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1562 - Saint-Jean d’Angély (17) : Le sac de l’abbaye par les habitants de la ville

D 20 juillet 2008     H 22:53     A Pierre     C 0 messages A 1878 LECTURES


C’est le tout début des guerres civiles du XVIème siècle (ou guerres de religion) : le massacre de Wassy (1er mars 1562) a mis le feu aux poudres.

A Saint-Jean d’Angély, la population de la ville s’en prend à l’abbaye, à ses richesses, et jette au feu la relique de la tête de St Jean Baptiste, le symbole par excellence. L’évènement crée un choc énorme en Saintonge.

Dans cette page, on trouvera plusieurs documents pour illustrer cet évènement qui, par sa portée, constitue une étape dans l’histoire régionale.

- Document n° 1 : l’inventaire (partiel) des richesses du trésor de l’abbaye
- Document n° 2 : le récit du sac de l’abbaye par les témoins du procès qui en résulte
- Document n° 3 : la condamnation par contumace des responsables du sac, dont Arnaud Rolland, le Maire de la ville de Saint-Jean
- Document n° 4 : (3 documents) l’abandon des poursuites, conséquence de l’Edit de Pacification ou Paix d’Amboise du 15 mars 1563.

Sources : les documents proviennent des Archives de l’Abbaye de Saint-Jean d’Angély. Ils sont présentés ici dans la version donnée par Denis Massiou dans son "Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge et de l’Aunis" - Paris - 1836

10 juillet 1562 - Inventaire du trésor de l’abbaye de Saint-Jean-d’Angély

Source : archives mss. de l’abbaye, layette 3 - Introduction pas Denis Massiou

Quant aux reliquaires, aux vases et aux autres objets de prix ravis au trésor du monastère, pour prouver qu’il n’avait pas eu dessein de se les approprier, il [le Maire, Arnaud Rolland] fit venir dans sa maison plusieurs pairs et échevins de la commune, et en leur présence, fit dresser, par maître Guillaume Daunas, avocat et procureur du roi au siège de Saint-Jean-d’Angély, et sur les déclarations de frères Simon Saurneuf, prieur, et André Gazeau, sous-prieur de l’abbaye, un inventaire détaillé des joyaux qui composaient le trésor de leur église.

Ce trésor contenait « premièrement la châsse d’or où était le chief de saint Jehan, étant en deux grands lopins et trois petites coupilles, poisant le tout douze marcs d’or ; plus la châsse du chief saint Révérend, en deux lopins, poisant onze marcs d’argent moins deux onces ; plus une autre châsse saint Marc en deux lopins, avec plusieurs pièces d’aucune (de quelque) valeur, poisant le tout cinq marcs ; plus un plat et une petite tête d’argent doré, autour de laquelle tête y a cinq pierres d’aucune voleur, poisant de tout trois marcs demi-once moins ; plus deux calices avec leurs platènes d’argent doré, fors une platène, à l’un desdits calices y a un tuyau de laiton, le tout poisant cinq marcs deux onces ; plus deux bras de bois, couverts, en partie, d’une feuille d’or ; plus une croix d’argent doré rompue en cinq pièces, par le dedans étant de bois, et sans crucifix, où il y a la plupart de laiton, le tout poisant cinq marcs sept onces ; plus deux encensouers d’argent, dont il y a des assis de laiton, le tout poisant dix marcs deux onces ; plus deux autres calices et une platène, le tout d’argent doré, poisant deux marcs cinq onces. ».

30 septembre 1562 - Information sur le pillage des reliques, ornemens, livres, titres, joyaux et argenterie de l’abbaye de Saint-Jean- d’Angély.

