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1548 - Révolte des Pitaux en Saintonge et Angoumois : panique à Poitiers

D 19 février 2010     H 19:12     A Pierre     C 0 messages A 854 LECTURES


La révolte des Pitaux contre la gabelle, qui gronde et grandit en Saintonge et en Angoumois, inquiète fort les élus de la ville de Poitiers. Dans les lettres qu’ils écrivent au roi et à son entourage, ils décrivent l’apocalypse à leur porte. Les insurgés sont au moins 80.000 ; ils crient "liberté" (les rois n’aiment pas ça) ; ils auraient même une assistance de l’étranger. Ils sont à Ruffec, à huit ou dix lieues de Poitiers. Les élus profitent aussi de l’occasion pour régler leurs comptes avec Mr du Lude, lieutenant du Roi, soupçonné de faiblesse.
Le roi Henri II les remercie pour leur bon esprit...

Source : Archives historiques du Poitou. T. 4 Société des archives historiques du Poitou 1875 - BNF Gallica

Lettre des maire et échevins de Poitiers au roi Henri II.

(Chartrier de Thouars, Reg. 30. p. 32).

Sire, comme voz très humbles et très obéissans, oultre les advertissements qu’avez peu avoyr des aultres pays et lieux, envoyons ce porteur en poste et en diligence vers vous pour vous faire entendre la nécessité en laquelle est vostre ville et pays de Poictou, onquel des parties de Guyenne, Xainctonge et Angoulmoys est ces jours descendu si grand trouppe de gens, tant aguerroyez que de commune, montant, comme le bruict est commung, de soixante à quatre vingt mil hommes, ayans grosse artillerie et menue, et dont en y a grand nombre en équipage et gens de guerre, et qui font monstre et reveue, comme l’on dict, par chacun jour, et se multiplient de jour en aultre au moyen qu’ilz contreignent les villes, bourgs et parroisses ou ilz passent de leur bailler gens en armes, munitions et vivres, à tocquesainct sonnant, et pour applaudir le peuple ne parlent que de liberté et de leur oster la gabelle et magazins, et sont ja entrez en plusieurs villes et bourgs sans résistance parceque les sommations qu’ilz font ès habitans est sur peine d’estre saccagez, et sont entrez en vostre ville de Xainctes, et sont, comme l’on dict davant vostre ville d’Angoulesme, pretz de venir en ceste ville, dont sommes en grande perplexité et nécessité par deffault de secours.

Et plus tost heussions envoyé vers vous, n’eust esté que monsr du Lude, vostre lieutenant en ce pays, nous avoyt faict entendre qu’il avoyt mandement de vous de y pourveoir ce que encores n’a esté faict ; et doubtans estre surprins, avons envoyé ce porteur pour et à ce qu’il soyt vostre bon plaisir y pourveoyr et faire pourveoir à diligence, car la nécessité le requiert parceque les ennemis ne sont que à neuf ou dix lieues de ceste ville.

Entend que à nous est, comme voz très humbles subjectz, sommes tousjours prestz à vous obéyr de nostre pouvoyr.

Sire, après noz très humbles recommandations à vostre bonne grâce, prions le créateur vous donner en santé et prospérité très bonne vie et longue.

De Poictiers ce XVIe jour d’aougtz (1548).

Et au dessoubz Voz trez humbles et très obéissans les maire, eschevins et bourgeois de la ville de Poictiers.

Et en la suhscription des dictes lettres et sur icelles Au roy nostre très souverain seigneur.

Lettre des maire et échevins de Poitiers au conseil privé du Roi.

(Chartrier de Thouars, Reg. 30, p. 33.)

