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1583 - 1595 - Mémoires et correspondance de Philippe Duplessis-Mornay.

D 11 février 2009     H 19:39     A Pierre     C 0 messages     A 1181 LECTURES


Quelques lettres extraites de la volumineuse correspondance de ce militant de la cause huguenote : il y parle de la situation en Saintonge et en Angoumois au cours de la 8ème et dernière guerre de religion. Il indique en particulier quels sont les plus importants soutiens du Roi de Navarre (devenu roi de France en 1589) dans cette région.

Source : Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay pour servir à l’histoire de la réformation et des guerres civiles et religieuses en France, sous les règnes de Charles IX, de Henri III, de Henri IV et de Louis XIII, depuis l’an 1571 jusqu’en 1623 - Philippe de Mornay, Charlotte Arbaleste de Mornay, Armand Désiré de La Fontenelle de Vaudoré, Pierre René Auguis – Paris – 1824 – Books Google

Voir en ligne :
Philippe Duplessis-Mornay, (1549-1623) était un théologien réformé, un écrivain et un homme d’État français, ami d’Henri IV. Il fut l’un des hommes les plus éminents du parti protestant à la fin du XVIe siècle. En savoir plus sur Philippe Duplessis-Mornay (Wikipédia)

 Estat du Roy de Navarre et de son parti en France, envoyé audict sieur de Falsingham, en mai 1583.

Le roy de Navarre doibt estre consideré, premierement en la qualité en laquelle par la grace de Dieu il est né ; secondement, en celle en laquelle il a pleu à Dieu l’appeller depuis, à sçavoir en tant que premier prince du sang et chef de la maison de Bourbon ; et en tant que chef des eglises reformees de France.

En la premiere qualité son auctorité croist tousjours, et ne peult decroistre, le roy estant, comme on estime, du tout hors d’espoir, et monseigneur loing d’avoir enfans ; l’ung ayant esté si long temps marié sans en avoir, et l’aultre ne l’estant encores poinct. Cela est cause que tous les bons François commencent à jetter les yeux sur lui, et taschent de plus en plus à anticiper sa faveur. Joint que le mal qu’ils sentent du gouvernement present du roy, et qu’ils attendent à l’advenir de monseigneur, veu les eschantillons qu’il en monstre, donne grand lustre au roy de Navarre, duquel personne n’a occasion de se plaindre, et auquel nul ne peult jusques ici reprocher cruauté, perfidie, ni oppression quelconque.
Nostre paix aussi, dont nous avons usé modestement, a faict oublier au peuple les plaies des guerres civiles dont on nous faisoit porter la haine. Et, pendant icelle, il a tant pati, ou des nouveaux imposts du roy , ou des mangeries des troupes de son altesse, qu’ils ont succedé à nostre haine, et le roy de Navarre, en quelque façon, à leur bienveillance, en tant qu’on a à se plaindre de tous, fors que de lui.

[NDLR : Suit un inventaire, province par province, des zones favorables au Roi de Navarre : J’ai retenu dans cet inventaire ce qui concerne l’Angoumois et la Saintonge]

Tirant puis apres du midi au nord, c’est à dire de la basse en la haute Guyenne, et sortant des duchés et comtés patrimoniales du roy de Navarre, entre la Garonne et Dordogne se trouve le pays qu’on appelle des Deux Mers, presque tous de la relligion, dont j’ai veu lever en quattre jours quattre mille arquebusiers, où sont Bergerac, Saincte Foi, Castillon, tous passages sur la Dordogne. Et delà en avant, les pays d’Angoulmois, Xaintonge, Poictou, et Aunix, d’où sortiront au moins cinq cens gentilshommes de la relligion et six mille arquebusiers. Sur iceulx a esgard principalement monseigneur le prince de Condé, resident à Sainct Jean d’Angely, duquel la pieté et valeur est cogneue, et prend conseil des plus sages et plus experimentés seigneurs et gentilshommes du pays. Les principaulx de la noblesse y sont : M. le comte de la Rochefoucault, M. le baron de Montandre et de Montguion, le baron de la Roche Allez, le baron de Montlieu, le baron de Plassac, frere de M. de Mirambeau ; les sieurs du Son, des Ageaux, de Boisrond, de Vibrac ; puis en Poictou, le baron de Verac, le baron de Tonnai Boutonne, les sieurs de Sainct Gelais, de Vaudoré,de la Boulaye, de Sainct Estienne, de Vieillevigne, de la Fromentiniere, de Tifordiere, de Montfernier, desEssars, de la Boucherie , etc., desquels les noms sont prou cogneus es guerres de Poitou ; et oultre plusieurs petites villes et chasteaux, ils y ont pour retraite Ponts, Sainct Jean d’Angely et La Rochelle. A Sainct Jean est gouverneur M. de Mesme, tres sage et experimenté gentilhomme. Quant à La Rochelle, elle est gouvernee par ses maire et eschevins ; le maire est à present Choisi, homme zelateur de la relligion. Et par ces pays se peult parvenir depuis les monts Pyrenees jusques en Bretagne.

 4 septembre 1595 - Lettre de M. Duplessis à M. de Lomenie.

