par mer, sicom chi dessus vous avés oy, et ossi devers le connestable de France qui se tenoit à Poitiers, mès il n’en osoient nulz descouvrir ; car encores estoit li chastiaus en le possession des Englès, et sans le chastiel il ne s’osassent nullement tourner françois. Quant messires Jehans d’Evrues, sicom chi dessus est recordé, s’en parti pour conforter de tous poins chiaus de Poitiers, il y establi un escuier à garde, qui s’appelloit Phelippot Mansiel, qui n’estoit mies trop soutieulz ; et demorèrent avoech lui environ soissante compagnons. En ce temps avoit en le ville de le Rocelle un maieur durement agu et soubtil en toutes ses coses et bon François de corage, sicom il le moustra. Car quant il vei que poins fu, il ouvra de sa soutilleté, et ja s’en estoit descouvers à pluiseurs bourgois de le ville, qui estoient tout de son acord. Bien sçavoit li dis maires, qui s’appelloit sire Jehan [Cauderier], que cilz Phelippos, qui estoit gardiiens dou chastiel, comment qu’il fust bons homs d’armes, n’estoit mies trop soubtieulz ne perchevans sus nul malisce ; si le pria un jour de disner dalés lui, et aucuns bourgois de le ville. Chilz Phelippos qui n’i pensoit que tout bien, li acorda et y vint. Anchois que on s’assesist au disner, sire Jehans [Cauderier], qui estoit tous pourveus de son fait et qui enfourmé en avoit ses compagnons, dist à Phelippot « Chastelains, j’ay recheu de puis hier unes lettres de par nostre chier signeur le roy d’Engleterre, qui bien vous touchent. » - « Et queles sont elles ? » dist cilz. Respondi li maires « Je les vous mousterai et ferai lire en vostre presence, car c’est bien raisons. » Adont ala il en un coffre et prist une lettre toute ouverte, anchiennement faite, seelée dou grant seel le roy Edowart d’Engleterre, qui de riens ne touchoit à son fait ; mais il li fist touchier par grant sens, et dist à Phelippot « Vës le chi. » Lors li moustra le seel au quel cilz s’apaisa moult bien, car assés le recogneut ; mais il ne savoit lire pour tant fu il decheus. Sire Jehans [Cauderier] appella un clerch que il avoit tout pourveu et avisé de son fait, et dist « Lisiés nous ceste lettre. » Li clers le prist et lisi ce que point n’estoit en le lettre, et parloit en lisant que li rois d’Engleterre commandoit au maieur [de le Rochelle] que il fesist faire leur moustre de tous hommes armés demorans en le Rocelle, et l’en rescrisist le nombre par le porteur de ces lettres, car il le voloit savoir, et ossi de chiaus dou chastiel ; car il esperoit temprement à là venir et arriver. Quant ces parolles furent toutes dittes, ensi que on list une lettre, li maires appella ledit Phelippot, et li dist « Chastellain, vous oés bien que li rois, vos sires, me mande et commande siques de par lui, je vous commande que demain vous fachiés vostre moustre de vos compagnons en le place devant le chastiel. Et tantost apriès la vostre, je ferai la mienne, par quoi vous le verés ossi, si vaurra trop mieulz, et en ceste meisme place. Si en rescrirons l’un par l’autre la verité à nostre très chier signeur le roy d’Engleterre. Et aussi se il besongne argent à vos compagnons, je crois bien oïl, tantost le moustre faite, je vous en presterai, par quoi vous les paierés lor gages, car li rois d’Engleterre, nos sires, le m’a mandé ensi en une lettre close, que je les paie sus mon offisce. » Phelippes qui adjoustoit en toutes ces parolles grant loyauté, li dist « Sires maires, de par Dieu, puis que c’est à demain que je doy faire ma moustre, je le ferai volentiers, et li compagnon en aront grant joie, pour tant qu’il seront paiiet ; car il desirent à avoir argent. » Adont laissièrent il les parolles [sur tel estat] et alèrent disner, et furent tout aise. Apriès disner cilz Phelippos se retray ens ou chastiel de le Rocelle, et compta à ses compagnons tout ce que vous avés oy et leur dist « Signeur, faites bonne chière, car demain tantos apriès vo moustre, vous serés paiiet de vos gages car li rois l’a ensi mandé et ordené au maieur de ceste ville, et j’en ay veu les lettres. » Li saudoiier qui desiroient à avoir argent, car on leur devoit de trois mois ou plus, respondirent « Vechi riches nouvelles. » Si commencièrent à fourbir leurs bachinès, à roler leurs cotes de fier et à esclarchir leurs espées ou armeures teles qu’il les avoient. Ce soir se pourvei tout secrètement sire Jehans [Cauderier] et enfourma le plus grant partie de chiaus de le Rocelle, que il sentoit de son acord, et leur donna ordenance pour l’endemain, à savoir comment il se maintenroient.

Assés priès dou chastiel de le Rocelle et sus le place où ceste moustre se devoit faire, avoit vieses maisons où nulz ne demoroit. Si dist li maires que là dedens on feroit une embusche que quatre cens hommes armes, tous les plus aidables de le ville, et quant cil dou chastiel seroient hors issu, il se metteroient ent[re] le chastel et yaus et les encloroient ; ensi seroient il attrapé, ne il ne veoient mies que par aultre voie il les peuist avoir. Cilz consaulz fu tenus, et cil nommé et esleu en le ville qui devoient estre en l’embusche, et y alèrent tout secrètement très le nuit tout armé de piet en cap, et yaus enfourmé quel cose il feroient. Quant ce vint au matin apriès soleil levant, li maires de le Rocelle et li juret et chil de l’offisce tant seulement, se traisent tout de sarmé par couvreture pour plus legierement attraire chiaus dou chastiel avant. Et se vinrent sus le place où li moustre se devoit faire, et estoient monté cescuns sus bons gros ronchins pour tantost partir, quant la meslée se commenceroit. Li chastellains si tost que il vei apparoir le maieur et les jurés, il hasta ses compagnons, et dist « Alons ! Alons ! là jus en le place on nous attent » Lors se departirent dou chastiel tout li compagnon sans nulle souspeçon, qui moustrer se voloient et qui argent attendoient. Et ne demorèrent dedens le chastiel fors que varlet et meschines, et vuidièrent le porte et [le] laissièrent toute ample ouverte, pour ce que il y cuidoient tantost retraire, et s’en vinrent sus le place yaus remoustrer au maiieur et as jurés qui là estampoient. Quant il furent tout en un mont, li maires, pour yaus ensonniier, les mist en parolles, et disoit à l’un et puis à l’autre « Encores n’avés vous pas tout vostre harnas, pour prendre plains gages, il le vous fault amender. » Et chil disoient « Sire, volentiers. Ensi en genglant et en bourdant, il les tint tant que li embusche sailli hors armé si bien que riens n’i falloit et se boutèrent tantost entre le chastiel et yaus, et se saisirent de le porte. Quant li saudoiier veirent ce, si cogneurent bien qu’il estoient trahi et decheu si furent durement esbahi et à bonne cause. A ces cops se parti li maires et tout li aultre, et laissièrent leurs gens couvenir, qui tantost furent mestre de ces saudoiiers qui se laissièrent bellement prendre, car il veirent bien que deffense n’y valoit riens. Là les fisent li Rocellois tous un à un desarmer sus le place, et les menèrent en prisons en le ville en divers lieus, en tours et en portes de le ville dou plus n’estoient que yaus doi ensamble.

Assés tost apriès ce, vint li maires tous armés sus le place, et plus de mil homes en se compagnie. Si se traist incontinent devers le chastiel qui en l’eure li fu rendus ; car il n’i avoit dedens fors menue gent, mechines et varlès, en qui n’avoit nulle deffense ; mès furent tout joiant, quant il se peurent rendre, et on les laissa en pais. Ensi fu reconquis li chastiaus de le Rocelle.

Les habitants de la Rochelle, qui ont noué des intelligences avec Owen de Galles et aussi avec Bertrand du Guesclin, dès lors maître de Poitiers, voudraient bien se tourner français, mais ils
sont retenus par la crainte de la garnison anglaise qui occupe leur château. Pendant l’absence du capitaine Jean Devereux, parti de la Rochelle pour répondre à l’appel du maire de Poitiers, cette garnison est commandée par un écuyer nommé Philippot Mansel(1) homme d’armes d’une grande bravoure, mais d’une intelligence très bornée. Voici la ruse qu’imagine Jean Chauderier, maire de la Rochelle(2), pour s’emparer du château et en expulser les Anglais. Un jour, il invite à dîner Philippot Mansel et feint pendant le repas d’avoir reçu une lettre du roi d’Angleterre lui ordonnant de passer en revue les soudoyers de la garnison, qui sont au nombre de soixante, et de payer leurs gages échus depuis trois mois. Le lendemain, pendant que le maire passe en revue ces soudoyers sur une des places de la Rochelle, deux mille bourgeois armés leur coupent la retraite et se rendent maîtres du château resté sans défense, Les Anglais sont arrêtés, désarmés et enfermés deux par deux en divers endroits de la ville. P. 75 à 80, 308.

1. Jean Cot et Philippot Manssel étaient les deux principaux hommes d’armes de la garnison anglaise de la Rochelle. A la date du 12 septembre 1372, après la reddition de cette ville et la prise du château, Cot et Manssel étaient les prisonniers du duc de Berry, qui fit acheter deux roussins pour les monter. « A Naudon de Figac et Geffroy Narron pour deux roussins pris et achatés d’eulx, du commandement monseigneur (le duc de Berry), pour monter Jehan Cot et Philippot Manssel, Anglois, prisonniers de mon dit seigneur (Arch. Nat., KK 251, f° 98).

2. En 1372, le maire de la Rochelle était non pas Jean Chauderier, mais Pierre de Boudré. Au commencement du mois d’octobre de cette année, « honorable homme et sage sire Pierre de Boudré, maire de la Rochelle », prêta aux frères Jacques et Morelet de Montmor une somme de 969 francs d’or destinée à l’achat d’un certain nombre de chevaux pour amener à Paris le captal de Buch, laquelle somme fut remboursée le 16 novembre suivant à Jean Kaint, facteur du dit maire (Arch. Nat., J 475, n° 100/1).


§ 706. Quant li dus de Berri et li dus de Bourbon et ossi li dus de Bourgongne, qui s’estoient tenu moult longhement sur le[s] marches d’Auvergne et de Limozin, à plus de deus mil lanches, entendirent ces nouvelles, que chil de le Rocelle avoient bouté hors les Englès de leur chastiel et le tenoient pour leur, si s’avisèrent que il se trairoient celle part pour veoir et savoir quel cose il vorroient faire. Si se departirent de le marche où il s’estoient tenu, et chevaucièrent devers Poito le droit chemin pour venir à Poitiers par devers le connestable. Si trouvèrent une ville en leur chemin en Poito c’on dist Saint Maxiien, qui se tenoit englesce, car li chastiaus qui siet au dehors de le ville estoit en le gouvrenance d’Englès. Sitos que chil signeur et leurs routes furent venu devant le ville, chil de Saint Maxiien se rendirent, salves leurs corps et leurs biens, mès li chastiaus ne se volt rendre. Dont le fisent assallir li dit signeur moult efforciement, et là eut un jour tout entier grant assaut, et ne peut ce jour estre pris. A l’endemain de rechief, il vinrent assallir si efforchiement et de si grant volenté, qu’il le prisent, et furent tout chil mort qui dedens estoient ; puis chevaucièrent li signeur oultre, quant il eurent ordonné gens de par yaus pour garder le ville, et vinrent devant Melle, et le prisent et le misent en l’obeïssance dou roy de France, et puis vinrent devant le chastiel de Sevray. Chil de Sivray se tinrent deus jours, et puis se rendirent, salve leurs corps et leurs biens. Ensi li signeur, en venant devers le chité de Poitiers, conqueroient villes et chastiaus, et ne laissoient riens derrière yaus, qui ne demorast en l’obeissance dou roy de France ; et tant cheminèrent qu’il vinrent à Poitiers où il furent recheu à grant joie dou connestable et de ses gens et de chiaus de le cité.

Les ducs de Berry, de Bourbon et de Bourgogne, qui s’étaient tenus très longuement sur les marches de l’Auvergne et du Limousin(1) à la tête de deux mille lances, lorsqu’ils apprennent que les habitants de la Rochelle ont chassé les Anglais, se dirigent vers Poitiers, où ils vont rejoindre le connétable de France. Chemin faisant, ils s’emparent des châteaux de Saint-Maixent(2), de Melle et de Civray. P. 80, 81, 309.

1. Froissart se trompe grossièrement lorsqu’il affirme que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon s’étaient tenus « moult longuement sur les marches de l’Auvergne et du Limousin ». Le duc de Berry, qui avait fait son entrée à Poitiers dès le 7 août, le jour même de la reddition, attendit dans cette ville, avant de se remettre en campagne, l’arrivée du corps d’armée que lui amenait son frère cadet, Philippe, duc de Bourgogne. Parti de Nevers le mercredi 18 août, celui-ci, après un trajet de dix jours à travers le Berry et la Touraine, n’arriva dans la capitale du Poitou que le samedi 28 au matin, le même jour qu’Olivier, seigneur de Clisson, et que Charles d’Artois, comte d’Eu. Pendant ce temps, Bertrand du Guesclin et Louis, duc de Bourbon, paraissent avoir dirigé les opérations en Saintonge, opérations dont les deux principaux résultats furent la délivrance de la duchesse de Bourbon et la prise du captal de Buch.

