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1542 - Révolte de la gabelle - François 1er miséricordieux à la Rochelle

D 5 septembre 2009     H 01:29     A Pierre     C 0 messages A 742 LECTURES


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La révolte de la gabelle et son épilogue tout à la gloire d’un roi François 1er habile et miséricordieux sont racontés ici dans une version sensiblement différente de celle déjà présentée sur le site (voir cette page). Quelle est la vraie version ? Quel est le véritable François 1er ?

La lecture comparée des deux relations ne manque pas d’intérêt et donne de cet épisode une vision panoramique qui manque souvent dans de tels récits.

Source : Histoire de France, depuis l’établissement de la monarchie jusqu’au règne de Louis XIV - Par M. Garnier, Historiographe du Roi, & de Monsieur pour le Maine & l’Anjou - Paris - 1776 - Books Google.

La sédition, qui forçoit le roi à se faire accompagner d’une partie de son armée, avoit eu l’origine suivante : l’impôt sur le sel étoit très-inégal & se percevoit d’une maniere toute différente dans les diverses contrées du royaume. Dans les pays de gabelle, & l’on comprenoit sous ce nom presque toutes les provinces de l’intérieur du royaume, le roi levoit quarante-cinq livres par chaque muid de sel ; & cet impôt étoit perçu par les grenetiers & contrôleurs répartis dans presque toutes les villes, & qui avoient le privilège exclusif de cette marchandise : au contraire, dans les contrées maritimes, telles que l’Aunis, la Saintonge, la Guyenne, les isles de Ré & d’Oléron, le commerce de sel étoit libre, en payant au roi le quart de l’achat. Ce droit, tout modique qu’il étoit, n’étoit pas exactement acquitté, parce qu’il étoit presque impossible d’empêcher la collusion entre les acheteurs & les vendeurs. D’ailleurs, comme il y avoit un gain considérable à voiturer frauduleusement du sel des provinces maritimes dans les pays de gabelle, il s’étoit établi un commerce de contrebande que ni la sévérité des loix ni la vigilance des préposés ne pouvoit arrêter. Pour remédier d’une autre maniere à cette fraude, les receveurs de la gabelle se transportoient fréquemment dans les parties de leur district, entroient chez les habitans & les obligeoient de leur représenter des certificats du grenetier qui constatassent la quantité de sel qu’ils avoient levée pour leur consommation : s’il s’en trouvoit, & ce cas n’étoit pas rare, qui chargés de famille n’en eussent levé qu’une petite quantité, ou qui refusassent de montrer leurs certificats, on les accusoit d’avoir fraudé la gabelle ; & sur le seul soupçon, on les condamnoit à des amendes, moitié au profit du roi, moitié au profit des receveurs. Ces vexations, qui réduisoient tous les ans une multitude de familles à la mendicité & qui tenoient les autres dans des allarmes perpétuelles, étoient d’autant plus odieuses qu’il en revenoit peu de profit à l’Etat ; car les frais de perception absorboient la plus grande partie du produit. On avoit calculé dans le conseil du roi, qu’en simplifiant la perception de cet impôt, en l’étendant indistinctement à toutes les provinces & en réduisant à la moité les droits qui se percevoient sur les pays de gabelle , le roi en retireroit encore une somme beaucoup plus considérable qu’auparavant : qu’il n’y auroit plus de contrebandiers & que les habitans de la campagne seroient délivrés des vexations des employés. ll ne s’agissoit que d’établir les bureaux de perception sur tous les marais salans, de réduire le droit du roi à vingt-quatre livres par muid de sel, que les propriétaires de ces marais acquitteroient eux- mêmes , & de permettre ensuite le commerce & la libre exportation de cette denrée.

