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1568 - La culture du safran à La Rochefoucauld (16) et en Angoumois

D 2 mai 2007     H 17:05     A Pierre     C 3 messages A 17589 LECTURES


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Un auteur du 16ème siècle nous fait découvrir la culture locale de cette plante délicate, dans une présentation qui ne manque pas d’humour.

Puis, à la suite, une compilation d’extraits d’ouvrages du 16ème au 18ème siècle sur la culture du safran en Angoumois.

L’ensemble permet de reconstituer une bibliographie tout à fait complète sur ce sujet.

Sources
- Discours du cultivement du safran, des vertus, propriétés et profit d’icelui. Le safran de La Roche-Foucaut - Anonyme - A Poitiers, par Enguilbert de Marnef - 1568 (Publié dans Bulletins et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de Charente - Année 1894)
- Dictionnaire provençal-français ; ou, Dictionnaire de la langue d’oc - Simon Jude Honnorat – Digne - 1847 - Books Google.
- Histoire civile, chronologique et ecclésiastique d’Angoumois, 2 vol. in-4°, manuscrit, tome Ier.) - Par Louis Desbrandes, ancien maire d’Angoulême. (Bibliothèque communale d’Angoulême.)
- Histoire de la vie privée des François depuis l’origine de la nation jusqu’à nos jours, par Le Grand d’Aussy – Paris – 1815 – Books Google
- Magasin encyclopédique - Par Aubin Louis Millin, François Noel, Israel Warens – Paris - 1797

1568 - Le safran de La Roche-Foucaut - A Poitiers, par Enguilbert de Marnef
Discours du cultivement du safran, des vertus, propriétés et profit d’icelui.

ENTRE les comptes d’amouretes, que ces affetées Grégeoises faisoient iadis en leurs assemblées, pour engarder de dormir leurs aiguilles, quenoilles, rouets et nauettes, n’estoient oubliés CROCOS et SMILAX. Ce fut un beau ieune filz, et une autant belle ieune fillaude : lesquels ne furent que trop amoureus l’un de l’autre : et pour ce les dieus d’alhors, qui estoient par fois, si tout ce qu’on list est urai, prou favorables aus hommes en telles passions : et ont là fait souuant tels miracles, qu’on a uoulu les muèrent en deus belles fleurs : lesquels ont touiours despuis porté leurs noms, CROCOS et SMILAX. Ie ne sai si cognoissès Smilax mieus que moi : qui est comme une sorte de lierre, portant fleur, qui resemble assez à celle du lis en couleur et odeur : mais Crocos, que les Latins ont iadis appelé Crocus et Crocum : c’est ce qu’auiourd’hui François, Hespagnols, Italiens, Alemans, et plusieurs autres, appelent SAFRAN, herbe assez cognue, et fort prisée de nous tous : mais qui ne uient guère sans nostre peine : et que ie uoi n’estre par tous ceux, qui en ueulent auoir ou prou ou peu, telemèt cultivée, qu’elle demâde : parquoi me suis uoulu ici esbatre a mettre par escrit, et enseigner, a qui daignera aprendre de moi, tout ce que iày pensé pouuoir apartenir au cultivemèt d’icelle : et ensemble monstrer une bône partie de ses propriétés, et du profit, que receuons d’elle.

SAFRAN donques nom estranger, et comme l’on me fait acroire, uenu du pais d’Arabie, se prent en plusieurs sortes. Premièrement, c’est toute celle herbe : qui a gousse et racine fort semblables en couleur et figure à celles de l’ail rond : iette feuille et fleur tout en un coup au temps d’automne : feuilhe menue, longuette, et foible, comme petit menu ione : et fleur de couleur bleue faite en forme de fuzée. Puis Safran, s’apelent des parties de ladite herbe : comme quand nous disons, que sur la fin de l’esté se plante le safran, là, safran sentent l’oignon et gousse du safran : c’est à dire ce qui est en terre, ressemblant fort en figure à un oignon, et à l’ail, qui n’a qu’une gousse.

