1545 - 1700 - Notes et documents sur la Réforme en Arvert et Oleron

D 28 octobre 2008     H 22:04     A Pierre     C 0 messages A 3020 LECTURES


Titre original : Notes et documents sur la Réforme aux Iles de Saintonge.

Un document un peu fourre-tout, et ainsi il y en a pour tous les goûts : historique des premières communautés réformées des Iles d’Arvert, archives diverses, renseignements sur l’état civil protestant d’Oleron, cantiques protestants du XVIIIème siècle, origines oléronaises de Pierre Loti.

Source : Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français - Paris - 1904 - BNF Gallica

Les débuts de la Réforme dans les Iles d’Arvert

La région des îles d’Arvert et d’Oleron
Le croquis que nous donnons a été dessiné d’après la carte levée par les frères Masse à la fin du XVIIe siècle (1696 à 1721). Cette carte est conservée au Ministère de la Guerre (dépôt des Cartes)
On y distinguera facilement les marais (figurés par des traits horizontaux) des îles mêmes. Au début du XVIe siècle, c’est à dire deux siècles avant que la carte des frères Masse ait été dressée, les bas-fonds étaient sans nul doute plus marécageux encore, les chenaux plus nombreux et plus profonds. La carte de Masse porte la mention qu’en 1580 les vaisseaux remontaient encore jusqu’à la pointe nord de l’île de Broue. On pourra imaginer aisément la difficulté d’accès dans les îles à cette époque.

La Réforme se répandit avec une prodigieuse rapidité dans cette partie de la Saintonge, qu’on appelait au XVIe siècle le pays des « Iles ». Elle put s’y organiser avec plus de facilité qu’ailleurs.

J’ai l’intention de publier prochainement, en entrant dans le détail, quelques-uns des documents qui n’ont pu être utilisés que sommairement dans cette étude et qui la compléteront.

N. W.


A cette époque, cette région présentait un aspect tout à fait caractéristique, assez différent de celui qu’il présente maintenant : l’Océan pénétrait plus profondément dans les terres ; les bas-fonds avoisinant la mer, aujourd’hui occupés par des marais salants, étaient vraisemblablement beaucoup plus marécageux et coupés de chenaux où remontait la marée ; aussi n’accédait-on que difficilement, seulement sans doute par d’étroites chaussées, aux îles qui jalonnaient encore le continent : Brouage, Hiers, Marennes rattachée à la terre terme par le pas de Saint-Sornin, formaient un premier groupe, séparé par l’estuaire de la Seudre du groupe des ilots d’Arvert plus au sud. Au large s’étendait l’île d’Oléron, comme aujourd’hui, tout à fait indépendante du continent.

Ces archipels offraient des asiles sûrs à ceux que poursuivaient alors les pouvoirs publics ; pendant la première guerre de religion, de nombreux huguenots, venus de Bordeaux et d’ailleurs, s’y réfugièrent pour échapper aux poursuites du parlement de Guyenne [1].

A la même époque s’organisait, dans la mer intérieure qui s’étend entre les Iles de Marennes et d’Oléron, toute une petite flottille ; le capitaine Mathurin Thouyn, du Château d’Oléron, la commandait ; monté sur le ramberge d’Arvert, il avait arboré le titre pompeux d’« admyral de la mer des Ysles de Xaintonge [2] ». De là cette petite flotte huguenote surveillait l’entrée de la Gironde, inquiétait les citadelles de Bordeaux, empêchait le ravitaillement des armées catholiques qui opéraient dans la Haute-Guyenne. Lors de la troisième guerre de religion, Montluc, pour s’assurer la possession de l’Ile de Marennes, fut obligé de passer par le pas de Saint-Sornin, où les protestants avaient concentré leurs forces ; d’autres protestants, effrayés à son approche, avaient gagné « en bateaux », les Iles d’Arvert et d’Oléron [3].

Aussi la royauté, en 1578, dut-elle s’assurer le port de Brouage, autant pour remplacer dans la Saintonge et pour surveiller le port de La Rochelle, grand arsenal maritime des huguenots, que pour dominer la région des Iles.