2. Deux-Sèvres, arr. Niort, entre cette ville et Poitiers. On voit par les comptes de Philippe le Hardi, qui sont heureusement parvenus jusqu’à nous, que le duc de Bourgogne partit de Poitiers le 30 août au matin, dina et gîta le soir à Sanxay, fit halte le 31 à la Mothe-Sainte-Heraye (Deux-Sèvres, arr. Melle) et arriva le mercredi 1er septembre devant le château de Saint-Maixent. Après avoir assisté à la messe dans l’église du lieu à laquelle il fit une offrande, le duc attaqua le château, qui ne fut emporté que le samedi 4 après quatre jours de siège (E. Petit, Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 9). Saint-Maixent possédait une antique abbaye dont let religieux avaient mis beaucoup d’empressement à faire leur soumission. Pour les récompenser, Charles V confirma leurs privilèges par acte en date du 26 novembre 1372 (Ordonn., V, 545, 546) ; et dans un autre acte octroyé en leur faveur le 27 juillet de l’année suivante pour les placer dans le ressort de Chinon substitué à celui de Loudun, il est fait mention des services signalés rendus à la Couronne de France par Guillaume de Vezençay, qui fut abbé de Saint-Maixent de 1363 à 1380 (Ibid., 625, 626).


§ 707. Quant li troi duch dessus nommé furent venu à Poitiers et toutes leurs routes, qui se logièrent là où environ sus le plat pays pour estre mieulz à leur aise, li duc de Berri eut conseil qu’il envoieroit devers chiaus de le Rocelle pour sçavoir quel cose il vorroient dire et faire, car encores se tenoient il si clos que nulz n’entroit ne issoit en leur ville. Si y envoia li dis dus certains hommes et messages pour trettier et savoir mieulz leur entente. Li message de par le duch de Berri et le connestable furent bellement recheu, et respondu qu’il envoieroient devers le roy de France ; et se li rois leur voloit acorder che qu’il demandoient, il demorroient bon François. Mais il prioient au duch de Berri et au connestable que il ne se volsissent mie avanchier ne leurs gens, pour yaus porter nul damage ne nul contraire, jusques adont qu’il aroient mieus causé. Che fu tout che que li message raportèrent. Cheste response plaisi [assés] bien as dessus dis le duch de Berri et le connestable, mes ils se tinrent tout quoi à Poitiers et sus le Marche, sans riens fourfaire as Rocellois ; et Yewains de Galles par mer ossi les tenoit pour assegiés, comment qu’il ne leur fesist nul contraire.

Or vous dirai de l’estat des Rocellois et sus quel point et article il se fondèrent et perseverèrent. Tout premièrement il envoiièrent douse de leurs bourgois des plus souffissans et des plus notables à Paris devers le roy de France, sus bon saufconduit que il eurent dou roy alant et venant, anchois que il se partesissent de le Rocelle. Li rois qui les desiroit à avoir pour amis et pour ses obeïssans, les rechut liement et oy volentiers toutes leurs requestes, qui furent celes que je vous dirai. Cil de le Rocelle voloient tout premièrement, anchois que il se mesissent en l’obéissance dou roy, que li chastiaus de le Rocelle fust abatus. En apriès il voloient que li rois de France pour tous jours mes, ilz et ses hoirs, les tenist comme de son droit demainne de le couronne de France, ne jamais n’en fuissent eslongié pour pais, pour accord, pour mariage ne pour alliance quelconques il euist au roy d’Engleterre ne à autre signeur. Tierchement il voloient que li rois de France fesist là forgier florins et monnoie d’otel pris et aloy, sans nulle exception, que on forgoit à Paris. Quartement il voloient que nulz rois de France, si hoir ne si successeur, ne peuissent mettre ne assir sus yaus ne sus leurs masniers taille ne sousside, gabelle, ayde ne imposition nulle ne fouage ne cose qui le ressemblast, se il ne l’acordoient ou donnoient de grasce. Quintement il voloient et requeroient que li rois les fesist absorre et dispenser de leurs fois et sieremens qu’il avoient juret et prommis au roy d’Engleterre, la quele cose estoit uns grans prejudisces à l’ame, et s’en sentoient grandement cargié en conscience. Pour tant il voloient que li rois à ses despens leur impetrast du Saint Père le pape absolution et dispensation de tous ces fourfais.

Quant li rois de France oy leurs articles et leurs requestes, si leur en respondi moult doucement qu’il en aroit avis. Sur ce, li dis rois s’en conseilla par pluiseurs fois as plus sages de son royaume, et tint là dalés lui moult longement chiaus de le Rocelle, mes finablement de toutes leurs demandes il n’en peut riens rabatre, et couvint que il leur acordast toutes, seelast, cancelast et confremast pour tenir à perpetuité. Et se partirent dou roy de France [bien content], chartré, burlé et seelé tout ensi comme il le veurent avoir et deviser, car li rois de France les desiroit moult à avoir en se obeissance, et recommendoit le Rocelle pour le plus notable ville que il euist par delà Paris. Et encores à leur departement, leur donna il grans dons et biaus jeuiaus et riches presens pour reporter à leurs femmes. Dont se partirent dou roy et de Paris li Rocellois, et se misent au retour.

De Poitiers où ils se tiennent(1) les trois ducs de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et le connétable de France envoient des messagers à la Rochelle s’enquérir des dispositions des bourgeois de cette ville ; ceux-ci font savoir qu’ils sont et seront bons Français, pourvu que Charles V fasse droit à leurs demandes, mais qu’en attendant ils prient le duc de Berry et le connétable Bertrand de se tenir et de tenir leurs gens d’armes éloignés de la Rochelle. Ils envoient douze d’entre eux à Paris exposer au roi de France leurs conditions ; ils exigent 1° le rasement du château(2) 2° la réunion irrévocable de leur ville au domaine de la Couronne ; 3° la création d’un hôtel des monnaies à la Rochelle ; 4° l’exemption de toute taille, gabelle, louage, subside, aide ou imposition qui n’aurait pas été levée avec leur assentiment ; 5° une sentence du pape les relevant du serment de fidélité qu’ils avaient
prêté au roi d’Angleterre. Charles V, qui estime que la Rochelle est de toutes les villes de cette partie de son royaume celle dont la possession lui importe le plus, accorde aux députés des Rochellais tout ce qu’ils lui demandent(3) ; il les comble même de cadeaux et de joyaux qu’il les charge d’offrir de sa part à leurs femmes. P. 81 à 83, 309.

1. On a vu par ce qui précède que, des trois ducs désignés ici par Froissart, le seul qui semble avoir fait un assez long séjour à Poitiers avant la reddition de la Rochelle, à savoir du 7 au 29 août, est Jean, duc de Berry.

2. « Charles V ordonna qu’il ne seroit fait ni poursuite ni recherche de ceux qui avoient rasé le château aussitôt après l’expulsion des Anglois ce qui prouve que la démolition de ce château ne fut point un des articles stipulés, comme nos écrivains modernes l’assurent d’après Froissart. P. Arcère, Hist. de la Rochelle, I, 260.

3. Les habitants de la Rochelle obtinrent en effet, dans les quatre ou cinq mois qui suivirent la reddition de cette ville, la plupart des avantages énumérés ici par Froissart, à savoir, le 25 novembre 1372, la création ou plutôt le rétablissement de leur hôtel des monnaies (Ordonn., V, 543) et le 8 janvier suivant, la confirmation de tous leurs anciens privilèges et en outre l’octroi de la noblesse aux maire, échevins et conseillers en même temps que la remise des droits de franc fief aux non-nobles (Ibid., 571 à 576).


§ 708. Or retournèrent li bourgois de le Rocelle en leur ville, qui avoient sejourné, tant à Paris que sus leur chemin, bien deus mois. Si moustrèrent à chiaus qui là les avoient envoiiés et à le communauté de le ville, quel cose il avoient esploitié et impetré, sans nulle exeption, toutes leurs demandes. De ce eurent il grant joie, et [se] contentèrent grandement bien dou roi et de son conseil. Ne demora de puis mies trois jours que il misent ouvriers en oevre et fisent abatre leur chastiel et mettre rés à rés de le terre, ne onques n’i demora pière sus aultre, et l’assamblèrent là en le place en un mont. De puis en fisent il ouvrer as neccessités de le ville et paver aucunes rues qui en devant en avoient grant mestier. Quant il eurent ensi fait, il mandèrent au duc de Berri que il venist là, se il li plaisoit, et que on le recheveroit volentiers au nom dou roy de Franche, et feroient tout che qu’il devoient faire. Li dus de Berri y envoia monsigneur Bertran de Claikin, qui avoit de prendre le possession procuration du roy de France. Lors se parti de Poitiers à cent lances li dis connestables, à l’ordenance dou duch de Berri, et chevauça tant qu’il vint en le ville de le Rocelle, où il fu recheus à grant joie, et moustra de quoi procuration dou roy, son signeur. Si prist le foy et l’ommage des hommes de le ville, et y sejourna trois jours, et li furent faites toutes droitures, ensi comme proprement au roy, et y rechut grans dons et biaus presens. Et ossi il en donna fuison as dames et as damoiselles, et, quant il eut assés revelé et jeué, il se parti de le Rocelle, et retourna arrière à Poitiers.

Ne demora gaires de temps puissedi que li rois de France envoia ses messages devers Yewain de Galles, eu lui mandant et segnefiant que il le veroit volentiers, et son prisonnier le captal de Beus. Encore ordonna li rois en ce voiage, que li amiraus dou vaillant roy Henri de Chastille, dan Radigho de Rous, se partesist o toute sa navie et retournast en Espagne, car pour celle saison il ne le voloit plus ensonniier. Ensi se desfist li armée de mer, et retournèrent li Espagnol, et furent, ains leur departement, tout sech paiiet de leurs gages, tant et si bien que il se contentèrent grandement dou roy de France et de son paiement. Et Yewains de Galles, au commandement et ordenance dou roy, prist le chemin de Paris, et là amena le captal de Beus, dont li rois eut grant joie, et le quel bien cognissoit, car il l’avoit vu aultrefois : se li fist grant chière et lie, et le tint en prison courtoise, et li fist prommettre et offrir grans dons et grans hiretages et grans pourfis, pourli rattraire à sen amour par quoi il se fust retournés françois ; mes li captaus n’i volt onques entendre, mais bien disoit as barons et as chevaliers de France, qui le visetoient et qui de chou l’aparloient, que il se ranceneroit volentiers si grandement que cinc ou sis fois plus que sa revenue par an ne li valoit, mès li rois n’avoit point conseil de ce faire. Si demora la cose en cel estat, et fu de premiers mis ou chastiel dou Louvre, et là gardés bien songneusement et le visetoient souvent li baron et li chevalier de France.

Or revenrons nous as besognes de Poito, qui ne sont mies encores toutes furnies.

Les bourgeois de la Rochelle s’empressent de raser leur château(1), dont ils ne laissent pas pierre sur pierre et dont ils emploient les débris au pavage de leurs rues ; cela fait, ils informent le duc de Berry qu’ils sont tout prêts à le recevoir au nom du roi de France. Par l’ordre du duc, Bertrand du Guesclin part de Poitiers avec une compagnie de cent lances et va prendre possession de la Rochelle(2). Après cette prise de possession, Radigo le Roux, amiral de Castille, et ses marins, ayant reçu le payement de leurs gages(3), lèvent l’ancre et reprennent le chemin de l’Espagne. Quant à Owen de Galles, il se dirige vers Paris, où il amène au roi le captal de Buch(4). Charles V fait le meilleur accueil à Jean de Grailly qu’il espère attirer dans son parti ; mais le captal reste insensible à ces avances ; il offre seulement de se racheter en payant cinq ou six fois plus que son revenu annuel. Le roi de France, à son tour, repousse cette offre et tient son prisonnier enfermé au château du Louvre. P. 83 à 85, 309.

1. Par acte daté du mois d’avril 1373, Charles V institua Bernard Gautier, bourgeois de la Rochelle, ouvrier du serment de France au nouvel hôtel des monnaies qu’il venait d’établir dans cette ville, pour le récompenser des services qu’il avait rendus « à aidier à bouter hors de nostre chastel du dit lieu les Anglois » (Arch. Nat., JJ 104, n° 156, f° 70).

