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1590-1598 - Angoulême (16) : Misère, épidémie et brigandage. La fin du siècle.

D 20 février 2009     H 19:23     A Pierre     C 0 messages     A 909 LECTURES


Sixième volet de l’étude d’Auguste-François Lièvre, en 1886.

Auguste-François LIEVRE, était Bibliothécaire-archiviste de la ville de Poitiers, correspondant du Ministère de l’Instruction publique. Il a été président de la SAHC en 1879-81, et en 1885-86.

Source : Bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente - Année 1886

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Voir en ligne :

VI. 1590-1598 - Misère, épidémie et brigandage. La fin du siècle.

La guerre et la contagion laissèrent derrière elles la misère et la disette. Le prix des denrées était si élevé que le maire crut devoir en fixer lui-même le taux, mesure d’autant plus mal entendue qu’étant locale, elle ne pouvait avoir d’autre effet que d’engager les cultivateurs à porter ailleurs leurs produits. Cette loi du maximum fut pourtant approuvée en maisée, et il fut décidé qu’on poursuivrait les délinquants, « mêmement Mathurin Desforges, qui avait vendu du vin à trois sous la pinte ».

Le nombre des pauvres était effrayant et celui des malades toujours considérable, quoique rien n’indiquât une constitution épidémique, un effet de contagion.

Angoulême - Eglise Saint-Martin, vue nord-est (rue S. Martin)
Inventaire Archéologique d’Angoulême - J. George et P. Mourier - Angoulême - 1907

Une requête présentée, en 1590, à Henri IV par les gentilshommes de l’Angoumois et de la Saintonge restés fidèles ou ralliés à sa cause, nous dépeint le misérable état auquel les agitations de la Ligue avaient réduit ces provinces, où, même depuis son avènement, « les gens de guerre auraient toujours tenu le plat pays et continué les pilleries et saccages accoutumés. Et, outre, s’est levé et lève encore de présent tant de tributs et daces sur toutes sortes de marchandises et fruits, par les mers, rivières, ponts, ports et passages, qu’ils rompent tout trafic et commerce. Comme aussi il s’y est levé tant de magasins et subsides que le peuple en est rendu prochain de sa ruine ; et d’autant, disaient les gentilshommes au roi, que, de toutes ces levées, n’en était aucune chose convertie au paiement de vos garnisons, vous auriez, pour y subvenir aucunement des deniers de vos tailles et taillons, imposé si grande somme de deniers sur le peuple, que le prix de la vente de tout leur bien ne pourrait y satisfaire » [1].

Cette même année, au printemps, la peste paraît avoir fait une réapparition à Angoulême, et, à ce moment, on avait pour le moins autant besoin de lits et de linge à l’hôpital Saint-Roch que de pain pour les indigents. Le 13 avril, en effet, le corps de ville délibérait sur la question de savoir si, pour procurer des meubles à cet établissement, on ne vendrait pas le blé provenant d’une rente léguée aux pauvres par un membre de la famille Saint-Gelais.

Rien ne pourrait donner une idée de la désolation du pays, ravagé à la fois par la misère, l’épidémie et le brigandage, qui a succédé à la guerre civile. Etienne Pasquier, se rendant à Cognac, en 1591, traversa l’Angoumois et passa, dit-il, « par tel grand bourg clans lequel il n’y avait que quatre ou cinq pauvres ménages », et dans lequel on ne trouvait pas toujours de quoi manger. « Sous le masque de soldats se diversifiant tantôt en Ligueurs, tantôt en Royaux », les voleurs infestaient le pays [2].

La Ligue deux ou trois ans après commença à se dissoudre et la tranquillité à revenir ; mais quatre mauvaises récoltes qui se succèdent à partir de 1595 entretiennent la misère, qui arrive à son comble en 1598. Les cent membres du corps de ville, qui d’ordinaire à l’occasion de l’élection du maire se donnaient un dîner, s’en privent cette année-là, « attendu la cherté et le nombre infini des pauvres ». Les hôpitaux n’ont ni lits ni linge, et la ville est obligée de contraindre les aumôniers, qui touchent les revenus de ces établissements, à les mettre en état de recevoir les malades. Elle impose une somme de deux cents écus sur les 28 mars, habitants pour la distribuer aux pauvres d’Angoulême et à ceux de la campagne, qui affluent aux portes de la ville en nombre si inquiétant qu’on juge prudent de ne pas les leur ouvrir. La caisse municipale est vide ; l’apétissement, qui est la principale source où elle s’alimente, au lieu de 400 livres, n’en donne plus que 240. Le roi réclame avec menace 1,200 écus qu’on lui a promis depuis un an pour l’aider à en finir avec les Ligueurs de la Bretagne. Au lieu d’argent, la ville lui envoie des remontrances tendant à se faire décharger, « à cause de l’extrême pauvreté et nécessité en laquelle 12 octobre, sont réduits les habitants avec le reste du pays d’Angoumois, par le moyen de la stérilité générale et universelle qui a continué et continue en tout ledit pays pour toutes espèces de fruits dès et depuis quatre ans en ça ; laquelle stérilité a été si grande qu’elle a réduit à mendicité la majeure part des habitants, tant de la ville que des champs, ayant consommé tous leurs moyens à se nourrir et payer les grands subsides dont ils sont chargés, tellement que cette extrême indigence a formé un nombre prodigieux de pauvres mendiants, jusques à quatre mille pour le moins, lesquels tiennent ordinairement assiégées les portes des maisons desdits habitants étant chargés de la nourriture des pauvres ».

Le but de cette requête nous porte à croire que, comme toutes celles à mêmes fins, elle exagère peut-être un peu, et, d’un autre côté, les bourgeois d’Angoulême, pour la plupart anciens Ligueurs, devaient être peu disposés à donner leur argent pour porter le dernier coup à la Sainte-Union. Quoi qu’il en soit, la misère était grande et l’hiver allait commencer.

Avant d’expirer, le XVIe siècle vit enfin résoudre la question religieuse, posée depuis si longtemps et qui avait si profondément troublé les trente ou quarante dernières années. Le peuple peut se mettre au travail ; l’aisance revient avec la paix, et s’il y a encore beaucoup de misère, de longtemps du moins nous n’aurons plus à enregistrer de ces affreuses famines qui étaient la conséquence, non des intempéries, mais de l’abandon où le paysan, pillé, accablé de charges et découragé, laissait la terre. Les épidémies elles-mêmes, qu’il n’est pas aussi facile de conjurer, vont, par suite d’un peu plus de bien-être, diminuer d’intensité et de fréquence.


[1Bulletin de la Société archéologique de la Charente, VIII, 43.

[2L. Audiat, Un fils d’Etienne Pasquier, 68. — E. Pasquier, Lettres, liv. XIV, lett. 7.

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