Source : Mss. archiv. de l’abb. de Saint-Jean-d’Angély, Layette 3. — On n’a dû extraire que les faits les plus saillans des principales dépositions contenues dans cette volumineuse enquête qui ne forme pas moins de quarante-six pages in-f° d’écriture minutée. (D. Massiou)

Le dernier jour de septembre mil cinq cent soixante-deux, nous Charles Guytard, seigneur des Brousses, conseiller du roy et son seneschal en Xaintonge, estans en la ville de Saint-Jean d’Angély, nous fut représenté de la part de messire Jean Chabot, abbé commandataire des abbayes de ladite ville de Saint Jean et Saint-Estiennne de Bassac, et prieur de Saint-Pierre de Marans, certaine commission et mandement octroyé par monseigneur Louis de Bourbon, duc de Montpensier, pair de France et gouverneur pour le roy en ses pays de Guienne et Poitou, .... donné à Cognac le vingt-sixième jour de septembre dernier passé ; par la quelle est mandé de s’enquérir sur les volleries et saccagement des dites abbayes, pilleries et ruynes des maisons, meubles appartenants tant audit sieur abbé que ses religieux, et de la ruyne des églises, démolition des croix, calices, reliquaires et autres argenteries dédiées au service divin ; le tout fait et commis par les rebelles et séditieux.... Nous requérant informer..., et pour ce faire, avons fait assigner plusieurs personnes par Groris, sergent royal, pour déposer de vérité ;... et, ce fait, avons procédé à l’audition des témoins ci-après, etc.

Jacques Robin, serrurier.... dit que un certain jour qui estoit le lendemain des octaves de la Feste-Dieu, maistre Arnaud Roland, qui lors estoit maire, le vint quérir.... et lui commanda prandre ses ciseaux, marteaux, tenailles et qu’il le suivit, menaçant que s’il ne se advançait d’aller avec luy, il le bapteroit. Et lors ledit déposant, par crainte, s’en alla avec ledit maire qu’il (qui le) mena en l’église de Saint-Jean, et illec estant, luy commanda qu’il eut à oster les grilles qui estoient en la chapelle de Saint-Jean, de deux costés d’icelle... les arracha avec maistre Hilaire, aussi serrurier, pour ce qu’il estoit menassé dudit maire d’être envoyé en prison et battu s’il ne le faisait, etc.

Hercules Droullin.... dit que au mois de juin dernier... il vit plusieurs personnes en armes qui couroient devers ladite église de Saint-Jean. Et incontinent maistre Arnauld Rolland., envoya fermer la porte d’Aunix… et vit le dit qui dépose le dit Rolland, armé tout à blanc, étant en sa compagnie maistre Pierre Constant, maistre Jean Boisseau, médecin, Pierre Boisseau dit de Vellours, Denis Audet, André Desouches dit Drillaud, Bernard Saunier... et plusieurs autres, en nombre de deux cens personnes et plus, les quels entrèrent en ladite église de Saint-Jean et en le chœur des religieux de ladite église ; quoy voyant iceluy dépousant, sortit hors de ladite église et se retira en sa maison... de la quelle il entendit comment ils recommencèrent à rompre et démolir les bois, portes, barreaux, sièges et tout ce qui estoit en ladite église, et d’iceux bois en firent un fort grand feu dans le cimetière qui est devant ladite église ;... que ayant fait ledit feu, il vit sortir hors de ladite église plusieurs des susnommés... aucuns chargés des livres, les autres des chappes et ornemens d’église qu’ils jetterent dans ledit feu ; et cependant y avait gardes à tous les cantons proches de ladite église pour empescher que aucuns de la ville s’approchassent pour les garder de ce faire.... Et emprès qu’ils eurent parachevé de rompre, desmolir et brusler les dits livres, images et bois, ledit Rolland maire, avec maistre Christofle de Laurière... et autres, s’en allèrent à la cave de ladite abbaye, en laquelle ils beurent et firent porter du vin à tous ceux qui abattaient les images.

Et ce fait ledit maire dit à frères Jehan de Marans, Thibaut Métayer, Christofle Vigier et autres-religieux de ladite abbaye.... « Messieurs, voilà la compaignie qui se fâche ; donnez ordre de trouver les chiefs et autres reliques que avez entre les mains, autrement on mettra le feu en l’abbaye et ne serez assurés de-vos personnes. » Lesquels religieux dirent audit Rolland qu’il leur estoit impossible satisfaire à leur demande parce qu’ils n’en avoient aucune chose..... le priant suspendre deux ou trois jours pour en advertir ledit prieur ; ce que ne voulut permettre ledit Rolland ne ceux de sa compagnie. Se voyant comme contraints des susdits, requirent ledit Rolland leur bailler pour leur garde.. Jean Allenet, sergent royal, que leur accorde le dit maire et lors les dits religieux s’en allèrent au lieu où estoient les dits reliquaires... et apportèrent les dits chiefs au dit maire, qui en prit deux et Louis Charpentier un, qu’il mit à la dague d’une hallebarde .. et incontinant.. le jettèrent dans le feu qu’ils avaient fait dans ledit cimetière, etc.