Nosseigneurs, nous envoyons ce porteur vers le Roy et vous pour, oultre les advertissemens qu’avez peu avoyr des aultres villes et pays, vous faire entendre que ces jours sont descenduz en ce pays de Poictou, venant de Guyenne, Xainctonge et Angoulmoys, plusieurs compaignies et enseignes de gens de guerre et de tous aultres estatz, tant de gentilzhommes, gens d’église, artizans que de gens de commune, montans les dictes compaignies et enseignes de soixante à quatre vingts mil hommes, crians liberté en tous endroictz pour esmouvoyr le peuple et le attraire à eulx, sont entrez en la ville de Xainctes, Cougnac et en plusieurs aultres lieux, ou ilz ont mis à bas les magazins et mal traicté les officiers de la gabelle, razé les maisons de ceulx qui ne leur vouloyent obtempérer, et se augmentent par chacun jour au moyen qu’ilz contraignent les hommes de chacune parroisse de bailler gens en armes, vivres et munitions, ont artillerie grosse et menue, et se doubte lon qu’il y ait des gens estrangiers et ennemys de ce royaulme en leur troppe, parceque l’on dit qu’il y a des gens fort bien aguerroyez et qu’ilz payent en angèlotz et en double ducatz, voyres, dict on, que par la mer ont receu or, argent et munitions de guerre ; aussi s’il n’y avoyt que commune, ne seroyt leur hardiesse si grande et tiennent ung grand ordre et police, ont coronal, capitaines, enseignes et équipage de guerre.

Plus tost on heust envoyé devers ]e roy et vous, nosseigneurs, n’eust esté le secours qu’on pensoyt avoyr de mons. du Lude, lieutenant du Roy en ce dit pays, qui se disoyt avoyr mandement du dit seigneur pour cest affaire.

Et dict on qu’il se retire à ia RocheHe, parquoy demeure ceste pauvre ville et pays sans chief et deffence que des hommes qui ne sont aguerroyez ne en nombre suffisant pour la deffence de la dicte ville qui est de grande estandue aussi que entendez trop mieulx que c’est de deffense de commune, et mesmement que ces gens ont ceste ruse d’attirer à eulx le peuple en criant liberté : il est très nécessaire de y pourveoir o toute diligence, dont, nosseigneurs, très humblement vous supplions pour le bien du roy et du royaulme, car oncques on ne vyt le duché de Guyenne et comté de Poictou en telle tribulacion et perturbacion ; et entendrez par la fin que la chose est de grande importance, aussi vous supplions donner prompte provision et expédition audit porteur, car les ennemys sont prestz de nous et à neuf ou dix lieues prestz, gaignans tousjours pays.

Nosseigneurs, après noz très humbles recommendations à voz bonnes grâces, supplions le créateur vous donner en santé et prospérité bonne vie et longue.

De Poictiers, ce XVIe jour d’aougst 1548.

Et au dessoubz ; Voz très humbles et très obéissans les maire, eschevins et bourgeois de la ville de Poictiers.

Et dessus les dites lettres est escript : A nos seigneurs du privé conseil.

Lettre des maire et échevins de Poitiers à Mr le Chancelier.

(Chartrier de Thouars, Reg. 30, p. 34.)

Monseigneur, entre les advertissemens qu’avez peu avoyr des aultres pays et lieux de Guyenne, vostre bon plaisir sera d’entendre que ces jours sont entrez en ce pays de Poictou compaignies de gens de guerre et de commune en fort grand nombre, et par ceulx qui les ont veuz pour le moins sont de soixante à quatre vingts mil hommes, et se augmentent par chacun jour au moyen qu’ilz contreignent les habitans se rendre en tous lieux où ilz passent, tenans propoz de liberté et de abatre la gabelle, et si somment les villes, bourgs et parroisses d’eulx rendre et bailler gens en armes, munitions et vivres, sur peine d’estre saccagez, en manière que en la pluspart de la Guyenne n’ont heu résistance et sont entrez en la ville de Xainctes, ou ilz ont [et ès aultres villes et bourgs où ilz ont passé] mis à bas les magazins et greniers et razé plusieurs maisons et tué gens, et sont entrez à Ruffec et aultres lieux distans de ceste ville de Poictiers de huict ou dix lieues dont sommes en grand peine et perplexité comme non ayans secours, comme entendions avoyr, de monsr du Lude, lieutenant général du Roy en ce pays, combien que ayons envoyé vers luy, et dict on qu’il s’en va à la Roçhelle, et par là demeurons sans chief ne conduicte ; et plus tost heussions envoyé devers le Roy, n’eust esté mon dict Sr du Lude, qui disoyt avoyr mandement et commission du Roy pour cest affaire.