Safran semblablemêt s’appelle la feuille du safran, quand on dit, le lieure a mangé le safran : et safran, finalement, cela que nous en mangeons nous en nos potages, et sausses : et dont nous uzons en médecines et tainctures. Safran aussi se prent pour le lieu et terre, ou est planté le safran, ainsi que fait l’ail : comme quand l’on dit, que les uaches sont en le safran, et en l’ail : ce qu’en d’autres, on diroit en nombre plurier, comme elles sont en les oignons et non en l’oignon. Autrement le lieu ou est plâté le safran s’apelle SAFRENIERE. Ce sont deux noms tirés de safran Safrenier et Safreniere. SAFRENIER se dit de celui, qui achapte, reuend, et fait trafique de safran. Safrenière seroit la femme de tel marchant, comme monstre l’analogie : ou quelque autre femme qui tiendroit boutique de safran : mais c’est en autre signification, le lieu et terre, ou il y a safran planté comme nous venons de dire... Or ie ne sai comment nostre Gaule s’accoustroit de safran iadis. le n’en ai encores peu rien cognoistre par les antiens aucteurs... le croi bien qu’il en i a heu tousiours, quelque peu ches le bonhomme laboureur, quelque petit quarreau en un coin de iardin : mais tant, et tant grandes safrenières, qu’on uoit auiourdhui en Albigeois et Engoumois, pour saouler de safran tout le reste de la Gaule, toute l’Allemagne et plusieurs autres païs : ie n’ai que uous dire de cela. le uous puis seulement assurer du païs d’ANGOUMOIS, qui est assis entre Santonge, Poitou, Limouzin et Périgort, là où iày aprins du cultivement du safran, ce que ie veus dire en ce liure : que devant l’an mil cinq cens et uingt, il ni auoit que bien peu de safran : mais pour ce que ce peu, qui si trouuoit auoit grand’requeste pour sa beauté et bonté : et que le marchant Lionnois et Aleman n’auoit garde d’en aller chercher vers Toloze ni en Arragon, pourueu qu’il en peut trouuer en Engoumois, pour quelque pris que ce fust : et qu’ainsi celui qui auoit du safran, tant fust peu, estoit asseuré d’en recepuoir prou d’argent : plusieurs à LA ROCHE-FOUCAUT uille d’Engoumois, où se trouuoit de tout temps plus de ceste marchandize qu’en autre lieu d’Engoumois, commancèrent les premiers à mieux cultiver le safran, et a en avoir plus grand planté : puis furent suivis de beaucoup d’autres leurs voisins, a l’envi, pour le grand revenu qu’ils voïoient que c’estoit. Car le iournau de terre (c’est le IVGERVM des antiens Latins) qui ne se vendoit là communément que 15 ou 20 livres tournoises [1] telle année i avoit qu’il rendoit à son maistre 20 livres de safran, qui valent 50 livres tournoises à 50 sols tournois la livre du safran : qui est le moindre pris qu’on se souvienne l’avoir veu vendre : et qui se vend là le plus souvent 5, 6, 7, 8 livres tournoises et aucunes fois 9. Bref le safran en ce quartier d’Engoumois, à esté tellement culitivé, que chacun retenant du sien tousiours quelque portion pour son usage et une infinité de marchans et autres gens en achaptant tousiours peu ou prou pour leur provision, on a trouvé par les balles et charges qui s’en sont faites et autrement que pour un automne les Lionnois seulement et Alemans en ont enlevé de La Roche-Foucaut pour 100,000 livres tournoises. Or doncques que nous conterons en ce livre, sera comment on cultive le safran en Engoumois... »

Voici les titres des chapitres :
- Lieu propre pour safrenière.
- Les pourceaus aiment le safran.
- Les taupes gastent les safrenières.
- L’ombre nuit au safran.
- Le froit fort ennemi au safran.
- Le labourage de la terre à safran.
- Le fien des safrenières.
- Quel doit être l’oignon qu’on plante.
- Temps d’arracher et planter le safran.
- Des parties de l’herbe du safran, et comment elle se renouvelle.
- La fleur du safran.
- Quant le safran fleurist.
- Manière de cueillir le safran.
- Comment on trie le safran.
- De sécher le safran.
- Merveille de l’oignon du safran.
- De labourer le safran.
- Fumer le safran.
- De remuer le safran.
- Multiplication du safran.
- Terre où le safran se pourrist.
- En quel temps s’arrache le safran.
- De la gousse du safran.
- L’oignon malade.
- Empois pour toile de femme.
- Qualités et vertus du safran.

« ... Quand à la saveur, noz sauces et potages ne se trouuent que de meilleur goust, quand il ia un peu de safran, toutefois ie pense que ce n’est point tant pour la langue que pour les ïeux, que nous uzons là de safran, et que nous prenons plus de plaizir à ceste couleur iaune, qu’à celle qui autrement si trouveroit. Le safran est chaut et sec. Galien, très excellent physicien de Pergame, ville d’Asie, au livre septiesme des onze, qu’il a fait de la vertu des simples médicamens, met le safran au segond rang de ceus qui eschaufent et au premier de ceus qui desechent. Il est aussi un peu styptique, c’est à dire serrant et estreignant. Par le moïen desquelles qualités il a pouvoir d’aider à cuire ce que mangeons. Il est donc bon à l’estomach, comme dit Simon Sethi.