Etienne Bazin, marchand… dit que au commencement du mois de juin dernier, environ l’heure de quatre heures du soir, estant en l’abbaye... y survint maistre Arnaud Rolland, maire, avec luy maistre François Ythier, sieur de Vizelles, Jean Larriail, Guytard l’ainé et plusieurs autres, lequel maire tira à part le cellerier de ladite abbaye et la pluspart des religieux d’icelle, avec lesquels iceluy maire parla longuement... Et incontinent lesdits religieux mandèrent quérir maistre Olivier Ballonfau, advocat à ce siège, leur conseil, avec lequel ils communiquèrent de leurs affaires, où incontinent survindrent les officiers du roy de cette ville pour y donner ordre, et pour cet effet s’assemblèrent, avec les dits religieux et Ballonfau, en la chapelle du chapitre... Et bientost après, ainsy que les dits officiers du roy sortaient de ladite abbaye, ledit maire demanda les clefs de l’église, à quoi les dits officiers ... s’enquérant pour quelles raisons il les demandoit, qui fit réponse qu’il falloit qu’il contentast la populace ; quoy voyant les susdits (officiers) et la force qu’avoit ledit maire en armes autour de ladite église et abbaye, au nombre de deux cens hommes et plus, se retirèrent en leurs maisons... que estant en sa maison... entendit un grand bruit... et voyoit gens de toutes parts en armes qui tiraient devant ladite abbaye, et ne sachant l’occasion, sortit dehors... avec Louis Marchant.... et estant à la porte de ladite abbaye virent ledit maire sortir hors de l’église, armé d’un courselet et d’une hallebarde au poing, avec luy Denis Audet, maistre Pierre Constant et plusieurs autres ayant chacun leurs armes... et virent un grand feu qui avoit esté fait au cimetière de ladite église, dans lequel on jeta plusieurs chappes, livres, titres et enseignements qu’ils apportaient de ladite abbaye et église d’icelle.

Jacques Bazin, marchand... dit… environ deux ou trois heures après midy, estant devant ladite abbaye, vit ledit Rolland, avec grande compagnie, sortir hors de ladite église... posèrent gardes à toutes les rues qui sont joignant ladite abbaye et commencèrent dès lors à apporter les bois, coffres et bancs... audit cimetière et mirent le feu audit bois, auquel feu les susdits apportèrent plusieurs livres, chappes, titres, enseignement et images qu’ils prenoiçnt en ladite église... que en même instant vit ledit Rolland qui commanda à ses complices de faire charroyer les ferrures des fons baptismaux de ladite église et autres ferrures y estant, ensemble les bénitiers, au château.....qu’il a vu audit temps en ladite-abbaye, en la cave du cellerier, le nombre de quarante pipes de vin ; que les dits Rolland, Dabillon, Anthoine Hélie, Guytard Desbrosse, Drillaud, Saulnier... et plusieurs autres firent tirer ... tous les vins et iceux firent emmener au château de ladite ville... que peu de temps après ledit Rolland, étant accompagné des susnommés, fit emmener audit château huit à neuf vingts boisseaux avoine qu’ils prindrent en l’aire de ladite abbaye... comme aussi vit emporter aux dessus dits les meubles et ustenciles estant au logis de ladite abbaye, comme lits, vaisselle, meubles de bois, linge, landiers et autres... qu’ils emportèrent au château... que depuis deux mois en ça estant en ladite abbaye, y survient le sieur de l’Isle, maistre Olivier de Cumont, lieutenant particulier, Anthoine Hélie, .... et commandèrent lever les serrures du grenier de ladite abbaye pour prendre les blés, y estans ; et de fait... deux ou trois jours après vit les dits Constant, Anthoine Hélie, Drillaud et Pierre Mathé avec des mousniers qui alloient au grenier de ladite abbaye, par commandement des dits sieur de l’Isle et de Cumont, pour avoir bleds pour iceux convertir en farine et iceux mener au château, etc.

