1576 - 06 Recueil en forme d’histoire - Les Lusignan par François de Corlieu

D 13 juin 2007     H 13:20     A Pierre     C 0 messages A 2464 LECTURES


SECOND LIVRE, TRAICTANT DES COMTES HEREDITAIRES D’ENGOMOIS, QUI COMMENCERENT SOUBS LE ROY CHARLES, SURNOMMÉ LE CHAUUE

De Hugues, époux d’Isabelle Taillefer (veuve de Jean sans Terre, roi d’Angleterre) à Guy, toute la dynastie des Lusignan, comtes d’Angoulême, par François de Corlieu, historien angoumoisin du XVIème siècle.
Attention, il y beaucoup de Hugues, chez les Lusignan !

Livre II - Deuxième partie : les Lusignan
- Ch. 15 - Quels gens étaient les seigneurs de Lusignan
- Ch. 16 - Suite de l’histoire de la reine Isabelle
- Ch. 17 - Hugues de Lusignan, dit le Brun, quatrième de ce nom, seizième comte d’Angoulême
- Ch. 18 - Hugues de Lusignan, seigneur de Fougères, dix-septième comte d’Angoulême
- Ch. 19 - Hugues de Lusignan, surnommé le Brun, cinquième de ce nom, dix-huitième comte d’Angoulême
- Ch. 20 - Guy de Lusignan, dix-neuvième comte d’Angoulême

Avant les Lusignan, les Taillefer : voir Livre II - 1ère partie

CHAPITRE XV.- QVELLES GENS ESTOIENT LES SEIGNEURS DE LEZIGNAN ET HUGUES COMTE D’ENGOLESME.

La maison de Lezignan a esté si grande autres-fois que chacun en a voulu parler ; les histoires anciennes en font fréquente mention, mais par rencontre, et croy, que si au temps de sa plus grande splendeur les hommes se fussent aduisez d’escrire les gestes particuliers des illustres familles, cette cy n’eut pas esté des dernières. Il est vray que sur le déclin de sa grandeur , il se trouua vn faiseur de romans, qui mit par escript souz le nom de Raymondin et Melluzine, qu’il fait chemiers et pères des Lezignans, quelques fables de ceste maison, et despuis l’auteur des annalles d’Aquitaine en a touché quelque chose. Toutes-fois aucun n’en a escript la vraye origine ne le progrès de leurs affaires.

Or Lezignan est vne petite ville à cinq lieues de Poictiers, laquelle iadis bailla le nom à ceux qui en furent seigneurs, de la descente et origine desquels ie n’ay trouué autre chose fors qu’ils estoient yssus des premiers comtes de Poictou qui furent peu après le règne de Charles le Chauve, et d’un puisné de leur maison, auquel fut donnée ceste ville auecques autres en apanage, et tenoient ces seigneurs plus de vingt ou trante que villes ou baronnyes, et partout où il est parlé d’eux ils sont nommés princes de la noblesse poicteuine et plus grands seigneurs de l’Aquitaine, et portoient burelle d’argent et d’azur, l’ay trouué mémoire d’eux despuis l’an mil et non plus arrière, et le seigneur de Lezignan qui estoit lors se nommoit Hugues, qui eut vn fils surnommé le Brun, dont vint Hugues de Lezignan surnommé le Grand, et de cestuy deux enfans Hugues dit le Brun, deuxiesme de nom, qui fut comte de la Marche, de par sa femme, et Hennery, seigneur de Lezignan. Hennery mourut sans enfans, et Hugues en eut cinq : Guy, Emery, Hugues, Geoffré et Gilles, Guy, Emery et Geoffré furent en ludée, du temps de Henry, roy d’Angleterre, et furent Guy et Emery, successiuement roys de Jérusalem et de Cippre ; Geoffré, retourné en France, fut comte de Lezignan, et n’eut aucuns enfans ; Hugues fut comte de la Marche, et Gilles connestable de France ; et est ce dernier, Hugues, qui espousa Yzabel.