Au XVIe siècle, ce pays était habité par des populations très pauvres : saulniers, pécheurs, marins, hommes « rudes..., gens presque sans humanité », nous dit Théodore de Bèze [4]. Ils accueillirent avec faveur les premiers qui apportèrent dans le pays les idées de réformation religieuse : c’étaient, d’après Bernard Palissy, d’anciens moines qui s’étaient séparés de l’orthodoxie catholique et qui, devenus plus ou moins hérétiques, avaient dû abandonner leurs couvents ; « parce que les isles d’Olleron, de Marempnes, et d’Allevert sont loin des chemins publics », ils y vinrent chercher un asile. « les uns se faisoyent de mestier, les autres régentoyent dans quelque village [5]. ». La semaine ils faisaient la classe aux enfants ; les livres qui leur servaient à l’enseignement renfermaient des maximes de la religion nouvelle ; eux-mêmes, dans des entretiens familiers, faisaient entendre ces maximes aux gens du village, marins ou artisans ; ils prêtaient à ceux-ci les Nouveaux Testaments en français, les opuscules religieux qu’ils avaient apportés avec eux et qui, grâce à leur format commode, pouvaient circuler aisément. Au contact de ces hommes aimés et respectés de tous [6], à la lecture de la Bible, les cœurs des humbles s’ouvraient à une religion nouvelle. Quelques villageois se groupaient déjà, le dimanche, autour de l’ancien moine qui, ayant conservé sa robe, empruntait la chaire Catholique pour répandre autour de lui les premières semences de la religion protestante. Ainsi naissaient d’elles-mêmes, en ce « petit lieu situé sur la coste de l’Océan », au milieu de ces .« gens de marine », les premières communautés de réformés.

Bernard Palissy nous a conservé les noms de deux de ces « prêcheurs » des Iles : à Saint-Denis, « qui est au bout de l’isle d’Olleron ». était frère Hubert Robin ; à Arvert même un nommé Nicole [7]. Des documents qu’a bien voulu me communiquer M. N. Weiss confirment les renseignements donnés par Bernard Palissy et sur certains points les complètent [8].

Tout d’abord un arrêt du Parlement de Guyenne en date du 21 janvier 1546 (n. st.) condamne à l’amende honorable, puis au bannissement perpétuel, un certain Philippe Barat du lieu de Saint-Just, tout près de Marennes, pour « avoir excédé et délinqué en preschant certaines propositions hérétiques [9] ».

Saint-Just. - Philippe Barat, etc. (1546).

Veu le procès criminel faict par le senneschal de Xainctonge ou son lieutennant au siège de Xaintes à la requeste du procureur du roy en lad. senneschaucée, contre Philipes Barat, sur le crime d’hérésie à luy imposé et oy led. Barrat en la court, dit a esté que la court déclaire led. Barrat avoir excédé et délinqué en preschant les propositions héréticques mentionnées au procès et, pour raison de ce, lad. court le comdenne à faire amande honnorable au devant l’église de Sainct Just, ung jour de dimanche, et illec, à genoulx, en chemine, teste et piedz nudz, la corde au coul et ung fagot sur ses espaules, demander pardon à Dieu, au rov et justice, abjuger, dire et déclarer que faulsement, contre vérité et détermination de sainte mère église et des sainctz concilles, il a dit et presché les propositions extraictes dud. procès et que seront envoyées au curé ou vicaire dud. Sainct-Just, et le lendemain estre baptu et fustigué par l’exécuteur de la haulte justice par les lieulx accoustumés dud. lieu de Sainct-Just, et le bannist à perpétuité du ressort de lad. court, luy faisant inhibition et défense de ne se y trouver ny converser, à peine de la hart ; et enjoinct icelle court au seigneur dudict Sainct-Just et tous autres seigneurs justiciers et officiers qu’il appartiendra, de bailler confort et ayder à faire exécuter cest arrest, à peine de deux mil livres.

Pareillement enjoinct aud. senneschal de Xainctonge ou son lieutenant de faire et parfaire le procès à Mery Baudry, Jehan Pepy dict Buthe, Michel Richard, Jehan Cheneau et Jehan Berdouyneau, et de ce certifier lad. Court dans ung moys, à peine de cinq cens livres.

Faict à Bourdeaulx en parlement, le vingt-ungiesme jour de janvier, l’an mil cinq cens quarante cinq.