Le safran conforte le foie et le coeur et resiouist tout l’homme : si bien qu’aucuns ont dit, comme vous lirez en Avicenne, que qui mangeroit le pois de trois escus de safran, il mourroit en riant. Dioscoride ne parle point de rire ici : mais dit bien que qui boirait trois dragmes de safran aveques de l’eaue, il en mourroit. Ainsi est nostre safran poizon aucunes fois. Nous avons dit devant qu’il entestoit, et que son odeur offensoit les embaleurs. Galien, au second livre de ceus qu’il a composé des médecines particulières d’une chacune partie du corps, defent le safran a ceus qui ont esté saisis de douleur de teste avecque fièvre et dit là que le safran trouble l’entendement. Ainsi, dis ie, est poizon le safran aucunes fois : mais comme le sont le pain et le vin. A celui qui n’en saura uzer par mezure, il lui pourra nuire : mais à qui en saura bien uzer, c’est une fort bonne drogue. Et pour poursuivre ses vertus et propriétés : Dioscoride a escrit, que le safran nous fait avoir meilleure couleur : qu’il remolist et lasche et fait pisser. Le mesme aucteur et Pline disent que ceus qui ont délibéré de bien gourmender, boivent du safran en du vin devant que commencer leur pris fait, et que ce brevage les sauve qu’ilz ne soient malades de leur ivrongnerie : ou faict à tout le moins qu’ilz la portent mieux. On met du safran en du lect de femme : et l’on oint de cela les ïeus tout autour pour empêcher les humeurs, qui descendent sur les ïeus... lai voulu ici ramentevoir des principaux (ils’agit des « uzages » du safran) autant seulement que iai pensé pouvoir suffire pour ce livre. Lequel se bastissoit de cette grâce à heures portant desrobées que perdues, à Montignac Charante, en la maison de monsieur de Lagebaston, premier président en la court de Parlement de. Bourdeaus, l’an 1560, au mois de Décembre : qui fut sans glace, aussi bien que les autres mois ses voisins, mais tant mouilhé, et eus aussi que les vivans n’avoient souvenance d’avoir veu les rivières si grosses et enflées. La prairie dudit lieu de Montignac n’a de large moins de deus cens septante toises, à six piés pour toise ; mais elle fut par plusieurs fois cest hiver là et mesmement sur la fin de Ianvier, tellement couverte d’une orée a autre : qu’au milieu se trouva d’eaue iusques à la hauteur de grand piés de la mesure de la ville d’Engoulesme, qui est iustement le pié commun de la ville de Bourdeaus, plus grand que celui qu’on appelle en France pié de Roi, d’une seziesme partie dudit pié de Roi.

De tout le safran qui s’embale auiourdhui à la Roche-Foucaut, la centiesme partie n’est point du creu de ceste terre là, ores qu’elle soit se grande estendue : mais il est devers Montignac Charente, Manle, Vilefagnen et autres lieus d’Engoumois et Poitou, et d’ailleurs autour de La Roche-Foucaut : là ou l’on s’est prins à cultiver le safran à l’exemple de La Roche-Foucaut : quand a cogneu le grand revenu que c’estoit. Et la cause pourquoi le safran de tout ce quartier là se porte à La Roche-Foucaut, c’est que les marchans ont de long temps acoustumé de se pourvoir là de ceste marchandise : ont là leurs antiens hostes et cognoissans, qu’il leur fasche cesser, et que là autour il ni a lieu de tous ceux qui ont plus de safran que La Roche-Foucaut, qui soit si grand et plantureux pour recevoir nombre de gens, les bien traicter et leur fournir tout ce dont ilz peuvent avoir bezoin pour leur affaire. Vous trouverez donques auiourd’hui autour de la ville de La Roche-Foucaut plus de blés et moins de safrans, force beau froment et bon par les vieilhes safrenières, les quelles sont demourées grasses, tant à cause des fiens et terrées, qu’on a mis pour le safran, que de l’oignon et de son bourre qui c’est là pourri et sert maintenant de fien à ce qu’on i sème après le safran... »

« Éventer la terre et souleiller » : c’est un mot du païs pour dire exposer au soleil : pris du latin insolare. (Note marginale manuscrite du temps.)


Autres documents sur l’histoire de la culture du safran en Angoumois

Une définition de type encyclopédique



Source : Dictionnaire provençal-français ; ou, Dictionnaire de la langue d’oc - Simon Jude Honnorat – Digne - 1847 - Books Google.

SAFRAN, s. m. (safràn)
Saffran, all. Azafran, esp. Safrà, cat Açafrão, port. Safran, safran cultivé, Crocus sativus officinalis, Lin. plante de la fam. des Iridées, cultivée dans quelques contrées de la Basse Provence. On la croit originaire du Levant V. Gar. Crocus sativus p. 134

Éty. du turc safran, ou de l’arabe zapheran, azafran, zahafaran, ou zanfaran m.s.

La substance jaune aromatique et colorante connue dans le commerce sous le même nom de safran provient des stigmates desséchée de cette plante et non des étamines comme le dit Garidel.

On nomme safranière, un champ planté de safran.

La culture du safran est ancienne en France, mais ce n’est pourtant que depuis 1520 environ, qu’elle est devenue un objet de spéculation, surtout pour l’Angoumois.

Le safran fut introduit en Espagne par les Arabes et en France dans le courant du XIVème siècle, par un membre de la famille des Porchaires qui en planta les premières bulbes a Avignon.

NOTES SUR LE SAFRAN EXTRAITES D’AUTEURS NON-ANGOUMOISINS

Vers la fin du dix-septième siècle, l’Orléanois entreprit aussi la culture du safran. Le Gatinois sur-tout, y eut tant de succès et le sien par la qualité particulière du sol, se trouva si excellent qu’il fit tomber en grande partie celui des autres Provinces. L’intendant de Limoges s’en plaignoit particulièrement dans le Mémoire qu’il dressa en 1698, par ordre du Roi, pour l’instruction du Duc de Bourgogne. Il remarque que le safran avoit été, pour l’Angoumois, une denrée d’excellent produit ; qu’il se débitoit en Allemagne, en Hongrie, en Prusse, et dans les Royaumes du Nord ; mais que depuis l’entreprise des habitants de l’Orléanois, on n’en trouvoit plus de débouché que quand il manquoit ailleurs ; enfin que la vente en devenant incertaine et inégale, le Paysan avoit abandonné cette culture et délaissé en partie les terres qu’il y employoit autrefois.