CHAPITRE XVI - CONTINUATION DE L’HISTOIRE DE LA ROYNE YZABEL

Isabelle d’Angoulême - Abbaye royale de Fontevraud
Photo : P. Collenot - 2006

Le comte Hugues et sa femme, du commencement de leur mariage, passèrent leur temps à mesnager leurs biens, appointer des différens qu’ils auoyent auecques leurs voisins et vassaux, et à bastir des abbayes et monastères, comme il se recognoist par vn bon nombre de transactions qui encores se voyent d’eux, et les chartres des fondations qu’ils ont fait. Entre autres, ils continuèrent l’édifice des Cordeliers de Poictiers, qui auoit esté commancé l’an mil deux cens quatorze, par le comte Hugues et Geoffré, comte de Lezignan, son frère. Ils firent bastir à neuf et fondèrent de leur reuenu l’abbaye de Valences, près Couhé, dont Hugues estoit seigneur, firent faire l’estang Sainct Michel, près Engolesme, réglèrent leurs forest et vesquirent long temps en paix, florissans en biens, grandes alliances et nombre de beaux enfans : mais fortune enuieuse de leur repos leur tourna visage sur la fin et combla leur vieillesse de maux et ennuyz, par le moyen qui ensuit. Ils auoient leur fils aisné, nommé Hugues le Brun, aagé seulement de dix-sept ans, lequel ils marièrent à Iolend, fille de Pierre Mauclerc, duc de Bretaigne, auparauant accordée à Iean, frère du roy Sainct Loys. Ce duc, qui estoit fils de Robert, comte de Dreux, fils de Loys le Gros, roy de France, et des plus grands princes du sang estoit mauuais François ; d’ailleurs le roy d’Angleterre, fils de Yzabel, commançoit à estre grand et se rafraichissoient les vieilles playes et querelles d’entre les deux nations qui auoient dormy quelque temps pour la ieunesse de leurs roys. Tout cela fut cause que le comte Hugues se refroidit aucunement de la bonne volonté que ses ancestres auoient eu à la couronne de France. La dessus aduint que le roy Sainct Loys, lors régnant, fit partage à vn sien frère nommé Alphons, et luy donna le comté de Poictou, que son ayeul auoit conquis sur Iean sans terre, premier mary d’Ysabel. Alphons, pour se faire cognoistre à ses vassaux, fit proclamer ses homages, ausquels le comte Hugues, qui releuoit son comté de la Marche du comté de Poictou, et Geoffré de Lezignan, son frère, ne voulurent se trouuer : tous disent que Ysabel en fut cause, et qu’elle mettoit en auant la grandeur de la maison de Lezignan, les roys de Ierusalem et de Cipre, et leurs alliances. Et quant à elle, disoit que vne royne d’Angleterre ne feroit point la reuerence à la comtesse de Poictou : car ceste femme, fust de son naturel ou pour la nourriture qu’elle auoit prinse en Angleterre, estoit hautaine et superbe s’il en fut oncq. Or, cette menée se faisoit secrètement et se tenoient les comtes d’Engolesme et de Lezignan sur leurs gardes, dont le roy aduerty, pensant par sa présence pacifier les choses, vint incontinent à Poictiers, où il fut quinze iours comme assiégé, sans qu’il osast sortir pour la craincte des deux comtes qui estaient en armes à Lezignan, par ce qu’il estoit venu petitement accompagné, ne se doutant de ses ennemis, de manière que sa Majesté, faisant vertu de nécessité, fut contraincte de se soumettre iusques là, que d’aller en personne devers le comte Hugues et sa femme, où il fut fait quelque accord fourré de peu de durée. Car aussi tost que le roy fut retourné en France, on commança d’vne part et d’autre d’assembler gens, mesme le roy mit sus vne grosse armée auecques laquelle il entra en la terre des comtes, où il print plusieurs places. Le sire de Ionuille, en sa chronique , dit que peu auparauant ceste guerre, le comte Hugues auoit esté faire la reuerence au roy en la ville de Saumur, et l’auoit le roy fait seoir à sa table auecq’ Alphons son frère et le duc de Bretaigne, qui le rendoit de tant plus indigné et mal content du comte, lequel pour reprendre nostre propos ne dormoit pas pendant qu’on luy couroit ses terres, mais enuoya en Angleterre pour auoir secours de son beau fils. D’autre costé, la royne Yzabel, femme malicieuse, s’efforça de faire mourir le roy par poison, et pour ce atiltra deux hommes qui furent surpris et penduz, dont elle cuyda creuer de despit et se fust elle mesme desfaite sans l’empeschement de quelques vns des siens. Quant au roy d’Angleterre, il fit ordonner par ses estatz que on donneroit secours à la royne sa mère et à ses frères, qu’il disoit le roy de France vouloit déshériter, et se faisant chef de son armée, passa la mer et se ioignit auecques le comte Hugues au pays de Xainctonge, enuiron le temps que le roy Loys auoit pris sur ses ennemis la ville de Fontenay en Poictou, et le fils aisné du comte qui estoit dedans. Arriuez que furent les Anglois, le comte se mit aux champs et se rencontrèrent les deux armées à Taille-bourg, qui est un fort chasteau sur la riuiere de Charante, ou fut donnée la bataille, les Anglois mis en route iusques dedans la ville de Xaintes, dont leur roy se desroba la nuict ensuiuant et se retira à Bourdeaux, non sans se courroucer grandement au comte qui l’auoit fait venir et donné à entendre plusieurs choses contre vérité ; cela fait, le comte se voyant abandonné, délibéra de ne plus prester l’oreille aux folles parolles de sa femme, et se rendit et ses enfans à la mercy du roy : en faueur desquels enfans sa Majesté luy pardonna son mal tallent, et aux seigneurs de Pons et de Taille-bourg qui auoient suiuy son party. Toutes-fois, il fut dit que les places que le roy auoit prins sur luy et son frère demeureroient perdues au profit de la couronne de France. Polidore Virgille, historien angloys, dit que le comte Hugues fut plusieurs fois en Angleterre, pardeuers son beau fils, pour luy faire prendre les armes contre les François, et fait mention de deux batailles, où il se trouua contre le roy Loys, comptant les choses vn peu autrement que ne font nos chroniqueurs, ausquels i’adiouste plus de foy, mesmement au sire de lonuille, qui viuoit de ce temps là. Ceste guerre finie, le comte et la royne sa femme se retirèrent à Engolesme, et despuis ladite royne ne fit son profit et ne demeura gueres à mourir. Guaguin, en ses Annales, a escrit quelle n’eut le sens rassis et arresté, despuis qu’elle faillit à faire empoisonner le roy : fut enterrée a la Couronne en la chapelle Sainct Nicolas , près du comte Aymar son père, et encores se voit sa sépulture et d’vn sien fils nommé Vulgrin, qui mourut ieune.