2. D’après la Chronique des quatre premiers Valois, plusieurs des hommes d’armes qui avaient l’habitude de combattre sous la bannière personnelle de Bertrand du Guesclin prirent part au combat de Soubise, où l’on attaqua les Anglo-Gascons en poussant le fameux cri de guerre du connétable « Claquin ! Notre Dame ! Claquin ! » D’un autre côté, Cabaret d’Orville, dans sa Chronique du bon duc Loys de Bourbon, après avoir raconté que Bertrand aida le duc de Bourbon à emporter d’assaut la Tour de Broue où l’on retenait prisonnière la duchesse douairière de Bourbon, mère du duc Louis, ajoute que cette prise de la Tour de Broue précéda immédiatement l’affaire de Soubise « Quant la Tour de Brou fut rendue, les gens du duc de Bourbon s’en allèrent courre devant Sebise » (édit. Chazaud, 1876, p. 92). La forteresse de Soubise et la Tour de Brou ou de Broue, située à seize kilomètres au sud de Soubise, commandaient le cours inférieur de la Charente et par suite les communications par terre entre la Rochelle et Bordeaux. Une fois maître de ces deux points stratégiques, Bertrand du Guesclin, après avoir assuré ainsi ses derrières, put procéder en toute sécurité à l’investissement de la Rochelle par terre en même temps que la flotte des frères de Montmor, de Jean de Rye, d’Owen de Galles et des Espagnols, ancrée entre les îles de Ré, d’Aix, d’Oléron et le continent, bloquait étroitement cette ville par mer (Ordonn., V, 567). Ce blocus, mis ou du moins resserré et complété après l’occupation de Soubise qui eut lieu le 23 août, dura jusqu’à la reddition de la Rochelle, c’est-à-dire jusqu’au 8 septembre suivant. Ce fut pendant cet intervalle que les Rochellais, s’il en faut croire un de leurs historiens, consentirent à payer au connétable une somme de cinquante mille livres tournois, a la condition qu’on épargnerait leurs maisons et leurs terres (P. Arcère, d’après Barbot, Hist. de la Rochelle, I, 253). Le rôle actif joué par Du Guesclin dans les préliminaires de la reddition de la Rochelle est attesté par plusieurs actes, notamment par une donation datée du 5 septembre 1372, antérieure par conséquent de trois jours à l’entrée des Français dans la capitale de l’Aunis. Cette donation de deux maisons, l’une sise à la Rochelle, l’autre à Dompierre en Aunis, fut faite par Charles V à un Breton nommé Yvon le Corric, qui avait servi le roi « en la compaignie de son amé et féal connestable, pour la bonne diligence qu’il a mis à faire venir et tourner la Ville de la Rochelle en nostre obeissance » (Arch. Nat., JJ 103, n° 287, f° 136).
Par un autre acte délivré à la Rochelle sous son sceau le 8 septembre, précisément le jour où Jean, duc de Berry, prit possession de cette ville au nom du roi de France, Du Guesclin lui-même fit don d’une maison sise dans la rue de la Blatrie à un bourgeois de la Rochelle appelé Jamet du Chesne, originaire de Bretagne, « en remuneracion des aervices faiz par le dit Jamet, en pourchaçant à faire venir et retourner de nouvel la ville de la Rochelle en l’obeissance du roy » (JJ 104, no 36, f° 15).

3. Ces Espagnols, qui depuis l’affaire de Soubise ne cessaient de réclamer le captal de Buch comme leur prisonnier, eurent un jour une rixe sanglante avec un certain nombre d’habitants de la Rochelle « ou temps que nostre dicte ville (de la Rochelle) vint derrenierement en nostre obeissance », lit-on dans une lettre de rémission datée de mai 1373, « une très grant noize et tumulte soursist entre les gens du navire Espaigne et aucuns des habitans de nostre dicte ville, et y eut de part et d’autre grant quantité de gens armés tant que aussi comme tous les habitans de nostre dicte ville en furent commeuz ». Cette rixe éclata peut-être à l’occasion du transfert à la Rochelle du captal de Buch et des autres prisonniers revendiqués par les Espagnols.

4. Le 8 septembre, le captal et les autres personnages de marque faits prisonniers à l’affaire de Soubise, que l’on avait gardés jusqu alors à bord d’un navire ancré en vue de l’ile d’Oléron, furent transférés par l’ordre de Du Guesclin à la Rochelle où ils restèrent jusqu’au 6 octobre sous la garde de Morelet de Montmor et de 16 autres hommes d’armes ; ensuite, on les interna dans l’abbaye de Saint-Maixent, où ils séjournèrent pendant le reste du mois d’octobre et pendant tout le mois de novembre. Au commencement de décembre, ils prirent place dans le cortège des ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, lorsque ces trois ducs quittèrent le Poitou, en compagnie de Bertrand du Guesclin, pour se diriger vers Paris, où ils arrivèrent le 11 de ce mois (Arch. Nat., J 475, n° 1001 à 7). « Ce jour de samedi XIe jour de decembre (1372) retournèrent de la conqueste de Poitou, Xantonge et Angoloisme et la Rochelle et entrèrent à Paris noz seigneurs les duz de Berry, Bourgoigne et Bourbon et plusieurs autres barons et seigneurs en leur compaignie et aussi le connestable de France. Et lors Pierret d’Auvillier, escuier, amena le captal de Buch, messire Guillaume (lisez Thomas) de Percy et le sire de Mareuil et autres prisonniers gascoins et anglois. Le dit Pierret avoit pris en bataille le dit captal, etc. » (Arch. Nat., sect. jud., X 1470, f° 6).


§ 709. Quant li connestables de France eut pris le saisine et possession de le bonne ville de le Rocelle, et il se fu retrais à Poitiers, si eurent conseil li signeur que il se partiroient de là et venroient devant aucuns chastiaus qui estoient en le marche de le Rocelle, par quoi la ville, se il se partoient dou pays, demorroit en plus segur estat. Car encores estoient englès Marant, Surgières [et] Fontenay le Conte, et couroient tous les jours chil de ces garnisons jusques as portes de le Rocelle, et leur faisoient moult de destourbiers. Si se partirent de Poitiers en grant arroi, li dus de Berri, li dus de Bourgongne, li dus de Bourbon, li daufins d’Auvergne, li sires de Sulli, li connestables de France, li mareschaus de France et bien deus mil lances, et s’en vinrent premierement devant le chastiel de Benon. Si en estoit chapitainne de par le captal uns escuiers d’onneur de le conté de Fois, qui s’appelloit Guillonès de Paus, et uns chevaliers de Naples, qui s’appelloit messires Jakes, doi appert homme d’armes malement. Et avoient là dedens avoech yaus des bons compagnons, qui ne furent mies trop effraé, quant chil signeur et li connestables les eurent assegiés, mes se confortèrent en ce que bien lor sambloit qu’il estoient pourveu assés de vivres et d’arteillerie. Si furent assali pluiseurs fois, mès trop bien se deffendirent de deus ou de trois assaus à che commenchement qu’il eurent. Assés priès de là siet li garnison de Surgières, où il avoit bien soissante lances d’Englès, tous bons compagnons et droite gent d’armes. Si s’avisèrent un jour que de nuit il venroient resvillier l’ost des François, et s’enventurroient se il pooient riens conquerir. Si se partirent de leur fort, quant il fu tout avespri, et chevaueièrent devers Benon, et se boutèrent environ mienuit en l’ost et chevaucièrent si avant qu’il vinrent sus le logeis dou connestable, et là s’arrestèrent. Si commenchièrent à abatre et à decoper et blechier gens qui de ce ne se donnoient garde. Si en y eut moult de navrés et de mal appareilliés et par especial, ou logeis dou connestable, fu occis uns siens escuiers d’onneur, que il amoit oultre l’ensengne. Li hos s’estourmi, on s’arma tantost. Chil se retraisent, quant il veirent que poins fu et qu’il eurent fait leur emprise, et retournèrent sans damage en leur garnison. Quant li connestables sceut le verité de son escuier que tant amoit, que il estoit mors, si fu telement courouchiés que plus ne peut, et jura que de là jamais ne partiroit, si aroit pris le chastiel de Benon, et seroient sans merchi tout chil mort, qui dedens estoient. A l’endemain, quant il eut fait entierer son escuier, il commanda toutes ses gens à armer et traire avant à l’assaut, et, pour mieulz esploitier, il meisme s’arma et y ala. Là eut grant assaut et dur et bien continué ; et telement s’i esprouvèrent Breton et aultres gens, que li chastiaus de Benon fu pris et conquis de forche, et tout chil qui dedens estoient, mort et occis, sans prendre nullui à merchi.

Les chateaux de Marans, de Surgères, de Fontenay-le-Comte sont toujours occupés par les Anglais, qui font des incursions jusqu’aux portes de la Rochelle. Après avoir réuni sous leurs ordres un corps d’armée de deux mille lances, les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, le connétable et les maréchaux de France, Béraud, dauphin d’Auvergne, et Louis, seigneur de Sully, quittent Poitiers(1) et vont mettre le siège devant le château de Benon(2). Guillonet de Pau(3), écuyer d’honneur du comte de Foix, et un chevalier napolitain connu sous le nom de « messire Jacques » ont été mis par le captal à la tête de la garnison de ce château. Les Français livrent sans résultat deux ou trois assauts. Vers le milieu de la nuit, un détachement de la garnison anglaise de Surgères(4) tombe à l’improviste dans le camp des assiégeants et tue un écuyer d’honneur(5) du connétable de France. Furieux de la mort de cet écuyer, Bertrand du Guesclin emporte d’assaut le château de Benon, dont il fait passer la garnison au fil de l’épée. P. 85 à 87, 309.

1. Les ducs de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et Bertrand du Guesclin n’arrivaient pas de Poitiers lorsqu’ils mirent le siège devant le château de Benon ; ils venaient de prendre possession de la Rochelle.

2. Le château de Benon (Charente-Inférieure arr. la Rochelle, c. Courçon) commandait la route de la Rochelle à Niort par Nuaillé. Les trois ducs et le connétable de France, qui arrivaient de la Rochelle ou plutôt du Bourgneuf près de la Rochelle, où ils s’étaient tenus avec leurs gens d’armes du 5 au 11 septembre, vinrent camper « aux champs devant le chastel de Benoin » dans la journée du dimanche 12. Le château fut pris le mercredi 15 après trois jours de siège (Campagne de Philippe la Hardi en 1372, p. 10). Le duc de Berry a daté de Benon en septembre 1372 (par conséquent du 12 au 15 de ce mois) un acte par lequel il transféra le marché de Bourgneuf en Aunis (Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. la Jarrie) du dimanche au samedi, en même temps qu’il établit au dit lieu deux foires annuelles fixées au 30 août et à la Sainte-Catherine (25 novembre), à la supplication de Guillaume Arnaud, commandeur de la maison du Bourgneuf de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, « pour consideracion que pour cause des présentes guerres pour la première venue que noz amez et feaulx le connestable de France et le sire de Cliçon, qui ou grant nombre de gens d’armes et autres en leurs compaignies furent ou dit lieu de Bourgneuf, pour lesquelles choses il dit les biens et facultez de la dite maison estre grandement diminués » (Arch, Nat., JJ 104, n° 104, f° 37 v° ; Ordonn., V, 606). - Le passage que nous avons souligné indique clairement que Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, étaient venus camper au Bourgneuf et avaient commencé le blocus par terre de la Rochelle avant l’arrivée du duc de Bourgogne au même lieu le 5 septembre et des ducs de Berry et de Bourbon qui ne rejoignirent Philippe le Hardi, avec lequel ils dînèrent, que le lendemain 6 (Campagne de Philippe le Hardi, p. 9).

3. Le prénom de cet homme d’armes est tantôt Guillonet, tantôt Gui, tantôt Guillaume, car il y a des exemples de ces trois formes dans les manuscrits. Le nom même varie et on le trouve écrit ici Pans, là Paus. Comme Froissart donne à ce chef de compagnies le titre d’écuyer du comte de Foix, la forme de Paus, qui semble indiquer que cet aventurier avait pris le nom de la capitale du Béarn, d’où il était sans doute originaire, nous a paru mériter la préférence. Ernauton de Pau ou de Paus, autre chef de Compagnies, devait appartenir à la même famille que Guillonet, quoiqu’il eût embrassé le parti adverse en se mettant au service du duc d’Anjou. Cuvelier désigne comme capitaine de Benon, non point Guillonet de Pau, mais un Anglais nommé Davy :

Cappitain y avoit c’on appeloit Davi. (Chronique rimée de B. du Guesclin., II, 283, vers 21 642.)

4. D’après Cuvelier, ce fut un détachement de douze fiers compagnons de la garnison de Benon, et non de celle de Surgères, qui fit une sortie au milieu de la nuit et opéra la surprise meurtrière racontée ci par Froissart (Ibid., 285-287, vers 21 700 à 21 754).

5. « Et là perdit le connestable quatre de ses gentilz hommes qui gouvernoient tout son faict lesquels estoient en leur lougis en leur lit où ils dormoient ; si eurent laissé d’aventure l’huis ouvert leurs varlets qui jouoient aux dés, et furent tués les gentils hommes par ceulx de la garnison de Benon » (Cabaret d’Orville, Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. Chazaud, p. 91). Ce détail est confirmé par Cuvelier, qui donne le nom du plus considérable de ces gentils hommes, celui que Froissart qualifie écuyer d’honneur du connétable, Geffroi Payen, et par l’Histoire de la Rochelle d’Amos Barbot, qui mentionne outre Geffroi Payen, Thomas de la Luzerne et Jean Boterel (Chron.
rimée, éd. Charrière, II, 286 et 287 ; Amos Barbot, Hist. de la Rochelle, Saintes, 1886, t. I, p. 204). D’après Cuvelier et l’auteur de la Chronique en prose, Olivier, seigneur de Clisson, furieux de la mort de Geffroi Payen son parent, fendit à coups de hache la tête à quinze Anglais de la garnison de Benon et mérita ainsi le surnom de boucher que les Anglais lui donnèrent depuis lors :

Englois ne pueent mais, par le corps sainct Benoit,
S’il appellent bouchier Olivier là endroit.

(Chron. rimée, II, 290, vers 21852 et 21853.)