Jacques Jousseaume, marchand.... dit aussi que quatre à cinq jours après, il vit ledit maire avec partie des susnommés qui faisaient apporter de ladite abbaye plusieurs beaux joyaux et autres meubles qu’ils faisoient conduire en sa maison, couverts d’une cappe, armés de pistolles et pistolets, et si luy qui dépouse ou autres gens de bien eussent parlé desdits complices, les eussent tuez, comme ils disoient, à coups de pistolles et pistolets.

Jean Guérin, maistre pâticier.... dit aussi que peu de temps après il vit comment le vin, bled, bois et autres meubles furent prins en ladite abbaye et emmenés au château... par les chartiers... quatre ou cinq jours après ce que dessus, un jour de dimanche, emprès le prêche du ministre fait en ladite église, .... estant dans ladite abbaye, vit un feu qu’on avait fait dans lequel on jetta plusieurs livres, titres et enseignemens concernans les droits de ladite abbaye, et à ce faire estoient plusieurs gens mécaniques.

Claude Paquier, maréchal .... dit que... vit maistre Arnaud Rolland... et plusieurs autres, qui estoient en ladite église tous en armes. Et estans sortis, ledit maire commanda à ses complices d’aller quérir les dixaimers aux portes de ladite ville parcequ’il avait entendu que les papistes se vouloient révolter contre eux, et incontinent entrèrent de rechef en ladite église et.... vît sortir dicelle plusieurs gens mécaniques... qui apportaient de ladite église des images, livres, ornemens, chappes et chasubles, lesquels ils jettèrent en un feu qu’ils avoient fait audit cimetière... que peu de temps après, estant en ladite abbaye, il vit les nommez Drillaut, Saulnier, Mesnard et plusieurs autres qui faisoient charroyer le vin et bois estant en ladite abbaye, lequel on menoit au château... qu’il vit les susdits en la chambre du cellerier..,qui y faisoient grand chère, lequel dépousant, par leur commandement, fut à la cave dudit cellerier percer une pipe de vin, en laquelle y en avoit grand nombre, lequel depuis a été fait mener au château.

Guillaume Mathieu, portier de l’abbaye…aussi dit... que ayans les susdits prins et ravi les susdites choses, prindrent les religieux du moustier et abbaye... et iceux mirent en prison tous ensemble en la chambre du supérieur pour leur faire déclarer le thrésor de ladite abbaye, les queulx religieux estoient prêts abandonner leur monastère à cause du tourmant et mauvais, molestement que les dits maire et ses complices leur donnoient... Et mêmement le lendemain qu’ils furent mis prisonniers, vit que les dits religieux estoient conduits par le dedans de l’abbaye et hors icelle par les susdits avec pistolle et harquebutes et autres armes.

Jean Maillocheau, escardeur.... Un jour qui fut au mois de juin dernier passé,..... il vit un grand feu au cimetière de ladite abbaye, auquel feu on jettoit des images et autres choses ... qu’on apportait de ladite église. Aussi vit jetter les chiefs de monsieur Saint Révérend et Saint Macoux audit feu, etc.

Anthoine Chardain, cousturier.... Au mois de juin dernier... il vit un grand feu qu’on avait fait au cimetière de l’église ... dans lequel on jettoit plusieurs chappes et autres ornemens à dire la messe, etc. Ledit déposant... vit sortir ledit Charpentier de ladite église, lequel avait dessus la dague d’une hallebarde le chief monsieur Saint Jean, lequel il jetta audit feu, et... dit telles paroles : On disoit que si tu estois au feu que tu t’en osterois ; montre à présent ta vertu, etc.

