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1498 - Saint-Agnant (17) révolte de la misère : le roi Louis XII pardonne

samedi 12 janvier 2008, par Pierre, 1758 visites.

Une description tout à fait rare dans un document émanant du pouvoir royal.

Sous le mois de juillet 1498 nous rencontrons un monument curieux des misères du siècle et de la pitié touchante de ce roi Louis XII qui fut nommé le Père du peuple. C’est une Ordonnance portant rémission en faveur des habitants de Saint-Aignan-sur-Mer et autres lieux

Laissons parler la chancellerie de Louis XII

Source : Journal des savants - Institut de France - Charles Giraud - 1850 - Books Google

Juillet 1498 - Ordonnance du roi Louis XII absolvant une rébellion des pauvres de Saint-Agnant

Dessin d’Honoré Daumier
modifié par duplication par P. Collenot

Nous avons reçu l’humble supplication de nos pauvres subgectz les manans et habitans de Saint-Aignan-sur-la-Mer, de Brouaige et paroisse Saint-Sournain de Moustierneuf, contenant que les dicts poures supplians sont residans et demourans sur la dicte mer, et par ce subgectz aux pilleries et descentes des pillates de mer, et pour y obvier sont contraincts faire continuellement le guect pour la seureté d’eux et de tout le pays de Xainctonge. Aussi le plus de l’entretennement de leur vie est besoing aux uns faire saler les mareils qui sont environ le dict lieu…, ou ils gagnent leur poure vie, et les autres vont sur la mer marchandamment, ou comme locatifs ou autrement ; et sont les dicts poures suppliants puis aucun temps en ça tombés en grande poureté, tant pour les grandes pertes qu’ils ont eues et souffertes …, comme aussi pour ce que depuis deux ans en ça, le sel n’a comme rien valu au pays, et le blé très fort enchéry qu il n’est de mémoire d’homme d’avoir veu le temps si fort et mauvaiz à passer au pays qu’il a esté. Au moyen de quoy les dicts poures suppliantz ont esté constitués en telle poureté qu’ils n’avoient et encores n’ont de présent de quoy vivre ; nonobstant laquelle poureté, ils ont esté et sont contribuables à nos tailles, aides et impôts extraordinaires mis sus en nostre royaume … tellement que sept vingt feus qu’ils sont en tout, ou environ, portent bien quatre cents livres tournois de taille, qui leur est une charge insupportable ; mais pour la grande obéissance qu’ilz veulent et désirent toujours avoir, l’ont libéralement jusques à présent porté et soutenu au mieux qu’ils ont peu, jusques à vendre leurs biens, meubles et après leurs héritaiges inclusivement, en telle manière que tel d’eux qui avoit bien de quoy, est de présent constitué en grant poureté et nécessité de quérir et demander l’aumosne …

Et voyant que ils n’avoient de quoy payer, esperans venir ou envoyer par devers nous pour nous remontrer leur poure cas, à ce qu’il nous plut de nostre grace en avoir pitié et leur faire miséricorde, se sont portés pour appelans, du receveur de nostre domaine de Xaintonge, de ses gens et commis qui les vouloient contraindre à payer la dicte somme, sans jamais avoir pensé au malheur de faire envers nous … aucune rebellion ni désobéissance, mais seulement pour nous remontrer leur poureté et, ce que dit est, à ce qu’il nous pleut les ayder.

Néanmoins est advenu que ung nommé Pierre Guibert, prevost fermier de nostre cité de Xaintes, homme fier et cruel, … a trouvé moyen envers luy d’avoir la charge de contraindre les dicts poures suppliants à payer …

Et pour ce que, au payement, ung qui se disoit avoir charge du dict receveur ordinaire, et Gazeau sergent y estoient allez, et, nonobstant le dict appel, avoient prins l’un des dicts poures suppliants et iceluy trainé après eulx et menacé de pendre … et de faict s’étoient efforcés luy mettre le liceol de l’un de leurs chevaux au col ; quoy voyant le poure homme, doubtant la mort, cria a haulte voix a l’ayde, auquel cry certaines femmes qui l’oïrent, tirèrent celle part, et par leur moyen trouva façon de eschapper de leurs mains ; pour laquelle cause le dit prevost et le dit sergent qui estoient avec luy dirent plusieurs parolles injurieuses aux dictes femmes qui sont très femmes de bien, telles que paillardes, mastines ; a l’occasion de quoy l’une d elles qui ne pust aucunement porter ces dictes injures, geta une pierre ou deux contre l’un d’eulx, sans que la pierre lui fist mal …

Un certain jour après, que le marché se tenait à Pont-l’Abbé, se mict (le dict prevost) et des sergens avec luy au guect sur le chemin qui va du dict Saint-Aignan au dict Pont-l’Abbé, et illec print et fist prendre et conduire au dit Pont-l’Abbé par force, et nonobstant le dict appel, deux des dits poures supplians, une femme et un prestre, lequel tantost après, de peur qu’il eust, est mort ; au moyen de quoy, se sourdit ung molet grand bruict, pource que c’estoit ung jour de marché, et de faict se assemblèrent plusieurs des dits poures habitans, avec armes, bastons, lesquels ne pensant faire mal pour ce qu’ilz estoient appelans, et qu’ils avoient seu par leur conseil, que durant le dict appel il ne pouvoit, ne devoit estre attempté contr’eulx, firent en manière que ils recouvrèrent leurs prisonniers, et peut être que ces aucuns donnèrent plusieurs menaces au dict prevost et au substitut de nostre procureur général … et de faict empêchèrent, tant par voye de faict que aultrement que les dictz sergens ne fissent aucuns exploix sur eulx … ; en quoi fesant les dicts poures supplians ne pensoient mal faire et n’avoient intention de nous faire aucune rebellion …

Toutefoys, le dict prevost s’est tiré par devers nous, en nous faisant un grand cry, et clamant des choses dessus dictes, et de nous a obtenu lettres par vertu desquelles, et pour icelles mettre a exécution, le seneschal de Xaintonge ou son intendant particulier s’est transporté sur les lieux ou il n’a trouvé que les maisons toutes vuydes … ayans les dits poures supplians, craignant et doubtant rigueur de justice, habandonné cy peu de biens qu’il avoient, et leurs femmes et petitz enfans, tous depourveus, en nécessité de mendier leur vie : au moyen de quoy le dict lieutenant n’a seu que exécuter, pour la grande pitié et poureté qu’il a trouvée …

Et nous ont humblement faict supplier et requérir que … il nous plaise leur abolir, quicter, remectre et pardonner lesdicts cas …

Pour ce est il, etc. aux dicts supplians, et a chacuns d’eulx, avons aboly, quicté, remis et pardonné.

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