Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1559 - Jean Calvin : La Confession de La Rochelle ou Confession gallicane

jeudi 22 janvier 2009, par Pierre, 3219 visites.

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Ce texte de Jean Calvin, document fondateur du protestantisme franais, est appel Confession de la Rochelle ou Confession gallicane. C’est peut-tre parce que la version prsente ici, rdige trs probablement en 1559, a t adopte par le Synode de La Rochelle de 1571.

Ses premires versions remontent probablement 1557.

Sur cette page, sont rassembls : Des lments sur l’historique de la cration de ce document, le texte de la Confession (1559 ?), le texte de l’adresse au Roi Henri II par Thodore de Bze (en 1563), et un extrait des actes du 7me Synode National de la Rochelle (1571), qui explique pourquoi on appelle ce texte La Confession de la Rochelle

En savoir plus sur Jean Calvin

Sources :
 Pour le commentaire sur les versions de ce texte : Nouvelle revue de thologie - Paris - Genve - 1859 - Books Google
 Pour l’adresse au roi et le texte de la Confession : The Creeds of Christendom : The Evangelical Protestant creeds - Philip Schaff - New York - 1877 - Books Google
 Actes ecclsiastiques et civils de tous les synodes nationaux des Eglises Rformes de France - Aymon - La Haye - 1710 - BNF Gallica

A la recherche de la premire version de la "Confession"

Les 40 petits articles de cette Discipline, comme parle Aymon, sont assez diffrents
de ce qu’ils devinrent plus tard ; c’est, comme dit Th. de Bze, un premier
projet. Du reste, la Discipline donna lieu bien des difficults. Voy. une curieuse
lettre du consistoire de Paris Chandieu, qui se trouvait Genve en 1560 (Gaberel,
Hist. de Genve, t. II, p. 5). Il s’agissait d’une dition de la Discipline, prpare par
Chandieu et repousse par plusieurs, entre autres le cardinal de Chatillon et son
ministre De la Haye. La Confession de foi a subi moins de changements ; cependant
bien des synodes subsquents l’ont rvise ; mais on vitait de parler de ces changements ; les synodes de Montpellier et de Privas dfendirent de mettre dans le titre les
mots revue et corrige. Les autorits dogmatiques ont toujours voulu tre ou au
moins paratre immuables, et n’y ont jamais russi.

L’art. 1er des Avertissements du Ve synode national, tenu Paris en 1565, avertit
les imprimeurs de France et de Genve qu’ils ne doivent plus mettre la suite des
Psautiers et catchismes la Confession de foi qui commence Parce que le fondement de croire, mais celle qui commence par ces paroles : Nous croyons, et cela,
est-il dit, quoiqu’elles soient toutes deux assez conformes en doctrine.

Cette Confession plus ancienne, officiellement rejete en 1565, a t signale par
M. de Polenz (Geschichte des franzoesischen Calvinismus, t. I, p. 454 et 455). L’auteur de ce livre, aprs avoir relev les diffrences nombreuses des textes de cette
Confession dans Bze, Aymon, etc., dcrit une trs-rare plaquette de 7 feuillets in-8,
intitule : Confession de Foy, faite d’un commun accord par les Eglises qui sont
disperses en France et s’abstiennent des idoltries Papales, avec une Prface
contenant response et defence contre les calomnies dont on les charge
. Si l’on
peut en croire une note manuscrite que porte celte brochure, elle serait la premire
dition originale
, quoique trs-probablement cette autre indication galement manuscrite : Paru 1559, ne soit point la date de l’impression, mais plutt celle
de la rdaction. Cette Confession de foi n’a que 35 articles au lieu de 40, et au dbut,
au lieu de : Nous croions, ou, comme on lit ailleurs : Nous croions et confessons qu’il n’y a qu’un seul Dieu, il est dit : Pour ce que le fondement de croire, comme dit sainct Paul, est par la Parole de Dieu, nous croyons, etc.

Du reste, aucune de ces rdactions n’est la premire. Calvin en avait adress une en
forme de lettre au roi Henri II en novembre 1557 (publie par M J. Bonnet, t. I,
p. 151. et reproduite par M. Goguel la suite du portrait de Calvin dans son dition
partielle des Icones de Bze, traduits par Simon Goulard, Vrais pourtraits, etc.
Strasbourg 1859). Admirable lettre, dit M. Mignet, dont plusieurs passages sont
devenus les articles textuels de la Confession de foi dresse par le premier synode.

Bze en avait galement rdig une en franais, qu’il publia en latin l’anne suivante (Lettre indite cite par Crottet, Petite Chron., p. 191).

Il est bien dmontr aujourd’hui que Thodore de Bze, dans son Histoire ecclsiastique, a cru devoir mettre a la suite de son rcit du premier synode la Confession de foi, non telle qu’elle y fut vote, mais telle qu’elle tait admise au moment o il crivait.

Cette Confession, du reste, ne reut sa forme dfinitive qu’aprs avoir subi, au
XVIIIe synode national, tenu La Rochelle en 1607, une dernire rvision en 15 articles.

Source : Nouvelle revue de thologie - Paris - Genve - 1859 - Books Google

La Confession de Foi, faite d’un commun accord par les glises Rformes du Royaume de France.

dite Confession de La Rochelle

 ARTICLE 1. Nous croions et confessons qu’il y a un seul Dieu, qui est une seule et simple essence, spirituelle, ternelle, invisible, immuable, infinie, incomprhensible, ineffable, qui peut toutes choses, qui est toute sage, toute bonne, toute juste, et toute misricordieuse.

 2. Ce Dieu se manifeste tel aux hommes, premirement par ses œuvres, tant par la cration que par la conservation et conduite d’icelles. Secondement et plus clairement par sa Parole, laquelle au commencement rvle par Oracles, a t puis aprs rdige par crit aux Livres que nous appelons criture Sainte.