§710. Apriès che que li connestables de France eut faite sen entente dou chastiel de Benon et de tous ceulz qui dedens estoient, il donna conseil de traire devant le chastiel de Marant à quatre liewes de le Rocelle. Dou chastiel de Marant estoit chapitainne uns Alemans qui s’appelloit Wisebare, hardi homme durement, et avoit avoech lui grant fuison d’Alemans. Mais, quant il veirent que cil signeur de France venoient si efforciement et que riens ne se tenoit devant yaus, et que chil de le Rocelle s’estoient tourné franchois, et que li connestables avoit tous mis à mort chiaus dou chastiel de Benon, si furent si enraé que il n’eurent nulle volenté d’yaus tenir ; mès se rendirent, et le forterèce, et se tournèrent tout françois, et le jurèrent à estre bon de ce jour en avant, en le main dou signeur de Pons, que li connestables y envoia pour trettiier et pour prendre le saisine et possession, mes il y misent une condicion tant que on leur vorroit paiier de leurs gages, ensi que li Englès les avoient paiiés bien et courtoisement, et, se on en estoit en defaute, il se pooient partir sans nulle reproce et traire quel part qu’il voloient on leur eut ensi en couvent. Si demorèrent sus cel estat comme en devant, pour tenir et garder le forterèche, et puis passèrent li signeur oultre, et vinrent devant le chastiel de Surgières. Quant il furent là parvenu, il le trouvèrent tout vuit et tout ouvert ; car chil qui l’avoient gardé toute le saison, pour le doubtance dou connestable, s’en estoient parti et bouté en aultres forterèces en Poito. Si entrèrent li François dedens le chastiel de Surgières, et le rafreschirent de nouvelles gens, et puis chevaucièrent devant Fontenay le Conte, où la femme à monsigneur Jehan de Harpedane se tenoit, et avoech lui pluiseurs bons compagnons, qui ne furent à che commenchement noient effraé de tenir le forterèce contre les François.

Les Français assiègent ensuite le château de Marans(1), situé à quatre lieues de la Rochelle et où des Allemands tiennent garnison sous les ordres d’un certain Wisebare. Ces Allemands, craignant qu’on ne les traite comme les soudoyers de Benon, s’empressent de rendre leur forteresse et s’enrôlent au service du roi de France à la seule condition qu’ils seront payés de leurs gages. Arrivé devant Surgères(2), le connétable trouve ce château complètement vide ; la garnison s’est enfuie à son approche. Il l’occupe et chevauche vers Fontenay-le-Comte(3), où la femme(4) de Jean Harpedenne dirige la résistance. P. 87, 88, 309.

1. Charente-Inférieure, arr. la Rochelle. Marans est situé à 20 kilomètres environ au nord de cette dernière ville et de Benon, sur la rive gauche et à peu de distance de l’embouchure de la Sèvre. Par lettres datées de Marans au mois de septembre 1372 et par mandement spécial adressé à Geffroi Kerimel et à Geffroi Budes, chevaliers, Bertrand du Guesclin donna à son bien amé écuyer Perrot Maingny les biens meubles et héritages confisqués sur Jean Wilale et Henri Abot, Anglais et ennemis du roi, biens situés en la ville et châtellenie de Fontenay-le-Comte (Arch. Nat., JJ 103, n° 371, f° 178 v°). Il n’est malheureusement pas fait mention dans cette charte du quantième du
mois ; mais comme l’itinéraire suivi par Du Guesclin dans la partie méridionale de la Saintonge pendant la seconde quinzaine de septembre est parfaitement établi et repose sur des actes authentiques, l’occupation de Marans par le connétable, si elle n’a pas coïncidé avec le siège de Benon, doit remonter aux premiers jours de septembre.

Après s’être couvert au sud, en occupant, dès le 23 août, la forteresse de Soubise qui commandait le cours inférieur de la Charente, il est probable qu’un stratégiste aussi habile que Du Guesclin, voulant mettre les assiégeants à l’abri de toute surprise, aussi bien du côté du nord que du côté du midi, reconnut qu’il fallait pour cela réduire préalablement en son pouvoir le château de Marans par lequel on était maître du cours inférieur de la Sèvre. Si cette hypothèse est fondée, la démonstration contre Marans a dû suivre l’affaire de Soubise et avoir lieu dans les trois ou quatre premiers jours de septembre.

2. Charente-Inférieure, arr. Rochefort-sur-Mer. Un acte émané de Du Guesclin (donation à Simon La Grappe, écuyer, huissier d’armes du roi, des biens confisqués de Robert de Grantonne, prêtre anglais, sis en la châtellenie de Fontenay-le-Comte), dont une copie se trouve dans un registre du Trésor des Chartes (JJ 103, n° 341, f° 167) est daté « devant Surgieres le treziesme jour du mois de septembre l’an mil CCCLXXII » mais comme le connétable semble avoir pris part au siège de Benon, qui dura du 12 au 15, la date de cette donation faite à La Grappe est sans doute fautive et peut provenir de l’omission dans l’acte original du V de XVIII écrit en chiffres romains. « Le siège de la forteresse de Surgères, écrit M. E. Petit d’après les registres des recettes et dépenses de Philippe le Hardi (Campagne de Philippe le Hardi, p. 10 ) fut fait sans désemparer et dura quatre jours ; les assiégés firent leur reddition le dimanche 19. »

3. Aujourd’hui chef-lieu d’arrondissement du département de la Vendée, au nord de la Rochelle et de Niort, à peu près à moitié chemin de cette dernière ville et de Lucon.

4. Ce ne fut pas Jeanne de Clisson, sœur d’Olivier, première femme de Jean Hardepenne, qui présida à la défense de Fontenay-le-Comte, ainsi que l’a supposé benjamin Fillon (Jean Chandos, Fontenay, 1856, p. 31). En 1372, Jean Harpedenne, veuf de Jeanne de Clisson, était déjà remarié à Catherine le Senecal, fille de Gui le Senecal, chevalier. Catherine suivit en Angleterre son mari expulsé du Poitou après le recouvrement de cette province par Charles V ; aussi, plus tard, devenue veuve, rentrée en France et remariée à un chevalier nommé Étienne d’Aventoys, elle se vit dans la nécessité de se faire octroyer par Charles VI des lettres de rémission, datées du mois de septembre 1390, pour avoir tenu activement le parti d’Edouard III et des ennemis du royaume (Arch. Nat., JJ 139, n* 95, f° 113). M. Kervyn de Lettenhove (Chroniques de Froissart, XXI, 526, 527) a dédoublé Jean Harpedenne et l’a confondu avec un fils portant le nom de Jean comme son père et issu du premier mariage de celui-ci avec Jeanne de Clisson.


§ 711. Quant li dus de Berri et li aultre duch et leurs routes et li connestables de France furent venu devant Fontenai le Conte en Poito, si assegièrent le ville et le chastiel par bonne ordenance, et chiaus qui dedens estoient ; et puis ordonnèrent enghin et manière comment il les poroient conquerre. Si y fisent pluiseurs assaus, le terme qu’il y sisent ; mais il ne l’avoient mies d’avantage, car il trouvoient chiaus de le garnison appers et legiers et bien ordonnés pour yaus deffendre. Si y eut là devant le ville de Fontenay pluiseurs assaus, escarmuces et grans apertises d’armes et moult de gens blechiés. Car priès [que] tous les jours y avoit aucun fais d’armes, et par deus ou par trois estours. Si ne pooit remanoir que il n’en y euist [des mors et] des blechiés et vous di que, se chil de Fontenai sentesissent ne euissent esperance que il peuissent estre conforté dedens trois ne quatre mois, de qui que ce fust par mer ou par terre, il se fuissent assés tenu, car il avoient pourveances à grant fuison, et si estoient en forte place. Mais, quant il imaginoient le peril que il estoient là enclos et que de jour en jour on leur prommetoit que, se de force pris estoient, il seroient [tout] mort sans merchi, et se ne leur apparoit confors de nul costé, il s’avisèrent et entendirent as trettiés dou connestable, qui furent tel qu’il se pooient partir, se il voloient, et porter ent tout le leur, et seroient conduit jusques en le ville de Touwars, où tout li chevalier de Poito englès pour le temps se tenoient et s’estoient là recueilliet. Cilz trettiés passa et fu tenus, et se partirent cil de Fontenay qui englès estoient, et en menèrent leur dame avoech euls, et se retraisent sus le conduit dou connestable en le ville de Touwars, où il furent recueilliet. Ensi eurent li François Fontenai le Conte, le ville et le chastiel, et y ordonnèrent un chevalier à chapitainne, et vint lances desous lui, qui s’appelloit messires Renaulz de Lazi, et puis retournèrent devers le cité de Poitiers, et esploitièrent tant qu’il y vinrent, [et y furent receu à grant joye].

Les assiégés ont des vivres et des munitions en abondance, mais ils savent qu’aucun secours ne peut leur être porté avant trois ou quatre mois(1) et comme en outre on les menace de ne leur faire aucun quartier s’ils prolongent la défense, ils prennent le parti de se rendre(2). Le connétable leur permet d’emporter tout ce qu’ils possèdent et de se retirer avec leur dame à Thouars, où tous les chevaliers du Poitou, partisans des Anglais, ont cherché un refuge. Les Français confient la garde de la forteresse de Fontenay-le-Comte à Renaud « de Lazi(3) » et retournent à Poitiers. P. 88, 89, 309.

1. C’est ici qu’aurait dû trouver place le récit des opérations qui aboutirent à la reddition de Saint-Jean-d’Angely (20 septembre), de Saintes (24 septembre), à une halte devant Cognac (26 septembre), à l’occupation d’Aulnay-de-Saintonge (2 octobre), enfin à une halte devant Niort, du 6 au 8 octobre (Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 10 et 11). Comme nous l’avons déjà fait remarquer, Froissart ou bien n’a pas connu quelques-unes des opérations que nous venons d’indiquer,ou bien assigne une date inexacte à celles qu’il mentionne, telles que la reddition de Saint-Jean-d’Angely et celle de Saintes, qu’il a racontées avant la soumission de la Rochelle, tandis qu’en réalité elles sont postérieures d’un certain nombre de jours à ce dernier événement.

2. Le samedi 9 octobre, Philippe, duc de Bourgogne, venant de son campement en vue de Niort, mit le siège devant Fontenay-le-Comte. Le jour même de son arrivée, les habitants de la ville proprement dite capitulèrent, mais le château résista et ne fut enlevé de vive force que le lendemain dimanche (Ibid., p. 11). En l’absence de Jean Harpedenne, sénéchal de Saintonge, châtelain et capitaine de Fontenay-le-Comte, l’homme d’armes anglais qui dirigea surtout la résistance du château s’appelait Henri Abbot. Abbot était marié depuis environ neuf ans à une Française nommée Agnès Forgète, originaire de la Ferté-Milon et veuve d’un habitant de Fontenay nommé Mercereau, dont il avait eu un fils alors âgé de huit ans. Dès la fin de novembre 1372, un mois à peine après la reddition de Fontenay-le-Comte, Agnès se fit délivrer à la chancellerie royale des lettres de rémission et obtint que ses biens dotaux seraient exceptés de la confiscation des meubles et immeubles ayant appartenu a Henri Abbot son second mari. Dans ces lettres de rémission, il est fait mention d’un acte par lequel Jean, duc de Berry, comte de Poitou, « a donné à nostre amé et feal connestable de France la dicte ville et chastellerie de Fontenay, et aussi a donné à ses gens et autres tous les biens, meubles et héritages que tenoient les Anglois et leurs femmes qui demouroient en ycelle ville de Fontenay » (Arch. Nat., JJ 103, n° 254, 128 v°).

3. Cet homme d’armes nous est inconnu. Peut-être faut-il lire, au lieu de Renaud « de Lazi », Renaud de Larçay (Indre-et-Loire, arr. et c. Tours) ou Regnault de Lassay. Le 15 octobre 1372, le duc de Berry, qui se trouvait alors aux Herbiers (Vendée, arr. la Roche-sur-Yon), fit donner 20 sous tournois à Symonnet, l’un de ses chevaucheurs, qu’il envoyait à Fontenay-le-Comte porter un message à Jean, comte de Sancerre, l’un de ses conseillers (Arch. Nat., KK 251, f° 91).