Le procureur fiscal de l’évêque de Saintes, Collardeau, avait fait prendre frère Hubert Robin. Condamné par l’officialité diocésaine à être dégradé et « vestu d’accoustremens verds, à fin que le peuple l’estimast fol ou insensé [10] », frère Robin fit appel au parlement de Bordeaux. La Cour n’admit pas sa requête et le renvoya devant l’évêque pour qu’il fût procédé à l’exécution de la sentence [11] » 1546 (n. st), 5 avril).

Saint-Denis d’Oléron. - Hubert Robin (1546)

Entre frère Hubert Robin, religieux de l’ordre de Sainct Dominique, soy-disant appellant de l’évesque de Xainctes ou ses officiers qui l’auroient condampné estre dégradé d’une part, el led. évesque de Xainctes prenant la cause pour sesd. officiers, appellé et demandeur l’intérinement de certaine requeste, d’autre ;

Veu le procès, ladicte requeste tendant à fin, inhibicion et deffence estre faicte à tous prescheurs de son diocèse de prescher sans son congé ou de son vicaire, suivant les arrestz de la court et à tous gentilzhommes et autres de iceulx faire prescher, et ouy led. appellant en ses causes d’appel, dict a esté que ledict Robin ne faict à recevoir comme appellant et l’amendera et renvoie icelluy appelant par devant ledict évesque ou ses dicts officiers, au premier jour, pour proeedder à l’exécucion de sa sentence, comme il verra estre à faire : et en intérinant lad. requeste dudict évesque de Xainctes quant à ce, lad. court, suivant les arrestz d’icclle, faict inhibicion et deffence à tous prescheurs de prescher sans permission de l’évesque ou son vicaire au diocèse duquel lesd. prescheurs vouldront prescher, aussi à tous seigneurs justiciers et autres personnes , quelzconques de iceulx faire ne permectre prescher, et ce à peine de dix mil livres et de privation de leurs justices et jurisdicions ; et neantmoings ordonne lad. court que informacions seront faictes sur les contreventions ausd. arrestz et scandalles, pour, icelles informacions fectes et devers icelle rapportées, estre donné telle provision qu’il appartiendra. Et condempne ledict appelant ès despens de la cause d’appel, la tauxe d’iceulx à elle réservée.

Quelques mois plus lard, frère Robin réussit à s’enfuir des prisons épiscopales, après une dramatique odyssée que Bernard Palissy nous a tout au long contée (août 1546). [NDLR : voir ce document ]Moins heureux, le prêcheur d’Arvert, Me Nicole, fut brûlé à Saintes [12].

Enfin, un autre arrêt du parlement de Guyenne nous montre une bande de soi-disants luthériens allant dévaster la maison d’un habitant d’Arvert [13],

Arvert (1546)

La court, après avoir ouy François Moysnier de l’isle d’Arvert, lequel a dict que aucuns luthériens en grand nombre sont venus à sa maison, et l’ont chassé d’icelle, ensemble ses enfens, tellement qu’il a esté contrainct s’enfeuyr, a commis et depputé maistre Bernard de Hamelin et Anthoyne Gaultier, conseilliers du roy en icelle, pour ouyr led. Moysant (sic) et autres tesmoings qui seront par luy nommés.

Il est tout à fait impossible d’admettre que, dès cette époque, des motifs religieux aient pu déterminer cette agression. Cet arrêt est pourtant intéressant : il prouve que déjà un noyau de réformés, désignés sous le nom de « luthériens », existait dans les Iles ; il montre, en outre, la tendance des catholiques qui pourra être notée a plusieurs reprises dans les débuts du protestantisme, à mettre sur le compte des protestants les excès qui se commettaient dans les localités.

Le mouvement dut paraître alors assez sérieux au parlement de Guyenne pour nécessiter l’envoi de deux conseillers chargés d’aller faire enquête à Marennes contre les hérétiques [14].

Il n est pas dans nos intentions de décrire, dans ses détails, l’établissement de la Réforme dans le pays ; malgré les poursuites et les persécutions, elle s’y implanta avec rapidité, surtout après les prêches de Philbert Hamelin [15]. En 1556 des Églises s’étaient organisées en un très grand nombre de localités [16].

