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1385 - Les Français assiègent et prennent Taillebourg aux Anglais - Chronique de Froissart

D 11 février 2009     H 01:42     A Pierre     C 0 messages A 580 LECTURES


La Guerre de 100 ans bat son plein en Saintonge et en Angoumois. Dans l’insécurité générale, les châteaux sont des valeurs-refuge, très recherchés et menacés. Taillebourg n’en est pas à son premier siège, et ce n’est pas le dernier.

Source : Les chroniques de Jean Froissart - Jean Alexandre C. Buchon - Paris - 1835 - Books Google

CHAPITRE CCXXVII.

Comment les François prindrent plusieurs forts sur les Anglois ès marches de Poitou et de Xaintonge ; et comment le duc de Bourbon et le comte de la Marche mirent le siège devant le chastel de Taillebourch.

Nous retournerons à l’armée que le duc de Bourbon et le comte de la Marche firent en Poitou et en Limousin. Il se départit de Moulins en Bourbonnois et chevaucha à belle route de chevaliers et d’écuyers pour parfournir son voyage ; et avoit Jean de Harecourt son neveu en sa compagnie. Le duc de Bourbon avoit fait son souverain et espécial mandement de ceux de Berry, d’Auvergne, de Poitou, de Rouergue et de Xaintonge et de Limousin à être à Niort, à quatre lieues de Poitiers. Entrementes que ces gens d’armes s’assembloient et que ces mandemens se faisoient, se tenoit messire Guillaume de Lignac, un moult vaillant chevalier, sénéchal de Xaintonge de par le roi de France et gouverneur de la Millau ens ès marches de par delà. Si s’en vint en Angoulémois à toute sa charge de gens d’armes, où bien avoit deux cens combattans, et s’arrêta devant le chastel de l’Aigle, que Anglois tenoient, qui tout l’hiver et l’été ensuivant avoient moult hérié le pays.

Quand messire Guillaume fut là venu, il mit tantôt pied à terre, et fit mettre ses gens en ordonnance et approcher ce chastel que ses gens assaillirent de grand’volonté. Et là ot dur assaut et fort et bien continué ; car ceux qui dedans étoient se défendoient pour leurs vies. Là fut messire Guillaume, bon chevalier, et y fit moult d’armes ; et quoiqu’il fût capitaine de tous, il leur montrait bonne volonté, et comment on devoit assaillir ; car nullement ne s’épargnoit. Tant fut l’assaut fort et bien continué que le chastel fut conquis de force ; et entrèrent ens les François par échelles ; et furent morts et pris ceux qui dedans étoient. Ce premier conquèt en celle saison fit messire Guillaume de Lignac, en attendant le duc de Bourbon et sa route.

Quand le duc de Bourbon fut venu à Niort, si trouva là grand’foison de gens d’armes qui l’attendoient et désiraient sa venue. Et là étoit son cousin, le comte de la Marche à grand’route de gens d’armes, le vicomte de Tonnerre, messire Aymery de Thouars, sénéchal de Limousin, le sire de Pons, le sire de Parthenay, le sire de Tors, le sire de Poissances et plusieurs autres barons et chevaliers de Poitou et de Xaintonge. Et là vint devers le duc messire Guillaume de Lignac qui avoit pris et tourné François le chastel de l’Aigle ; dont le duc lui en sçut bon gré.

Quand toutes ces gens d’armes furent mis ensemble, ils se trouvèrent bien sept cens lances, sans les Gennevois et les gros varlets : et étoient bien en somme deux mille combattans. Adonc jetèrent-ils leur avis où ils se trairoient premièrement, ou devant Breteuil, ou devant Taillebourch,ou devant Mont-Leu. Tout considéré et pour le meilleur, ils dirent que ils iroient devant Mont-Leu, pourtant que c’est un chastel sur les landes de Bordeaux et au chemin de Bordeaux : à tout le moins si ils l’avoient les autres en seraient plus foibles, et ne pourrait nul issir de Bordeaux que ils ne le sçussent. Si cheminèreni celle part et passèrent Angoulème, et vinrent devant Mont-Leu, et là mirent le siège ; et étoient conduiseurs des gens d’armes du duc de Bourbon et de tout l’ost messire Jacques Poussart et Jean Bonne-Lance. Ces gens d’armes n’arrêtèrent guères devant Mont-Leu, quand ils s’ordonnèrent pour l’assaillir ; et apprêtèrent leurs atournemens d’assaut et leurs échelles, et commencèrent à environner ce chastel, et l’assaillir de grand’manière, et eux à défendre de grand’volonté. Là ot, je vous dis, assaut dur et fier, et bien continué, et fait de grands appertises d’armes sur échelles ; car les François montoient délivrément et se combattoient sur les murs main à main d’épées et de dagues. Et firent tant les François que par bon assaut le chastel fut pris et conquis, et ceux de dedans morts ; petit en y ot de sauvés. Quand les seigneurs de France orent la possession de Mont-Leu, ils le remparèrent et rafrechirent de nouvelles gens et de pourvéanees, et puis s’en vindrent le chemin de Taillebourch sur la Charente, de laquelle forteresse Durandon de la Pérade étoit capitaine, lequel étoit Gascon et appert homme d’armes ; et ne fit point grand compte des François quand ils vindrent. En venant vers Taillebourch, le duc de Bourbon et ses routes prirent deux petits forts anglois, lesquels toute la saison avoient moult hérié les frontières de Poitou et de Limousin ; et s’appeloit l’un, la Trouchette et l’autre Archiac, et furent morts tous ceux qui dedans étoient ; et les chastels rendus à ceux du pays environ qui les abattirent tous deux.