Source : Histoire de la vie privée des François depuis l’origine de la nation jusqu’à nos jours, par Le Grand d’Aussy – Paris – 1815 – Books Google

NOTES SUR LE SAFRAN EXTRAITES D’AUTEURS ANGOUMOISINS

« SAFRANS. — Il se faisoit autrefois un commerce assez considérable de safrans en Angoumois, principalement dans le canton qui tire vers le Poictou ; mais depuis que l’on s’est avisé d’en planter en Bourgogne, dans l’Orléanois et autres provinces où la production en étoit au paravant ignorée, que l’hiver de 1709 en a fait périr presque toute la gousse, et qu’on s’est adonné, dans la province, à la culture des vignes et des blés d’Espagne, celle des safrans n’y est plus d’un si grand objet. »

(MEMOIRE SUR L’ANGOUMOIS, par Jean Gervais, Lieutenant-Criminel au Présidial d’Angoulême, publié pour la première fois, d’après le manuscrit de la Bibliothèque impériale, par G. B. de Rencogne. Paris, 1864, in-80.)


Dans la "Statistique" de Quénot

Dans sa consciencieuse « Statistique du département de la Charente », au chapitre des « plantes tinctoriales », Quénot [2] dit :

On ne cultive, dans ce département, aucune espèce de plante tinctoriale ; quelques-unes viennent naturellement, comme le pastel (isatis tinctoria), la gaude (reseda luteola), la garance (rubia tinctorum) ; mais on ne les recueille même pas, et aucune ne fait l’objet d’une culture ou d’une spéculation particulière.

Il paraît qu’au commencement du XVIe siècle, l’Angoumois fournissait au commerce une quantité assez considérable de safran. Enghilbert de Marneuf, qui composa, en 1560, un traité sur ce végétal, dit : « Il y a toujours eu quelque petit quarreau de safran au coin du jardin du bon-homme laboureur, pour faire de la soupe aux grandes fêtes ; mais depuis l’an 1520 on en voit en Albigeois et en Angoumois pour saouler de safran tout le reste de la Gaule, toute l’Allemagne et plusieurs autres pays. » Le grand marché de cette denrée était à La Rochefoucauld, où il s’en vendait annuellement pour 100 à 150,000 francs, et les communes où on le cultivait avec le plus de succès étaient celles de La Rochefoucauld, Champniers, Balzac, Vars [3], dans l’arrondissement d’Angoulême, et Salles, Bayers, Verteuil et Mansle, dans l’arrondissement de Ruffec [4]. Mais depuis le XVIIe siècle cette culture s’est resserrée chaque année, et aujourd’hui elle n’est encore un peu pratiquée que dans la commune de Champniers. Les terres à safran ont été partout couvertes de froment et de pommes de terre.


« Le SAFFRAN formoit autrefois un objet de culture et de commerce pour l’Angoumois, mais aujourd’hui on en néglige la culture parce que le prix en a baissé et que depuis l’hiver de 1765, où il périt beaucoup d’oignons, on n’a pu en cultiver une aussi grande quantité qu’auparavant. Outre que l’établissement des vimières ou culture d’osier [5] lui a été préjudiciable, c’est qu’on en a planté dans quelques provinces et principalement en Orléanois, de sorte qu’il n’est cher en Angoumois que quand il manque ailleurs, et l’inégalité du débit a si fort rebuté les habitans de le cultiver qu’ils n’en plantent pas la moitié de ce qu’ils faisoient.

La culture de cette plante n’est point cependant à négliger, car un demi-arpent de terre, mesure de Paris, planté en saffran, lorsque la récolte a été assez bonne, peut produire trois livres et demie de saffran ; ce qui fait un bénéfice de soixante-dix-sept francs, année commune ; mais comme il faut deux ans avant que le saffran donne une récolte, c’est sur le pied de trente-huit francs cinquante centimes que l’on doit compter le produit d’un demi-arpent de terre consacré à cette culture. Elle n’exige pas, d’ailleurs, une grande dépense : dix journées d’homme suffisent dans les deux années, et comme l’oignon jette de nouveaux cayeux, le nombre en augmente tous les deux ans, de manière que d’un demi-arpent planté de saffran on peut en tirer pour planter un arpent entier.

Les communes où l’on cultive le plus le saffran sont : Champniers, La Forêt-de-Tessé, Balzac et L’Houmeau. Il s’en cultive en d’autres lieux, mais c’est un petit objet. Le plus estimé est celui que l’on recueille à Bayers, Salles, Moutonneau, Champniers et Balzac. C’est à Champniers, à Mansle, à Verteuil et à Vars que se tiennent les marchés de saffran pendant les mois d’octobre, de novembre et de décembre. Des commissionnaires d’Angoulême, qui ont reçu des ordres de Lyon, d’Allemagne et de Hollande, enlèvent le saffran et donnent le prix à cette denrée, lequel varie très subitement, suivant les demandes dont ils sont chargés : depuis 20 livres jusqu’à 26 livres pesant. L’Angoumois peut produire, année commune, environ trois mille cinq cents livres de saffran, qui, à raison de 22 francs la livre, forme un objet de 77,000 francs. Ce commerce n’est plus depuis longtemps aussi considérable qu’il l’étoit autrefois, puisque, suivant le Mémoire de M. de Bernage, Intendant de Limoges [6], il paroit qu’il rapportoit à l’Angoumois plus de 100,000 francs. »

(Louis Desbrandes, ancien maire d’Angoulême. HISTOIRE CIVILE, CHRONOLOGIQUE ET ECCLÉSIASTIQUE D’ANGOUMOIS, 2 vol. in-4°, manuscrit, tome Ier.) (Bibliothèque communale d’Angoulême.)