Du second mariage d’Yzabel vindrent cinq fils, Hugues, Guy, Geoffré, Aymar, que Polidore Virgille appelle Odomar, et Guillaume dit de Valences, et quatre filles, Agathe, Yzabel, Marguerite et Alearde, ausquels le comte et sa femme, dès l’an mil deux cens quarante et deux, par testament auoient fait partage de leurs biens, et donné à Guy les seigneuries de Coignac, Merpin et Archiac, à Geoffré celles de Iarnac et Chasteau-neuf sur Charante, à Guillaume celles de Montignac, Belac, Rançon, et Champaignac en la Marche, à Aymar, celles de Couhé et Valences, et à Hugues dit le Brun, quatriesme de ce nom, leur fils aisné, les comtés d’Engolesme, de la Marche et de Lezignan, c’est à dire ce qui en restoit l’appanage de ses frères fourny, auecques le droit de faire batre monnoye esdits comtés, et à la charge qu’il assigneroit à Yzabel et Marguerite ses sœurs et à chascune d’elles deux cens liures de rente, et cent liures à Alearde, car quant à Agathe elle estoit desia mariée au sieur de Chauuigné, et estoit dit par exprès que, à deffaut d’enfans, les appanages reuiendroient à l’aisné. Aussi estoit dit que si Iarnac estoit et vint à Geofiré par P. Baudrant qui s’en pretendoit seigneur, que Hugues l’en recompenseroit iusques à cinq mille sols de rente, et Guy mille sols. : et s’il en failloit venir aux armes, Hugues et Guy feroient les fraiz pour vn tiers.

Icy quelcun pourroit demander, comme les terres de Iarnac, Coignac et Merpin qui n’estoient anciennement de la maison d’Engolesme y estoient entrées. le ne puis pas bien asseurement soudre ceste question, toutes-fois i’en diray ce que i’en sçay. Nobilie, fille de Helie Baudrant estoit dame de Iarnac, au temps du comte Guillaume, père d’Aymar, comme nous auons dit, et fut mariée à Ythier de Coignac : luy succéda vne sienne niepce nommée Amélie, femme de Phillipes, que les Chartres de l’abbaye de la Frenade asseurent auoir esté fils de Henry, deuxiesme roy d’Angleterre (il faut dire qu’il estoit bastard), et seigneur de Coignac et Merpin : Philippes et Amélie n’eurent aucuns enfans, et, après leur mort, s’empara le roy Anglois des seigneuries de Coignac et Merpin, en la terre duquel elles estoient, et les laissa par bienséance à Yzabel. Et quant à Iarnac, les comtes de la Marche le pretendoient, desquels les Bauderans estoient parens, et ie me doute qu’ils s’en emparèrent aussi.

