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1547 - 1548 - Soulèvements des Pitaux en Angoumois et Saintonge contre la gabelle

Discours de la ribaine et émotion des Santongeois & Bourdelois, pour raison de la gabelle du Sel.

D 25 janvier 2016     H 00:28     A Pierre     C 2 messages A 210 LECTURES


Un document exceptionnel sur les révoltes populaires en Saintonge et Angoumois à propos de la gabelle. Ce récit d’un contemporain, où l’on trouve (fait assez rare) une citation en patois local, fourmille de détails, de noms de personnes et de lieux. Pour avoir une vue d’ensemble de cette révolte populaire, un conseil : lisez le mémoire 1547 - 1548 - La révolte des Pitaux, par Louis Audiat

Et la "ribaine" du titre ?

Ribaine, s. f. : querelle
Cette ribaine fut incontinent apaisée (Du Pinet, dans Cartes, cosm. et plantz de ville, p. 143, éd. 1561)

Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy (1881)

Transcription : Pierre Collenot

Sont cités dans ce document  :
Rois : François 1er - Henri II - le roi de Navarre
Patronymes : Avere - la Chapelle – Brandon – Texeron - de Bois-Mesnil (surnommé Bouillon) - Puymoreau, coronal - la Siguinière, maître d’hôtel de l’Abbesse de Saintes - le Cap-det - le capitaine André - le seigneur d’Ambleville - Monsieur Monlieu de Jarnac - Bouchonneau, procureur de la gabelle à Cognac – La Chuche, marchand – Laurent Journaud, seigneur de la Dorville, maître des eaux et forêts d’Angoumois - Geoffroy de Hauteclere, maître des requêtes de l’hôtel – le Seigneur de Commarque, maître d’hôtel de sa majesté – Bouillon, coronal – Galafre – Cramaillon - Chatelleraud – Chatellard – le seigneur de Saint Séverin - François de la Roche-beaucourt Gouverneur d’Angoumois, & Sénéchal de Saintonge - Tristan de Monneins, lieutenant général du Roi de Navarre au gouvernement de Guyenne
Lieux : Conse (?), dans les Iles de Saintonge [il s’agit probablement de Consac.] – Périgueux – Blanzac – Barbezieux – Châteauneuf – Turin (Italie) – Cognac – Saintes - Baignes – Jonzac – Archiac – Ruffec – Saint-Amand de Boixe - Angoulême

Discours de la Ribaine et émotion des Santongeois & Bourdelois, pour raison de la gabelle du Sel.

Le commun populaire du païs de Saintonge, lequel avec grande difficulté se rengeoit souz l’impost de la gabelle, que le feu Roy François, premier de ce nom, avoit mis audit peuple, en l’an mil cinq cens quarante un, avoit desja souvent resisté à certains officiers, que ledit seigneur avoit establiz en la pluspart des villes & citez de Guienne, comme en Poitou, Saintonge, & Angoumois, pour la conservation du droit de la gabelle, qu’il demandoit. Et avoit esté faite icelle resistence à certeins officiers, ditz vulgairement chevaucheurs du sel, qui par ignominie, estoyent nommez gabeleurs du populaire.

Iceux souz la conduite & charge de quelques capitaines, mesmement en Saintonge & Angoumois, sous un nommé Avere & en Poitou, sous un appellé la Chapelle, lesquelz avec leurs chevaucheurs, alloyent tant de jour que de nuict, espiant les marchans desditz païs, qui transportoyent le sel, des isles, es autres païs, sans le bulletin, passeport, & permission des receveurs des magazins des villes & citez, & les nommoyent faux Sauniers : lesquelz estans trouvez chargez de sel, sans bulletin, confisquoyent tout le sel dont ilz les trouvoyent saisiz, ensemble leurs chevaux & jumens, & les detenoyent prisonniers, & pour chacune chevauchee, faisoyent payer sept livres quinze solz aux parroisses, ou ilz alloyent & soulageoient, ou grevoyent ceux que bon leur sembloit (comme toutes choses bien instituees, sont depravees, & pervertie par cupidité & avarice.) Et en outre estoyent lesditz Sauniers condamnez à grosse somme de deniers. Ce que le populaire trouvoit fort estrange & nouveau : & mesmement qu’ils disoyent que les officiers y faisoyent infiniz abuz : tellement que leurs insolences estoyent plus grieves que l’imposition de ladite gabelle. Parquoy est bien necessaire de considerer l’integrité des officiers qui sont establiz pour quelque nouvelleté : car quelquesfois abusans de l’adveu & autorité des Princes, ilz font des troubles en la republique, & rendent les bons Princes hayneux aux pauvres & feables subietz. dont souvent aviennent maux difficiles à reparer, par la coulpe desditz officiers, mal condicionnez.