§712. Quant cil signeur de France furent retret à Poitiers et rafreschi quatre jours, yaus et leurs chevaus, il eurent conseil qu’il s’en partiroient et s’en iroient devant Touwars où tout li chevalier de Poito se tenoient, chil qui soustenoient l’opinion dou roy d’Engleterre, et bien y avoit cent, uns c’autres, et metteroient là le siège et ne s’en partiroient, si en aroient une fin, ou il seroient tout françois, ou il demorroient tout englès. Si se partirent en grant arroi et bien ordené de le cité de Poitiers, et estoient bien trois mil lances, chevaliers et escuiers, et quatre mil pavais parmi les Genevois. Si cheminèrent tant ces gens d’armes qu’il vinrent devant Touwars, où il tendoient à venir. Si y establirent et ordonnèrent tantost leur siège grant et biel, tout à l’environ de le ville et dou chastiel, car bien estoient gens pour ce faire, et n’i laissoient nullui entrer ne issir, ne point n’assalloient ; car bien savoient que par assaut jamais ne les aroient, car là dedens avoit trop de bonnes gens d’armes, mais il disoient que là tant seroient que il les affameroient, se li rois d’Engleterre, de se poissance, ou si enfant ne venoient lever leur siège. Quant li baron et li chevalier qui là dedens enclos estoient, telz que messires Loeis de Harcourt, li sires de Partenai, li sires de Cors, messires Hughes de Vivone, messires Aymeris de Rochewart, messires Perchevaus de Coulongne, messires Renaulz de Touwars, li sires de Roussellon, messires Guillaumez de Crupegnach, messires Joffrois d’Argenton, messires Jakes de Surgières, messires Jehans d’Angle, messires Guillaumez de Monttendre, messires Mauburnis de Linières et pluiseurs aultres que je ne puis mies tous nommer, perchurent le manière, et imaginèrent l’arroy et l’ordenance des François, comment il estoient là trait et se fortefioient et monteplioient tous les jours, si eurent sur ce avis et conseil car bien veoient que cil signeur qui assegié les avoient, ne partiroient point, si en aroient leur entente ou en partie. Si dist messires Perchevaus de Coulongne, qui fu uns sages et imaginatis chevaliers et bien enlangagiés, un jour qu’il estoient tout ensamble en une cambre pour avoir conseil sus leurs besongnes : « Signeur, signeur, com plus gielle, plus destraint. A ce pourpos, vous savés que nous avons tenu nostre loyauté devers le roi d’Engleterre tant que nous avons pout, et que par droit il nous en doit savoir gré, car en son service et pour son hiretage aidier à garder et deffendre, nous avons emploiiet et aventuré nos corps sans nulle faintise et mis toute nostre chavance au par daarrain. Nous sommes chi enclos, et n’en poons partir ne issir fors par dangier, et sur ce j’ai moult imaginé et estudiié comment nous ferons et comment de chi à nostre honneur nous isterons, car partir nous en fault, et, se vous le volés oïr, je le vous dirai, salve tous jours le milleur conseil. » Li chevalier qui là estoient, respondirent « Oïl, sire, nous le volons oir. » Lors dist messires Perchevaus « Il ne poet estre que li rois d’Engleterre pour qui nous sommes en ce parti, ne soit enfourmés en quel dangier chil François nous tiennent, et comment tous les jours ses hiretages se pert. Se il le voet laissier perdre, nous ne li poons garder ne sauver, car nous ne sommes mies si fort de nous meismes que pour resister et estriver contre le poissance dou roy de France ; car encores nous veons en ce pays que cités, villes, forterèces et chastiaus, avoech prelas, barons et chevaliers, dames et communautés, se tournent tous les jours français, et nous font guerre, la quele cose nous ne poons longement souffrir ne soustenir pour quoi je conseille que nous entrons en trettiés devers ces signeurs de France qui chi nous ont assegiés, et prendons unes triuwes à durer deus ou trois mois. En celle triewe durant, et au plus tost que nous poons, segnefions tout plainnement nostre estat à nostre signeur le roy d’Engleterre et le dangier où nous sommes et comment ses pays se piert, et impetrons en celle triewe devers ces signeurs de France que, se li rois d’Engleterre ou li uns de ses enfans poeent venir, ou tout ensamble, si fort devant ceste ville, dedens un terme expresse que nous y assignerons par l’acord et ordenance de nous et d’yaus, que pour combatre yaus et leur poissance et lever le siège, nous demorrons englès à tous jours mès ; et se li contraires est, nous serons bon François de ce jour en avant. Or respondés se il vous samble que jou aie bien parlé. » Il respondirent tout d’une vois : « Oil, ce est la voie la plus prochainne par la quele nous en poons voirement à nostre honneur et gardant nostre loyauté issir. »

A ce conseil et pourpos n’i eut plus riens replikié, mès fu tenus et affremés, et en usèrent en avant par l’avis et conseil dou dessus dit monsigneur Percheval, et entrèrent en trettiés devers le duch de Berri et le connestable de Franche. Chil trettiet entre yaus durèrent plus de quinse jours, car li dessus dit signeur, qui devant Touwars se tenoient, n’en voloient riens faire sans le sceu dou roy de France. Tant fu alé de l’un à l’autre et parlementé, que chil de Thouwars et li chevalier de Poito qui dedens estoient, et ossi chil qui devant seoient, demorèrent en segur estat parmi unes triuwes qui furent là prises, durans jusques au jour Saint Mikiel prochain venant, et, se dedens ce jour li rois d’Engleterre où li uns de ses filz, ou tout ensamble, pooient venir si fort en Poito que pour tenir le place devant Touwars contre les François, il demorroient, yaus et leurs terres, englès à tousjours mes, et, se c’estoit que li rois d’Engleterre, ou li uns de ses filz, ne tenoient le journée, tout chil baron et chevalier poitevin, qui dedens Touwars enclos estoient, devenoient [franchois], et metteroient yaus et leurs terres en l’obeissance dou roy de France. Ceste cose sambla grandement raisonnable à tous ceulz qui en oirent parler. Nequedent, comment que les triewes durassent et que il fuissent en segur estat dedens [la dite ville de Thouwart et ossi ou siège des dis signeurs de France], ne se deffist mie pour ce li sièges, mes [tous les jours que Dieux amenoit se renforchoit, car par bonne deliberation et conseil, comme on doibt entendre et présupposer], y envoioit tous les jours li rois de France gens tous à esliçon des milleurs de son royaume, pour aidier à garder se journée contre le roy d’Engleterre, ensi que ordonné estoit et que devise se portoit.

Après s’être reposés quatre jours à Poitiers, les seigneurs de France vont mettre le siège devant Thouars(1) avec trois mille lances, chevaliers et écuyers, et quatre mille fantassins y compris
les Génois. La place est trop forte et trop bien défendue pour être prise d’assaut ; aussi, les assiégeants se contentent de la bloquer, espérant en avoir raison par la famine. Les principaux défenseurs de Thouars sont Louis de Harcourt(2), le seigneur de Parthenay(3), le seigneur de Thors(4), Hugues de Vivonne, Aimeri de Rochechouart, Perceval de Coulonges, Regnault de Thouars, le seigneur de Roussillon(5), Guillaume de « Crupegnach(6) », Geoffroi d’Argenton, Jacques de Surgères, Jean d’Angle, Guillaume de Montendre et Mauburni de Lignières. D’après le conseil de Perceval de Coulonges, les assiégés concluent, après quinze jours de pourparlers, une trêve avec les assiégeants (Voir sur Histoire Passion le texte du traité de cette trève). En vertu de cette trêve qui doit durer jusqu’au jour Saint-Michel(7) suivant, les défenseurs de Thouars s’engagent à rendre cette place et à se mettre en l’obéissance du roi de France si Édouard III ou l’un de ses fils ne vient pas dans l’intervalle contraindre les Français à lever le siège. En prévision de cette éventualité, Charles V profite de la trêve pour envoyer des renforts considérables aux assiégeants. P. 89 à 93, 310.

1. Deux-Sèvres, arr. Bressuire.

2. Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault.

3. Guillaume VII Larchevêque (voyez Histoire de la ville de Parthenay, par Bélisaire Ledain. Paris, 1858, p. 193).

4. Regnault de Vivonne, seigneur de Thors, fils de Savari de Vivonne et de Marie Chasteignier, marié à Catherine d’Ancenis. Thors fait partie aujourd’hui de la Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-
d’Angely, c. Matha.

5. Ce seigneur de Roussillon, auquel Froissart donne le prénom de Geoffroi dans son récit de la bataille de Cocherel, est toujours désigné par le chroniqueur comme un chevalier poitevin. Un ancien fief de Roussillon, aujourd’hui hameau d’une centaine d’habitants, fait partie du territoire de la commune de Vaux-en-Couhé (Vienne, arr. Civray, c. Couhé). Roussillon est aussi un hameau de Charmé (Charente, arr. Ruffec, c. Aigre).

6. Guillaume de « Crupegnac » parait être une mauvaise leçon pour Guillaume de Rouffignac (Charente-Inférieure, arr. Jonzac, c. Montendre).

7. Froissart se trompe ici très gravement et a entraîné dans son erreur la plupart des auteurs d’histoires générales ou locales. Ce chroniqueur se trompe sur deux points principaux 1° La trêve à laquelle il fait ici allusion ne fut pas signée devant Thouars ; 2° cette trêve ne devait pas prendre fin le jour Saint-Michel, c’est-à-dire le 29 septembre 1372. Cette dernière erreur a conduit les érudits, qui se sont fourvoyés sur cette question à la suite de Froissart, à assigner une date inexacte à la conclusion de la trêve et partant au siège même de Thouars. Comme la clause la plus importante de cette trêve prévoit l’éventualité d’une armée de secours amenée devant la place assiégée par Edouard III ou par le prince de Galles avant l’expiration fixée par erreur au 29 septembre, trois mois n’étant pas de trop pour informer le roi d’Angleterre et lui donner le temps de réunir des forces suffisantes, de les transporter sur le continent et de les amener au lieu convenu, on en avait conclu qu’un traité portant une stipulation de ce genre n’avait pu être signé que dans le courant du mois de juin précédent ; en conséquence, on avait reculé de trois mois la date du siège mis par les Français devant Thouars. En réalité, la convention dont il s’agit fut signée devant Surgères, le samedi 18 septembre, la veille même de la reddition de cette place. Aux termes de cet acte qu’il suffira de résumer ici pour en faire comprendre la haute importance, une trêve qui devait durer jusqu’à la Saint-André, c’est-à-dire jusqu’au 30 novembre 1372, était conclue entre Jean, duc de Berry et d’Auvergne, comte de Poitou et de Mâconnais, d’Angoulême et de Saintonge, lieutenant du roi de France es dits pays, les sujets, soumis et alliés du dit roi, d’une part, deux prélats et un certain nombre de nobles traitant au nom de tous les habitants du Poitou, sujets du roi d’Angleterre, d’autre part. L’article principal de cette convention portait que si, le jour Saint-André ou le 30 novembre suivant, le roi d’Angleterre ou son fils le prince de Galles ne se trouvait pas devant Thouars à la tête de forces assez considérables pour obliger les Français à lever le siège de cette place, les signataires de la convention, leurs sujets, alliés, hoirs et successeurs feraient leur soumission dès le lendemain et rentreraient en l’obéissance du roi de France (Voy. le texte du traité de Surgères, n, 1 de l’Appendice, p. CLV à CLIX ; Grandes Chroniques, éd. P. Paris, VI, 336, 337 « Au jour emprins et accordé vindrent à toute puissance devant Touars, de par le roy de France, les ducs de Berry et de Bourgoigne ses frères, qui la journée se tindrent sur les champs en bataille ordennée et à banieres desploiées jusques au vespres. A laquelle heure vint pardevers nos seigneurs la vicomtesse (Pernelle, vicontesse de Thouars), acompaignée de nobles barons et dames, qui en l’obéissance du roy et d’eulx mist sa seigneurie. Et au giste vint avec eulx à Lodun, auquel lieu elle fist hommage lige de sa viconté, avec serement de loyauté au duc de Berri duquel est tenue la dicte viconté à cause de sa conté de Poitou. Et ainsi fut la conté acquise sur les Anglois par leur orgueil et desloyauté. » (Chron. publiée par Secousse, Recueil de pièces sur Charles II, roy de Navarre, p. 651.)


§ 713. Au plus tos que li baron et li chevalier, qui dedens Touwars assegiet estoient, peurent, il envoiièrent en Engleterre certains messages et lettres moult doulces et moult sentans sus l’estat dou pays, et dou dangier où il estoient, et que pour Dieu et par pité li rois y volsist pourveir de remède, car en lui en touchoit plus qu’à tout le monde. Quant li rois d’Engleterre oy ces nouvelles, et comment si chevalier de Poito li segnefioient, si dist que, se il plaisoit à Dieu, il iroit personelment et seroit à le journée devant Touwars et y menroit tous ses enfans. Proprement li princes de Galles, ses filz, comment qu’il ne fust mies bien hetiés, dist que il iroit, et deuist demorer ens ou voiage. Adont fist li rois d’Engleterre un très grant et très especial mandement de tous chevaliers et escuiers parmi son royaume et hors de son royaume, et le fist à savoir ou royaume d’Escoce, et eut bien de purs Escos trois cens lances, et se hasta li dis rois dou plus qu’il peut. Et li cheï adont si bien que toute le saison on avoit fait pourveances sus mer pour son fil le duch de Lancastre, qui devoit passer le mer et ariver à Calais, siques ces pourveances furent contournées en l’armée dou roy, et li voiages dou duch de Lancastre brisiés et retardés. Onques li rois d’Engleterre, pour ariver en Normendie ne en Bretagne, ne nulle part, n’eut tant de bonnes gens d’armes, ne tel fuison d’arciers qu’il eut là. Ançois que li rois partesist d’Engleterre, il ordonna, present tous les pers de son royaume, prelas, contes, barons et chevaliers et consaulz des cités et bonnes villes, que, se il moroit ne devioit en ce voiage, il voloit que Richars, filz au prince de Galles, son fil, fust rois et successères de lui et de tout le royaume d’Engleterre, et que li dus de Lancastre, ses filz ne si troi aultre fil, messires Jehans, messires Aymons ne messires Thumas, n’i peuissent clamer droit, et tout che leur fist li rois, leurs pères, jurer solennelment et avoir en couvent à tenir fermement devant tous le[s] prelas, contes et barons, à ce especialment appellés. Quant toutes ces coses furent [ordonnées et] faites, il se parti de Londres, et si troi fil ; et ja la plus grant partie de ses gens estoient devant, qui l’attendoient à Hantonne ou là environ, où il devoient monter en mer et où toute leur navie et leur pourveance estoit. Si entrèrent li rois, si enfant et toutes leurs gens, en leurs vaissiaus, ensi comme ordené estoient. Quant il veirent que poins fu, et se desancrèrent dou dit havene et commencièrent à singler et à tourner devers le Rocelle. En celle flote avoit bien quatre cens vaissiaus, uns c’autres, quatre mil hommes d’armes et dis mil archiers.