Au temps que la royne Yzabel fut comtesse, il y eut à Engolesme trois euesques, Raoul deuxiesme, Iean et Pierre aussi deuxiesme, et au pays vesquirent plusieurs hommes de nom, desquels nous parlerons en la vie de Hugues le Brun.

CHAPITRE XVII - HVGVES DE LEZIGNAN, dit LE BRVN, quatriesme de ce nom, seiziesme comte d’EngoIesme.

Ysabel morte, le comte de la Marche, son mary, se retira en ses terres et laissa iouïr ses enfans du bien de leur mère. Qui fut cause que deslors du decez d’elle, qui fut en l’an mil deux cens quarante cinq, Hugues, son fils aisné, se dit et porta comte d’EngoIesme, lequel, comme nous avons dit, estoit marié à Iolend de Bre-taigne, comme aussi se mirent ses frères es biens qui leur estoient demeurez par leurs partages.

L’an mil deux cens quarante huict, le roy Sainct Loys fit vn voyage outre mer, et auecques luy furent Hugues, comte de la Marche, et le Brun, son fils, comme dit le sire de Ionuille en son histoire : au retour duquel voyage, le bon homme comte mourut, et fut enterré en l’abbaye de Valences, près Couhé, qu’il auoit fondée et fait bastir, et où il auoit eslu sa sépulture.

L’an mil deux cens cinquante, le Brun maria sa sœur Yzabel à Geoffré de Rançon, sieur de Taille-bourg, et fit nonnains ses sœurs Marguerite et Alearde.

L’an mil deux cens cinquante cinq, Robert, de la maison de Mont-beron, fut euesque d’EngoIesme , contre lequel se picqua le Brun, et y eut entre eux de grands différents, pour lesquels l’euesque, qui n’estoit le plus fort, eut recours au roy et à sa cour de parlement de Paris, par authorité de laquelle les partyes passèrent arbitrage, et conuindrent des euesques de Cahors et de Limoges pour en décider comme par arrest. L’euesque et le clergé d’EngoIesme se plaignoient que le comte, par son seneschal messire Guillaume Salmon, cheualier, les auoit bannis de ses terres, interdit l’vsage de feu et d’eau, fait faire deffences, à cry public, de leur vendre ou donner aucuns vivres ; deffandu tout commerce à leurs hommes et tenanciers, et si s’estoit emparé de tous leurs biens : tout cela estoit nyé par le comte ; toutes-fois, par la sentence des arbitres, il fut comdamné, entre autres choses, de ramener l’euesque et son clergé en sa ville d’EngoIesme, et assister à vne procession qui seroit faite un iour de feste, despuis le monastère de Sainct Auzone iusques en l’Eglise cathedralle, nudz piedz, en saye, sans ceinture, coeffe et chapperon, en faisant laquelle procession, les battants de la porte par laquelle ils deuoient passer, nommée de Sainct Pierre, deuoient estre bruslez en la place deuant l’Eglise, confesser, la procession faite, à la veuë de tout le peuple, auoir commis les choses susdites et promettre de ne les faire plus, et si fut condamné en cinq cens Liures de réparation et de fonder reuenu suffisant à l’entretenement de trois cierges pour ardre perpétuellement deuant le grand autel d’icelle Eglise, lors du seruice divin. Ceste sentence que i’ay veu en forme, en datte du iour Sainct Clément, mil deux cens cinquante neuf, contenoit tout ce que dit est, laquelle ie trouue vn peu dure et estrange, et ne sçay si elle fut exécutée en tous ses poincts, bien sçay ie que, iusques à huy, a esté entretenue la fondation de ces trois cierges, et y ont esté le roy et ses prédécesseurs comtes d’EngoIesme, condamnez, comme ayans droict de ceux de Lezignan.

L’an mil deux cens cinquante huict, Guy, seigneur de Coignac, Geoffré, sieur de Chasteau-neuf, et Iarnac, Guillaume et Aymar, frère du comte, passèrent en Angleterre voir le roy Henry leur demy frère, qui les reçeut grandement et d’arriuée, fit Aymar (que Polidore Virgile, en l’histoire des Anglois, nomme Odomar) euesque de Wicestre, leur donnant estatz et moyens de s’entretenir près de luy. Toutes-fois, il aduint aussi tost que ces ieunes princes, se voyans authorisez en pays estranger et appuyez du roy, commancèrent à entreprendre et faire les grands, cause que les Anglois (peuple mal endurant) se mutinèrent contre eux, et furent contraincts les quatre frères de s’en retourner en France, autheur Polidore Virgille.

