1571 – La Rochelle : un projet protestant de rattachement à l’Empire d’Allemagne

D 1er janvier 2010     H 14:14     A Razine     C 0 messages A 678 LECTURES


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En 1568 Jeanne d’Albret prend la tête du mouvement protestant et avec son fils Henri de Navarre, rejoint les protestants à La Rochelle n’hésitant pas à demander l’appui des princes étrangers alliés à sa cause. Le 5 août 1570 la paix de Saint Germain en Laye qu’elle n’approuve pas, signée entre le roi Charles IX et l’amiral de Coligny octroie aux protestants quatre places fortes dont La Rochelle. Porte ouverte sur l’Océan cette ville par sa position géographique commerce depuis le Moyen Age avec bien des pays européens notamment la Hollande et l’Allemagne d’où viennent des idées nouvelles. Si certains notables restent très attachés à la couronne de France et ne remettent pas en cause l’autorité royale d’autres affichent le désir de voir La Rochelle devenir une ville libre puissante et autonome avec l’aide des princes de l’Empire Allemand. D’où la tentation de faire de La Rochelle une ville impériale. Le texte ci-après fait état de ce projet.

Sources : L’Aunis et la Saintonge de L. Canet – 1933 – sources diverses

15 juin 1571 - Avis d’une conférence d’un ministre Alexandre Guyot, à Strasbourg avec le président et l’échevin de La Rochelle, pour remettre la ville de La Rochelle entre les mains de l’Empire. Ce que le Président rebuta mais que l’échevin secrètement approuva.

« La chose est de très dangereuse conséquence et croy que ce soit une vraye intention diabolique pour la subversion de nostre estat,… et voyci le moyen par lequel je l’ay descouvert.

Hier matin un personnage des plus affectionnés à la paix et repos du royaulme me vint trouver et discourant avesques moy de plusieurs choses, alhors il me dicts de Languedoc ??« Je respons que ouy, alhors il assemblée tenue en ceste ville avant la venue de ceux du Languedoc, le président et l’eschevin de La Rochelle demandèrent congé de l’aller promener jusques à Strasbourg pour voir la ville attendant la venue desdicts de Languedoc. « Je réponds que ouy, alhors il me dict : « il se trouva pour lhors audict Strasbourg un ministre nommé Alexandre Guiot qui pour se trouver malade ne peut venir voir lesdicts président et eschevin, et leur manda qu’ils prinsent la peyne de le venir visiter pour entendre de luy chose de grande importance, ce qu’ils firent et là il leur proposa de la part d’un grand prince d’Allemagne que s’ils se vouloit jecter avec leur ville es mains de l’Empire qu’il les assuroit que leur dicte ville y seroit receue comme ville libre. ».

Alors le président luy dict : « il me semble que vous me contez des chansons. Ne voyons-nous pas d’autres villes de l’Empire es portes desquelles pend encore l’aigle, usurpées néantmoings par les princes voisins plus voisines et plus utiles à l’Empire que la nostre, et que l’empereur nen faict aucun cas ne estime (il entendoit de Metz et Cambray) ».

Alors le dict Alexandre respond : « Ce n’est pas cela et ne faut vous arrester à ceste considération car vostre ville sera mieux secourure, car vous aves les villes maritimes comme Embourg, Lubec et Retz qui vous pourront rendre tout office qui vous sera deu et promis, et au cas que fussié assiégés, les princes voire les plus grands, vous promettront de jecter incontinent cinq ou six mille chevaux dans la Bourgogne ou Champagne pour fère diversion ».

Alors le petit président respond et bien à propos à mon jugement voulant rompre avec ce mauvais garson : « Voulez-vous que je vous die : Je ne scay à quoy nous pourrions estre utiles aux allemans, sinon à leur ayder de recouvrer leurs villes occupées comme Metz, Thou, Verdun et ce pendant nous mestre en un manifeste danger d’estre remis en la main de celuy qui vous feroit recevoir le juste loyer de nostre déloyauté ».

Ce propos finy , le président estimoit ne devoir plus estre recherché de telle chose. Toutefois l’eschevin, lequel on estime fort disposé à changement dict en parlant à l’oreille d’Alexandre : « Sy vous nous pouvez montrer bon tesmoignage de ce que nous vous proposés, faictes le et au plus tôt… car peut-estre que quand ceux de nostre ville les plus aparens plus gens de bien et quy plus tendent à la liberté orront parler de cecy, il n’est pas inconvénient qu’ils n’y entendent. Voilà pourquoy je vous prie fère en sorte qu’il nous paroisse bien clairement de l’intencion de ce prince et aultres… ». S’il fut dict, si fut faict.

En effet douze jours après il arrivait à La Rochelle des lettres du duc de la Petite Pierre adressées aux Rochelais et aux députés de Languedoc, qui se trouvaient là réunis. « Mais de bon heur et du grand regret des meschans » , les documents par la faute du messager, se trompant d’adresse, tombèrent dans les mains du prince. Les députés le surent et en demandèrent communication : ce à quoi consentit le Prince, bien que « remontrant que cestoit un depesche qui méritoit le feu plus tost que d’être mis en lumière ne tendant que à la déoslation et ruyne de l’estat » sans toutefois leurs donner la pièce elle-même malgré l’insistance des « mutins du Languedoc ». Il (la dépêche) contenoit promesse de grand secours au cas susdict et ainsi que tous ceux qui tiennent les armes promissent de ne fère jamais paix que Metz, Tou et Verdun ne fussent rendus il y a assez d’autres mauvaises conditions. J’entan mauvaises à l’estat de la France et contre le service du Roy, mais ne l’ayant veu, je ne vous en puys dire autre chose….

Après avoir apris ce que dessus, j’en communiquay à MM. De Clervaut et d’Argenllieu que me confessarent la chose estre comme je la disoye et que mondict sieur le Prince avoit retenu ledict depesche de peur que ceux de Languedoc neussent pas le moyen d’exciter leurs hommes plus tost à l’entretenement de la guerre que de fère une bonne paix… « Pour venir au poinct M de Clervaut m’a dict qu’il n’y a rien plus certain que aucuns grands princes d’Allemagne, à la suscitation de ce petit fou de la Petite Pierre entendroit à ce point quy est qu’ils lairront entrer dans la France, soit pour que le roy soit pour nous tous les reistres que nous y voudrons mener et y estants les revoqueront, à scavoir chaque prince ses subjectz et offrans aux filles de France la liberté offriront quant et quant à la noblesse pareille et semblable prééminence que à toute la noblesse d’Allemagne à scavoir que la plupart des ducs, contes et barons soient souverains en leurs terres. Je vous laisse à penser s’il y en aura qui tendront l’oreille à ceste chanson et sy en ce temps turbulent ils en trouveront la musique doulce. Pensés y, vous estes plus sages que moy et sy le trouvès bon advertissés en le Cour et me tenés en votre bonne grâce ».

D’après document publié par Charles d’Angibeaud

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