Or vous dirai que il avint de celle navie et dou voiage dou roy qui tiroit pour venir en Poito. Il n’euist cure où il euist pris terre, [ou en Poitou], ou en Bourdelois tout li estoit un, mès que il fust oultre le mer. Li rois, si enfant et leur grosse navie, waucrèrent et furent sus le mer le terme de nuef sepmainnes par faute de vent, ou contraire ou aultrement, que onques ne peurent prendre terre en Poito, en Saintonge, en Rocellois ne sus les marches voisines, dont trop couroucié [et esmerveilliet] estoient. Si singlèrent il de vent de quartier et de tous vens pour leur voiage avancier, mais il reculoient otant sus un jour que il aloient en trois. En ce dangier furent il tant que li jours Saint Mikiel espira, et que li rois vei et cogneut bien que il ne poroit tenir sa journée devant Touwars pour conforter ses gens. Si eut conseil, quant il eut ensi travilliet sus mer, que je vous di, de retourner arrière en Engleterre, et que il comptast Poito à perdu pour celle saison. Adont dist li rois d’Engleterre de coer couroucié, quant il se mist au retour « Diex nous aye, et Saint Jorge il n’i eut onques mès en France si mescheant roy comme cilz à present est, et se n’i eut onques roy qui tant me donnast à faire comme il fait. » Ensi et sus cel estat, sans riens faire, retourna li dis rois en Engleterre, si enfant et toutes leurs gens. Et, si tost comme il furent retourné, li vens fu si bons et si courtois sus mer et si propisces pour faire un tel voiage que il avoient empris, que deus cens nefs, d’un voille, marcheans d’Engleterre, de Galles et d’Escoce, arivèrent ou havene de Bourdiaus sus le Garonne, qui là aloient as vins. Dont on dist et recorda en pluiseurs lieus en ce temps que Diex y fu pour le roy de France.

Les seigneurs poitevins enfermés dans Thouars dépêchent des messagers en Angleterre pour solliciter l’envoi d’une armée de secours. Édouard III s’empresse de réunir cette armée(1) dont
Édouard, prince de Galles, veut faire partie malgré le mauvais état de sa santé, et qui s’élève à quatre mille hommes d’armes et à dix mille archers. Le roi anglais, prévoyant le cas où il viendrait à mourir pendant le cours de l’expédition, institue son héritier Richard(2), fils aîné du prince de Galles, et fait jurer à ses trois fils, Jean, duc de Lancastre(3), Edmond(4) et Thomas(5), de le reconnaître comme tel. Il s’embarque à Southampton(6), où il a réuni une flotte de quatre cents vaisseaux pour le transport de ses troupes, et cingle vers les côtes de Poitou ; mais des vents contraires le retiennent sur mer pendant neuf semaines(7) et soufflent avec une telle violence qu’il ne peut aborder ni en Poitou, ni en Rochellois(8), ni en Saintonge. Le terme de Saint-Michel fixé pour l’expiration de la trêve(9) vient à échoir sur ces entrefaites, et force est à Édouard III de regagner les côtes d’Angleterre sans avoir porté le moindre secours à ses gens d’armes assiégés dans Thouars(10). A peine les Anglais sont-ils descendus de leurs vaisseaux qu’un vent favorable commence à souffler(11) et permet à deux cents navires qui vont charger des vins en Guyenne d’entrer dans le havre de Bordeaux, et l’on en conclut que Dieu favorise le roi de France. P. 93 à 96, 310.

1. Dès le 11 août, Édouard III, qui venait d’apprendre les premières opérations des Français sur les marches du Poitou, écrivit à tous les prélats de l’Angleterre pour leur demander des processions, des prières et se plaindre de l’invasion de ses possessions par les forces réunies des rois de France et de Castille (Rymer, III, 960). Dans un mandement en date du 23 août, le roi d’Angleterre annonça son projet de passer sur le continent (Ibid., 961). Le lundi 30 du même mois, il s’embarqua à Sandwich sur un navire appelé la Grâce de Dieu (ibid., 962).

2. L’ordonnance par laquelle Édouard III institua le jeune Richard, fils d’Édouard prince de Galles, gardien du royaume d’Angleterre pendant son absence, est datée de Sandwich le mardi 31 août (Ibid.).

3. Jean, duc de Lancastre, qui s’intitulait roi de Castille et de Léon à cause de son mariage avec la fille aînée de D. Pèdre, était monté sur le même navire qu’Édouard III son père.

4. Edmond, comte de Cambridge et ensuite duc d’York.

5. Thomas de Woodstock, duc de Buckingham et ensuite de Gloucester.

6. On vient de voir que l’embarquement eut lieu, non à Southampton, mais à Sandwich.

7. Embarqué à Sandwich dès le 30 août, Édouard III dut mettre à la voile dans les premiers jours de septembre ; il était rentré au palais de Westminster le 28 octobre suivant (Ibid., 963).

8. Le but spécial de cette expédition navale était, en effet, de débloquer la Rochelle et d’obliger les Français à lever le siège de cette ville (Thomae Walsingham historia anglicana, éd. Riley, 1863, I, 315). Il en faut conclure que le blocus de cette place par mer et sans doute aussi par terre avait dû commencer dès le milieu du mois d’août 1372.

9. La trêve expirait le 30 novembre, ainsi que nous l’avons établi plus haut, non le 29 septembre.

10. La pensée ou du moins la pensée première d’Édouard III, lorsqu’il avait mis à la voile au commencement du mois d’août, avait été de porter secours aux bourgeois de la Rochelle et non aux gens d’armes enfermés dans Thouars. Le prince de Galles, malgré son état maladif, avait voulu accompagner son père dans cette expédition navale qui avorta si misérablement après avoir coûté au trésor anglais plus de neuf cent mille livres.

11. « Post cujus reditum, dit Thomas Walsingham en parlant du retour en Angleterre d’Édouard III après son expédition navale manquée, statim ventus ad partes oppositas se convertit » (Hist. angl., p. 315).


§ 714. Si en sçavoit messires Thumas de Felleton, qui estoit seneschaus de Bourdiaus, le journée expresse pour yaus rendre as François, que li baron et li chevalier, qui dedens Touwars se tenoient, avoient [pris], et ossi que li rois d’Engleterre, ses sires, en estoit segnefiiés. Si le manda et segnefia, et avoit mandet et segnefiié certainnement et seurement à tous les barons de Gascongne qui pour englès se tenoient, tant que par son pourcach et pour yaus acquitter, li sires de Duras, li sires de Rosem, li sires de Mouchident, li sires de Longuerem, li sires de Condon, messires Bernardès de Labreth, sires de Geronde, li sires de Pommiers, messires Helyes de Poumiers, li sires de Chaumont, li sires de Montferrant, messires Pières de Landuras, messires Petiton de Courton et pluiseur aultre, yaulz et leurs gens, cescuns au plus qu’il en pooient avoir, estoient venu à Bourdiaus. Et parti de là li dis seneschaus en leur compagnie, et ossi li seneschaus des Landes ; et avoient tant chevaucié qu’il estoient entré en Poito et venu à Niorth, et là trouvèrent il les chevaliers englès, monsigneur d’Aghoriset, monsigneur Jehan d’Evrues, monsigneur Richart de Pontchardon, monsigneur Hue de Cavrelée, monsigneur Robert Mitton, monsigneur Martin l’Escot, monsigneur Bauduin de Fraiville, monsigneur Thumas Balastre, monsigneur Jehan Trivet, Jehan Cressuelle, David Holegrave et des aultres qui tout s’estoient là recueilliet, et ossi monsigneur Aymeri de Rochewart, monsigneur Joffroi d’Argenton, monsigneur Mauburni de Linières et [monsigneur] Guillaumes de Monttendre, qui s’estoient parti de Touwars et dou trettié des aultres signeurs de Poito et retrait à Niorth avoech les Englès. Quant il se trouvèrent tout ensamble, si furent plus de douse cens lances, et approchièrent Touwars, et se misent sus les camps sitos que il veirent que la journée estoit inspirée, et que dou roy d’Engleterre on n’ooit nulles nouvelles.

Vous devés sçavoir que, pour tenir se journée à l’ordenance dou connestable dessus ditte, li rois de France avoit là envoiiet toute la fleur de son royaume, car il avoit entendu veritablement que li rois d’Engleterre et si enfant y seroient au plus fort comme il poroient. Si voloit ossi que ses gens y fuissent si fort que pour tenir honnourablement leur journée pour quoi avoech le dit connestable estoient si doi frère, li dus de Berri et li dus de Bourgongne, moult estoffeement de chevaliers et d’escuiers, et ossi li dus de Bourbon, li contes d’Alençon, messires Robers d’Alençon, ses frères, li daufins d’Auvergne, li contes de Boulongne, li sires de Sulli, li sires de Craan et tant de haus signeurs et de barons que uns detris seroit de nommer ; car là estoit li fleurs de gens d’armes de toute Bretagne, de Normendie, de Bourgongne, d’Auvergne, de Berri, de Tourainne, de Blois, d’Ango, de Limozin et du Mainne, et encores grant fuison d’estragniers, d’Alemans, de Thiois, de Flamens et de Haynuiers, et estoient bien quinse mil hommes d’armes et trente mil d’autres gens. Nonobstant leur force et leur poissance, il furent moult resjoy quant il sceurent et veirent que li jours Saint Mikiel estoit passés et inspirés, et li rois d’Engleterre ne aucuns de ses enfans n’estoient point comparut pour lever le siège. Si segnefiièrent ossi tantost ces nouvelles au roy de France, qui en fu moult resjoïs, quant sans peril ne bataille, mès par sages trettiés, il couvenoit que cil de Poito et leurs terres fuissent en se obéissance.

Informé des conditions de la trêve et du message transmis au roi son maître par les Poitevins assiégés dans Thouars, Thomas de Felton, sénéchal de Bordeaux s’empresse de réunir, de son côté, un petit .corps d’armée pour leur porter secours. En passant par Niort, ce corps d’armée se grossit d’une partie des hommes d’armes de la garnison de cette place et aussi de quelques seigneurs tels que Aimeri de Rochechouart, Geoffroi d’Argenton, Mauburni de Lignières et Guillaume de Montendre, qui ont mieux aimé quitter Thouars que de signer la trêve conclue avec les assiégeants. Thomas de Felton se trouve ainsi à la tête de douze cents lances et n’attend que l’arrivée d’Édouard III pour joindre ses forces à celles du roi d’Angleterre. Charles V, qui n’ignore pas les préparatifs des Anglais, a mis sur pied, pour tenir tête à ses adversaires, une armée considérable où l’on ne compte pas moins de quinze mille hommes d’armes et de trente mille fantassins. Il n’en éprouve pas moins la joie la plus vive lorsqu’il apprend que le terme de la Saint-Michel est échu et la trêve expirée sans que l’on ait eu des nouvelles du roi d’Angleterre. P. 96 à 98, 310, 311.

1. La qualité donnée ici à Thomas de Felton n’est pas formulée d’une manière tout à fait exacte. Ce chevalier portait en réalité le titre de sénéchal, non de Bordeaux, mais d’Aquitaine ou de Gascogne.

2. Toute la puissance du roi fut assemblée devant Thouars pour consommer le traité fait devant Surgères le dix-huit septembre, « tout le jour de saint André (30 novembre), l’an mil trois cens soixante et douze » (Voy., p. CLV. Cf. Arch, Nat., P 1334/2, f° 26). Le rédacteur des Grandes Chroniques de France (VI, 336) évalue à trois mille le nombre des gens d armes français réunis devant Thouars le 30 novembre 1372.


§ 715. Li Gascon et li Englès, qui estoient à Niorth, et là venu et amassé, et se trouvoient bien douse cens lances de bonnes gens, et savoient tous les trettiés des barons et chevaliers de Poito, qui en Touwars se tenoient, car notefiiet especialement leur estoit, veirent que li jours estoit passés qu’il se devoient rendre, se il n’estoient conforté, et que li rois d’Engleterre ne aucuns de ses enfans n’estoient encores point trait avant, dont on euist oy ne eu nulles nouvelles, dont il estoient moult courouchié. Si eurent conseil entre yaus, comment il poroient perseverer et trouver voie d’onneur que cil Poitevin, qui oblegiet s’estoient enviers les François, demorassent toutdis de leur partie, car moult les amoient dalés yaus. Si eurent sus ces besongnes [en le ville de Niorth] grans consaulz ensamble. Finablement, yaus aviset et consilliet, il segnefiièrent, par lettres seelées, envoiies par un hiraut, leur entente as Poitevins, qui en Touwars se tenoient. Se devisoient et disoient ces lettres avoecques salus et amistés, que, comme ensi fust que à leur avis pour le milleur il s’estoient composé enviers les François, par foy et sierement, de yaus mettre en l’obéissance dou roy de France [et de devenir tous Franchois], se dedens le jour de le Saint Mikiel il n’estoient conforté dou roy d’Engleterre, leur chier signeur, ou aucun de ses enfans personelment, or veoient que la defaute y estoit, et supposoient que c’estoit par fortune de mer, et non aultrement. Toutes fois il estoient là trait et venu à Niorth, à quatre liewes priès d’yaus, et se trouvoient bien douse cens lances, ou plus de bonnes gens d’estoffe. Si offroient que, se il voloient issir de Touwars et prendre journée de bataille pour combatre les François, il enventuroient leurs corps avoecques l’iretage de leur signeur le roy d’Engleterre.