Or fut mis le siège devant le chastel de Taillebourch, et fut assis par quatre bastides et par quatre lieux. A Taillebourch a un pont qui sied sur la Carente ; et l’avoient les Anglois et les Gascons qui le tenoient fortifié ; et toute la saison point de navire allant en la Rochelle et en Xaintonge n’avoit pu passer, fors en grand danger et par trevage.

Lors s’avisèrent les seigneurs que ils prendroient le pont, si auraient moins à faire, et se logeroient plus sûrement en leurs bastides. Adonc ordonnèrent-ils par quelle manière. Si firent venir de la Rochelle nefs armées et toutes appareillées contre mont la Carente, et mirent dedans grand’fbison d’arbalétriers et de Gennevois, et envoyèrent ces gens escarmoucher à ceux du pont. Là ot dur assaut ; car les Anglois et les Gascons avoient malement le pont fortifié ; si se défendoient aigrement et vaillamment ; et aussi il étoit assailli de grand’volonté par terre et par la rivière. Et là fut fait chevalier à cet assaut l’aîné fils au comte de Harecourt, Jean, et bouta bannière hors ; et le fit chevalier son oncle le duc de Bourbon. Cil assaut au pont de Taillebourch fut moult beau et moult fort et bien continué, et y ot fait maintes appertises d’armes ; et traioient ces Gennevois et arbalétriers qui étoient en ces nefs à ceux du pont si roide et si dru et si ouniement que à peine osoit nul apparoir ni soi montrer aux défenses. Que vous ferais-je long compte ? Par bel assaut le pont de la rivière sur le passage de Taillebourch fut conquis, et tous ceux occis ou noyés qui dedans furent trouvés ; oncques nul n’en échappa. Ainsi orent les François le pont de Taillebourch. Si en fut plus beau leur siège ; car il sied à trois lieues de Saint-Jehan l’Angelier, et à deux lieues de Xaintes au meilleur pays du monde.

De la prise du pont de Taillebourch furent ceux du chastel, Durandon et les autres, tous ébahis et courroucés, et bien y avoit cause, car ils avoient perdu le passage de la rivière. Non-pour-quant ils ne se vouloient pas rendre ; car ils se sentoient en forte place et si attendoient confort de ceux de Bordeaux ; car on disoit adonc en cette saison sur les frontières de Bordelois, et si assuroient les Gascons et les Ànglois des forteresses, que le duc de Lancastrc ou le comte de Bouquinghen atout deux mille hommes d’armes et quatre mille archers venroient à Bordeaux pour combattre les François et pour lever tous les sièges. En ce avoient-ils grand’espérance ; mais les choses se taillèrent autrement, si comme je vous dirai ; car voirement, avant que l’armée de l’amiral de France se appareillât pour aller en Escosse, étoit-il ordonné en Angleterre que le duc de Lancastre et messire Jean de Hollande, frère du roi, et messire Thomas de Peny, messire Thomas Trivet, le sire de Fit-Watier, messire Guillaume de Windesore, messire Yon Fit-Varin et autres barons et chevaliers, atout mille lances et trois mille archers, venroient prendre terre à Bordeaux, et là se tiendroient tout un été ; et rafreschiroient Mortaigne, Bouteville et tous les fors qui se tenoient pour eux en Gascogne et en Languedoc, et combattroient les François si ils les trouvoient au pays ; et quand ils se seroient là tenus une saison, ils s’en iroient en Castille par Bayonne et par Navarre ; car ils étoient en traités devers le roi de Navarre.

Tout ainsi l’avoient en leur imagination et propos jeté les Anglois ; mais tout tourna au néant. Et quand ils sçurent de vérité que l’amiral de France atout mille lances, chevaliers et écuyers gens d’élite, venroient en Escosse, leur propos et consaulx se transmuèrent, et ne osèrent bouter ni mettre hors de leur pays nulles gens d’armes ni archers, ni eux affoiblir ; car ils doutoient grandement le fait des Escots et des François ensemble.

Encore couroit une voix en Angleterre que, en celle saison, ils seroient assaillis des François par trois parts ; l’une par Bretagne, et que le duc de Bretagne étoit bon François ; et l’autre par Normandie, et que le connétable de France faisoit ses pourvéanccs à Harrefleu et à Dieppe et tout sur la marine jusques à Saint-Valéry et au Crotoi ; et la tierce par Escosse.

Ces doutes ne laissèrent oncques en cet an partir ni vider chevalier ni écuyer d’Angleterre ; mais entendirent à pourvoir et à garnir leurs havres et leurs ports de bons chefs à l’entour d’Angleterre ; et fut pour celle saison le comte Richard d’Arondel amiral de la mer en Angleterre ; et tenoit sur la mer entre cent et six vingt gros vaisseaux tous armés, pourvus de gens d’armes et d’archers ; et avoient baleniers qui couraient sur les bondes des îles normandes pour savoir des nouvelles.

Nous nous souffrirons un petit à parler du duc de Bourbon et du siège de Taillebourch, où il fut plus de neuf semaines, et recorderons comment l’amiral de France et l’armée de mer françoise prindrent terre en Escosse ; et quel semblant de belle recueillette on leur fit au pays.

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