 3. Toute cette criture Sainte est comprise aux Livres Canoniques du Vieux et Nouveau Testament, desquels le nombre s’ensuit.

  • Les cinq Livres de Mose ; savoir, Gense, Exode, Lvitique, Nombres, Deutronome.
  • Item Josu, Juges, Ruth, le premier et second livre de Samuel, le premier et second livre des Rois, le premier et second livre des Chroniques, autrement dits Paralipomenon, le premier livre d’Esdras.
  • Item, Nhmie, le livre d’Esther, Job, les Psaumes de David, les Proverbes ou Sentences de Salomon, le livre de l’Ecclsiaste dit le Prcheur, le Cantique de Salomon.
  • Item, le livre d’sae, Jrmie, Lamentations de Jrmie, zchiel, Daniel, Ose, Jol, Amos, Abdias, Jonas, Miche, Nahum, Abacuc, Sophonie, Agge, Zacharie, Malachie.
  • Item, le Saint vangile selon S. Matthieu, selon S. Marc, selon S. Luc, et selon S. Jean.
  • Item, le second livre de S. Luc, autrement dit les Actes des Aptres.
  • Item, les ptres S. Paul aux Romains, une aux Corinthiens, deux aux Galates, aux phsiens une, aux Philippiens une, aux Colossiens une, aux Thessaloniciens deux, Timothe deux, Tite une, Philmon une.
  • Item, l’ptre aux Hbreux, l’ptre S. Jacques, la premire et seconde ptres de S. Pierre, la premire, deuxime et troisime ptres S. Jean, l’ptre S. Jude.
  • Item, l’Apocalypse ou rvlation S. Jean.

 4. Nous connaissons ces livres tre Canoniques, et rgle trs certaine de notre Foi ; non tant par le commun accord et consentement de l’glise, que par le tmoignage et la persuasion intrieure du S. Esprit, qui nous les fait discerner d’avec les autres Livres Ecclsiastiques, sur lesquels, encore qu’ils soient utiles, on ne peut fonder aucun Article de Foi.

 5. Nous croions que la Parole qui est contenue en ces livres, est procde de Dieu, duquel seul elle prend son autorit, et non des hommes. Et d’autant qu’elle est la rgle de toute vrit, contenant tout ce qui est ncessaire pour le service de Dieu et de notre salut, il n’est pas loisible aux hommes, ni mme aux Anges, d’y ajouter, diminuer ou changer. D’o il s’ensuit que ni l’antiquit, ni les coutumes, ni la multitude, ni la sagesse humaine, ni les jugements, ni les arrts, ni les dits, ni les dcrets, ni les conciles, ni les visions, ni les miracles, ne doivent tre opposs cette criture Sainte, mais au contraire, toutes choses doivent tre examines, rgles et rformes selon elle. Et suivant cela nous avouons les trois Symboles, savoir des Aptres, de Nice, et d’Athanase, parce qu’ils sont conformes la Parole de Dieu.

 6. Cette criture Sainte nous enseigne qu’en cette seule et simple essence Divine, que nous avons confesse, il y a trois Personnes, le Pre, le Fils, et le S. Esprit. Le Pre, premire cause, principe et origine de toutes choses. Le Fils, sa Parole et Sapience ternelle. Le S. Esprit, sa vertu, puissance et efficace. Le Fils ternellement engendr du Pre. Le S. Esprit procdant ternellement de tous deux ; les trois Personnes non confuses, mais distinctes, et toutefois non divises, mais d’une mme essence, ternit, puissance, et galit. Et en cela avouons ce qui a t dtermin par les Conciles Anciens, et dtestons toutes sectes et hrsies qui ont t rejetes par les saints Docteurs, comme S. Hilaire, S. Athanase, S. Ambroise, et S. Cyrille.

 7. Nous croions que Dieu en trois personnes cooprantes, par sa vertu, sagesse et bont incomprhensible, a cr toutes choses, non seulement le Ciel, la Terre, et tout ce qui y est contenu ; mais aussi les esprits invisibles, desquels les uns sont dchus et trbuchs en perdition, les autres ont persist en obissance. Que les premiers s’tant corrompus en malice, sont ennemis de tout bien, par consquent de toute l’glise. Les seconds ayant t prservs par la grce de Dieu sont Ministres pour glorifier le nom de Dieu, et servir au salut de ses lus.

 8. Nous croions que non seulement il a cr toutes choses, mais qu’il les gouverne et conduit, disposant, et ordonnant selon sa volont de tout ce qui avaient au Monde ; non pas qu’il soit auteur du mal, ou que la coulpe lui en puisse tre impute, vu que sa volont est la rgle souveraine et infaillible de toute droiture et quit ; mais il a des moyens admirables de se servir tellement des diables et des mchants, qu’il fait convertir en bien le mal qu’ils font, et duquel ils sont coupables. Et ainsi en confessant que rien ne se fait sans la providence de Dieu, nous adorons en humilit les secrets qui nous sont cachs, sans nous enqurir par-dessus notre mesure ; mais plutt appliquons notre usage ce qui nous est montr en l’criture Sainte, pour tre en repos et sret, d’autant que Dieu, qui a toutes choses sujettes soi, veille sur nous d’un soin paternel, tellement qu’il ne tombera point un cheveu de notre tte sans sa volont. Et cependant il tient les diables et tous nos ennemis brids, en sorte qu’ils ne nous peuvent faire aucune nuisance sans son cong.

