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1541 - La Rochelle (17) : pour calmer la révolte de la gabelle, Jarnac fait jouer à l’ancêtre du rugby

D 7 janvier 2010     H 15:56     A Pierre     C 0 messages A 1299 LECTURES


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Le procédé n’est pas nouveau : pour calmer le ressentiment populaire, panem et circenses (du pain et des jeux). La révolte de la Gabelle, sous François 1er, agite l’Angoumois, la Saintonge et l’Aunis. Alors le comte Chabot de Jarnac, gouverneur de la Rochelle, haï par les Rochellais, organise des fêtes. La pelote est, comme on le sait bien dans le sud-ouest, une balle. Le jeu semble plus proche du rugby que du football. Et quand vous verrez une belle prise de balle en touche, pensez qu’il s’agit, comme l’explique Daniel Massiou, d’un hommage collectif au dieu Soleil !!!

Source : Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge et de l’Aunis - Daniel Massiou - Paris - 1838 - Google Books

En savoir plus sur la soule (Wikipédia)

1541. — Craignant que le ressentiment qui couvait dans les cœurs ne dégénérât en révolte ouverte, Jarnac imagina, pour distraire la multitude et détourner de l’objet irritant dont elle était préoccupée, de ressusciter une vieille fête populaire tombée depuis long-temps en désuétude, et qui avait été fort accréditée, aux temps féodaux, sous le nom de Banquet de la pelotte du roi.

Le lundi, 20 février 1541, tous les époux mariés à la Rochelle dans le courant de l’année furent condamnés, par sentence de monsieur le bailli, à contribuer au banquet de la pelotte du roi, en versant ès mains de deux entremetteurs, ou commissaires chargés des apprêts de la fête, une taxe de deux, trois ou quatre écus, arbitrée, selon les facultés de chacun, par monsieur le lieutenant-général. En conséquence de ce jugement fut décerné, le lendemain, contre tous nobles et praticiens nouvellement mariés, un exécution portant contrainte par saisie de leurs biens meubles et immeubles, prise et détention de leur personne, pour le paiement de la taxe, comme étant des propres deniers du roi. Chaque époux fut tenu, en outre , de fournir trois pelottes, dont une armoriée à l’écu de France, et de les apporter en un lieu convenu, pour être courues au plaisir du roi ou de ses officiers.

La soule (en Basse-Normandie en 1852)
Il y a beaucoup de monde sur le terrain et des gestes qui ne relèvent visiblement pas du fair-play !!! (image source Wikipédia - article "soule"

— « Ledit jour, vingt-et-un février, porte le procès-verbal de cette solennité, jour accoutumé pour recevoir le devoir que tous les nouveaux mariés sont tenus de payer au roi, notre sire, les officiers de là ville et gouvernement de la Rochelle se sont, après proclamation faite, transportés au carrefour de Mauconseil, lieu ordinaire à faire l’assemblée , et de là au pré nommé les Corderies, joignant la porte des Deux-Moulins, pour recevoir l’hommage dû au roi, notre souverain seigneur, par les nouveaux mariés de l’année.

« Auquel lieu a été procédé à la réception desdits hommage et devoir comme il suit : premièrement monsieur Mathurin Torquèze, l’un des nouveaux mariés de l’année, a présenté trois pelottes, l’une figurée des armoiries dudit seigneur roi, et les deux autres blanches , pour icelles être courues au plaisir dudit seigneur, si présent était, sinon de ses officiers, etc. »

Après avoir reçu dans un chapeau les trois pelottes de chacun des nouveaux mariés, le lieutenant du gouvernement distribua aux autres officiers du roi présens à la cérémonie, celles qui étaient blasonnées aux armes de France, puis il abandonna les blanches à qui en voulut. Ces dernières furent alors lancées, l’une après l’autre, à travers la prairie. La multitude se rua de tous côtés pour s’en saisir, non sans force culbutes, ce qui divertit beaucoup le bon peuple, et lui fit, un moment, oublier ses maux et son ressentiment. Le soir un banquet fut servi, aux frais des nouveaux mariés, à ceux qui avaient remporté les prix de la course.


Dans les Notes et dissertations, Daniel Massiou ajoute ce qui suit :

II existe une analogie frappante entre la cérémonie du Banquet de la pelotte du roi et la fête baladoire, appelée jeu de la sole ou de la soulle, qui était célébrée anciennement dans plusieurs provinces du royaume. On remarque d’abord une parfaite identité de noms, car le mot soûl, dans l’idiome kimrike de la Basse-Bretagne, signifie un globe, un ballon. Latour d’Auvergne, dans ses savantes recherches sur l’origine de la langue bretonne, rapporte, à l’occasion du jeu de la soulle, dans lequel il voit une imitation de l’antique institution des jeux pythiens qui étaient célébrés en l’honneur d’Apollon, que les Bretons, au lieu de lancer horizontalement la soul, la lancent perpendiculairement à une très-grande hauteur, et que mille mains, élevées en même temps pour la recevoir, semblent payer un commun tribut d’hommages à l’astre bienfaisant dont on célèbre la fête.

Le jeu de la soulle, suivant le même auteur, n’avait lieu, que le dimanche, jour consacré au soleil par les anciennes tribus celtiques. Pasques de soles était le jurement habituel de Louis XI, et signifiait Pâques du dimanche, comme étant un jour plus solennel que la Pàque du lundi ou du mardi, car on sait que cet anniversaire durait trois jours. Or, dimanche se dit, en latin, dies solis, jour du soleil. Les Bretons appellent encore le dimanche di sul, le jour du soleil, ou simplement ar sul, le soleil, et le dimanche de Pâques sul pask ou sul bask, le soleil de Pâques [1].

