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1573-1582 - Angoulême (16) : Disette. Mortalité. Misère générale. Bilan de la guerre civile.

D 20 février 2009     H 12:20     A Pierre     C 0 messages     A 753 LECTURES


En 1582, les habitants énumèrent leurs souffrances depuis vingt ans : à les en croire, ils sont réduits à une « impuissance et pauvreté telles qu’il ne s’en peut trouver en aucune province et contrée de ce royaume de semblables ni plus grandes. »

La plume a peut-être appuyé un peu fort sur le papier, mais la misère, après tant d’années de guerre civile, est une cruelle réalité en Angoumois.

Quatrième volet de l’étude d’Auguste-François Lièvre, en 1886.

Auguste-François LIEVRE, était Bibliothécaire-archiviste de la ville de Poitiers, correspondant du Ministère de l’Instruction publique. Il a été président de la SAHC en 1879-81, et en 1885-86.

Source : Bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente - Année 1886

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Voir en ligne :

IV. 1573-1582. — Disette. Mortalité. Misère générale. Bilan de la guerre civile.

Angoulême - Puits, rue Vauban, n°10
Inventaire Archéologique d’Angoulême - J. George et P. Mourier - Angoulême - 1907

Les disettes aussi deviennent moins fréquentes. Il y en eut une, pourtant, qui fut terrible, en 1573, pendant la mairie de Mathurin Martin, et qui est ainsi racontée dans une sorte de chronique municipale que lui-même avait ordonné de faire : « En ladite année, aux mois d’avril, mai et juin, le blé fut si cher qu’il se vendait, par les greniers de ladite ville, dix et onze livres le boisseau froment et huit livres la méture, qui fut cause que plusieurs furent à l’aumône ; desquels mendiants ledit Martin fit état et registre, et s’en trouva deux mille vingt-cinq, et y en eût eu davantage n’eût été sa providence. D’autant que, lui étant averti que, par le commandement du roi de Poulogne, lequel était devant la Rochelle, on avait fait sortir les blés du roi et mis sur les bateaux pour être conduits audit lieu de la Rochelle, icelui Martin les fit arrêter et envoya par devers ledit roi de Poulogne faire remontrance de l’extrême pauvreté et famine qui était en ladite ville et audit pays, le suppliant que lesdits blés ne fussent transportés hors icelle, autrement que les pauvres habitants seraient contraints de mourir de faim. Ce que ledit roi de Poulogne accorda. Et, suivant ce, ledit Martin fit remettre ledit blé au grenier du roi et y mit prix raisonnable ; car, au lieu de dix à onze livres que lors se vendait le boisseau, ledit Martin le fit mettre à cent trois sous, et fut distribué au pauvre peuple, boisseau par boisseau, par six divers jours, et s’y assembla si grande quantité de peuple qu’il en venait de six à sept grands lieues à l’entour pour avoir dudit blé » [1].

Cette même disette est rappelée neuf ans plus tard dans une requête des habitants d’Angoulême au roi : « En l’année soixante-treize, à l’occasion du siège de la Rochelle, ladite ville et pays furent tellement chargés et remplis de continuels passages de troupes de l’armée mise par sadite majesté pour la réduction de ladite ville, que le peu de vivres que ledit pays avait leur fut tout par ladite armée pillé, mangé et consommé. Et, outre ce, fut ledit pays tellement chargé de contributions de vivres et victuailles pour l’entretènement d’icelle que lesdits habitants pour y satisfaire furent contraints y envoyer tous leurs vivres et victuailles, et en firent si peu de réserve pour eux que tôt après ils tombèrent en telle disette et nécessité de vivres qu’il est tout notoire et certain que pour la famine qui leur survint lors il mourait de faim la moitié du commun populaire dudit pays ; et fut le blé si cher que ce qui n’avait accoutumé de valoir, pour le plus, qu’un écu en valait vingt et vingt et cinq. »

Angoulême - Ancien couvent des Carmélites, porte, rue Turenne
Inventaire Archéologique d’Angoulême - J. George et P. Mourier - Angoulême - 1907

Les habitants, dans cette requête, énumèrent leurs souffrances depuis vingt ans : à les en croire, ils sont en 1582, réduits à une « impuissance et pauvreté telles qu’il ne s’en peut trouver en aucune province et contrée de ce royaume de semblables ni plus grandes » [2] [NDLR : Voir 1582 - Angoulême (16) - Cahier de doléances des manans et habitans de la ville d’Engolesme ]. Bien que destiné à apitoyer la cour, afin d’en obtenir une exonération de subsides, ce tableau ne paraît guère exagéré. La misère générale qu’il constate est la conséquence naturelle des guerres de ce temps.

Un contemporain a essayé de faire le relevé de ce qu’avaient déjà coûté à la France, en hommes et en argent, les trente années de cette lutte fratricide, qui n’était pas finie et qui avait eu pour cause la prétention de l’Église d’empêcher les peuples de chercher le salut en dehors d’elle. Pour l’Angoumois, il porte approximativement à plus de douze mille le nombre des personnes tuées, à quatorze cents celui des habitations détruites et à trois cent cinquante mille livres le total des rançons imposées aux particuliers tant d’un parti que de l’autre.. L’auteur ajoute : « A prendre les familles une par une de tout le plat pays de ce diocèse, la meilleure et plus entière se trouvera morfondue ou diminuée des trois quartes parties de ses facultés ; car les subsides, tailles, impôts, insolences des gens de guerre, mauvaise volonté des gentilshommes leurs voisins, orgueil, fierté et cruauté des ecclésiastiques et corruption de ceux de la justice, les ont mises et mettent du tout à crac » [3].

Une épidémie, à laquelle ce long état de privations et de misère générale a préparé le terrain, va bientôt mettre le comble à la désolation.

Depuis longtemps la peste n’avait pas paru à Angoulême ; mais on n’avait pas pour cela cessé de la craindre et de la prévoir. La ville ne louait son hôpital de Saint-Roc qu’avec une clause résolutoire pour le cas de peste, et en affermant ses divers droits, l’entrée du vin par exemple, elle dit que l’adjudicataire ne pourra « avoir ni demander aucun rabais, diminution ni répit, sinon que mortalité et peste advint en ladite ville, et que par le moyen d’icelle la plupart des habitants s’absentassent d’icelle et que le siège présidial cessât d’exercer la juridiction ; ès dits cas sera fait raison et rabais ès dits fermiers du jour de ladite cessation jusqu’au retour desdits habitants et que ledit siège présidial se exercera » [4]


[1Archives de la ville, Mémorial A, f° 95 ; — Sanson, Noms et ordre des maires.

[2Bulletin de la Société archéologique de la Charente, XVIII, 290.

[3Froumenteau, Le second livre du secret des finances de France, 1581, 2° édition.

[4Maisée du 8 avril 1565, entre autres.

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