Les registres de l’état civil protestant

Je pouvais espérer rencontrer encore dans ce pays si protestant des documents de famille intéressant l’histoire des débuts de la Réforme. C’est dans ce but qu’au mois d’août 1903, j’ai entrepris un voyage pour en découvrir. Ni dans les familles auxquelles je me suis adressé, ni dans les dépôts publics je n’ai pu en rencontrer un seul remontant au XVIe siècle. Je n’ai fait que prendre quelques notes que je crois devoir rapporter ici, dans l’espoir qu’elles pourront servir quelque jour à l’historien du protestantisme dans ce pays.

A Marennes, j’ai relevé les dates des plus anciens registres de l’état civil protestant qui sont déposés au greffe du tribunal civil. Le premier remonte à l’année 1631. On possède la série complète de ces registres jusqu’à l’année de la Révocation. Les plus anciens sont des registres de baptêmes seulement. A partir de l’année 1666 ces registres renferment aussi l’indication des mariages et des décès. Plusieurs existent en double.

J’ai noté les noms de quelques pasteurs de Marennes à cette époque : Richier, sieur de Vandelaincourt (registre de 1631 à 1635 ; Richier et Chardaveine (reg. de 1636 à 1653) ; Bastide reg.de 1654 à 1660) ; Crespin (reg. de 1677) ; Loquet (reg. de 1683).

Voici la liste des registres qui subsistent encore : 1631-1635 (baptêmes) ; 1636-1653 (id.) ; 1654-1660 (id.) ; 1660-1668 (id.) 1666-1674 (baptêmes, mariages et « mortuaires ») ; 1668-1672 (id.) ; 1673-1674 (id.) ; 1675 (id.) ; 1675 (double) ; 1676 (id.) ; 1677 (id.) ; 1678 (id.) ; 1679 (id.) ; 1679 (double) ; 1680 (id.) ; 1681 (id.) ; 1682 (id.) ; 1682 (double) ; 1683 (id.).

L’ancien pasteur de Marennes, M. Nazelle, avait commencé la copie du registre de l’annèe 1683. Cette copie existe encore dans les archives de l’Église de Marennes. Dans les mêmes archives, j’ai noté l’existence de quelques notes relatives à l’histoire de l’Église pendant les années 1810 à 1862.

Enfin M. le pasteur E. Assalit, que je ne saurais trop remercier de son obligeance, m’a signalé l’existence de documents qui pourraient intéresser l’histoire des familles protestantes de la région chez M. Ranson, notaire à Marennes. Je n’ai pu en prendre connaissance.

II m’a communiqué une chanson remontant à l’époque du Désert :

Sonné chrétien sur la désolation de nos tample. Fait en Marenne le 8 janvier 1751.

Sonné chrétien sur [la désola]tion de nos tample

Au grand Dieu qui v[ois] tout

Se qui se passe au monde

D’un bout à l’autre bout

Sur la terre et sur l’onde,

Voy tes enfans

Qu’un chacun persécute,

Voy tes enfans

Qui vont à toy criant.

Nous somme ysy, Seigneur,

En ardante perière,

Te demander pardon

De nos faute légère ;

Nous reprant point

Au fort de ta colère ;

Nous repran point,

Et nous rebute point.

[Loin] de nous apliqué

A ton divin [service],

Nous somme tous les jours

Au pleisir, au délice,

Nous promené

En ses divin [17]...

Nous promené,

Sent ton saint nom perié.

Nous avons abusé

De ta bonté immanse,

Lorsque tu nous a acordé

Même avec assurance ;

Lors cun chacun

A publié dans ton tample,

Lors cun chacun

Chante tay saint commendement.

L’ont n’entant plus parlé

Que change et que rechange ;

Ont en tamps plus chanté

Tes divine louange ;

Comme autre foy

Nous chantion en ton tample.

Comme autre foy

Nous chantion tous en joy.

Acorde nous, Seigneur,

Nos periere et demende ;

Se con a demoly,

Permet l’on nous le rande,

Pour rétablir

Nos tample et nos ministre,

Pour rétablir

Se con na demoly.

On entandra chanté

Du haut de ta demeure

Tay saints commendement,

Tay divine perière ;

Puis nous louron

Tay divine louange ;

Puis nous chanteron

La gloire de ton nom.