L’auteur du Safran de La Roche-Foucaut était de ces imprimeurs de la bonne école, comme il en est encore. Il déclare avoir rédigé cette notice « en la maison de Monsieur de Lagebaston, premier président en la court du Parlement de Bourdeaus ». J’ai eu la curiosité de savoir ce que fut ce personnage de considération ; voici le résumé de mes recherches :
- 1545, 8 avril. — Benoit. Provision de l’office de Conseiller lai au Parlement de Bordeaux pour Jacques Benoît. » (Archives de la Gironde, B. 32, f 113.)
- 1566, 17 novembre. — Benoit de L’Age-Baston, écuyer, conseiller du Roi, premier président au Parlement de Bordeaux, était fils de Jeanne Tizon... (Archives de la Charente. Gibaud, notaire a Angoulême.)

Et nunc erudimini !


Source : Magasin encyclopédique Par Aubin Louis Millin, François Noel, Israel Warens – Paris - 1797

Notice d’un traité très rare du Safran.

Safran de La Roche-Foucault. A Poitiers, par ENGUILBERT DE MARNEF, 1568, in-4°. de vingt-deux feuillets non chiffrés, mais avec signatures de A jusqu’à F inclusivement ; chaque signature de quatre feuillets, et la dernière de deux seulement.

Ce livret, dont il y a un exemplaire à la bibliothèque nationale (S. n°. 572, Pièce), est le seul ouvrage français sur le Safran , écrit dans les seizième et dix- septième siècles ; il est de la plus grande rareté , et fort peu connu. Du Verdier ne l’a point indiqué dans sa Bibliothèque française, aux Anonymes, à la fin des lettres R. et S ; et l’on n’en a fait aucune mention dans la dernière édition de la Bibliothèque historique de la France, non plus que dans la Bibliothèque physique de la France, par le médecin Louis-Antoine-Prosper Hérissant, Paris , 1771 , in-8°. Quelques bibliographes, qui en ont parlé sans l’avoir vu , l’ont attribué à un nommé La Rochefoucault , qu’il faut renvoyer au pays des Chimères ; puisque ces auteurs ont pris, fort mal-à-propos, le lieu de la Roche-Foucault , en Angoumois,pour le nom de l’auteur de ce petit traité du Safran, cultivé à la Roche-Foucault, Cet auteur est anonyme ; il dit (feuillet 4, recto) être né dans un village de l’Angoumois, et avoir écrit son traité (feuillet 20 , verso à Montignac-Charante, en la maison de M. de Lagebaston , premier président du parlement de Bordeaux , « l’an 1560, au mois de décembre, qui fut sans glace aussi-bien que les autres mois ses voisins , mais tant mouilhé et eus aussy, que les vivants n’avoient souvenance d’avoir vu les rivières si grosses et enflées , etc. »

Dans ce traité, composé en 1560, et imprimé seulement en 1568, l’anonyme disserte sur la culture, les vertus et propriétés du Safran [7], ainsi que sur le profit qu’il donne à ceux qui le cultivent. Quant au premier article de la culture, l’anonyme ne parla que de ce qu’il a vu pratiquer lui-même à la Roche-Foucault et dans le reste de l’Angoumois.
« Je ne puys vous assurer, dit l’auteur, si on fait partout ailleurs comme à la Roche-Foucault, et crois que non pas du tout, encores que ne l’aie vu ; car je tiens pour tout vrai ce que les sages et experts m’ont toujours dit de la nature des parties de la terre , qui est que chaque climat et pays a ses propriétés, Celui qui aura veu les safrenières de Curènes, de Cilicie et de tout le demourant de la terre, pourra conter comment se gouverne le Safran par toutes les cornières du monde ; moi, qui ne me suis pas tant pourmené, et qui ne veus tromper personne, je ne vous dirai autre chose que ce que j’ai veu tout auprès du village dont je suis, et non ailheurs. »