 9. Nous croions que l’homme ayant t cr pur et entier, et conforme l’image de Dieu, est par sa propre faute dchu de la grce qu’il avait reue. Et ainsi s’est alin de Dieu, qui est la fontaine de justice et de tous biens, en sorte que sa nature est du tout corrompue. Et tant aveugl en son esprit, et dprav en son cœur, a perdu toute intgrit sans en avoir rien de reste. Et bien qu’il ait encore quelque discrtion du bien et du mal, nonobstant nous disons, que ce qu’il a de clart, se convertit en tnbres quand il est question de chercher Dieu ; tellement qu’il n’en peut nullement approcher par son intelligence et raison. Et bien qu’il ait une volont par laquelle il est incit faire ceci ou cela , toutefois elle est du tout captive sous pch ; en sorte qu’il n’a nulle libert bien, que celle que Dieu lui donne.

 10. Nous croions que toute la ligne d’Adam est infecte de telle contagion, qui est le pch originel, et un vice hrditaire, et non pas seulement une imitation, comme les Plagiens ont voulu dire, lesquels nous dtestons en leurs erreurs. Et n’estimons pas qu’il soit besoin de s’enqurir comme le pch vient d’un homme l’autre vu que c’est assez, que ce que Dieu lui avait donn n’tait pas pour lui seul, mais pour toute sa ligne ; et ainsi, qu’en la personne d’icelui nous avons t dnus de tous biens, et sommes trbuchs en toute pauvret et maldiction.

 11. Nous croions aussi que ce vice est vraiment pch, qui suffit condamner tout le genre humain, jusques aux petits enfants ds le ventre de la mre, et que pour tel il est rput devant Dieu ; mme qu’aprs le Baptme, c’est toujours pch quant la coulpe, combien que la condamnation en soit abolie aux enfants de Dieu, ne la leur imputant point par sa bont gratuite. Outre cela, que c’est une perversit produisant toujours des fruits de malice et rbellion, tels que les plus saints, encore qu’ils y rsistent, ne laissent point d’tre entachs d’infirmits et de fautes pendant qu’ils habitent en ce monde.

 12. Nous croions que de cette corruption et condamnation gnrale, en laquelle tous hommes sont plongs, Dieu retire ceux lesquels en son Conseil ternel et immuable il a lus par sa seule bont et misricorde en notre Seigneur Jsus Christ sans considration de leurs œuvres, laissant les autres en cette mme corruption et condamnation, pour dmontrer en eux sa justice, comme aux premiers il fait luire les richesses de sa misricorde. Car les uns ne sont point meilleurs que les autres, jusques ce que Dieu les discerne, selon son Conseil immuable qu’il a dtermin en Jsus Christ devant la cration du Monde ; et nul aussi ne se pourrait introduire un tel bien de sa propre vertu, vu que de notre nature nous ne pouvons avoir un seul bon mouvement, ni affection, ni pense, jusques ce que Dieu nous ait prvenus, et nous y ait disposs.

 13. Nous croions qu’en icelui Jsus Christ tout ce qui tait requis notre salut nous a t offert et communiqu. Lequel nous tant donn salut, nous a t quant et quant fait sapience, justice, sanctification et rdemption ; en sorte qu’en dclinant de lui, on renonce la misricorde du Pre, o il nous convient avoir refuge unique.

 14. Nous croions que Jsus Christ, tant la sagesse de Dieu, et son Fils ternel, a revtu notre chair, afin d’tre Dieu et homme en une personne, mme homme semblable nous, passible en corps et en me, sinon en tant qu’il a t pur de toute macule. Et quant son humanit, qu’il a t vraie semence d’Abraham et de David, bien qu’il ait t conu par la vertu secrte du Saint Esprit. En quoi nous dtestons toutes les hrsies qui ont anciennement troubl les glises ; et notamment aussi les imaginations diaboliques de Servet, lequel attribue au Seigneur JSUS une divinit fantastique, d’autant qu’il le dit tre ide et patron de toutes choses ; et le nomme Fils personnel ou figuratif de Dieu ; et finalement lui forge un corps de trois lments incrs, ainsi mle et dtruit toutes les deux natures.

 15. Nous croions qu’en une mme personne, savoir Jsus Christ, les deux natures sont vraiment et insparablement conjointes et unies, demeurant nanmoins chacune nature en sa proprit distincte ; tellement que comme en cette conjonction la nature Divine retenant sa proprit est demeure incre, infinie et remplissant toutes choses ; aussi la nature humaine est demeure finie, ayant sa forme, mesure et proprit ; et mme combien que Jsus Christ en ressuscitant ait donn l’immortalit son corps, toutefois il ne lui a t la vrit de sa nature. Et ainsi, nous le considrons tellement en sa divinit, que nous ne le dpouillons point de son humanit.

 16. Nous croions que Dieu envoyant son Fils a voulu montrer son amour et sa bont inestimable envers nous, en le livrant la mort, et le ressuscitant pour accomplir toute justice, et pour nous acqurir la vie cleste.

 17. Nous croions que par le sacrifice unique que le Seigneur JSUS a offert en la croix, nous sommes rconcilis Dieu pour tre tenus et rputs justes devant lui ; parce que nous ne lui pouvons tre agrables, ni tre participants de son adoption, sinon d’autant qu’il nous pardonne nos fautes, et les ensevelit. Ainsi nous protestons que Jsus Christ est notre lavement entier et parfait ; qu’en sa mort nous avons entire satisfaction pour nous acquitter de nos forfaits et iniquits dont nous sommes coupables, et ne pouvons tre dlivrs que par ce remde.

 18. Nous croions que toute notre justice est fonde en la rmission de nos pchs, comme aussi c’est notre seule flicit, comme dit David. C’est pourquoi nous rejetons tous autres moyens de nous pouvoir justifier devant Dieu ; et sans prsumer de nulles vertus ni mrites, nous nous tenons simplement l’obissance de Jsus Christ, laquelle nous est alloue, tant pour couvrir toutes nos fautes, que pour nous faire trouver grce et faveur devant Dieu. Et de fait, nous croions qu’en dclinant de ce fondement tant peu que ce soit, nous ne pourrions trouver ailleurs aucun repos, mais serions toujours agits d’inquitude ; d’autant que jamais nous ne sommes paisibles avec Dieu, jusques ce que nous soyons bien rsolus d’tre aims en Jsus Christ, vu que nous sommes dignes d’tre has en nous-mmes.