Sentence de messire Charles Guitard, sénéchal de Saintonge, rendue par défaut, en 1563, contre Arnaud Rolland et autres, auteurs ou complices du pillage de l’abbaye de Saint-Jean d’Angély.

Source : Mss. archiv. de l’abb. de Saint-Jean d’Angély, Layette 3.

Entre le procureur du roy et révérend pere maistre Jehan Chabot, protonotaire du saint-siége apostolic, et abbé commendataire de l’abbaye Sainct-Jehan d’Angély, demandeurs en crimes de lèze-majesté divine et humaine, sédition, brulement, sacrilèges, ports d’armes, voleries et autres crimes et delicts, d’une part ;

Contre. Arnauld Rolland, maire et capitaine de ladicte ville Sainct-Jehan, Loys Cherpentier de Mastaz, maistre Olivier de Cumont, lieutenant particulier, Christofle et Abel de Laurières frères, Pierre Constant, advocat, Jehan Girauld, procureur, Jehan Allenet, sergent, Jehan Boireau, médecin, François Ythier, esleu particulier audit siège de Sainct-Jehan, Jehan Barbary, Pierre Boiceau dit de Veloux, Jehan Lavieil, chapellier, Hugues.et Alexandre Fouchiers dicts les Viveroux, Jehan Guitaud, Jacques Dabillon dict le Dageur, Denis Audet, André Desousches dict Drillaud, Bernard Saulnier, Denis Mesnauld, Anthoine Helies, André des Bras, Thomas le Carleur, Jehan Barbade, Pierre Mathé, Hector le Valoys, plasteur, Nicolas et Etienne Barrières frères, P. Salmond, diacre, Estienne Rullier, Macé Chevalier, Pierre Chevalier, maistre Christofle Bouchauld, Laurent l’Houlier, Pierre Blanchard, André Panier, Micheau Casset, Jehan Payen, défendeurs et défaillans, daultre.

Veu les charges et informations faictes contre les dits défendeurs et defaulx contre eux donnés, recolement de tesmoings, enqueste dudit Abbé, conclusions prinses ondit procès par les dits demandeurs et autres pièces par eux produictes et a ledit révérend été oy moyennant serment sur la valeur des bled, vin et autres meubles qui luy appartenoient en particulier, lesquels auroient été volés et sacagez en ladite Abbaye.

Disons iceulx dits deffaulx estre bien venus, et par vertu d’iceux déclarons les dits deffendeurs vrays contumax, lesquels nous avons déboutés de toutes exceptions et défenses, et pour réparation des crimes et excès mentionnés au dit procès, les avons condamnés, sçavoir est lesdits Rolland maire et Charpentier de faire amande honorable à jour de cour eu l’audience publicque de la dicte ville Saint-Jehan, estans en chemise, teste nuhe, à genoulx, la corde au col, ayant chacun d’eulx ung sierge au poing ardent, et illec requérir et demander pardon à Dieu, au roy, à justice et audit abbé, et ce fait estre traînés sur une claye audevant la principale porte de l’église St-Jehan pour y faire semblable amande honorable, pour de là estre aussi traînés sur ladite claye par la dite ville et conduits au quanton des Forges d’icelle, et là avoir ledit Rolland la teste tranchée sur un echaffault, pour être mise au plus aparent et eminent lieu de la dicte ville, et son corps ars et bruslé, comme aussi celui dudit Cherpentier, vif, et en tant que touche lesdits de Cumont, lieutenant susdict, Laurieres, Ythier, Constant,. Girauld, Allenet, et Barbary, nous les avons pareillement condamnés et condamnons, pour les cas résultans dudit procès, d’avoir la teste tranchée au quanton du Pillori de ladicte ville de Saint Jehan. Et quant au parsus desdits deffendeurs et défaillans, fors lesdits Bouchauld et Lhoullier, les avons condamnés et condamnons estre pendus et estranglez au quanton du Minage, et où les dits défaillans appréhendé ne pourront être réaulment exécutez, seront bruslez, descapitez, pendus et aultrement exécutés par figure suivant le jugement cy dessus, le tout par l’exécuteur de la haulte justice ; et faisant droit sur le parsus des conclusions des dits demandeurs, nous condamnons iceux dits défendeurs, condamnez ung chacun d’eulx le solvable pour le non solvable, en la somme de quatre mille livres tournoys envers le dit Chabot, abbé, pour ses dommages et interest et ravissement de biens à luy prins en la dicte abbaye et qui luy appartenoient en propre comme dessus, et pour les despens du présent procès ; et oultre condamnons lesdits deffendeurs ung seul pour le tout, le solvable pour le non solvable, comme dessus, rendre et remectre tous les joyaulx, or, argent, chappes et autres ornemens, livres, tiltres et enseignemens prins et ravis dans la dite église et Abbaye mentionnez on dict procès, comme pareillement de reparer les démolitions par eux faites en ladicte église et abbaye, et les remectre en l’estat qu’elles estoient au temps d’icelles démolitions, condamnons oultre iceulx dits défendeurs et défaillans et chacun d’eux en cinq cent livres d’amende envers le Roy. Les condamnations cy dessus préalablement prinses et levées, le tout sans préjudice des actions des religieux de la dicte abbaye, et pour le regard des dits Bouchauld et Lhoulier, ordonnons qu’il sera plus amplement enquis contre eux, lesquels cependant condamnons ès despens de la contumace contre eulx faite, les autres remyses en fin de cause.