Ce projet spécieux offroit des inconvéniens auxquels on ne songea point à remédier. Les provinces maritimes & exemptes étoient proportionnellement plus chargées de tailles que les pays de gabelles, & on ne parloit point de leur ôter cet excédent : ces provinces étoient peuplées en grande partie de matelots & de pêcheurs, qui n’ayant point assez d’avances pour charger leurs barques de sel, lorsque cette denrée seroit renchérie, alloient se trouver sans emploi & réduits a la mendicité. Enfin , les propriétaires des marais salans , indépendamment des gênes & de la contrainte auxquelles on vouloit les assujettir, voyoient clairement qu’un renchérissement fi considérable écarteroit les marchands étrangers qui venoient de presque toutes les parties de l’Europe se charger de sel dans les ports de France, & qu’en diminuant les ventes, on diminuoit dans la même proportion leurs revenus. Aussi le nouvel édit excita-t-il des murmures & une fermentation générale dans toutes ces provinces.

Charles de Chabot, comte de Jarnac, gouverneur de la Rochelle & du pays d’Aunis, fut d’autant plus allarmé de cette disposition des esprits, qu’il n’ignoroit pas à quel point il s’étoit rendu personnellement odieux aux Rochellois, en s’armant quelques années auparavant de l’autorité du roi, pour changer la forme de leur administration municipale. Ne se croyant plus en sûreté au milieu d’eux , il obtint du roi la permission de lever une compagnie de trois ou quatre cens avanturiers, & sous prétexte qu’on étoit menacé d’une descente de la part des Anglois, mais en effet pour contenir les habitans & intimider ses ennemis personnels, il la fit entrer dans la ville. Les bourgeois, qui remplissoient eux-mêmes les fonctions de soldats , & qui se croyoient assez forts pour repousser les Anglois, virent de mauvais œil l’arrivée de ces étrangers, & ne discontinuerent point de monter eux-mêmes la garde. Bientôt il s’éleva une querelle entre un de ces avanturiers & un bourgeois ; les deux partis coururent aux armes pour défendre leurs camarades, & il se livra un combat assez vif, où les avanturiers furent mis en fuite : plusieurs perdirent la vie , d’autres furent désarmés & traînés dans les prisons : Chabot, qui se trouva sans défense, au milieu d’un peuple mutiné, ne songea plus qu’à s’évader. Le feu de la révolte se répandit bientôt dans les contrées voisines ; les commissaires que le roi avoit envoyés pour prendre connoissance. des marais salans , furent il mal reçus par-tout où ils se présenterent, qu’ils ne purent remplir leur commission : ils ne tarderent pas à revenir escortés de l’arriere-ban du Poitou ; mais trouvant tout le pays en armes , ils prirent encore une fois le sage parti de se retirer. Le roi dissinula cette offense tant que dura le siège de Perpignan ; à son retour, il manda dans la ville de Cognac vingt-cinq des principaux habitans de la Rochelle, les syndics & procureurs des villes & communautés voisines, pour justifier, s’il y avoit lieu , la conduite qu’ils avoient tenue envers ses commissaires. Il fallut obéir , car ils étoient ans défense, & le roi s’approchoit avec une partie de son armée. Arrivés à Cognac, ces députés furent mis aux arrêts, & on leur signifia qu’ils seroient responsables de la réception que feroient les Rochellois à Jarnac leur gouverneur. Il retournoit dans cette ville rebelle avec la compagnie de cinquante hommes d’armes du feigneurde Rothelin, & deux cens légionnaires : trouvant les portes ouvertes ce le peuple entier livré aux pratiques de pénitence & de dévotion , car les prédicateurs, dont la voix est toujours puissante dans les calamités publiques, les avoient exhortés à recourir à Dieu, qui tient dans sa main le cœur des rois , Jarnac assit tranquillement des corps-de-gardes au coin des rues, ordonna aux bourgeois d’apporter sur la place publique toutes les armes qu’ils tenoient dans leurs maisons, & leur défendit, sous peine de la vie, de sortir de nuitr & de se trouver de jour plus de six personnes ensemble. Quoique la soumission des Rochellois fût sans bornes, le .tribunal établi à Cognac s’arma contr’eux de la plus grande sévérité. Il déclara criminel de lèse-majesté tous ceux qui s’étoient opposés aux commissaires du roi, chargés de l’exécution de son édit, & regardant les propriétaires des marais salans comme les auteurs ou les instigateurs de la sédition , il confisqua leurs biens au profit du roi , & réunit ces marais salans au domaine de la couronne. Le roi , qui vouloit effrayer les rebelles , mais ne pas les pousser au désespoir, sursit par des lettres-patentes l’exécution de cet arrêt , voulant laisser le tems & la liberté aux accusés de produire tous leurs moyens de défense , & il les avertit de lui sdresser de nouveaux députés dans la ville de la Rochelle, où il leur donneroit audience. L’entrée qu’il y fit avoit l’air imposant & terrible : les malheureux bourgeois n’obtinrent pas même la permission d’offrir au monarque l’image