Donques les habitans des isles en Saintonge, disans ne povoir endurer les actes odieux de ces chevaucheurs, se mutinèrent, en sorte qu’en l’an mil cinq cens quarante sept, en furent tuez environ huit ou dix, par la commune de Conse [probablement Consac ?], qui est un gros bourg desdites isles : outre que les annees precedentes les commissaires du Roy estans allez pour publier l’Edict de la Gabelle, furent chassez & battuz à Perigueux, & mesmement un Conseiller de la court, nommé monsieur Brandon, qui y fut laissé pour mort. D’avantage en l’an mil cinq cens quarante huict, le treschreitien Roy Henry second de ce nom, ayant dressé & mis sus une armee pour l’expédition d’Escosse, fit descendre deux mille Gascons, souz la charge du Seigneur de Soubrant, pour s’en aller embarquer à Nantes, ou les Gabeleurs les attendoyent : lesquelz passerent par le païs de Perigort, Angoumois, & Poitou, ou ilz firent de merveilleux excés, & si execrables, que l’on dit, qu’ilz n’en eussent fait d’avantage es païs des ennemis du Roy. Ladite commune estant irritee de tant d’excès de ces gens de pié Gascons, & encores plus de la Gabelle, & principalement qu’ilz accusoyent ceux qui avoyent charge des greniers à sel, avoir meslé du sable parmy le sel, ne se soucièrent d’aller es magazins, principalement aucuns de Blanzac, Barbezieux, & lieux circonvoisins. Au moyen de quoy lesditz Gabeleurs se transporterent audit Barbezieux auquel lieu sans le secours du Seigneur dudit lieu, ilz eussent esté deffaitz de la commune du lieu & pour ceste fois s’en retournèrent sans rien faire. Depuis ilz prindrent quelques prisonniers, sur les quartiers de ces lieux, qu’ilz menèrent à Chasteauneuf ; qui fut cause que la commune s’esmeut, & allerent à Chasteauneuf trois ou quatre mille personnes des bonnes gens des champs, qui demandoyent chascun qu’on leur rendist leurs prisonniers & menaçoyent le receveur Texeron, estant pour le fait de la gabelle audit lieu de Chasteauneuf, lequel s’absenta, & se retira par devers le Roy de Navarre, gouverneur de Guienne, luy faisant ses doleances telles qu’il sceut bien faire. Dont ledit Seigneur Roy de Navarre environ la fin du moys de May, l’an mil cinq cens quarante huict, envoya audit lieu de Barbezieux cent hommes d’armes de sa compagnie, lesquelz furent mis en routte, & deux ou trois de ladite compagnie tuez. En ce temps estoit le Roy en son voyage de Thurin en Piemont, fort loing desdites contrees de Guienne, qui donnoit, en partie, espoir d’impunité aux mutins dudit païs, estimans follement, que pour la distance des lieux, le Roy ne pourroit si tost donner ordre aux entreprises sedicieuses, qu’ilz n’eussent executé leur malheureux vouloir, estant sa majesté empeschee en plus grans affaires. Qui causa qu’en un petit bourg nomme Mallatrait, auprès de Blanzac, s’esmeut la commune, & firent un Cappitaine appellé de Bois-Mesnil, qui se surnomma Bouillon. Et donna commencement à ladite esmeute une sentencc donnée par le juge commis & delegué de la gabelle a l’encontre d’une povre femme : par laquelle sentence elle estoit tenue à une amende si excessive, qu’il ne luy estoit possible y satisfaire de tout son bien. Qui fut mal avisé audit juge, de n’avoir mesuré la grandeur de l’amende selon la puissance de la povre femme : tellement que pacience veincuë, retourna en fureur & se mirent sus les communes en grandes trouppes, ayans chacune son Capitaine général,qui se nommoit Coronnal. Ceux de Barbezieux en firent un nommé Puimoreau, qui estoit un Gentilhomme de ladite terre de Barbezieux & avec luy se mettoyent aux champs, assiegeans toutes les voyes & chemins, pour rencontrer les chevaucheurs du sel, ou Gabelleurs. Et n’estoyent lors aucunes gens assurez, allans par pais car il n’y avoit si bon Marchant, Gentilhomme, ou autre, qui ne fust devalizé, sous ombre de dire qu’il estoit gabeleur. Et ne se contentoyent ces canailles de les destrousser, ains les tuoyent, sans savoir quoy ny comment, tant estoit ce populaire esmeu de maltalent. Une bande d’iceux rencontrerent un gentilhomme nommé la Siguiniere, maistre d’hostel de l’Abbesse de Saintes, homme fort honnête, & de bon esprit lequel venoit de sa maison, & estoit au chemin duquel l’on va depuis Villebois à Congnac & à Saintes. Cestuy estant tombé entre les mains de ceste canaille, fut interrogué s’il estoit gabeleur avec parolles non moins ignominieuses, que pleines de mortiferes menaces, & deliberoyent entierement le massacrer, parcequ’ils le disoyent estre un nommé le Cap-det de Saint Jan d’Angeli lieutenant du Capitaine André, auquel Cap-det fort ressembloit ledit la Siguiniere : au moyen de quoy fut ce povre gentilhomme bien pres du dernier de ses jours dont toutesfois il eschapa, par le moyen d’un de la compagnie qui le recognut, & avertit les autres de son estat, dont bien luy en print.