Plus dit le mesme historien, que despuis le roy Henry eut guerre contre les princes de son sang, desquels estoit chef Simon, comte de .Mont-fort, en laquelle il implora le secours de ses frères : qui fut cause que Guy Geoffré et Guillaume passèrent derechef la mer auecques tant de gens qu’ils peurent finer, et furent secourir le roy leur frère, qui néanmoins perdit la bataille, en laquelle il fut prins, et Guy tué auecques la pluspart de ses hommes : Polidore dit bien que les trois frères y demeurèrent, mais les chroniques d’Angleterre ont estendu l’escriture en c’est endroict en faueur de leur nation, car il se prouue assez que Geoffré et Guillaume vesquirent despuis fort longuement, comme i’ai veu au trezor de l’abbaye de Sainct Cybart, par vn contract de transaction d’entre la veufue de Geoffré et son fils, touchant leurs biens, datté de l’an mil deux cens octante, et par des lettres patentes de l’an mil deux cens soixante et quatre, que le roy Sainct Loys enuoyoit à Geoffré. Et quand à Guillaume, i’ay aussi veu vn tiltre au trezor de l’euesque d’Engolesme, datte de l’an mil deux cens septante six, portant que Guillaume de Valences le ieune, recognoist tenir hommagement de l’euesque Guillaume la baronnie de Montignac, en présence et du consentement de Guillaume son père, et Iean son frère aisné. Et voilà comme mourut le seigneur de Coignac. Par le decez duquel (par ce qu’il n’auoit aucuns enfans) retournèrent les seigneuries de Coignac, Merpin, et Archiac au comte son frère aisné.

L’an mil deux cens soixante, mourut Hugues le Brun, comte d’Engolesme, âgé seulement de quarante ans, et fut enterré en l’église de la Couronne, en la chapelle des Apostres, comme i’ai leu au Martyrologe de ladite église : laissa de sa femme Ioland quatre fils et vne fille, Hugues, Guy, autre Guy, surnommé de la Marche, Aymar et Ieanne.

Du temps de ce comte et de la royne Yzabel, viuoient en Engomois plusieurs hommes de nom, et entre autres Guy, sieur de la Roche-foucault, fils d’autre Guy, duquel a esté parlé, et Emery son frère, sieur de Claiz et Baiec ; autre Robert, sieur de Mont-beron, qui espousa Mathilde de la Roche-foucault ; Alo deuxiesme, sieur de Mont-moreau ; Guillaume, sieur de la Rochanderye ; Ythier de Barbezieux, Ythier de Ville-bois et Ythier de la Roche-beaucourt frères ; Iourdain de Chabanois, fils de Guillaume, lequel Iourdain espousa Aaliz, comtesse de Bigore, qui est enterrée au conuent des Dames à Montargis, auecques cest epitaphe, que j’ay bien voulu icy transcrire , m’asseurant que ceux qui se plaisent en noz antiquitéz, ne se desplairont de le lire .
Cy gist Madame Aaliz iadis comtesse de Bigore et dame de Chabanois et fille du noble comte Monseigneur Guy, second fils le comte Symon de Mont-fort, qui pour la foy chrestienne mourut contre les Bougres en Aubigeois.

Et les armoyries de ladite Aaliz sont la depeinctes, myparties de Mont-fort et de Chabanois, sçauoir celles de Mont-fort, vn lyon rampant d’azur en champ de gueules, et celles de Chabanois, deux lyons passans de gueules en champ d’argent. Aussi florissoient du mesme temps trois illustres familles de gentils-hommes, les Tizons, Pauthes et Chambes, dont la lignée estoit esparse en diuers lieux : mesmes il me souuient d’auoir leu d’vn Helies Tizon, cheualier, qui espousa dauphine de la Monnoye, dame d’Argence, du viuant de la royne Yzabel, et de messire Hubert, sieur de Chermens, lequel n’aiant que vn seul fils, le donna et tous ses biens, après sa mort, à l’église Sainct Pierre d’Engolesme.