Monsieur, je n’ai lettres de vous depuis Guichard ; je m’en plains à bon escient, car je vous ai escrit plusieurs fois et du public et du particulier. Vous aurés sceu l’esclandre de La Chastaigneraye ; les habitans assemblés en une maison de M. de Vaudoré pour le presche, y ont esté massacrés par ceulx de Rochefort, gens imbelles et sans armes, et y en a deux cens de morts, hommes, femmes, sexagenaires, jusques aulx enfans qu’on portoit au baptesme, avec ces mots, qu’ils avoient charge de Monsieur (c’est M. de Mercœur) de ne prendre plus aulcung huguenot prisonnier ; les Eglises de Poictou en sont estrangement picquées, et s’assemblent pour en deliberer. En voici d’ung aultre en mesme temps : cejourd’hui, j’ai advis certain que ceulx de Xaintonge, d’une et d’aultre relligion, sont en armes contre M. du Massais, ont transporté la recepte à Pons, deffendeu de porter plus les deniers à Xainctes et Angoulesme, etc. Pour la direction de ce remuement sont nommés, de la part de ceulx de la relligion, les sieurs de Monguion, de La Case, de La Chaise et de Sainct Surin ; pour les catholiques, les sieurs de Chalais, de Surgeres, de Monac et d’Ecoyeux ; marchandise, comme sçavés, fort meslee. Ils s’en trouveront en peine, et appelleront leurs voisins à leur aide, et ne doubtés qu’estant ceulx de Poictou ensemble pour le carnage de La Chastaigneraye, il n’y soit aussi deliberé du faict de Xaintonge ; on faict entendre que sa majesté l’approuve. Je vous prye que je sçache au plustost, et par vostre moyen, son intention, afin de ne faillir poinct. Il est certain que la dame de La Chastaigneraye a faict ce coup ; car huict jours devant, elle avoit deffendeu à ses subjects, sous grandes menaces, de porter leurs armes au presche, et de long temps, el !e les persecutoit ; de semblables estincelles grands feux se sont allumés, tesmoing Vassy. Je plains sa majesté travaillee de tant d’accidens ; mais si fault il les scavoir pour y pourveoir. Sur ce, etc.
Du 4 septembre 1595

 16 septembre 1595 - Lettre de M. Duplessis à M. de Lomenie.

Monsieur, je continue ma plaincte ; car je n’ai rien de vous depuis Guischard. Si vous ai je escrit de choses d’importance, et n’avés aussi eu faulte de subject. Le mouvement de Xaintonge continue. La noblesse d’une et d’aultre relligion y a pris le tiers estat en protection contre l’oppression de M. d’Espernon et des siens. Ils font estat de cinq cens chevaulx et de six mille hommes de pied, et plus, ont saisi le chasteau de Barbezieux, tué celui qui le tenoit pour M. du Massais, et taillé en pieces quelques ungs de ses chevaulx legers ; ont sommé ceulx de Sainct Jean de se joindre pour le bien du pays, lesquels se tiennent clos et couverts. Ceulx de La Rochelle aussi, qui ont respondeu qu’ils n’abandonneroient jamais la cause publicque ; mais qu’ils desiroient aussi qu’il ne se feist rien mal à propos. Le carnage de La Chastaigneraye, faictpar ceulx de Rochefort, adve- neu en mesme temps, a fort animé ceulx de Poictou ; lesquels ont assigné une assemblee à Fontenay pour adviser aulx moyens d’en avoir raison, attendeu que les ennemis ont tesmoigné par là la cruelle difference qu’ils font entre les subjects du roy de la relligion et les aultres...

De Saulmur, ce 16 septembre 1595.

 8 octobre 1595 - Lettre de M. Duplessis à M. de Lomenie

MONSIEUR , les affaires de Xaintonge n’ont peu s’accorder. M. du Massais en traictant a pris le loisir de faire venir des forces ; a mis canon en campagne, et menace d’assieger M. de Monguyon à Montandre, s’il n’obeit, et si tout le peuple ne remet les armes dans Talmond. Les sieurs de Roussillon, de Longchamp, de La Ferriere, de Monac, et du Bourdet, qui s’entremettoient en cest affaire, ont trouvé ledict sieur du Massais inexorable. Il y a dedans Montandre avec M. de Monguyon huict cens arquebusiers et cinquante gentilshommes. Cela n’est pas aisé à forcer ; mais il y a danger que plusieurs interests ne se meslent ensemble, et ne fassent du particulier le public. Sa majesté ne negligera cest affaire, s’il lui plaist, et seroit a desirer que M. le marquis de Pisani y feust desjà. Si sa majesté a quelque intention plus interieure à cause de M. d’Espernon, je vous prye que j’en sois adverti, afin que selon cela je la serve. J’eus hier lettres de la royne. M. de Mercœur, apres avoir reteneu son lacquais dix sept jours, ne lui respond que des chansons. Il a commandé à ceulx de Rochefort et Craon de nous faire la guerre ; craignant que M. de Boisdaulphin n’en leve les soldats, s’il y a trefve. M. de La Bastide est cejourd’hui avec lui, pour lui faire crier vive le roy ; ce qu’il a differé jusques à ce qu’il eust de l’argent. Je vous remercie de l’expedition des pouldres. Je verrai si j’en pourrai faire mon profict, etc.

Du 8 octobre 1595.

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