Ce traité est divisé en 40 articles. Pour en donner une idée, j’en extrairai les observations qui m’ont paru les plus remarquables.
Art. 7. Il ne faut pas laisser entrer dans les safrenières les animaux, et surtout les cochons, les bœufs et les chevaux ; les premiers fouillent, arrachent et mangent l’oignon, dont ils ne sont pas moins friands que du gland ; il est essentiel aussi de garantir les safrenières de la taupe, qui, en retournant la terre, découvre l’oignon et le fait périr.
Art. 8. La plante du Safran craint l’ombre des arbres ; elle craint sur-tout le froid, et dans l’hiver il faut la couvrir de paille ou de foin, de même que les artichaux et autres légumes délicats, pour les préserver de la gelée.
Art. 9. Labourage et préparation de la terre où l’on veut mettre le Safran. Elle, doit être fumée ; mais il y a du choix à faire pour le fien (fumier ; celui de brebis, bœufs et chevaux est préférable à celui de porc.
Dans les articles suivans on indique les qualités de l’oignon, le temps de le planter, labourer, sarcler, arracher, etc. ; on parle des racines de la plante, de ses feuilles, de sa fleur, en particulier du double brin de la fleur, l’un rouge el l’autre jaune.
Art. 18. Le Safran fleurit, dans l’Angoumois, et commence à verdoyer vers la fin de septembre et au commencement d’octobre. « Il a jeté toute sa fleur dans trente jours ou environ. » L’humidité et une chaleur tempérée sont très-favorables à son développement ; le froid et le vent du nord retardent sa croissance et en rendent la récolte moins abondante. L’auteur observe, article 19, que Calimaque veut que l’autel d’Apollon soit, pendant l’hiver, paré de fleurs de Safran, à mesure qu’elles sortent de terre, ou du brin de cette fleur gardé et desséché ; et que Pline le naturaliste fait fleurir cette plante sur la fin de notre mois de novembre. C’est que dans les pays chauds, tels que la Sicile et l’Afrique, la chaleur arrête les progrès de sa végétation ; qu’elle ne germe qu’après l’été et les pluies qui suivent cette saison ; en sorte qu’elle paroît, dans ces pays, beaucoup plus tard qu’en Angoumois, où l’auteur répète qu’elle fleurit dès la fin de septembre.
Art. 20 : « La fleur du Safran est bonne à cueillir tout aussitôt que son pied commence à se montrer sur terre ; plus attendre ne la rend pas meilleure. Elle va fort vite, et la nuit encore plus que le jour. Vous ne sauriez aller si matin voir votre safrenière que ne trouviez bien haut levée celle qui, au soir, ne vous montroit rien que bien peu de la. Pointe. Le meilleur qui soit pour la cueillir, est le matin, devant que le soleil l’ait vue, si faire se peut. Le brin de celle-là se montrera toujours le plus beau, laquelle n’aura point été soleilhée. On ne laisse de cueillir le Safran pour la rosée et pluye , sinon qu’il plust si fort qu’on ne pût durer dehors. En le cueillant, il faut prendre la fleur par le pied, près de terre, et ne le tirer pas, ains la coupper là, de l’ongle. Ainsi est bon que les cueilleurs ayent les ongles un peu longuettes au pouce et aux deux doigts ses plus proches voisins. »

Art. 21, 22 et 23. Manière de trier le Safran et de le faire sécher.
Art. 24. Merveille de l’oignou de celte plante.
Art. 27. L’oignon se multiplie beaucoup ; .six .boisseaux en ont rendu treize en deux ans ; on a même dit à l’auteur que cinq boisseaux lui en avoient rendu vingt en quatre ans.

« Au temps que j’écrivois ceci, dit l’auteur, se vendoit neuf et dix sous tournois le boisseau de l’oignon éjca:rré, mesure de la Roche-Foucault ; auquel lieu les huit boisseaux de froment sont estimés faire la charge du cheval. »

Le Safran ne reste guères en la même terre (au moins dans la Guienne et l’Angoumois ) plus de trois ou.quatre ans, sans s’y pourrir. « Je l’ai vu arracher qu’il n’avoit pas été six mois en la terre, et déjà se gâtoit tout. Voilà comment, auprès de la ville de la Roche-Foucault, n’y a presque plus de safrenières. On y a été contraint de remuer le Safran si souvent, que quasi toute cette terre a été courue en moins de quarante ans. De tout le Safran qui s’emballe aujourd’hui à la Roche-Foucault, la centième partie n’est point du cru de cette terre là , ores qu’elle soit de grande étendue : mais il est devers Montignac-Charente , Manle, Vilefagnen et autres lieux d’Angoumois et Poitou, et d’ailleurs au tour de la Roche-Foucault, là où l’on s’est prins à cultiver le Safran à l’exemple de la Roche-Foucault, quand ou a connu le grand revenu que c’étoit. »
L’article 32 traite de la gousse du Safran, laquelle sert aux mêmes usages que la racine de la plante nommée Cogurou, dans le Limousin et le Périgord ; plante qui est appelée par les Grecs, Aron, par les Latins, Arum, et à Barbésieux, Giron [8].
Art. 38 et 39. Usages du safran en médecine, pour la.cuisine, pour l’office, etc. Vertus de cette plante.
ON voit par le détail précédent combien ce petit traité est curieux ; je suis fort étonné qu’on ne se soit pas avisé de le réimprimer, vu son excessive rareté. Au temps qu’il fut écrit, c’étoient l’Albigeois et l’Angoumois qui fburnissoient de Safran la France et l’Allemagne ; mais en Angoumois, la culture n’en étoit pas alors fort ancienne, puisqu’avant l’an 1520, il en venoit très-peu dans cette province ; mais comme il y étoit bon et beau , les marchands Lyonnais et Allemands venant l’y chercher de préférence, cette culture s’y étendit à cause de son bon rapport ; on y en planta de proche en proche, ce qui augmenta le prix des terres. « Le journau de terre ( le jugerum des Latins), qui ne se vendoit là communément que quinze ou vingt livres tournois, telle année y avoit qu’il rendoït à son maître vingt livres de Safran, qui valent cinquante livres tournoises, à cinquante sous tournois la livre ; qui est le moindre prix qu’on se souvienne (en 1560) l’avoir vu vendre, et qui se vend là , le plus souvent, cinq, six, sept, huit livres tournoises, et aucunes fois neuf. » Ceci rappelle une observation que fait l’abbé Expilly dans son Dictionnaire des Gaules et de la France, article ANGOUMOIS. « Quant au commerce du Safran, dit-il, cet article a produit autrefois à l’Angoumois plus de deux cents mille livres par an ; mais il y a long-temps qu’il est réduit à peu de chose ; sur-tout depuis qu’on a semé du Safran dans les provinces voisines, et principalement dans l’Orléannois. »