Monseigneur, comme à celluy qui avez tousjours esté protecteur de la Républicque [1], vous supplions très humblement estre aydant à ceste pauvre ville et pays tant affligé que rien plus, et est très nécessaire de promptement y pourveoir, car onques on ne vyt la Guyenne et pays de Poictou en si grande perturbation, et s’en va ruyné si bien tost n’y est pourveu et à diligence.

Monseigneur, après noz humbles recommandations à vostre bonne grâce, prions le créateur vous donner en santé et prospérité bonne vie et longue.

De Poictiers ce XVIe jour d’aougst (1548).

Et au dessoubz : Voz très humbles serviteurs les maire, eschevins et bourgeois de la ville de Poictiers

Et en la suscription des dictes lettres et suscriptions est escript A Monseigneur, Monseigneur le chancellier.

Lettre des maire et échevins de Poitiers à l’évêque de Coutances.

(Chartrier de Thouars, Reg. 30, p. 33.)

Monseigneur, comme à celluy qui de vostre grâce avez cy devant monstré l’amytié que portez à ceste ville et pays, dont à jamays nous tenons obligez envers vous et comme à vray protecteur, adroissons la présente pour vous faire entendre oultre ce que avez esté adverty de la grande compaignie et assemblée venant de Guyenne, Xainctonge et Angoulmoys et descendue en ce pays en nombre de quatre vingts mil hommes, comme ceulx qui l’ont veu l’ont affermé.

Et pour la faveur qu’ilz ont du peuple, à cause qu’itz ne parlent que de liberté et mesmement d’effacer la gabelle et magazins, ne trouvent résistance et se multiplient de jour en aultre, et si y a grand nombre de gens qui entendent le faict de la guerre et en grand équipage, ont artillerie grosse et menue, somment les villes et bourgs d’eux rendre et leur fornir de gens en armes, vivres et munitions, à tocque sainct sonnant, sur peine d’estre saccagez, et ceulx qui leur résistent tant en leurs personnes que biens les saccagent.

Si tost que avons esté advertiz qu’ilz entroyent en ce pays, avons envoyé devers Monsr. du Lude, lieutenant général du Roy en ce dit pays, qui a escript avoyr mandement du Roy pour y donner ordre ce qu’il n’a encores faict ; et n’attendons l’heure que ne soyons sommés comme aultres villes ont esté et en partie desquelles ilz ont ja entré, comme à Xainctes et aultres petites villes de ce dit pays, par deffault de force et secours.

Vous entendez que c’est de ceste ville qui est grande et spacieuse et ou il y a gens de tous estatz et de divers entendemens.

Et à ceste cause, Monseigneur, envoyons devers le Roy l’ung des bourgeois de ceste ville pour et à ce qu’il luy plaise et à messeigneurs de son conseil sur ce donner ordre prompt, car la nécessité le requiert, et ne fut oncques la Guyenne et ce dit pays de nostre temps en telle perturbation, et s’il n’y est bien tost et en diligence proveu, en pourra advenir grans inconveniens et interestz.

Et pour ce, Monseigneur, humblement vous supplions estre aydant à la dicte ville et pays et à faire expédier le porteur qu’avons envoyé à diligence et en poste.

Monseigneur, après noz humbles recommendations à vostre bonne grace, prions le créateur vous donner en santé et prospérité bonne vie et longue.

De Poictiers ce XVIe jour d’aougst (1548).

Et au dessoubz : Vos humbles serviteurs les mayre, eschevins et bourgeois de la ville de Poictiers.

Et dessus les dictes lettres est escript A Monseigneur, Monseigneur de Constance, grand aulmousnier.

Lettre de Henri II.