Nous te prion, [Seigneur],

Pour toutte [la mil]ice (?) ;

Nous te prion aussy

Pour toutte la justice ;

Que nous soyons saint

Un jour dans ton tample ;

Là nous chanteron

La gloire de ton nom.

Nous te prion [a]ussy

Pour tous n[os]pauvre frère,

Qui son dans les prison

En peine et en misère.

Sy tu est pour nous,

Seigneur, tu en n’est le maître ;

Sy tu est pour nous

Qui sera contre nous ?

Regarde en pitié

Tay pauvre créature

Que l’ons menne en prison,

Cons leurs chante injure ;

Sest pour ton nom

Que l’ont nous persécute ;

C’est pour ton nom

Que l’ont nous mène en prison.

Ramaine tes enfans

Dedans ta sainte église ;

Ramaine tes enfans

Dedans ta sainte église ;

Les ramaine un jour

Dans ton saint tample ;

Les ramené

Pour ton saint nom perié.

L’on nous a étably

Par tous dans les tén[èbres]

L’ont ne voy plus régné

Sette belle lumière ;

Vien dons, grand Dieu,

Vien secourir ton peuple ;

Vien dons gran Dieu,

Nous voir dans ses bas lieux.

L’idolatrix rasant

D’un pilatte obsecure,

D’un dieu qui et fait de min (sic) [18],

Con porte parmi les rue

En y chantant

Un langage erbayque [19],

En y chantant

Ne save que disant.

Nous somme altéré

De ta grande puissance.

Quand viendra tu, Seigneur,

Nous mettre en délivranse

Et nous tiré

De se lieu sy rapide [20]

Et nous tiré

De cette iniqité ?

Au Château, dans l’Ile d’Oléron, les archives communales renferment les registres de la juridiction de la baronnie du Château. Ils remontent au XVIIe siècle et pourraient peut-être fournir quelques indications intéressantes sur les affaires des protestants à cette époque.

Les registres de l’état civil catholique qui sont conservés aux mêmes archives, à partir de l’année 1700, contiennent la mention d’abjurations protestantes. C’est ainsi qu’au folio du premier registre, j’ai relevé l’abjuration suivante.

Le dixneufviesme [19 janvier 1700], nous, curé soussigné, à la célébration de la messe, avons donné la bénédiction nuptiale à Jean Fourneau, cordier, âgé de trente-six ans, veuf de Jeanne Lhoume, et à Marguerite Binon, âgée de trente ans, fille de défunct Jean Binon, de Bersabée, Poitou, nouvelle catholique, tous deux de cette paroisse, leurs trois bans ayant été publiés sans opposition et controllés selon l’édit du Roy, touttes formalités de l’église observées.

La ditte Binon ayant fait entre nos mains une nouvelle abjuration d’hérésie et approché du sacrement de pénitence avec promesse de vivre et de mourir dans la religion catholique apostolicque et romaine en présence de Pierre Robin, etc.
Pathy, curé.

Les Renaudin et Pierre Loti

Depuis, d’autres renseignements sur le même pays me sont parvenus. M. Paul Thomas, clerc de notaire au Château, qui s’occupe de recherches intéressantes sur les familles protestantes de la région, a signalé un très vieux moulin appelé le Moulin des Verrons, non loin du Château, sur lequel, au-dessus de la porte d’entrée, il a déchiffré une inscription protestante remontant à l’année 1565 [21]. Ce sont les deux premières strophes du psaume troisième d’après la version de Clément Marot. Elles avaient été disposées sans souci de l’ordre des rimes :

O Seigneur, que de gens [22]

A nuire diligens

Qui me troublent et grèvent.

Mon Dieu, que d’ennemis

Qui aux champs se sont mis

Et contre moy s’eslèvent !

Certes plusieurs j’en voy,

Qui vont disans de moy,

Sa forse est amolie,

Plus ne trouve en son Dieu

Secours en aucun lieu :

Mais c’est à eulx folie.

Car tu es mon très seur

Bouclier et déffenseur,

Et ma gloire esprouvée :

C’est toy, à bref parler,

Qui fais que puis aller

Haut, la teste levée.

J’ay crié de ma voix

Au Seigneur maintes fois,

Luy faisant ma complainte :

Et ne m’a repoussé

Mais tousjours exaussé

De sa montagne saincte.