CHAPITRE XVIII - HVGVES DE LEZIGNAN, seigneur de Fougieres, dix-septiesme comte d’Engolesme

Le fils aisné du comte précèdent fut apellé du nom de son père, et luy succéda es comtés d’Engolesme , de la Marche et de Lezignan. Le second fils fut nommé Guy, et eut pour son appanage les chastellenies de Coignac, Merpin et Archiac. Guy second, surnommé de la Marche, fut fait moyne ; Aymar fut euesque de Wicestre, en Angleterre, par la démission de son oncle ; Jeanne fut mariée avecqu’vn seigneur anglois, Roger de Mortemer ; Ioland, leur mère, fut douée de la chastellennie de Boutheuille, auquel lieu, après que ses enfans furent grands, elle se retira et passa le reste de son aage viuant simplement et religieusement, et la mourut et fut enterrée au prieuré dudit lieu, ou encores de nostre mémoire, s’est veuë sa sépulture. Par le decez de laquelle Ioland, le comte Hugues fut fait seigneur de la ville et terre de Fougieres en Bretaigne, qui estoit eschuë à sa mère, en partage des biens de sa maison. La chronique de Bretaigne dit que le comté de Paintheure, en Bretaigne, luy auoit esté donné en mariage ; mais ie n’en ay trouvé ailleurs. Or, à propos de ce comte, ie veux bien advertir le lecteur que i’ay esté plusieurs fois trompé, et non moy seul, en l’intelligence des noms propres de ces Hugues, comtes d’Engolesme, dont nous en auons desia trouué trois, cestuy cy, son père et son aieul, et encores trouuerons le prochain comte son fils, tous apellez d’vn mesme nom. : qui a fait à plusieurs prendre quelquefois les vns pour les autres, et sen est trouué de bien sçauans es histoires qui ont pensé que tous quatre n’estoient que vn. Mais i’ay descouuert la vérité telle que ie l’escris par tiltres et pancarthes, faisans mention d’eux, conférées ensemble, et par les partages de leurs maisons. Et à fin que celuy qui recherchera ces antiquitéz les puisse discerner les vns des autres, ie l’aduise que Hugues de Lezignan, mary de Yzabel se tiltroit ainsi : Hugo de Leziniaco, comes Marchiae et Engolismae ; le second, Hugues mary d’Yoland, Hugo Bruni, comes Marchiae et Engolismae, et le comte dont nous parlons à présent, Hugo de Leziniaco, comes Marchiae et Engolismae, et Dominus Fulgeriarum. Et qui me demanderoit pourquoy ils se nommoient ainsi d’vn mesme nom, et aucuns du surnom de Brun, ie respondz que c’estoit la façon des anciennes familles d’auoir tousiours quelques noms plus affectez, peut estre pour souuenance de quelcun des leurs qui les auoit portez : et voila pourquoy il se trouue en la maison de France, tant de Charles et de Loys, en la maison de Poictou et d’Engolesme, tant de Guillaumes, et en la maison de Mont-beron, tant de Roberts.

Pour retourner à nostre propos, le comte Hugues ne fit pas en son viuant de grandes choses que i’aye leu : I’ay trouué seulement qu’il fit pauer toutes les advenues de la ville d’Engolesme, et le chemin depuis la ville iusques à vn port de la riuiere de Charante, apellé de Basseaulx, lequel chemin dure enuiron demie lieuë, et estoit pour lors garny de maisons des deux costéz, comme vn faux-bourg trauersant le lieu qui auiourd’huy est en bois et buissons, appelle la grand Guarenne, et anciennement estoit en uignes, iardinages et lieux de plaisance. Il fut marié et n’ay sçeu trouuer dequel lieu estoit sa femme, en laquelle il engendra deux fils et deux filles, Hugues, Guy, Yoland et Marie : mourut l’an mil deux cens octante et deux et fut enterré près son père, en l’église de la Couronne.

Apres le decez de Hugues, sa veufue, pendant le bas aage de ses enfans, fit faire la seconde muraille de la ville d’Engolesme, qui renferme le bourg Sainct Marcial du costé des champs, prenant depuis la tour appellée Landon iusques à la porte de Chandos, fit reparer le vieux chasteau, et commença l’œuure magnifique de la grand salle, qui encores se voit audit chasteau : et autre chose n’ay trouué d’elle, fors que son nom estoit leanne.

Du viuant de ce comte y eut trois euesques à Engolesme : Pierre troisiesme, Raymond et Guillaume aussi troisiesme, et furent bastis les conuents des Iacobins et Cordeliers, des aumosnes du peuple, et en Engomois deux églises collégiales, sçauoir, celles de la Roche-foucault et Aubeterre.