de leur désolation & de leur repentir. Jarnac les tint étroitement enfermés dans leurs maisons, & rangeant ses soldats en deux haies, il alla recevoir a l’une des portes de la ville les premiers corps de troupes qui se présenterent, & qui continuerent de former des files dans toutes les rues. Les archers de la garde menoient au milieu d’eux les vingt-cinq députés de la Rochelle , & les syndics des communautés voisines, chargés de chaînes & dans l’équipage de criminels qu’on traîne au supplice ; ils allerent les déposer dans la prison. Le roi parut ensuite armé de toutes pieces , précédé de ses gentilshommes ordinaires, & suivi des princes, cardinaux & ministres , il alla. descendre au logis que Jarnac lui avoit préparé. Le lendemain il traversa à pied une grande partie de la ville pour visiter le port. Par-tout régnoient l’épouvante , le silence & l’horreur. Cependant une troupe d’enfans des deux sexes s’élancant tout-à-coup du coin d’une rue, ou par la négligence, ou par la connivence des gardes, vint tomber aux pieds du roi, & cria misericorde. Quelque effort qu’il fît pour armer son visage de sévérité, la puissante nature, dans cette rencontre inopinée, revendiqua ses droits, & lui arracha des larmes. Dès le soir il ordonna qu’on déliât les captifs, & qu’on leur laissât une honnête liberté, sans cependant leur ouvrir les portes de la prison, jusqu’au lendemain, où il leur donneroit audience. On bâtissoit sous les fenêtres de son appartement un vaste échafaud, où il parut à l’heure indiquée , accompagné des ducs d’Orléans, de Vendôme, d’Estouteville, des cardinaux de Lorraine, de Ferrare & de Tournon, de Montholon, garde des Sceaux , de Raimond, premier président de Normandie, & de quelques autres magistrats. Au pied de l’échafaud étoient les accusés, ayant à leur tête deux orateurs, l’un pour les Rochellois, l’autre pour les communautés. Quoiqu’on affectât de donner à cette action une forme judiciaire, les deux orateurs sentant que ce n’étoit pas le moment de discuter un point de droit, ne s’attacherent qu’à fléchir la colere de leur juge, & confessant humblement leur faute, ils implorèrent sa clémence & sa miséricorde : les accusés, & ceux des bourgeois a qui l’on avoit permis d’approcher , couchés par terre, & les mains tendues vers le trône, répéterent à grands cris miséricorde. « Je ne suis point étonné, répondit le roi, que vous n’ayez pas même entrepris de justifier votre conduite a mon égard : car sous quelque point de vue qu’on l’envisage, elle est vraiment inexcusable. Tandis que je veillois jour & nuit à votre défense, au moment où mes fils & moi exposions nos vies pour mettre à couvert nos frontières, & maintenir la sûreté publique ; non contens de vous refuser aux dépenses qu’entraîne nécessairement l’entretien de quatre ou cinq armées , vous avez, au mépris de la dignité royale, outragé des officiers chargés de mes ordres, levé l’étendard de la révolte, & ouvert, autant qu’il étoit en vous, aux Espagnols & aux Anglois l’entrée de nos provinces. Connoissez donc toute l’énormité de votre faute , & jugez vous-même quelle réparation j’ai droit d’exiger. L’exemple des Gantois a dû vous l’apprendre. Bien moins coupables que vous, puisqu’ils paroissoient ne reclamer qu’une justice impartiale, & qu’ils offroient de se soumettre à la décision du parlement, ils ont vu leurs principaux citoyens expirer par la main du bourreau , un grand nombre d’autres bannis & dépouillés de leurs biens : la ville entiere, privée de tous ses privilèges, a été condamnée à bâtir à ses frais une citadelle, & à soudoyer à perpétuité une garnison. tel est le traitement auquel vous avez dû vous attendre, & que vous éprouveriez sans doute, si je n’étois que votre maître , mais je suis votre pere ; vous détestez votre faute , & vous implorez ma clémence ; hélas ! j’ai besoin plus qu’aucun de vous peut-être, que le Souverain arbitre des peuples & des rois me pardonne mes offenses. Enfans, plus imprudens encore que coupables, ne craignez rien pour vos vies, pour vos biens, je n’en veux qu’à votre cœur ; & puisque le repentir est sincere, le pardon doit être entier & sans réserve : écoutez donc l’arrêt que prononce votre roi : J’impose silence à mon procureur-général , & j’abolis tous les actes de cette procédure, sans qu’ils puissent jamais être reprochés ni préjudicier aux communautés, ni aux particuliers ; je vous rends » vos priviléges, les clefs de votre ville , vos armes ; servez-moi toujours comme vos peres ont servi mes prédécesseurs ; & loin de porter atteinte à vos libertés,. » je les étendrai. J’ordonne & j’entends que Jarnac vous commande avec douceur , & que vous lui obéissiez avec zèle comme à mon lieutenant-général ; & pour vous montrer à quel point je me fie en vous, je veux que toutes les troupes, sans en excepter ma maison, oui sont à présent dans la ville, en sortent avant la fin du jour, & que vous formiez vous-mêmes ma garde tant que je serai parmi vous. »