 19. Nous croions que c’est par ce moyen que nous avons libert et privilge d’invoquer Dieu, avec pleine fiance qu’il se montrera notre Pre. Car nous n’aurions pas aucun accs au Pre, si nous n’tions adresss par ce Mdiateur. Et pour tre exaucs en son Nom, il convient tenir notre vie de lui comme de notre chef.

 20. Nous croions que nous sommes faits participants de cette justice par la seule foi ; comme il est dit, qu’il a souffert pour nous acqurir le salut, afin que quiconque croira en lui, ne prisse point. Et que cela se fait, d’autant que les promesses de vie qui nous sont donnes en lui, sont appropries notre usage, et en sentons l’effet, quand nous les acceptons, ne doutant point qu’tant assurs de la bouche de Dieu, nous ne serons point frustrs. Ainsi la justice que nous obtenons par foi, dpend des promesses gratuites, par lesquelles Dieu nous dclare et testifie qu’il nous aime.

 21. Nous croions que nous sommes illumins en la foi par la grce secrte du Saint Esprit, tellement que c’est un don gratuit et particulier que Dieu dpart ceux que bon lui semble, en sorte que les fidles n’ont de quoi s’en glorifier, tant obligs au double de ce qu’ils ont t prfrs aux autres. Mme que la foi n’est pas seulement baille pour un coup aux lus, pour les introduire au bon chemin, mais pour les faire continuer aussi jusques au bout. Car comme c’est Dieu de faire le commencement, aussi c’est lui de parachever.

 22. Nous croions que par cette foi nous sommes rgnrs en nouveaut de vie, tant naturellement asservis au pch. Or nous recevons par foi la grce de vivre saintement et en la crainte de Dieu, en recevant la promesse qui nous est donne par l’vangile ; savoir que Dieu nous donnera son S. Esprit. Ainsi la foi non seulement ne refroidit pas l’affection de bien et saintement vivre, mais l’engendre et excite en nous, produisant ncessairement les bonnes œuvres. Au reste, bien que Dieu, pour accomplir notre salut, nous rgnre, nous rformant bien faire, toutefois nous confessons que les bonnes œuvres, que nous faisons par la conduite de son Esprit, ne viennent point en compte pour nous justifier, ou mriter que Dieu nous tienne pour ses enfants ; parce que nous serions toujours flottants en doute et inquitude, si nos consciences ne s’appuyaient sur la satisfaction par laquelle Jsus Christ nous a acquitts.

 23. Nous croions que toutes les figures de la Loi ont pris fin la venue de Jsus Christ. Mais bien que les crmonies ne soient plus en usage, nanmoins la substance et la vrit nous en est demeure en la personne de celui auquel gt tout accomplissement. Au surplus, il nous faut aider de la Loi et des Prophtes, tant pour rgler notre vie, que pour tre confirms aux promesses de l’vangile.

 24. Nous croions, puisque Jsus Christ nous est donn pour seul Avocat, et qu’il nous commande de nous retirer privment en son Nom vers son Pre ; et mme qu’il ne nous est pas licite de prier sinon en suivant la forme que Dieu nous a dicte par sa Parole, que tout ce que les hommes ont imagin de l’intercession des Saints trpasss, n’est qu’abus et fallace de Satan, pour faire dvoyer les hommes de la forme de bien prier. Nous rejetons aussi tous autres moyens que les hommes prsument avoir pour se racheter envers Dieu, comme drogeant au sacrifice de la mort et passion de Jsus Christ. Finalement nous tenons le Purgatoire pour une illusion procde de cette mme boutique ; de laquelle sont aussi procds les vœux monastiques, plerinages, dfenses du mariage, et de l’usage des viandes, l’observation crmonielle des jours, la Confession Auriculaire, les Indulgences, et toutes autres telles choses par lesquelles on pense mriter grce et salut. Lesquelles choses nous rejetons non seulement pour la fausse opinion du mrite qui y est attache, mais aussi parce que ce sont inventions humaines, qui imposent joug aux consciences.

 25. Or, parce que nous, ne jouissons de Jsus Christ que par l’vangile, nous croions que l’ordre de l’glise, qui a t tabli en son autorit, doit tre sacr et inviolable, et partant que l’glise ne peut subsister sinon qu’il y ait des Pasteurs qui aient la charge d’enseigner, lesquels on doit honorer et couter en rvrence quand ils sont dment appels, et exercent fidlement leur office. Non pas que Dieu soit attach telles aides ou moyens infrieurs, mais parce qu’il lui plat nous entretenir sous telle bride. En quoi nous dtestons tous fantastiques, qui voudraient bien, en tant qu’en eux est, anantir le Ministre et Prdication de la Parole de Dieu et des Sacrements.

 26. Nous croions donc que nul ne se doit retirer part, et se contenter de sa personne ; mais tous ensemble doivent garder et entretenir l’unit de l’glise, se soumettant l’instruction commune, et au joug de Jsus Christ ; et ce en quelque lieu o Dieu aura tabli un vrai ordre de l’glise, encore que les Magistrats et leurs dits y soient contraires, que tous ceux qui ne s’y rangent, ou s’en sparent, contrarient l’ordonnance de Dieu.

 27. Toutefois nous croions qu’il convient discerner soigneusement, et avec prudence, qu’elle est la vraie glise ; parce que par trop on abuse de ce titre. Nous disons donc suivant la Parole de Dieu, que c’est la compagnie des fidles, qui s’accordent suivre cette Parole, et la pure Religion qui en dpend, et qui profitent en elle tout le temps de leur vie, croissant et se confirmant en la crainte de Dieu, selon qu’ils ont besoin de s’avancer et de marcher toujours plus outre. Mme quoiqu’ils s’efforcent, qu’il leur convient avoir incessamment recours la rmission de leurs pchs, nanmoins nous ne nions point que parmi les fidles il n’y ait des hypocrites et rprouvs, desquels la malice ne peut effacer le titre d’glise.