(Chartrier de Thouars, Reg. 30, p. 72.)

De par le Roy. Très chiers et bien amez, nous avons este advertiz des rebellions, séditions et émotions populaires et assemblées de communes faictes en nostre pays d’Angoulmoys, Poictou, Xainctonge et aultres lieux es envyrons, et du debvoir auquel, comme bons, vrays et loyaulx subjects, vous estes mis pour appaiser et faire cesser les dictes émotions : de quoy nous vous sçavons très bon gré et vous en remercions bien fort, vous priant de vouloir continuer et persévérer en ceste bonne volunté, comme nous estimons que vous ferez, qui sera chose que ne mettrons en obly, ainsi qu’avons donné charge au sr. de Brisambourg, présent porteur, vous dire plus au long et aussi vous déclairer l’ordre et provision qu’avons donné sur )e faict des dictes rebellions et assemblées dont vous le croirez comme vouldriez faire nous mesmes, et vous nous ferez plaisir et service très agréables.

Donné à Thurin le XIX° jour d’aougst M. Vc XL VIII.

Ainsi signé Henry, et au dessoubz Clausse.

Et au dessus des dictes lectres est escript A noz très chiers et bien amez les eschevins, bourgeois, manans et habitans de nostre bonne ville et cité de Poictiers.

Lettre de M. du Lude, gouverneur de Poitou, à Mr Doyneau [2], lieutenant général.

(Chartrier de Thouars, Reg. 30, p. 56.)

Monsieur le lieutenant, j’ay veu par vostre lettre l’advertissement que me faictez de la prinse du coronal et quelzques capitaines de ceste commune qui sont au chasteau d’Angoulesme, et comme Monsr. de Sainct Séverin est allé en poste devers le Roy, dont avoys bien esté adverty, et dès le jour d’hier envoyay Monsr de Loubbes, mon enseigne, avec cent ou six vingts chevaulx et plus, pour aller en Angoulesme ayder que ceulx de la ville ne soyent forcez par ceste commune, où j’espère qu’il sera ce soyr et n’aura failly d’advertir ceulx qui sont à Sainct Jehan d’Angély de s’y trouver.

J’espère, avec l’ayde de Dieu, que le Roy sera obéy, scellon que je vous rescriptz hier par le serviteur de Monsr. de la Riche, qui partit hier matin de Partenay.

Quant au ban et arrière ban de Poictou qu’avez par mon mandement faict publier, je suys d’advis que faictez advertir et publier que ceulx qui y sont subjectz ayent seullement à se tenir en équipage tel qu’ilz doibvent pour le service du Roy, sans toutes foys partir de leurs bailliages, jusques ilz ayent de moy aultre mandement ce que je vous prie faire incontinant publier, ad ce qu’ilz n’ayent entrer en plus grands fraiz, desquelz, s’il m’est possible, je mettray peine les soullager, si mes aultres forces y peuvent satisfaire, scellon que bien j’espèce.

Je partiray demain de ce lieu pour aller à Chizay, à Sainct Jehan d’Angély, Angoulesme et aultres lieux que besoing sera, qui ne sera sans vous faire sçavoyr de mes nouvelles, et ne feray faulte d’advertir le Roy de vostre bonne volunté à son service et obéissance et de tous ceulx de ce pays de Poictou.

Cest en droict je me recommande à vostre bonne grace d’aussi bon cueur que je supplie le créateur vous donner, Monsr le lieutenant, en parfaicte santé, heureuse et longue vie.

De Niort ce XXe aougst 1548.

Et au dessoubz Le plus que tout vostre bon amy, Jehan de Daillon.

Et en la suscription des dictes lectres et par le dessus A Monsieur Doyneau, lieutenant général du séneschal de Poictou, à Poictiers


[1République, au sens étymologique et premier, de res publica, la chose publique. Le chancelier, garde des sceaux, est ici bien qualifié.

[2François Doyneau était échevin de Poitiers, et la lettre de M. du Lude fut communiquée par lui au conseil le 21 août 1548.

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