Expilly, comme l’on voit, n’a pas connu le Traité qui fait le sujet de la présente notice. Jean-François Séguier, dans sa Bibliothèque botanique, n’en a pas parlé ; et je ne connois que Haller qui en ait donné le titre dans la sienne ; mais évidemment sans avoir vu l’ouvrage, et d’après quelque catalogue. (Voyez Bibliotheca Botanica, Tiguri, 1771 in-4°., 2 vol. au tome premier, pag. 341, n°. 828).

L’Encyclopédie, article Safran, se borne à dire qu’il croît dans plusieurs provinces de France, dans la Guyenne, dans le Languedoc, aux environs d’Orange, dans la Normandie et le Gàtinois ; sans rien articuler sur la Roche-Foucault, dont il n’est pas question, non plus, dans le Dictionnaire d’histoire naturelle, par Valmont de Bomare, dernière édition de Lyon, 1791, où l’article du Safran est traité avec beaucoup de soin.

Le Traité le plus complet que nous ayons sur le Safran, est celui de Jean-Ferdinand HERTODT, publié à Iène, en 1670, in-8°, de près de trois cents pages [9], sous ce titre : Crocologia seu curiosa Croci regis vegetabilium enucleatio. On .peut en voir l’extrait dans l’histoire littéraire de l’académie des curieux de la nature, par André-Elie Buckner. Séguier et Haller en ont fait mention dans leurs bibliothèques botaniques, où sont indiqués les autres traités qui existent sur le Safran. J’ai vu celui que M. de la Taille-des-Essarts publia, en 1766, à Orléans, in-8°. de cent pages. Son mémoire est divisé en trois parties, dont la première contient la description de la plante, les procédés de sa culture et l’exposé des maladies auxquelles elle est sujète. Dans la seconde partie, l’auteur traite de la récolte du Safran, et de la manière dont on le dispose pour être mis en vente « t transporté au loin, avec ses différens usages dans l’antiquité et chez nous-mêmes [10] ; et enfin dans la troisième partie, M. de la Taille décèle les diverses friponneries des cultivateurs, des ouvriers et des commissionnaires de Safran ; il indique les moyens de les découvrir et d’éclairer les acquéreurs sur les abus dominans dans ce commerce. Mais l’auteur ne parle pas de la culture ancienne de cette plante en Angoumois ; il nous apprend seulement que les oignons de safran, furent apportés d’Avignon sur la fin du XIVème siècle, dans l’Orléannois, par un gentilhomme de la maison des Porchères, à qui appartenoit alors la terre de Boynes.

Avant que de finir la présente notice du traité du Safran de la Roche-Foucault, j’observe que cette petite ville de l’Angoumois a produit un écrivain, savoir, Arnaud Pasquet, dont la traduction française des sept dialogues de George Pictorius, sur la manière de conserver sa santé, etc. fut imprimée à Paris en 1557, in-8°. Colomiez, dans sa Gallia orientalis, fait encore mention d’un David Yver, natif de la Roche-Foucault, savant dans la langue sainte, et père d’un ministre protestant d’Angoulême, qui a eu quelque réputation dans son parti. Ce David étoit sans doute de la même famille que Jacques Yver, auteur d’un recueil d’histoires romanesques, imprimé à Paris en 1572, sous ce titre, le Printemps d’Yver. L’abbé Expilly qui, sous chaque article de son Dictionnaire, indique les écrivains qu’ont produits les différens lieux dont il parle, n’a rien dit, à l’article de la Roche-Foucault, d’Arnaud Pasquet et de David Yver ; non plus que de l’auteur anonyme du traité du Safran.

Paris, ce 29 Juin 1797.
St. L***.


[1On voit que c’était un prix relativement élevé. Le renseignement suivant répondra, sans doute, au désir du lecteur : « La livre tournois est de vingt sols tournois, et chaque sol de douze deniers aussi tournois. Cette livre étoit la valeur d’une ancienne monnoie d’argent qu’on appeloit franc, terme qui est encore synonyme avec livre, car l’on se sert souvent de franc au lieu de livre. aussi l’on dit deux cens livres, ou deux cens francs pour différencier la livre de vingt sols d’avec les autres monnoies de compte auxquelles l’on donne pareillement le nom de livre ; on la distingue aussi par cette dénomination de la livre de poids. » TRAITÉ DES MONNOIES et de la Jurisdiction de la Cour des Monnoies, en forme de dictionnaire, par M. Abot de Bazingnen, Conseiller-Commissaire en la Cour des Monnoies de Paris. Paris, M.DCC.LXIV. 2 vol. in-4°.