Ainsy signé Guytard, Blanchard, Moyne, de Bar, Senne, Foulques, Bertin Aymar.

22 et 24 juin 1563 - Attestations de Louis de Bourbon, prince de Condé, en faveur d’Arnaud Rolland ;

Mss. archiv. de l’abb. de Saint-Jean-d’Angély, Layette 3.

1° Nous, Louis de Bourbon, prince de Condé.... certiffions et confessons que Arnaud Rolland, maire et capitaine de Saint Jehan d’Angely, a fait tenir entre nos mains, en la ville d’Orléans, dès le quinziesme de septembre mil cinq cent soixante deux, douze marcs d’or et cent marcs d’argent des reliques et joyaux que ledit Rolland avait receus, par notre commandement, tant en ladite ville St-Jehan d’Angely qu’autres lieux circonvoisins. En tesmoing de ce, nous avons apposé nostre seing et fait sceller de nos armes ce vingt-quatriesme jour de juing 1563.

Au bois de Vincennes, etc.

Nous, Louis de Bourbon, prince de Condé.. certifions que Arnaud Rolland, maire et capitaine de la ville de Saint-Jehan d’Angely, s’est, pour le service du roy, emparé par nostre commandement du chasteau de ladite ville et des armes y estans, et iceluy muni de bled, foing, bois, meubles et autres munitions de guerre qu’il a trouvé en l’abbaye dudit Saint-Jehan et autres lieux déppendans d’icelle. En tesmoing de quoy avons fait mettre et apposer a ces présentes nostre seing et icelles fait sceller de nos armes ce vingt-deuxiesme jour de juing 1563.

A Vincennes, etc.

10 juillet 1563 - Lettres patentes de Charles IX, faisant injonction au sénéchal de Saintonge de révoquer la sentence par lui rendue contre Arnaud Rolland

Mss. archiv. de l’abb. de Saint-Jean-d’Angély, Layette 3.

2° Charles, etc., au sénéchal de Xaintonge ou son lieutenant à St-Jehan d’Angely, salut. Arnaud Rolland. maire et capitaine de la ville de Saint-Jehan d’Angely nous a fait remonstrer que au commencement des troubles advenus en notre royaume, les religieux de l’abbaye dudit St-Jehan se seroient absentés et retirés de ladite abbaye et icelle abandonnée. A cette cause vous auriez fait inventaire des reliques de ladite abbaye et icelles baillées en garde a l’exposant, montant douze marcs d’or et cent marcs d’argent ; et au mois de septembre dernier nostre très chier et bien amé cousin le prince de Condé auroit fait contraindre l’exposant mettre entre ses mains les dits douze marcs d’or et cent marcs d’argent et s’emparer du chasteau de ladite ville de St-Jehan d’Angely et des armes y estans, et ycellui muny de bled, vin, foing, bois, meubles et autres munitions de guerre qu’il auroit trouvées en ladite abbaye et autres lieux deppendans d’icelle, comme il nous a fait apparoir par la certiffication de nostre dit cousin cy-attachée... Neantmoins les religieux de ladite abbaye, notre procureur et autres le poursuivent par devant vous pour raison des dites reliques et autres choses susdites, nous suppliant... luy pourvoir sur ce.