Il est plus facile d’imaginer que de dépeindre l’effet qu’une si heureuse surprise produisit sur l’âme des Rochellois : à l’abbatement, au silence morne & profond qui régnoient dans l’assemblée, lorsque le roi commença son discours, succéderent par degrés une lueur d’espérance, un frémissement, un doux murmure, des larmes, des cris involontaires que la joie arrachoit, que le respect & le desir d’entendre jusqu’au bout étouffoient, & qui recommencoient encore. Enfin, donnant un libre essor aux mouvemens qui les oppressoient, ils firent retentir la place publique d’acclamations redoublées ; puis courant dans les rues comme des forcenés, & embrassant le premier qui se présentoit, ils tâchoient de lui répéter une partie de ce qu’ils venoient d’entendre. Aux cris de joie se mêlerent le son de toutes les cloches & le bruit du canon. Le peuple accouroit en foule de tous les quartiers de la ville devant le logis du roi, il s’y attroupoit, renouvelloit ses acclamations, l’appelloit son sauveur, son pere , & desiroit de le voir encore.

Pour lui procurer cette satisfaction, & jouir lui-même du plaisir de faire des heureux, François envoya demander à souper aux officiers municipaux dans la grande salle de l’hôtel-de-ville où tout le monde pourroit entrer, & il voulut qu’eux-mêmes le servissent, ne gardant de tous ses officiers de bouche qu’un maître-d’hôtel pour arranger les plats. Le souper fut suivi d’un bal auquel les bourgeoises de la Rochelle turent invitées , & qui se prolongea fort avant dans la nuit. Le roi, pour animer la fête , ne dédaigna pas de se mêler dans la troupe des danseurs : le lendemain, il quitta la ville & alla rejoindre ses troupes qui s’étoient mises en marche la veille. Il passa l’hiver à Paris, afin de mettre ordre à ses finances & de se tenir prêt à ouvrir la campagne, dès que la saison le permettroit.

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