Du mesme temps mourut Guillaume, sieur de Valences, son oncle, qui laissa deux enfans, ; Aymar et Guillaume, et est enterré en l’église de Valences, près Couhé ; mourut Aymar, euesque de Wicestre, qui resigna son euesché à Aymar, fils de Hugues son nepueu, et fut enterré en la mesme église, au milieu du chœur ; mourut Geoffré, seigneur de Chasteau-neuf et Iarnac, qui laissa vn fils de son nom , lequel fut marié auecques Peyronnelle de Senlis, comtesse de Dreux ; mourut aussi Geoffré de Rançon, sieur de Taille-bourg, mary de Yzabel de Lezignan, sans enfans.

CHAPITRE XIX - HVGVES DE LEZIGNAN , surnommé LE BRUN, cinquiesme de ce nom, dix-huictiesme comte d’Engoulesme

Ce comte succéda à son père, l’an mil deux cens octante et deux, comme il a esté dit. Il espousa Beatriz, fille de Hugues, quatriesme du nom, duc de Bourgoigne, de laquelle il n’eut aucuns enfans : maria ses sœurs, sçauoir : Iolend auecques le sieur de Pons, et Marie auecques le comte de Sancerre. A son frère Guy, qui au commancement fut appelle Guyot et Guyart, donna par prouision de partage le fief vicomtal en la terre de la Roche-foucault, qu’il auoit acquis du vicomte de Limoges, et quelques autres choses de peu de valeur, et après se mit à bastir la grand tour du chasteau d’Engolesme, et paracheva la salle encommencée par sa mère, qui sont deux merveilleusement beaux édifices. Aucuns ont pensé, et est le commun bruict en la ville, que ceste salle a esté bastie par les Anglois, qui est faux, d’autant que les Anglois ne retindrent iamais la ville que vnze ans à une fois, et huict mois à l’autre, temps non suffisant à bastir chose de telle estofe, aussi n’y firent-ils iamais que mal, comme il sera dit cy après, et furent tousiours en guerre pendant ce temps là. D’auantage les armoiries de la maison de Lezignan, ses alliances et diuises desquelles est ceste salle toute pleine, monstrent assez du contraire : lesquelles armoiries sont, quant aux armes pleines de Lezignan, que l’aisné portoit, faces d’argent et d’azur de dix pièces ; celles de la maison de Coignac, faces d’argent et d’azur, au lambel de gueules ; de la maison de Chasteau-neuf, faces d’argent et d’azur à vn lyon rampant de gueules sur le tout ; de la maison de Valences, faces d’argent et d’azur, à dix faucons de gueules, 4, 2, 2, 2 ; les armes de la comtesse Beatriz, les anciennes armes de Bourgoigne, qui sont : cheurons d’or et d’azur de six pièces, et celles de la maison d’Engolesme, lozenges d’or et de gueules.

Il recueillit, auant mourir, la succession de son oncle Guy, seigneur de Coignac, lequel décéda sans enfans, l’an mil deux cens quatre vingts et huict, duquel i’ay veu le testament, portant que Guy institue son héritier vniversel, monsieur Hugues le Brun, comte d’Engolesme et de la Marche, son nepueu ; lègue mil cinq cens liures pour soudoyer des gens de guerre à la première expédition qui se feroit contre les Turcs, desquels gens de guerre il veut que son nepueu, ou autre de son lignage soit conducteur, et mil liures pour marier les pauures filles de ses terres ; lègue les seigneuries de Salles et Genté à Guy de Mortemer son nepueu ; fait ses exécuteurs son frère l’euesque de Wicestre et Guy de la Marche son nepueu, et fut le sire de Coignac (ainsi se nommoit il) inhumé aux Cordeliers dudit lieu, qu’il auoit fondé et faict bastir.