Nous, par l’advis de nostre conseil, commandons et enjoignons par ces présentes que ledit Rolland exposant vous faittes jouir de l’effet de l’edict de la pacification des troubles, et le tenir... comme nous le tenons quitte et déchargé de la restitution des dictes reliques et autres choses susdites... imposant silence aux dits religieux, à notredit procureur et tous autres…qu’il appartiendra... non obstant opposition ou appellation quelconque... interdisons et deffendons à notre cour de parlement de Bordeaux et autres juges, etc.

Donné à Agaillon le dixiesme jour de juillet, l’an de grâce 1563.

23 octobre 1563 - Sentence de Pierre de Masparrant, commissaire du roi, qui réhabilite Arnaud Rolland.

Mss. archiv. de l’abb. de Saint-Jean-d’Angély, Layette 3.

Entre maistre Arnaud Rolland, greffier en chef du siège et ressort de St-Jehan d’Angely, demandeur.... à l’encontre de messire Jehan Chabot, abbé de l’abbaye de Saint-Jehan, deffendeur... Vu la requeste à nous présentée par ledit Rolland et autres en date du quinziesme jour de septembre dernier passé, tendant affin de cassation de sentence et procédures faites à l’encontre des suppliants par deffaut et contumace... Certaine information faicte par maistre Charles Guytard, seneschal de Cougnac, a la requeste dudit messire Jehan Chabot, par commission de monsieur le duc de Montpensier sur les volleries et saccagement des abbayes dudit St-Jehan et St-Estienne de Bassac... recollement des tesmoings ouys en ladite information faicte par maistre Pierre Daguesseau, lieutenant-général audit St-Jehan, la sentence par deffaut et contumace donnée par ledit Guytard, seneschal de Xaintonge, et autres conseillers., à l’encontre dudit Rolland et autres y dénommés, par laquelle ledit seneschal auroit condamnné ledit Rolland, maire, à faire l’amende honorable, etc. ( Comme au numéro IV ci-dessus ).

Certaines lettres patentes obtenues par ledit Rolland, données à Agaillon le dixiesme jour de juillet dernier passé, par lesquelles estoit mandé au seneschal de Xaintonge ou son lieutenant audit St Jehan, de faire jouir icelluy Rolland de l’effet dudit edict de la pacification des troubles, le tenir et faire tenir quitte et décharge de la restitution de cent marcs d’argent et douze marcs d’or provenans des joyaux et reliques de ladite église dudit St-Jehan, pareillement de ce que ledit Rolland se seroit emparé du château de ladite ville et armes y estans, etc., etc.
Avons déclaré et déclarons ledit Chabot deschu de toutes exceptions et deffenses, et faisant droit sur les dites requestes dudit Rolland, avons, suivant la volonté du roy portée par son édict fait sur la pacification des troubles... déclairé et déclairons les dits cas contenus es dictes informations et recollement estre des cas remis et abolis par ledit édict et si avons cassé et annulé, cassons et adnullons ladicte sentence de contumace, avons remis et remettons ledit Rolland en sa bonne fame et renommée, et à icelluy... ses biens saisis à raison de tout ce que dessus... et si avons ordonné que tous et chascuns les tableaux qui auront esté érigez pour exécuter ladite sentence seront abattus... imposons silence au procureur du roy et tous autres de ne faire aucune instance ne poursuite à l’encontre dudit Rolland, etc.

Fait à Saint-Maixent par nous Pierre de Masparrant, conseiller du roy en sa cour de parlement à Paris, commis par S. M. pour l’exécution de l’Edit fait sur la pacification des troubles de ce pays de Poictou, Xaintonge, la Rochelle et pays d’Aunis, le vingt-troisiesme jour d’octobre 1563

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