Ce temps pendant se commença ladite commune à multiplier au païs d’Angoumois, & Saintonge : & marchoyent par le pais chacune parroisse souz son Cappitaine & Enseigne, de sorte que le Seigneur d’Ambleville, Enseigne de la compagnie de Monsieur de Monlieu de Jarnac, voulant rompre leur fureur & entreprinse, fut contreint d’abandonner son chasteau d’Ambleville, lequel fut saccagé & bruslé, & autres maisons appartenans audit Seigneur, par la commune & firent ce dommage à ce gentilhomme souz couleur qu’ilz le disoyent estre receptateur des Gabeleurs. Et fut icelle commune si esmuë que là ou ilz savoyent magazins, Receveurs, Contreroleurs, ou autres officiers de la gabelle, ilz les alloyent piller & saccager leurs maisons. Et par fortune leur tomba entre les mains un nommé Bouchonneau, de la ville de Congnac, lequel estoit Procureur general de ladite gabelle esditz païs auquel firent souffrir plusieurs grans & griefs tourmens, & finalement l’occirent cruellement, puis mirent son corps sur des tables en la riviere de la Charente, qui le rendit audit lieu de Congnac. Depuis, le Coronnal nommé Puimoreau, vint avec sa trouppe en la ville de Saintes, un dimanche douzieme jour d’Aoust, passant es lieux de Besgne [Baigne], Jonzac, Barbezieux, Archiac, & autres : & faisoyent le nombre d’environ de seze à dix-sept mille hommes de ceste canaille de commune, embastonnez de harquebouzes, arbalestes, fourches de fer, piques, & faux emmanchees à l’envers & saccagerent les maisons du Lieutenant general & Procureur du Roy, à Saintes, & d’un fort riche marchant, nommé la Chuche, d’un commis à la recepte du Roy, & de quattre autres, lesquelz ilz disoyent estre tous Gabeleurs. D’avantage rompirent les prisons & lascherent tous les prisonniers, tant ceux des basses fosses, que autres. Quant au Receveur de la gabelle lequel estoit détenu prisonnier pour les deniers du Roy, il fut mené devant Puy-moreau Coronnal, lequel pria la commune luy sauver la vie, à la charge qu’il porteroit une de leurs enseignes, qui luy fut mise en la main : mais un vilein yvrongne luy vint bailler sur la teste d’une faux emmanchee à l’envers, & luy fendit une grand partie de la teste, au moyen de quoy il tomba quasi mort. Adonq les Capitaines luy demanderent pourquoy il faisoit telle cruauté : & il respondit telles parolles : Par le cordi ouët yn meschan qui me fit tresné à la queuë de son cheval, ô ni a pas quinze jour, pour m’amener en quelle prison. Ledit Receveur fut lors prins par ceux de Pons qui le portèrent en l’aumonerie de l’Abbaye de Saintes. N’étant encores mort, il vint un prestre de ladite commune, lequel luy donna plufieurs coups de dague au sein, ainsi qu’il estoit couché sus un lit & l’acheva de tuer, & le despouilla en chemise, emportant un miserable butin, qui fut un acte digne de prestre Romain. Ceux de la ville de Saintes, pour faire desloger ladite canaille, trouverent invention de faire une lettre, par laquelle estoit faite mention que dedans peu de temps venoit grosse gendarmerie : & la laisserent tomber en la prairie ou estoit campee la commune. Laquelle lettre estant trouvee par aucuns de leur compagnie, fut soudainement portee au Coronnal, qui fit incontinent donner signe de desloger & ainsi s’en allèrent sur le soir contre Cognac, ou ilz entrerent le lendemain par force, & saccagerent le logis de Bouchonneau, & plusieurs autres. Et n’en demeura que environ quarante ou cinquante qui estoyent demeurez yvres & endormiz qui estans levez le lendemain au matin, ne trouvans leurs gens s’en voulurent aller : & passans l’aumonerie de ladite Abbaye, ou gisoit mort ledit Receveur, ilz trouverent un des serviteurs de madame de Saintes, qui le faisoit accoustrer pour le faire enterrer, par le commandement de sa maistresse, lequel ilz firent retirer en diligence en l’Abbaye, usans de grosses menaces, luy disans que luy mesme estoit gabeleur, & qu’ilz treineroyent ce corps en la riviere & sur ces propos comblèrent la fosse, vou !ans mettre ledit serviteur en la fosse, s’il ne se fust retiré hastivement. Finalement, sur le soir ces mutins suivirent leurs bandes, & fut mis ce povre corps en terre avec grande difficulté, pour la crainte que l’on avoit de ceste canaille.