[2(1) Statistique du département de la Charente, par J.-P. Quénot, avocat, 1818, in-4°.

[3On sait que la châtellenie de Vars appartenait à l’évêque d’Angoulême. J’ai signalé un Recueil d’Hommages à Ayquelin, évêque d’Angoulême, cahier de 34 feuillets rédigés le jour « de vandredy devant la feste de saint Pierre aux liens, 1319 ».

[4Terres de la maison de La Rochefoucauld.

[5Ou vime.

[6Il serait superflu de noter que la province d’Angoumois dépendait de la Généralité de Limoges.

[7J’invite les amateurs de la poésie latine à lire l’hymne sur le Safran de Marc-Alexandre Bodius, imprimé dans les Deliciae Poetarum Scotornm , publiés par Artur Jonston en 1637, à Amsterdam , Tome premier, pages 186 et 187. En voici quelques vers :
Radicis bulbo seritur Crocus, humida quando
Bruma madet, spirant que leves nova frigora Cauri.
Tempore non alio viret, et sua fila legenti
Prœbet, et Hiberna melius siccatur in umbrâ.
Floret et Autumno, florique incumbit odoro
Virgula, grata coco, pingui dilecta culinae,
Grata Caledoniae populis, qui lintea tingunt
Alba Croco, formamque notant mantilibus auri.

[8La racine de cette plante, qui vient sur les haies et les buissons, sert aux femmes du Périgord et du Limousin pour faire un fort bel empois. L’auteur donne, aux articles 35 et 36, le procédé pour fabriquer cet empois, qui est fort corrosif et brûle le linge ; au lieu que celui que l’on fait avec la gousse de Safran est pour le moins aussi beau, et ne brûle ni les mains ni le linge.

[9Quelques exemplaires portent la date 1671 ; mais c’est une seule et même édition. Hertodt, mort en 1714, outre plusieurs mémoires imprimés avec ceux de l’académie des curieux de la nature, dont il étoit membre, a encore donné, en 1670, à Iène, Opus mirificum sextœ diei, id est Homo physicé, anatomicé et moraliter in partes suas dissectus, in-12, qui est à la bibliothèque du roi. J. P. Cobres cite encore de lui un traité latin du Tartre de Moravie, imprimé à Vienne en 1669, in-8°. Voyez Deliciae Cobresianœ, Tome premier, page 254, n° 4.

[10Melchior Friccius, dans son traité des Poisons, imprimé à Ulme, en 1701, in-8°, prétend que le Safran pris en quantité est un poison ; mais qu’on peut en tirer des utilités pour la médecine.

Vos commentaires

  • Le 9 novembre 2007 à 11:04, par KINOU 50 En réponse à : 1568 - La culture du safran à La Rochefoucauld (16) et en Angoumois

    Bonjour,
    je suis Briaude et il semble que du safran était en culture sur la commune de Brie autour des années 1800(terrain de culture se trouvant au lieu dit gardenat-chez garonne).il semble que c’est entre le 12 et le 13 décembre de chaque année que se négociait le prix du safran lors des marchés fait à la Rochefoucauld. le prix oscillant entre 50 et 80 frs le kilo. Pourquoi cette date, je ne sais mais peut être pouvez vous y répondre.
    voilà la petite histoire, a prioris vérifiée.
    K.

    Répondre à ce message

    • Le 9 novembre 2007 à 21:28, par Pierre En réponse à : 1568 - La culture du safran à La Rochefoucauld (16) et en Angoumois

      Bonjour,

      Je n’ai pas trouvé de document fournissant une réponse précise à la question que vous posez, mais on peut observer ceci :

      - les dates que vous indiquez sont tout à fait en concordance avec les textes de cette page. Il y est en effet écrit que les marchés de safran se tiennent pendant les mois d’octobre, de novembre et de décembre.

      - la période dans l’année est certainement liée au cycle de production de cette épice.

      - en ce qui concerne la date proprement dite, on peut penser qu’elle a été fixée dans le cadre d’une organisation provinciale du marché (peut-être par une Chambre de Commerce ou son équivalent), de telle sorte qu’il n’y ait pas de télescopage entre les dates où se tiennent des marchés spécialisés dans ce produit.

      Ceci, de la même manière que pour les foires, dans le périmètre de la province (+ ses zones périphériques), dont les dates sont fixées pour permettre aux vendeurs et aux acheteurs de participer au plus grand nombre possible.

      Pour confirmer cette hypothèse, il faudrait disposer de toutes les dates où se tenaient dans cette région des marchés au safran ou, bien évidemment, trouver les textes qui les ont institués.

      Lecteur, si tu peux nous fournir des références à ce sujet, cela permettra d’enrichir le contenu de cette page ...

      Cordialement

      Répondre à ce message

      • Le 19 janvier 2010 à 13:53, par Vérité Sylviane En réponse à : 1568 - La culture du safran à La Rochefoucauld (16) et en Angoumois

        Bonjour,

        je suis safranière. Ces dates peuvent peut être correspondrent au fait qu’il y a la nécessité d’attendre un mois après le séchage des stigmates pour les mettre en commercialisation. la fin de la production se situant à peu près autour du 15 novembre, il peut paraître probable qu’il y ait un lien...voilà

        Répondre à ce message

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