 28. Sous cette crance nous protestons que l o la Parole de Dieu n’est reue, et o on ne fait nulle profession de s’assujettir elle, et o il n’y a nul usage des Sacrements : parler proprement, on ne peut juger qu’il y ait aucune glise. Partant nous condamnons les assembles de la Papaut, vu que la pure vrit de Dieu en est bannie, squelles les Sacrements sont corrompus, abtardis, falsifis, ou anantis du tout ; et squelles toutes Superstitions et Idoltries ont la vogue. Nous tenons donc que tous ceux qui se mlent en tels actes, et y communiquent, se sparent et retranchent du Corps de Jsus Christ. Toutefois, parce qu’il reste encore quelque petite trace d’glise en la Papaut, et mme que la substance du Baptme y est demeure, joint que l’efficace du Baptme ne dpend pas de celui qui l’administre, nous confessons ceux qui y sont baptiss n’avoir besoin d’un second Baptme. Cependant cause des corruptions qui y sont, on n’y peut prsenter les enfants sans se polluer.

 29. Quant est de la vraie glise, nous croions qu’elle doit tre gouverne selon la Police que notre Seigneur Jsus Christ a tablie : C’est qu’il y ait des Pasteurs, des Surveillants et Diacres, afin que la pure doctrine ait son cours, que les vices soient corrigs et rprims, et que les pauvres et tous autres affligs soient secourus en leurs ncessits ; et que les assembles se fassent au nom de Dieu, squelles grands et petits soient difis.

 30. Nous croions tous vrais Pasteurs, en quelque lieu qu’ils soient, avoir mme autorit et gale puissance sous un seul chef, seul souverain et seul universel vque Jsus-Christ ; et pour cette cause, que nulle glise ne doit prtendre aucune domination ou seigneurie sur l’autre.

 31. Nous croions que nul ne se doit ingrer de son autorit propre pour gouverner l’glise, mais que cela se doit faire par lection, en tant qu’il est possible et que Dieu le permet. Laquelle exception nous ajoutons notamment, parce qu’il a fallu quelque fois, et mme de notre temps, (auquel l’tat de l’glise tait interrompu) que Dieu ait suscit des gens d’une faon extraordinaire pour dresser l’glise de nouveau, qui tait en ruine et dsolation. Mais quoi qu’il en soit, nous croions qu’il se faut toujours conformer cette rgle, Que tous Pasteurs, Surveillants et Diacres aient tmoignage d’tre appels leur office.

 32. Nous croions aussi qu’il est bon et utile, que ceux qui sont lus pour tre Superintendants, avisent entre eux quel moyen ils devront tenir pour le rgime de tout le corps, et toutefois qu’ils ne dclinent nullement de ce qui nous en a t donn par notre Seigneur Jsus Christ. Ce qui n’empche point qu’il n’y ait quelques Ordonnances particulires en chaque lieu, selon que la commodit le requerra.

 33. Cependant nous exclurons toutes inventions humaines et toutes Lois qu’on voudrait introduire sous ombre du service de Dieu, par lesquelles on voudrait lier les consciences ; mais seulement recevons ce qui fait et est propre pour nourrir concorde, et tenir chacun depuis le premier jusques au dernier en obissance. En quoi nous avons suivre ce que notre Seigneur Jsus a dclar quant l’excommunication ; laquelle nous approuvons et confessons tre ncessaire avec toutes ses appartenances.

 34. Nous croions que les Sacrements sont ajouts la Parole pour plus ample confirmation, afin de nous tre gages et mreaux de la grce de Dieu, et par ce moyen aider et soulager notre foi, cause de l’infirmit et rudesse qui est en nous ; et qu’ils sont tellement signes extrieurs, que Dieu opre par eux en la vertu de son Esprit, afin de ne nous y rien signifier en vain ; toutefois nous tenons que toute leur substance et vrit est en Jsus Christ ; et si on les en spare, ce n’est plus rien qu’ombrage et fume.

 35. Nous en confessons seulement deux, communs toute l’glise, desquels le premier, qui est le Baptme, nous est donn pour tmoignage de notre adoption ; parce que l nous sommes ents au Corps de Christ, afin d’tre lavs et nettoys par son Sang, et puis renouvels en saintet de vie par son Saint Esprit. Nous tenons aussi, bien que nous ne soyons baptiss qu’une fois, que le profit qui nous est l signifi s’tend la vie et la mort, afin que nous ayons une signature permanente, que Jsus Christ nous sera toujours justice et sanctification. Or bien que ce soit un Sacrement de Foi et de Pnitence, nanmoins parce que Dieu reoit en son glise les petits enfants avec leurs Pres, nous disons que par l’autorit de Jsus Christ les petits enfants engendrs des fidles doivent tre baptiss.

 36. Nous confessons que la sainte Cne (qui est le second Sacrement) nous est tmoignage de l’union que nous avons avec Jsus Christ ; d’autant qu’il n’est pas seulement une fois mort et ressuscit pour nous, mais aussi nous repat et nourrit vraiment de sa chair et de son Sang, ce que nous soyons un avec lui, et que sa vie nous soit commune. Or bien qu’il soit au Ciel jusques ce qu’il vienne pour juger tout le monde ; toutefois nous croions que par la vertu secrte et incomprhensible de son Esprit il nous nourrit et vivifie de la substance de son Corps et de son Sang. Nous tenons bien que cela se fait spirituellement, non pas pour mettre au lieu de l’effet et de la vrit, imagination ni pense ; mais d’autant que ce mystre surmonte en sa hautesse la mesure de notre sens, et tout ordre de nature. Bref, pour ce qu’il est cleste, ne peut tre apprhend que par Foi.