Ces lettres furent entre les Poitevins volentiers oyes et veues, et en sceurent li pluiseur grant gré as Gascons et as Englès, qui ensi leur segnefioient, et se conseillièrent sur cestes grandement et longement, mes, yaus conseillié, tout considéré et bien imaginé leur afaire et les trettiés les quels il avoient jurés à tenir as François, il ne pooient veoir ne trouver par nulle voie de droit, que il fesissent aultre cose que d’yaus rendre, puis que li rois d’Engleterre ou li uns de ses filz ne seroit à le bataille que li Gascon voloient avoir personelement. En ce conseil et parlement avoit grant vois li sires de Partenay, et volt, tele fois fu, que on acceptast le journée des Gascons, et y moustroit voie de droit et de raison assés par deus conditions. La première estoit que il savoient de verité, et ce estoit tout notore, que li rois d’Engleterre, leurs sires, et si enfant et la grigneur partie de leur poissance estoient sus mer, et que fortune leur avoit estet si contraire que il n’avoient pout ne pooient ariver ne prendre terre en Poito, dont il devoient bien estre escusé, car outre pooir n’e[s]t riens. La seconde raison estoit que, quoique il euissent juré et seelé as François, il ne pooient l’iretage dou roy d’Engleterre donner, anulliier ne alliier aucunement as François, sans son gré. Ces parolles et raisons proposées dou dit baron de Partenay estoient bien specifiies et examinées en ce conseil, mes tantost on y remetoit aultres raisons qui toutes les afoiblissoient. Dont il avint que li sires de Partenay issi un jour dou parlement et dist au partir que il demorroit englès, et s’en revint à son hostel. Mais li sires de Puiane et li sires de Tannai Bouton le vinrent, de puis qu’il fu refroidiés, requerre, et l’en menèrent de rechiefoù tous li consaulz estoit. Là li fu tant dit et remoustré, dont de l’un, puis de l’autre, que finablement il s’acorda à tous leurs trettiés, et s’escusèrent moult bellement et moult sagement par lettres enviers les barons et les chevaliers gascons et englès, qui à Niorth se tenoient, et qui leur response attendoient. Si les raporta li hiraus, et envoiièrent avoecques leurs lettres séelées le copie dou trettié, ensi que il devoient tenir as François, pour mieulz coulourer leur escusance. Quant Englès et Gascon veirent qu’il n’en aroient aultre cose, si furent moult couroucié, mais pour ce ne se departirent il mies si tretost de Niorth, ançois se tinrent il là bien un mois pour savoir encor plus plainnement comment il se maintenroient. Tantost apriès ce parlement parti et finé, qui fu en le ville de Touwars, li baron et li chevalier de Poito qui là estoient, mandèrent au duch de Berri, au duch de Bourgongne, au duch de Bourbon et au connestable de France, qu’il estoient tout appareilliet de tenir ce que juré et seelé avoient. De ces nouvelles furent li signeur de France tout joiant, et chevaucièrent en le ville de Touwars à grant joie, et se misent, yaus et leurs terres, en l’obeïssance dou roy de France.

Les douze cents Anglais et Anglo-Gascons, rassemblés à Niort, voyant approcher le terme de Saint-Michel sans qu’il arrive aucun renfort du roi d’Angleterre ou de l’un de ses fils, proposent aux
gentilshommes assiégés dans Thouars de faire une sortie pour se joindre à eux et offrir la bataille aux Français. Le seigneur de Parthenay est d’avis d’accepter cette proposition et déclare que son
intention est de rester attaché, quoi qu’il arrive, au parti anglais ; mais les seigneurs de Poyanne et de Tonnay-Boutonne parviennent à le convaincre que l’on ne peut accepter l’offre transmise par les messagers envoyés de Niort et que l’honneur commande aux assiégés de tenir les engagements pris avec les Français. C’est pourquoi, au terme fixé, les seigneurs poitevins de la garnison de Thouars invitent les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon ainsi que le connétable de France à venir prendre possession de la forteresse qu’ils occupent et se remettent sous l’obéissance du roi de France(1). P. 98 à 101, 311.

1. « Et le landemain (de la Saint-André 30 novembre 1372) fut redducé et remis le dit duchié de Guyenne à la dicte obeissance du roy, Loudun, en l’église du Frères Meneurs. » (Voy. le no I de l’Appendice, p. CLV). Le mercredi 1er décembre, toutes les forces réunies du duc de Bourgogne, du duc de Lorraine, du comte de la Marche, du vicomte de Rohan étaient encore « aux champs devant Thouars ». Le soir, la place était en leur puissance. Des lettres, annonçant cette heureuse nouvelle, furent aussitôt adressées à Charles V. (Voy. l’extrait de chronique cité en note, p. LII.) Ce mercredi 1er décembre fut donc marqué par deux faits, l’un militaire, l’autre féodal, aussi importants l’un que l’autre. Le fait militaire fut la reddition de la forteresse de Thouars aux gens d’armes du roi de France. Le fait féodal, qui eut pour théâtre l’église des Frères Mineurs de Loudun, fut une prestation de foi et hommage solennelle faite au roi de France par les seigneurs qui avaient signé la trêve ou convention du 18 septembre précédent. Cette prestation de foi et hommage fut reçue au nom de Charles V par Jean, duc de Berry, et par Bertrand du Guesclin, connétable de France. Mais ces seigneurs et notamment le plus considérable d’entre eux, Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, ne firent leur soumission et ne prêtèrent serment de fidélité que sous certaines conditions. Louis de Harcourt, par exemple, avait eu soin de se faire promettre l’usufruit de la vicomté de Saint-Sauveur (Manche, arr. Valognes), et cela dès le commencement du mois de novembre 1372, puisque la ratification par Charles V de cette promesse est datée du 20 de ce mois (Arch. Nat., J 211, n° 39 Delisle, Hist. de Saint-Sauveur, p. 206, 207). Par un traité daté de Loudun le 1er décembre, le jour même où la prestation de foi et hommage eut lieu dans cette ville, le duc et le connétable s’engagèrent au nom du roi à faire entrer le vicomte de Châtellerault en jouissance du château de Saint-Sauveur, aussitôt que cette place aurait été recouvrée sur les Anglais par force ou autrement (Arch. Nat., J 211, n° 41 Delisle, Hist. de Saint-Sauveur, p. 207, 208). Nous voyons même par un mandement de Charles V en date du 8 janvier 1373 (n. st.) que Louis de Harcourt avait poussé la prévoyance jusqu’à se réserver les rançons ou « appâtis », comme on disait alors, levés sur un certain nombre de paroisses du Poitou à cause de ses châteaux de Châtellerault, de Gironde (auj. hameau de Saint-Genest-d’Ambière, Vienne, arr. Châtellerault, c. Lencloitre) et de la Touche (auj. château de Marnay, Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne), levés, disons-nous, sur ces paroisses avant le 30 novembre 1372 (Arch. Nat., P 1334/1, f° 24). Par acte daté de Paris le 15 décembre suivant, Charles V confirma le traité et accord conclu par Jean, duc de Berry, Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, connétable de France, Olivier, seigneur de Clisson, avec les prélats, gens d’église, barons, seigneurs et dames des pays de Poitou et de Saintonge (Arch. Nat., J 241, n° 40 ; JJ 103, n° 361, f° 174 ; Hay du Chastelet, Hist. de B. du Guesclin, p. 437 à 439 ; Ordonn., V, 557, 558). En vertu de ce même acte, confirmant les dits pays dans les libertés et franchises dont ils jouissaient au temps de Louis IX et d’Alphonse de Poitiers, et portant amnistie générale en faveur de tous les habitants, nobles ou autres, Charles V déclara les comtés de Saintonge et d’Angoulême réunis à perpétuité à la couronne de France, tandis qu’au contraire il concéda le comté de Poitou, à titre d’apanage, à son frère Jean, duc de Berry. Un acte spécial en date du 19 décembre confirma cette concession à titre d’apanage du comté de Poitou, à la condition toutefois que Jean rendrait le comté de Mâcon dont il était investi (Arch. Nat., mémorial D de la Chambre des Comptes, f° 133 ; Blanchard, Compilation chronologique, col. 160).


§ 716. Ensi se tournèrent tout chil de Poito, ou en partie, françois, et demorèrent en pais, et encores se tenoient englès avoec Niorth, et se tinrent toute le saison, Cisech, Mortagne sus mer, Mortemer, Luzegnon, Chastiel Acart, la Roche sur Ion, Gensay, la tour de la Broe, Merspin et Dieunée. Quant cil signeur de France eurent fait leur emprise et pris le possession de le ville de Touwars, li dus de Berri, li dus de Bourgongne, li dus de Bourbon et la grigneur partie des haus barons de France se departirent et retournèrent en France, et li connestables s’en vint à Poitiers.

A ce departement li sires de Cliçon s’en vint mettre le siège devant Mortagne sus mer o toute sa carge de gens d’armes, et se loga par devant, et leur prommist que jamais de là ne partiroit, si les aroit, se trop grant infortuneté ne li couroit sus. De la garnison de Mortagne estoit chapitains uns escuiers d’Engleterre, qui s’appelloit Jakes Clerch, qui frichement et vassaument se deffendoit, quant cil Breton l’assalloient. Quant li dis escuiers vei que c’estoit acertes et que li sires de Cliçon ne le lairoit point ; si les aroit conquis, et sentoit que sa forterèce n’estoit pas bien pourveue pour tenir contre un lonch siège, et savoit encor tous ces chevaliers de Gascongne et les Englès à Niorth, il s’avisa que il leur segnefieroit. Si leur segnefia secrètement par un varlet, qu’il mist de nuit hors de sa forterèce, tout l’estat en partie dou signeur de Cliçon et le sien ossi. Chil baron et chil chevalier gascon et englès furent moult resjoy de ces nouvelles, et disent qu’il n’en vorroient pas tenir quarante mil frans, tant desiroient il le signeur de Cliçon à trouver sus tel parti. Si s’armèrent et montèrent as chevaus, et issirent de Niorth bien cine cens lances, et chevaucièrent couvertement devers Mortagne. Li sires de Cliçon, comme sages et bons guerriiers, n’estoit mies à aprendre d’avoir espies sus le pays pour savoir le couvenant de ses ennemis, et encores quant il les sentoit en le ville de Niorth ; et ce li vint trop grandement à point, car il euist estet pris à mains, ja n’en euist on failli, se ce n’euist esté uns de ses espies qui estoit partis de Niorth avoech les Englès et les Gascons, et qui ja sçavoit quel chemin il tenoient. Mais cilz espies qui cognissoit le pays, les adevança et trota tant à piet que il vint devant Mortagne ; si trouva le signeur de Cliçon seant au souper dalés ses chevaliers. Se li dist en grant quoité « Or tost, sires de Cliçon, montés à cheval et vous partés de chi et vous sauvés ; car vechi plus de cinc cens lances, englès et gascons, qui tantost seront sur vous et qui fort vous manachent, et dient qu’il ne vous vorroient mies ja avoir pris pour le deduit qu’il aront dou prendre. » Quant li sires de Cliçon oy ces nouvelles, si crut bien son espie, car jamais en vain ne li euist dit ces nouvelles. Si dist « As chevaus » et bouta la table oultre où il seoit. Ses chevaus li fu tantost appareilliés, et ossi furent tout li aultre, car il avoient de pourveance les sielles mises. Si monta li sires de Cliçon, et montèrent ses gens sans arroi et sans ordenance ne attendre l’un l’autre, et n’eurent mies li varlet loisir de tourser ne de recueillier tentes ne très, ne cose nulle qui fust à yaus, fors entente d’yaus fuir et d’yaus sauver. Et prisent le chemin de Poitiers, et tant fist li sires de Cliçon qu’il y vint et la plus grant partie de ses gens. Si recorda au connestable de France comment il lor estoit avenu.

Toutes les places du Poitou reconnaissent l’autorité du roi de France, sauf Niort, Chizé(1), Mortagne(2), Mortemer(3), Lusignan(4), Château-Larcher(5), la Roche-sur-Yon, Gençay(6), la Tour de Broue(7), Merpins(8), Dienné(9). Après la prise de possession de Thouars, les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon se dirigent vers Paris, et le connétable de France retourne à Poitiers(10). Quant à Olivier, seigneur de Clisson, il va mettre le siège devant Mortagne(11) avec tous les hommes d’armes bretons de sa compagnie. Un écuyer anglais nommé Jacques Clerch, capitaine de la garnison de Mortagne, envoie demander du secours aux Anglais et aux Anglo-Gascons qui tiennent garnison à Niort. Ceux-ci répondent à l’appel de Jacques par l’envoi d’un détachement de cinq cents lances ; mais Olivier, averti à temps par un de ses espions, lève précipitamment le siège et regagne Poitiers, laissant entre les mains de l’ennemi son matériel de campement et ses provisions qui servent à ravitailler la garnison de Mortagne. P.101 à 103, 311.

1. Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux.