Au bas se trouve la signature Jeanne Vesron et la date mutilée de 1565 [23].

Enfin M. L. de Richemond, archiviste de la Charente-Inférieure, a bien voulu communiquer à M. Weiss l’acte d’acquisition par le père de Judith Renaudin, de la maison appelée à Saint-Pierre d’Oléron maison de Judith Renaudin et qui est aujourd’hui le presbytère du pasteur actuel. M. Babut [24].

Les Renaudin étaient, on le sait, une des principales familles huguenotes de l’île. Le père de Judith - arrière-grand tante de Julien Viaud (Pierre Loti) - était probablement Samuel, qualifié « procureur fiscal de la baronnie de Chassiron et sergent des baronnies d’Oléron », dans un acte de fiançailles de son cousin Jacques Renaudin, fils d’Ozée et de Catherine de la Croix, avec Marie Moisel — (9 mai 1678).

Il venait d’acheter, à peine une année auparavant, la maison qui fut plus tard dite de Judith Renaudin. Par-devant maître Jean Drouyneau, notaire royal à La Rochelle, Samuel Reaudin, « notaire et procureur demeurant à Saint-Pierre en l’isle d’Oléron », achetait à M. Pierre Bizet, escuyer, seigneur -de la Barrouère, et Suzanne Marchand, son épouse : « Une maison à fest et à plancher, ou divers corps de logis, consistant en plusieurs chambres basses et hautes, cellier, grenier, cour, chais et grange, un jardin dans lequel y a un puits, une petite motte et un guermage dans lequel y a un autre puits qui joint le jardin de Fonteneau dit Mondézir, le tout rejoignant et contigu situé audit bourg de Saint-Pierre... ». Cette acquisition fut faite par Samuel Renaudin, le 2 juin 1677, moyennant 1,500 livres, payables 800 livres comptant, 430 livres le 2 août 1678 el 270 livres le 23 août 1680.

H. Patry et N. W.


[1Bull t. L (1901), p.190 et s.

[2Arrêt du Parlement de Guyenne du 16 octobre 1562. Impr Gaullieur, Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du Parlement de Guyenne, p. 553.

[3Montluc, Commentaires (éd. de la Soc. de l’Hist. de Fr.), t. III, p. 153 et s.

[4Histoire ecclésiastique, éd. Baum. t. I., p 122-123.

[5Bernard Palissy. Œuvres, éd. Bénj. Fillon. t. I, p. 116.

[6Le prêcheur de Gemozac était « fort aimé des habitants » Palissy, ibid., p. 117.

[7Ibid, p. 117.

[8Je sais infiniment de gré à M. Brutails, archiviste du département de la Gironde, qui a bien voulu collationner les copies prises par M. Weiss et par moi.

[9Arch. Dép. de la Gironde, B. 26 Arrêts. Janv. 1545 (a. st)

[10Palissy op. cit.

[11Arch. dép. de la Gironde. B. 26. Arrêts, reg. : à la date : 1545, (n. s.) 5 avril.

[12Pa !issy, Recepte véritable, op. cit.

[13Arch. dép. de la Gironde. B. 26. Arrêts, reg. ; à la date 1545 (a. st.) février.

[14Reg. secrets du Parlement. Copie. Bibl. Nat., fds. Périgord, t. VI, p. 390, v°

[15Bull. 1893, p. 372 et s.

[16La liste en a été dressée par Crottet, Histoire des Eglises réformées de Pons, Gemozac et Mortagne, p. 69 et s.

[17déchiré

[18De main d’homme

[19Hébraïque

[20Il faut sans doute entendre : de ce lieu où nous passons si vite.

[21M. Thomas a entre autres, rassemblé sur ta famille Renaudin un très grand nombre de documents.

[22La version imprimée a : « Mon Dieu, que d’ennemis »...

[23M. Thomas ne croit pas pouvoir lire comme second chiffre de la date un 5 sur le moulin même. L’agrandissement photographique permet nettement de le restituer.

[24Ce document fait partie des papiers de famille de Pierre Loti. Il a été communiqué par Mme Julien Viaud à M. de Richemond.

On sait que Judith Renaudin a fourni à M. Loti le sujet d’une pièce représentée il y a quelques années au Théâtre-Antoine. (V. Bull., t.XLVII p. 612 et s.

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