 37. Nous croions (ainsi qu’il a t dit) que tant en la Cne qu’au Baptme, Dieu nous donne rellement et par effet ce qu’il y figure. Et partant nous conjoignons avec les signes la vraie possession et jouissance de ce qui nous est l prsent. Et par ainsi, tous ceux qui apportent la table sacre de Christ une pure foi comme un vaisseau, reoivent vraiment ce que les signes y testifient ; c’est que le Corps et le Sang de Jsus Christ ne servent pas moins de manger et boire l’me, que le Pain et le Vin font au Corps.

 38. Ainsi nous tenons que l’eau tant un lment caduc, ne laisse pas de nous testifier en vrit le lavement intrieur de notre me au Sang de Jsus Christ, par l’efficace de son Esprit, et que le Pain et le Vin nous tant donns en la Cne nous servent vraiment de nourriture spirituelle, d’autant qu’ils nous montrent comme l’œil, la chair de Jsus Christ nous tre notre viande, et son sang notre breuvage. Et rejetons les Fantastiques et Sacramentaires, qui ne veulent point recevoir tels signes et marques, vu que notre Seigneur Jsus prononce, Ceci est mon Corps, et Cette Coupe est mon Sang.

 39. Nous croions que Dieu veut que le monde soit gouvern par Lois et Police, afin qu’il y ait quelque bride pour rprimer les apptits dsordonns du monde. Et ainsi, qu’il a tabli les Royaumes, Rpubliques, et toutes autres sortes de Principauts, soit hrditaires ou autrement et tout ce qui appartient l’tat de justice, et en veut tre reconnu Auteur ; cette cause il a mis le glaive en la main des Magistrats pour rprimer les pchs commis non seulement contre la seconde Table des Commandements de Dieu, mais aussi contre la premire. Il faut donc cause de lui, que non seulement on endure que les Suprieurs dominent, mais aussi qu’on les honore et prise en toute rvrence, les tenant pour ses Lieutenants et Officiers, lesquels il a commis pour exercer une charge lgitime et sainte.

 40. Nous tenons donc qu’il faut obir leurs Lois et Statuts, payer Tributs, Impts, et autres devoirs, et porter le joug de sujtion d’une bonne et franche volont, encore qu’ils fussent infidles, moyennant que l’Empire souverain de Dieu demeure en son entier. Ainsi nous dtestons ceux qui voudraient rejeter les Supriorits, mettre communaut et confusion de biens, et renverser l’ordre de la justice.

1563 - L’adresse au Roi

Le document qui suit a t rdig par Thodore de Bze, pour prsenter la profession de foi protestante au Roi Henri II. Il a choisi un moment favorable une telle dmarche : nous sommes en 1563, et la paix d’Amboise vient d’tre signe entre catholiques et protestants.

La Paix d’Amboise, ou dit d’Amboise, Voir le texte de cet dit a t signe le 19 mars 1563 par Louis de Cond, chef des protestants, et Anne de Montmorency, chef de l’arme catholique. Elle confirme la libert de conscience accorde par l’dit de Saint-Germain (janvier 1562), accorde l’amnistie aux calvinistes, mais restreint l’exercice du culte protestant en dehors des villes et sur les terres de certains seigneurs.

Si elle marque la fin de la premire guerre de religion, cette paix n’est que peu durable, puisque les affrontements reprennent quatre ans plus tard.
(source Wikipdia)

Les Franois qui dsirent vivre selon la puret de l’Evangile de Nostre Seigneur Isus Christ.

Au Roy.

Sire, nous rendons grces a Dieu de ce que n’ayans eu iusques icy aucun accs a vostre Maiest, pour luy faire entendre la rigueur des perscutions que nous avons endures, et endurons iournellement pour vouloir suyvre la puret de l’Evangile, et le repos de nostre conscience : maintenant il nous fait cet heur de veoir qu’avez la volont de connoitre le mrite de nostre cause, suyvant l’Edit dernier donn Amboise au moys de Mars, /’an present 1559, qu’il a pleu a vostre Maiest faire publier. Qui est la cause qu’ prsent nous osons ouvrir la bouche : laquelle nous a est parcidevant ferme par l’iniustice et violence de plusieurs voz officiers, estans plustost incitez de haine contre nous, que de bonne affection vostre service. Et fin, sire, que nous puissions pleinement informer vostre Maiest de ce qui concerne cette cause, nous vous supplions trs-humblement de voir et entendre nostre Confession de Foy, laquel/e nous vous prsentons : esprans qu’elle nous sera dfence suffisante centre tous les blasmes et opprobres, dont iusques icy avons est chargez grand tort par ceux qui ont tousiours fait mestier de nous condamner, premier que nostre cause leur fust conneu. En laquelle, Sire nous pouvons protester qu’il n’y a aucune chose qui repugne la parole de Dieu, ne qui contrevienne I’hommage que nous vous devons.

Car les articles de nostre Foy qui sont descrits assez au long en nostre Confession, reviennent tous a ce poinct, que puisque Dieu nous a suffisamment declar sa volont par ses Prophtes et Apostres, et mesmes par la bouche de son fils nostre Seigneur lesus Christ, nous devons cet honneur et rvrence a la parole de Dieu de n’y rien aioutter du nostre : mais de nous conformer entierement a la reigle qui nous y est prescritte. Et pour ce que l’Eglise Romaine, laissant l’usage et coustume la primitive Eglise, a introduit nouveaux commandemens et nouvelle forme du service de Dieu, nous estimons estre tres-raisonnable de prfrer les commandemens de Dieu, qui est la vrit mesme, aux commandemens des hommes : qui de leur nature sont enclins a mensonge et vanit. Et quoy que noz adversaires prtendent l’encontre de nous, si pouvons nous dire devant Dieu et les hommes, que nous ne souffrons pour autre raison que pour maintenir nostre Seigneur lesus Christ estre nostre seul Sauveur et Redempteur, et sa doctrine seule doctrine de vie et de salut.