Pendant ceste furie tumultuaire, Laurent Journaud Seigneur de la Dorville, maistre des eaux & forestz d’Angoumois, bon citoyen, loyal & feable suget, homme de bon discours & jugement, aymant le repos du publiq, aux prieres & exhortacions de maistre Geoffroy de Hauteclere, maistre des requêtes de l’hostel, & du Seigneur de Commarque, maistre d’hostel de sa magesté, se transporta en la ville de Blanzac, ou estoit le Coronnal Bouillon, avec les communes, pour remonstrer la téméraire entreprinse qu’ils faisoyent contre le vouloir du Roy. Auquel lieu estant iceluy Journaud, faisant office de bon & fidele serviteur, les communes le prindrent, & le conduirent en l’Eglise de saint Arthemy, en ladite ville, luy enjoignant d’aller parler au Roy, & luy porter quelques articles qu’ilz avoyent faitz pour le soulagement du peuple, comme ilz disoyent, luy faisant menaces, que ou il ne voudroit accepter ceste charge & commission, ilz le mettroyent en pieces, & saccageroyent son bien. Entre les articles susditz y en avoit, par lesquelz ce peuple insensé, & aveugle, demandoit estre exempt de tailles, & que toute gabelle fust amortie & supprimee. Item, que la gendarmerie ne tint desormais les champs. Lesquelles demandes ayant iceluy Journaud entendues, leur declara qu’il aimoit mieux mourir entre leurs mains, qu’être messager de requeste impertinente & incivile : toutesfois qu’il prendroit bien la peine de remonstrer au conseil privé du Roy, l’occasion de l’esmeute, & elevation du peuple, & pour ceste raison estoit prest d’entreprendre un voyage en Piémont,ou pour lors se trouvoit la court : pourveu que pendant le voyage ceste sedicieuse emotion ne tireroit outre, & que toutes assemblees illicites cesseroyent. Sur lesquelz termes ledit Journaud vint trouver la court à Thurin, pour le service du Roy : ce qu’il fit en diligence extreme, pour estre l’affaire de merveilleuse consequence au Roy, & à la Republique. Par iceluy ayant sa maiesté entendu ce trouble, à la vérité, envoya lettres patentes, par lesquelles estoit mandé à ceste tourbe mutinée, & seditieuse, soy retirer & départir : evoquant ledit Seigneur à sa personne, tout le fait, circonstances, & dépendances de ceste emotion & rebellion, pour en estre par sa maiesté jugé, décidé & determiné : interdisant & defendant à toutes Cours de Parlement, Seneschaux de Guyenne, Poitou, Saintonge, Angoumois, Lymosin, Prevosts des Mareschaux & leurs Lieutenans, & autres Justiciers & Officiers, de n’en entreprendre aucune congnoissance, & jurisdiction, en quelque façon que ce fust, ny pour raison de ce, aucunement travailler ny molester les communes susdites, tant en leurs biens ; que personnes aymant mieux ledit Seigneur avoir les coeurs de ses subiet par clemence, douceur, & humanité, que par contreinte, & rigueur de justice : à la charge toutesfois que les communes assemblees en armes, auroyent à se retirer chacun en leurs maisons, ars, & industries, quattre jours apres la publication des lettres patentes dudit Seigneur.