Le jeu de la solle ou de la soulle était en usage autrefois dans le Berry, le Bourbonnais, la Picardie et ailleurs. Ce mot vient, selon Ducange, de solea, semelle de soulier, parce que c’était avec le pied qu’on poussait la soulle ou pelotte. On jouait à la soulle dès le XIVe siècle : on trouve ce jeu populaire mentionné dans les ordonnances des rois et dans plusieurs statuts synodaux. La pelotte était désignée, dans quelques pays, sous les noms de Mellat et de Chéole ; mais presque partout on l’appelait soulle, si elle était grosse, et soullette lorsqu’elle était petite.

Raoul , évéque de Tréguier, par un statut de l’an 1440, rapporté au tome IV du Thesaurus anecdotorum des PP. Martenne et Dudevant, défendit le jeu de la soulle en Basse-Bretagne, où ce jeu était pratiqué sous le nom de Mellat en idiôme vulgaire du XVe siècle. Une ordonnance de Charles VI, de l’an 1387, parle du jeu de la soulle auquel les paysans du Vexin s’exerçaient devant le grand portail de l’abbaye de Notre-Dame de Mortevert, le jour de carême prenant. Une autre ordonnance de Charles V, de l’an 1369, met ce jeu au rang de ceux qui sont défendus comme ne servant nullement à dresser la jeunesse pour la guerre. Dans un décret ou statut du Châtelet de Paris, de l’an 1493 , il est encore parlé de cet usage sous le nom de jeu de la soulle. Les habitans de quelques villages de l’archiprétré d’Hériscon, en Bourbonnais, croyaient autrefois honorer Saint-Jean l’Evangéliste et Saint-Ursin en courant la soulle, c’est-à-dire qu’ils se livraient à cet exercice dans l’une de ces deux paroisses le 27 décembre, et dans l’autre le 29 du même mois. La soulle, selon Ducange, était tantôt un ballon enflé de vent, tantôt une boule en bois [2].

Un arrêt du parlement de Paris supprima, en 1779, le jeu de la soulle dans la paroisse de Vouillé, en Poitou. Voici le détail de cette fête pris dans l’énoncé même de l’arrêt. Elle avait lieu le deuxième jour de Noël, 26 décembre, veille de la fête de Saint-Jean l’Évangéliste. Les habitans du bourg de Vouillé s’assemblaient, dès le matin, dans un cabaret, et envoyaient des garçons chercher le dernier marié de l’année qu’ils amenaient de force ou de gré, exigeant de lui trois livres de pain et du vin. S’il se refusait à cet impôt, il était dépouillé de ses habits. On plaçait ensuite sur la fenêtre la plus apparente du cabaret où l’on était assemblé une boule en bois d’un poids considérable qu’on décorait de lauriers et autour de laquelle on disposait des bouteilles et des verres. On plaçait des sentinelles au bas de la fenêtre pour obliger les passans à saluer cette boule qu’on appelait la soulle. Ceux qui refusaient de faire la révérence obligée étaient honnis et insultés.

Vers le soir les hommes et les femmes mariés se séparaient des garçons et des filles. Le dernier marié allait enlever la soulle qu’il portait au sommet d’un rocher escarpé. A un signal donné , hommes et femmes, garçons et filles s’élançaient, de deux côtés différens, vers le rocher pour s’emparer de la soulle. Quand les hommes et les femmes étaient les plus forts, ils portaient le trophée de leur victoire au milieu de la rivière : quand, au contraire , la soulle avait été enlevée par les garçons et les filles, elle était par eux jetée dans un puits : alors un des garçons devait descendre, la tête en bas, dans le puits , pour rapporter la soulle.

Ceux qui s’étaient emparés de cette boule allaient chez tous les meuniers du bourg et exigeaient de chacun dix sous par chaque roue de moulin, de la viande de porc, des canards, des chapons et du vin. Les meuniers qui refusaient de payer étaient maltraités, ou l’on s’emparait malgré eux des comestibles qu’ils ne voulaient pas donner de bon gré. La soirée et une grande partie de la nuit étaient consacrées à consommer dans les tavernes le produit de la collecte. Des excès de tout genre étaient la suite ordinaire de cette débauche qui se terminait souvent par des rixes sanglantes. Ce fut là principalement le motif qui provoqua l’arrêt de 1779. Le jeu de la soulle et les autres fêtes du même genre avaient été déjà supprimées en Poitou par arrêts des grands jours de Poitiers des 14 décembre 1665 et 3 septembre 1667 [3].


[1Ermangart et Eloi Johanneau. Notes sur Rabelais. tom. VII. p. 410.

[2Voy. Ducange et ses continuateurs. Glossar. mediœ et infimae latinitatis aux mots ludi, cheolare, mellat, etc. — Ducange, VIIIe dissertation sur Joinville et le Mercure de France , mars 1735, où l’on trouve plusieurs réflexions de l’abbé Lebœuf, chanoine d’Àuxerre, sur le même sujet ; ainsi que le supplément de Moréry, v.° soulle.

[3Lettre de M. Jouyneau des Loges. Dans les Mém. de la Société des antiq. de France, tom. I.

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