Et cette est la seule cause, Sire, pour laquelle les bourreaux ont en tant de fois les mains souilles du sang de voz poures suiets, lesquels n’espargnent point leurs vies pourmaintenir cette mesme confession de Foy, ont bien peu faire entendre a tous qu’ils estoyent poussez d’autre esprit que de celuy des hommes, qui naturellement ont plus de soucy de leurs repos et commoditez, que de l’honneur et gloire de Dieu.

Et partant. Sire, suyvant, la bont et douceur de laquelle promettez user envers voz poures suiets, nous supplions tres-humblement vostre Maiest nous faire cette misricorde, que de prendre en main la connoissance de la cause, pour laquelle estans poursuyvis a toute heure ou de mort, ou de bannissement, nous perdons par ce moyen la puissance de vous faire le tres-humble service que nous vous devons. Qu’il plaise donq a vostre Maiest, Sire, a lieu des feus et glaives dont on a us parcidevant, faire decider nostre confession de Foy par la parole de Dieu : donnant permission et seuret pour ce faire. Et nous esprons que vous-mesme serez iuge de nostre innocence, connoissant qu’il n’y a en nous ny hrsie, ny rebellion aucune : mais que nous tendons seulement ce but, de pouvoir vivre en saine conscience, servans Dieu selon ses commandemens, et honorans vostre Maiest en toute obissance et servitude.

Et par ce que nous avons ncessairement besoin d’estre, par la prdication de la parole de Dieu, retenus en nostre devoir et office tant envers luy : qu’envers vous : nous vous supplions trs-humblement, Sire, qu’il nous soit permis d’estre quelquefois assemblez tant pour estre exhortez par la parole de Dieu sa crainte, que pour estre conformes par I’administration des Sacremens que nostre Seigneur Isus Christ a instituez en son Eglise. Et s’il plaist a vostre Maiest nous donner lieu, auquel un chacun puisse voir ce qui se fait en noz assembles, la seule veue nous absoudra de l’accusation de tant de crimes normes, dont nosdittes assembles ont est diffames parcidevant. Car on n’y pourra veoir que toute modestie et chastet, et on n’y pourra ouyr que louanges de Dieu, exhortations son service, et prires pour la conservation de vostre Maiest et de vostre Royaume. Que s’il ne vous plaist nous faire tant de grce, au moins qu’il nous soit permis de poursyvre particulirement entre nous avec repos l’ordre qui y est estably.

Vous supplions trs-humblement, Sire, de croyre, que oyant lire cette supplication qui vous est maintenant prsente, vous oyez les cris et gmissemens dune infinit de voz poures suiets qui implorent vostre misricorde : a ce qu’elle esteigne les feus que la cruaut de voz iuges a allumez en vostre Royaume. Et ainsi qu’il nous soit loisible, servans vostre Maiest de servir celuy qui vous a lev en vostre dignt et grandeur.

Et s’il ne vous plaist, Sire, d’ouyr nostre voix, qu’il vout plaise d’ouyr celle du Fils de Dieu, lequel vous ayant donn puissance sur nos biens, sur noz corps et sur nostre propre vie : vous demande que la puissance et domination sur noz ames et consciences (lesquelles il s’est acquises au prix de son sang) luy soyent rserves.

Nous vous supplions, Sire, qu’il vous conduise tousiours par son Esprit, accroissant avec vostre aage, vostre grandeur et puissance, vous donnant victoire contre tous voz ennemis, establissant pour iamais en touteen toute quit et iustice le throsne de vostre Maiest : devant laquelle aussi il luy plaise nous faire trouver grce, pour resentir quelque fruit de nostre prsente supplication, fin qu’ayons chang nos peines et afflictions quelque repos et libert, nous changeons aussi noz pleurs et larmes une perptuelle action de grces Dieu, et vostre Maiest, pour avoir fait chose a luy trs-agrable, trs-digne de vostre bont et iustice, et trs-ncessaire pour la conservation de voz plus humbles et plus obissans suiets et serviteurs.

Extrait des Actes du VIIme synode des Eglises Rformes tenu la Rochelle du 2 au 11 avril 1571

Le synode national protestant de 1712

Septime synode national des Eglises Rformes de France

Tenu la Rochelle le 2. d’Avril & les 9. jours suivans, l’an de Grce M. D. LXXI. Et l’onzime Anne du Rgne de CHARLES IX. Roi de France.

Dans lequel Synode Thodore de Beze, Ministre de l’Eglise de Gnve, fut lu pour Modrateur, & Nicolas de Galars avec Jean de la Rocheraye choisis pour Scribes.

Matires gnrales.

 Article I. Parce que les bons Rglemens de Discipline Ecclesiastique viennent de la puret de la Doctrine bien tablie, & soigneusement conserve dans l’Eglise ; il a t resolu de commencer par la Confession de Foi des Eglises Reformes de France.

 II. D’autant que ntre Confession de Foi est imprime de diffrentes manires, le Synode dclare que celle-l est la vritable Confession de Foi de nos Eglises Reformes de France, qui commence par ces paroles, Nous croions qu’il n’y a qu’un seul Dieu : laquelle Confession a t dresse au premier Synode National tenu Paris le 25. Mai de l’An 1559.