L’an mil trois cens et trois, mourut le comte Hugues le Brun sans enfans, et fut enterré en l’église de la Couronne, deuant le grand autel, laissé pour successeur Guyot son frère : et de son temps vesquirent en Engomois d’hommes de qualité et honneur ceux qui ensuivent : ce Guillaume , euesque , duquel nous auons parlé, qui estoit de la maison de Blaye ; Emery, fils de Guy, sieur de la Roche-foucault, qui est enterré aux Cordeliers d’Engolesme, et laissa deux fils et vne fille, Geoffré, Guy et Letice : mais Geoffré mourut ieune. Vn autre Robert, sieur de Mont-beron, Echiuat, fils de Iourdain, sieur de Chabanois et comte de Bigorre, qui mourut sans hoirs, et luy succéda Lore de Chabanois, sa sœur, Viuien, fils de Ythier, sieur de Barbezieux et Guillaume second, sieur de la Rochandrie. Estoit aussi vn grand et notable personnage, archidiacre de Bourges, nommé M. Helies Leotard, qui gouuerna la maison du comte Hugues le Brun, et fit bastir le lieu de la Leotarderie, et la maison de Belle-ioye en la ville d’Engolesme. En laquelle ville les principalles et plus signalées familles d’alors estoient les Aurifonds, les Odons, les Cailles, Peletans, Ythiers et Vauquartes, et des gentils-hommes d’autour la ville, les Tisons, les Chambes, Poupeaulx, Geoffrés ; ceux de Sainct André, de Cicoignes et de Chasteau-neuf, la pluspart desquelles maisons sont fondues pour le iourd’huy.

Il se trouue de ce temps que la seigneurie de -Villebois estoit du domaine de la maison d’Engolesme ; mais ie ne vous pourrois dire comme elle y estoit entrée ; il faut dire que ce fut par acquisition.

CHAPITRE XX - GVY DE LEZIGNAN, dix neufuiesme comte d’Engolesme

Quant Hugues le Brun deceda, il iouysoit des comtés d’Engolesme, la Marche et Lezignan, et de la ville de Fougieres en Bretaigne. A tous ses biens succéda Guy, son frère, auparauant appelle Guyot de la Marche, lequel paruenu à ceste succession, accorda premièrement auecques la comtesse Beatriz touchant ses deniers dotaulx, douere et autres droits qu’elle auoit en la maison de son mary. l’en ay veu la transaction en forme qui porte que à Beatriz demeure pour son douere, et pour la part qu’elle pretendoit aux acquestz faicts durant son mariage, sçauoir pour les biens d’Engomois, la terre et seigneurie de Boutheuille, reserué Moulineux, pour en iouïr sa vie durant, et si Boutheuille ne valoit le tiers du reuenu des biens d’Engomois, il luy debuoit estre parfoumy sur Coignac et Merpin, que le comte prenoit à luy guarentir du roy d’Angleterre. Pour les biens de la Marche et de Bretaigne, il luy estoit assigné trois mil liures sur Fougieres, dix mil liures que se montait son dot luy estoient payez à termes, et luy estoit baillé le tiers des meubles, fors des armes, tantes et pauillions, et des anciens ioyaux de la maison qui demeurèrent au comte Guy. Et pour sa demeure luy fut laissée la maison de Taille-fer en la ville d’Engolesme, laquelle se voit près de l’église de Sainct André. Cet accord fait, le comte (qui pour la pluspart auoit esté nourry en Poictou) se retira à Lezignan et à Poictiers. Il ne fut iamais marié et mourut ieune, quatre ans après qu’il fut comte, l’an mil trois cens sept : fut enterré aux lacobins de Poictiers, que ses prédécesseurs auoient en partie fondé et fait bastir.

On dit que Philippes le Bel, lors roy de France, passant par Poictiers, le fut voir malade, et le fit pratiquer, affin qu’il luy fist don de ses biens. Somme que Guy fit testament, par lequel il institua le roy son héritier vniuersel : pour recompence, sa Majesté luy fit ériger vn riche et magnifique tombeau, qui se voyoit nagueres au milieu du chœur desdits lacobins, et par ce moyen paruindrent ou plustost retournèrent à la Couronne ces trois belles terres d’Engolesme, la Marche et Lezignan, quatre cens ans ou enuiron après qu’elles en furent premièrement distraictes par l’vzurpation qu’en firent les gouuerneurs qui y auoient esté establiz par le roy Charles, surnommé le Chauue, comme nous auons dit cy deuant.

Du viuant de ce comte, et l’an mil trois cens cinq, mourut Geoffré, seigneur de Chasteau-neuf et larnac, sans enfans. Il auoit vne sœur qui fut mariée en la maison de Marle, dont vint Dreux de Marle auquel succédèrent Raoul, comte d’Eu, lean d’Eslion, sieur d’Arlay, et Amorry , sieur de Craon, qui en leur viuant se portèrent seigneurs de Chasteau-neuf et larnac. La veufue de Geoffré, comtesse de Dreux, eut pour son douere Chasteau-neuf, duquel elle iouït fort longuement.

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