2. Mortagne-sur-Sèvre, Vendée, arr. la Roche-sur-Yon.

3. Vienne, arr. Montmorillon, c. Lussac.

4. Vienne, arr. Poitiers.

5. Vienne, arr. Poitiers, c. Vivonne.

6. Vienne, arr. Civray.

7. D’après Cabaret d’Orville, l’occupation par les Français de la Tour de Broue (auj. hameau de Saint-Sornin, Charente-Inférieure, arr. et c. Marennes) aurait précédé la prise du captal de Buch ainsi que la reddition de Soubise et serait par conséquent antérieure au 23 août 1372 (Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. Chazaud, p. 92). Au contraire, l’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois (p. 244) place cet événement, ou du moins la délivrance de la duchesse de Bourbon enfermée dans la Tour de Broue, en 1373. Il faut donner la préférence au témoignage de Cabaret d’Orville, puisque nous possédons un acte daté du 23 juillet 1372, par lequel Simon Burleigh et Nicolas Dagworth prennent l’engagement de délivrer la duchesse de captivité et de la remettre aux mains du duc de Bourbon son fils, au plus tard le 1er novembre suivant (Arch. Nat., P 1358/1, n° 504 ; Huillard-Bréholles, Titres de la maison ducale de Bourbon, I, 565, 566), sauf toutefois le cas où la dite duchesse serait reprise auparavant « par force d’armes ». Lorsque Cabaret d’Orville et l’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois affirment que la duchesse douairière de Bourbon dut sa mise en liberté à ce dernier mode de délivrance, il y a d’autant plus lieu d’ajouter foi au témoignage de ces deux chroniqueurs que le duc de Bourbon, fils de la princesse prisonnière, qui prit part depuis le commencement jusqu’à la fin à toutes les opérations. de la campagne, aurait gravement démérité au point de vue de l’honneur chevaleresque et encouru le reproche de félonie si, dès le début de cette campagne, il n’avait pas fait tous ses efforts pour enlever la Tour de Broue et reprendre ainsi de haute lutte la duchesse sa mère aux aventuriers qui la détenaient. D’un autre côté, comme Simon Burleigh, par acte daté de Saintes le 24 septembre 1372, se reconnaît redevable d’une somme de 1000 francs d’or envers le duc de Bourbon (Arch. Nat., P 1358/2, n° 567 Huillard-Bréholles, Titres, etc., I, 567), il se peut que cette somme représente ou bien une partie de la rançon de ce chevalier fait prisonnier en défendant la Tour, ou bien le remboursement d’un acompte déjà payé par le duc sur la rançon de sa mère, acompte qui devait donner lieu a une restitution, si, comme nous le supposons, Isabelle avait été déjà à cette date reprise par force d’armes. Enfin, il résulte d’un article de compte que, le 20 mai 1373, Owen de Galles occupait pour le roi de France la Tour de Broue (Arch. Nat., KK 251, P 95 v°). Cette mention, rapprochée de ce que l’on sait par la Chronique des quatre premiers Valois du rôle décisif joué par ce même Owen de Galles dans l’affaire de la prise du captal de Buch, donne lieu de croire que les deux forteresses de Soubise et de la Tour de Broue, très rapprochées d’ailleurs l’une de l’autre, ont dû être recouvrées à peu près en même temps par les Français, c’est-à-dire à la fin du mois d’août 1372.

8. Charente, arr. et c. Cognac.

9. Vienne, arr. Poitiers, c. la Villedieu.

10. Ainsi que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon dont Froissait a tort de le séparer ici, Du Guesclin, après la reddition de Thouars et la soumission des principaux seigneurs poitevins, se dirigea vers Paris où il fit son entrée le 11 décembre 1372, ayant dans son cortège les deux prisonniers anglais les plus importants, le captal de Buch et Thomas de Percy. Voy. plus haut, p. XLVI, note 2.

11. A la date du 31 août 1373, Mortagne était encore au pouvoir des Anglais, comme le prouve l’article de compte suivant « A Berry le héraut pour faire ses fraiz et despens, en alent de Poitiers à Mortaigne convoier une quantité d’Anglois, du commandement de monseigneur (le duc de Berry), yci, par quittance donnée le darrain jour d’aoust (1373) rendue à court : XL sols. » (Arch. Nat., KK 251, f 128).


§ 717. Quant cil chevalier englès et gascons furent parvenu jusques devant Mortagne et yaus bouté ens es logeis le signeur de Cliçon, et point ne l’i trouvèrent, si furent durement couroucié. Si demorèrent là celle nuit et se tinrent tout aise dou bien des François, et l’endemain il fisent tout le demorant, tentes et très, tourser et amener à Niorth, et les aultres pourveances, vins, chars, sel et farine, mener ens ou chastiel de Mortagne, dont il furent bien rafreschi. Si retournèrent li dessus dit Englès et Gascon en le ville de Niorth. De puis ne demora gaires de temps que li baron de Gascongne et li chevalier qui là estoient, eurent conseil de retourner vers Bourdiaus ; car bien pensoient que cel ivier on ne guerrieroit plus en Poito, fors que par garnisons. Si ordonnèrent leurs besongnes, et toursèrent et montèrent as chevaus et se partirent. Si s’adrechièrent parmi la terre le signeur de Partenai et l’ardirent toute, excepté les forterèces, et fisent tant par leurs journées que il vinrent à Bourdiaus, et li englès chevalier demorèrent à Niorth. Si en estoient chapitainnes [uns chevaliers englès nommés] messires Jehans d’Evrues, messires d’Aghorisès et Jehans Cresuelle. De le Roche sur Ion estoit chapitainne uns chevaliers englès qui s’appelloit messires Robers, dis Grenake ; de Luzegnon, messires Thumas de Saint Quentin ; et de Mortemer, la dame de Mortemer et ses gens ; et de Gensay, uns escuiers englès, qui s’appelloit Jakes Taillour ; et de Cisek, messires Robers Miton et messires Martins l’Escot. Si vous di que chil de ces garnisons chevauçoient dont d’un lés, puis de l’autre, et ne sejournoient onques. Et tenoient toutes aultres forterèces françoises en grant guerre, et herioient amerement le plat pays et le rançonnoient telement que apriès yaus il n’i couvenoit nullui envoiier. De tout ce estoit bien enfourmés li connestables de France, qui se tenoit à Poitiers et s’i tint tout cel ivier sans partir ; mais il disoit bien que à l’esté il feroit remettre avant as Englès tout che que il pilloient et prendoient sus le pays. Or parlerons nous un petit des besongnes de Bretagne.

Aux approches de l’hiver, les Anglais ou Anglo-Gascons qui étaient venus à Niort pour essayer de faire lever le siège de Thouars, prennent le parti de retourner à Bordeaux. Chemin faisant, ils mettent au pillage les possessions du seigneur de Parthenay. Jean Devereux, chevalier anglais, Jean Cressewell et Daghori Seys continuent de tenir garnison à Niort, Robert Grenacre, chevalier anglais, à la Roche-sur-Yon, Thomas de Saint-Quentin, à Lusignan, la dame de Mortemer, à Mortemer, Jacques Taylor, écuyer anglais, à Gençay, Robert Morton et Martin Scott à Chizé. Ces capitaines font des courses de côté et d’autre et rançonnent tellement le plat pays qu’ils font place nette partout où ils passent. Bertrand du Guesclin, qui se tient à Poitiers pendant tout cet hiver, n’attend que le retour de la belle saison pour faire rendre gorge aux Anglais et les expulser des places qui leur restent. P. 104, 311.


§ 718. Li dus de Bretagne, messires Jehans de Montfort, estoit durement coureciés en coer des contraires que li François faisoient as Englès, [et volentiers euist conforté les dis Englès], se il peuist et osast ; mès li rois de France, qui sages et soubtis fu là où sa plaisance s’enclinoit, et qui bellement savoit gens attraire et tenir à amour où ses pourfis estoit, avoit mis en ce un trop grant remède. Car il avoit tant fait, que tout li prelat de Bretagne, li baron, li chevalier, les cités et les bonnes villes estoient de son acord, excepté messires Rohers Canolles ; mais cilz estoit dou conseil et de l’acort dou duch, et disoit bien que pour perdre tout che qu’il tenoit en Bretagne, il ne relenquiroit ja le roy d’Engleterre ne ses enfans, qu’il ne fust appareilliés en leur service. Cilz dus qui appelloit le roy d’Engleterre son père, car il avoit eu sa fille en mariage, recordoit moult souvent en soi meismes les biaus services que li rois d’Engleterre li avoit fais, car ja n’euist estet dus de Bretagne, se li confors et ayde dou roy d’Engleterre et de ses gens ne l’i euissent mis. Si en parla pluiseurs fois as barons et as chevaliers de Bretagne en remoustrant l’injure que li rois de France faisoit au roy d’Engleterre, la quelle ne faisoit mies à consentir. Et cuidoit par ses parolles coulourées attraire ses gens pour faire partie avoecques lui contre les François, mes jamais ne les y euist amenés car il estoient trop fort enrachiné en l’amour dou roy de France et dou connestable qui estoit leurs voisins. Et tant en parla as uns et as aultres que ses gens s’en commencièrent à doubter. Si se gardèrent les cités, li chastiel et les bonnes villes plus priès que devant, et fisent grans gais. Quant li dus vei ce, il se doubta ossi de ses gens, que de fait, par le information et requeste dou roy de France il ne li fesissent aucun contraire. Si segnefia tout son estat au roy d’Engleterre, et li pria que il li volsist envoiier gens, par quoi il fust soubdainnement aidiés, se il besongnoit.

Li rois d’Engleterre, qui veoit bien que li dus l’amoit et que ceste rancune que ses gens li moustroient, nasçoit pour l’amour de lui, ne li euist jamais refuset, mais ordonna le signeur de Nuefville, à quatre cens hommes d’armes et otant d’arciers, pour aler en Bretagne et prendre terre à Saint Mahieu de Fine Posterne, et là li tant tenir que li oroit aultres nouvelles. Li sires de Nuefville obei sa carge de gens d’armes et d’arciers li fu appareillie et delivrée. Si monta en mer ou havene de Hantonne, et tournèrent li maronnier vers Bretagne, li quel singlèrent tant par l’ayde dou vent, que il arrivèrent ou havene de Saint Mahiu et entrèrent en le ville ; car li dus avoit là de ses chevaliers tous pourveus, monsigneur Jehan de Lagnigai et aultres, qui li fisent voie. Quant li sires de Nuefville et se route eurent pris terre, et il furent entré courtoisement en le ville de Saint Mahieu, il disent as bonnes gens de le ville, qu’il ne s’esfreassent de riens car il n’estoient mies là venu pour yaus porter contraire ne damage, mais les en garderoient et deffenderoient, se il besongnoit et voloient bien paiier tout ce qu’il prenderoient. Ces nouvelles rapaisièrent assés chiaus de le ville.

Or s’espardirent et semèrenl les parolles par mi la ducé de Bretagne, que li dus avoit mandé en Engleterre confort, et estoient arrivet en le ville de Saint Mahieu plus de mil hommes d’armes, de quoi tous li pays fu grandement esmeus et en grigneur souspeçon que devant. Et s’assamblèrent li prelat, li baron, li chevalier et li consaulz des cités et des bonnes villes de Bretagne, et s’en vinrent au duch, et li remoustrèrent vivement et plainnement que il n’avoit que faire, se paisieulement voloit demorer ou pays, de estre englès couvertement ne pourvuement, et, se il le voloit estre, il le leur desist ; car tantost il en ordonneroient. Li dus, qui vei adont ses gens durement esmeus et courouciés sur lui, respondi si sagement et si bellement, que cette assamblée se departi par paix. Mais pour ce ne partirent mies li Englès de le ville de Saint Mahieu, ançois s’i tinrent toute le saison. Si demorèrent les coses en cel estat li dus en gait et en soupeçon [de ses gens], et ses gens de lui.

Jean de Montfort, duc de Bretagne, fait de vains efforts pour attirer les prélats, les barons et les bonnes villes de son duché dans le parti du roi d’Angleterre(1) celui-ci envoie quatre cents hommes d’armes et quatre cents archers tenir garnison à Saint-Mathieu(2) en Bretagne. P. 104 à 107, 311.

1. « Et celle saison (pendant les deux derniers mois de 1372), le roy de France envoia plusieurs fois messaiges grans et notables par devers le duc de Bretaigne que l’en sentoit moult favorable aux Anglois, et le fist le roy par plusieurs fois requerir que il feist son devoir vers luy, si comme tenu y estoit comme vassal et homme lige du roy et pair de France et que il ne voulsist souffrir les Anglois entrer en son pais de Bretaigne ne les conforter en aucune maniere lequel duc respondoit toujours que ainsi le feroit. (Grandes Chroniques de France, VI, 337.) - Au commencement de novembre 1372, Jean, duc de Berry, fit un voyage en Bretagne où le roi de France son frère l’avait chargé sans doute d’une mission diplomatique. Le 9 de ce mois, il était à Rennes

2. Saint-Mathieu, surnommé par les Bretons Loc Mazé Pen ar Bed ou la Cellule de Saint-Mathieu Fin de Terre, est aujourd’hui un simple écart de la commune de Plougonvelin, située à l’extrémité occidentale du département du Finistère. D’après une légende, c’est l’endroit où aurait été débarqué le chef de saint Mathieu apporté d’Éthiopie par des navigateurs du Léon et où saint Tanguy fonda un monastère à l’époque mérovingienne. En réalité, l’envoi fait par Edouard III au duc de Bretagne fut seulement de 300 hommes d’armes et de 300 archers, et non de 400. Voy. plus haut, p. XXX, en note.


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