 III. Surquoi Monsieur Thodore de Beze a donn avis qu’il y a des Hrtiques dans la Transilvanie & la Pologne qui sement des erreurs contre la vrit de la Nature Divine & de la Nature Humaine, toutes deux unies en la personne de Jesus-Christ : & qu’ils nient cette verit, pour renouveller les faux dogmes de la plupart des anciens Hrsiarques, & specialement ceux de Samosatenus, Arrius, Photinus, Nestorius, Eutiches & autres, entre lesquels on doit aussi ranger Mahomet le plus redoutable de tous les Antitrintaires. Cet avis a t trouv de si grande importance par tous ceux qui sont assembls dans ce Synode, qu’ils protestent avoir en horreur ces abominables Hrsies, & dclarent unanimement qu’ils detestent toutes les erreurs sur lesquelles plusieurs faux Docteurs voudraient les tablir : & en consequence de cela tous les Pasteurs, Anciens, Diacres, & gnralement tous les fidles sont exhorts par ce Synode d’empcher que ces Hrsies ne s’introduisent en aucune manire dans les Eglises Reformes de France.

 IV. Le Ministre de Normandie a pareillement averti cette Assemble des erreurs du Sieur Lozain ; surquoi il a t resolu que Messieurs de Chandieu & de l’Estang examineront la doctrine dudit Lozain, pour en faire le raport : cependant on a dclar qu’on la rejette & dteste, & que les Evques d’Angleterre seront avertis du transport des Livres des susdits Hrtiques, qui se fait en leur pas, afin qu’ils y en dfendent la lecture, s’ils ne peuvent pas en empcher l’entre ni la vente dans leurs Diocses.

 V. Le 29. Article de la Confession de Foi, & les autres concernant la discipline de l’Eglise , aiant t lus & proposs, le Ministre de Bourdeaux a donn avis qu’un Mdecin soutient que le Magistrat est le Chef de l’Eglise, & que ce que les Ministres entreprennent n’est que tirannie, & qu’il a donn un Ecrit contenant ses raisons, sign de sa main. Surquoi il a t dit que l’Assemble ratifie le susdit Article, & que ntre Confession rejette l’erreur dudit Mdecin, & de tous autres qui veulent abolir la Discipline de l’Eglise, en la confondant avec le Gouvernement Civil & Politique des Magistrats, & qu’elle condanne aussi toutes les erreurs qui procdent de cette fausse opinion.

 VI. De plus ladite Assemble a charg Monsieur de Beze de faire une Rponse qui impugne lesdits Articles, contraires notre Confession, touchant le Gouvernement & la Discipline de l’Eglise, & de rfuter aussi ce Mdecin nomm par ledit frre de Bourdeaux, lequel fournira Monsieur de Beze tout ce qui a t crit sur cette matire pour faire ladite Rponse, laquelle il communiquera aux frres de Genve.

 VII. Sur le 36. Article de ladite Confession au lieu de l’Unit, il faut mettre Union. Sur quoi il a t remontr par les Dputs de l’Isle de France & de Berry, qu’il seroit besoin d’expliquer lesdits articles en ce qu’ils parlent de la participation a la Subbstance de Jesus-Christ en la Cene ; mais aprs une asss longue confrence, il a t resolu que le Synode aprouvant ntre Confession, rejette l’opinion de ceux qui ne veulent pas recevoir le mot de Substance contenu audit Article : par lequel mot ledit Synode n’entend aucune conjonction, ni mlange, ni changement, ni transmutation de quoi que ce soit d’une faon charnelle & grossire qui ait du raport la matire des corps ; mais une conjonction vraie, trs-troite, & d’une faon spirituelle, par laquelle Jesus-Christ lui-mme est tellement fait ntre, & nous siens, qu’il n’y a aucune conjonction de corps, ni naturelle, ni artificiele, qui soit si troite ; laquelle nanmoins n’aboutit point faire que sa Substance, ou sa Personne jointe avec nos personnes, en compose quelque troisime ; mais seulement faire que sa vertu, & ce qui est en lui de salutaire pour les hommes, nous soit, par ce moien, plus troitement donn & communiqu. C’est pourquoi nous ne sommes pas du sentiment de ceux qui disent que nous participons seulement ses mrites, & aux dons qu’il nous communique par son Esprit, sans que lui-mme soit fait ntre : mais au contraire nous adorons ce grand Mystere surnaturel & incomprehensible de l’opration relle & trs-efficace de Jesus-Christ en nous, comme l’Apotre St. Paul le tmoigne dans son Epitre aux Ephesiens. Nous croions donc pour cet effet que nous sommes faits participans du Corps de Jesus-Christ livr pour nous, & de son sang rpandu pour nous, & que nous sommes chair de sa chair, & os de ses os, en le recevant & tous ses dons avec lui, par Foi engendre en nous par l’ficace & la vertu incomprhensible du Saint Esprit : Et nous entendons ainsi ces passages de l’Evangile : Celui qui mange la chair & qui boit le sang de Jesus a la Vie ternelle, Jesus Christ est le cep & nous sommes les sarmens, & qu’il nous faut demeurer en lui, afin de porter du fruit, que nous sommes membres de son corps : & que tout ainsi que nous tirons ntre mort du premier Adam, en tant que nous participons sa Nature, ainsi-faut-il que nous participions vraiement au second Adam, afin d’en tirer ntre vie. C’est pourquoi tous les Pasteurs & gnralement tous les fidles feront exhorts de ne donner aucun lieu aux opinions contraires ce que dessus, qui est trs-expressement fond sur la Parole de Dieu.

 VIII. Finalement aprs que la lecture de la Confession de foi a t acheve, on a resolu que, sans y rien ajouter, trois Copies en seront faites en Parchemin, dont l’une sera garde en cette Ville de la Rochelle, l’autre en Bearn, la troisime Genve, & qu’elles seront toutes trois signes par les Ministres & Anciens de ce Roiaume, au nom de toutes les Eglises ; comme aussi qu’on supliera la Reine de Navarre & Messieurs les Princes de Navarre & de Cond & les autres Seigneurs, de les signer.


Voir en ligne : Sources documentaires sur Jean Calvin

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