Pendant le voyage du Seigneur de la Dorville susdit, à la court, fut perpetré un acte de grande inhumanité, par ces mutins de ta commune : lesquelz voyans n’avoir soudainement response du voyage de Journaud, ne voulans croire qu’il fust allé par devers le Roy, comme il avoit promis, ains qu’il s’estoit caché à Dorville, ou par les bois & tailliz des environs, vindrent iceux mutins le chercher par tout, & ne le trouvans prindrent un povre mestayer, ou granger de la Dorville, lequel ilz interroguerent ou estoit Laurent Journaud son maistre. Il leur fit responce,qu’il estoit allé par devers le Roy. Lors commencerent à luy dire qu’il mentoit. Et pour luy faire dire par force, ou il estoit, ils le lierent tout nu contre un gros arbre, & luy tirèrent cinquante coups de trait ou garrot, à travers les bras & cuysses, pour ne le vouloir tuer, que premier il n’eust enseigné son maistre. Le povre homme n’en povant plus, cria pour Dieu achevez moy, & que je ne languisse plus. Lors un d’entre eux s’approche auec une cognee, luy disant. Si tu veux que je t’acheve, baisse la teste, Le povre homme baissant la teste fut achevé, luy ayant ce bourreau abattu la teste à plusieurs coups de cognée. Ainsi peut-on cognoistre la cruauté & brutalité d’un commun, quand il maistrise son mors, & que les renes & bride de justice sont suppeditees. Aussi se peut entendre l’heureux voyage du sage Journaud, lequel causa le departement & retraite des communes : service fait à la Republique digne de rémunération. Au surplus le vendredy dixseptieme jour d’Aoust l’an Mille cinq cens quarantehuit, le Coronnal Bouillon avec trois autres ses principaux compaignons, appellez l’un Galafre, l’autre Cramaillon, & un autre nommé Chatelleraud en venant de saccager le magasin de Ruffec, ou ils estoient accompagnez de quinze à seize mille hommes de Commune, lesquelz ilz avoyent renvoyé dudit lieu de Ruffec, chacun en sa maison : & lesdits Capitaines accompagnez, d’environ de douze ou quinze hommes seulement, vindrent passer en un bourg, nommé saint Amand de Brize [Saint-Amand de Boixe], ou y a une Abbaye : & iceux là arrivez en si petite compagnie, le seigneur de sainct Severin estant chez un gentilhomme dit Chatellart, en estant averty, print avec luy cinq ou six gentilshommes, montèrent à cheval & envoyerent gens qui firent courir bruit qu’il venoit bien trois cens hommes d’armes pour les prendre : chose qui esbahit ledit Coronnal, & sa compagnie, de sorte qu’il se jetta en l’Eglise dudit sainct Amand, & se fortifia dedans le clocher : ou après estant assiegé par le Seigneur de sainct Severin, & autres Seigneurs, il se rendit, après avoir parlementé auec ses compaignons combien qu’un sien compaignon nommé Galafre ne se voulut rendre, jusques à ce qu’on l’eust par finesse. Et lors furent menez tous quattre en Angoulesme par ledit Seigneur, & mis entre les mains de messire François de la Roche-beaucourt Gouverneur d’Angoumois, & Seneschal de Saintonge, lequel s’estoit retiré en la ville d’Angoulesme avec plusieurs gentilshommes dudit païs pour la garde d’icelle. De ceste prinse la commune avertie se vint camper devant ladite ville en nombre de vingt mille personnes ou plus, sous la conduite du frère de ce Coronnal, & y demeurerent huit ou dix jours : tellement que le commun de la ville ayant peur d’être pillé & saccagé des autres, firent tant par menaces, que le Gouverneur fut forcé de rendre ledit Coronnal & fes compaignons a la commune, par l’importunité des habitans dudict Angoulesme. Ayant la commune recouvert son Coronnal se retira, joint qu’ils avoyent eu lettres du Roy, lors estant en Piemont, par lesquelles il leur estoit commandé se retirer dans quattre iours, & que juftice leur seroit administree. Ce que ladite commune fit, apres avoir fait les excés & esmeutes que dessus.

Pour ausquelles choses pourvoir, le Roy estant de retour à Lyon, avisa d’y donner tel ordre que en fin le païs de Guyenne demeura paisible & furent les mutins chastiez ainsi que plus amplement est comprins au discours de l’histoire de nostre temps : ou est au plein traité comme le meurtre perpetré en la personne de Messire Tristan de Monneins lieutenant general du Roy de Navarre au gouvernement de Guyenne, fut réparé, & les mutins de Bourdeaux puniz & chastiez. Exemple notable à tous Princes, de si bien pourvoir à leurs subiectz, qu’ilz ayent occasion de prier incessamment Dieu pour la conservation de leurs estatz : & aux subiectz de leur rendre telle obeïssance, que les Princes soyent induitz, par ce devoir, à se monstrer plustost Peres que Roys de leur Peuple.

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