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1591 – Cognac, sa douceur de vivre et ses richesses : pour Estienne Pasquier ça vaut bien la Touraine

D 3 mars 2010     H 20:52     A Jean-Claude, Razine     C 0 messages A 771 LECTURES


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1591 – Estienne Pasquier compare le Cognacais à la Touraine pour sa douceur de vivre et ses richesses

Sources : Estienne Pasquier : recherches de la France. – François de Chèmerault au roi, Poitiers 28 mars 1585 –Estienne Pasquier lettres : livre XIV. – Etudes historiques sur l’Angoumois.

Estienne Pasquier avocat général du roi Henri III à la chambre des comptes de Paris est obligé de quitter la capitale pour se réfugier à Tours en 1588 pendant la ligue. S’il est avocat de formation il est aussi un humaniste, poète, écrivain. Membre mineur de la Pléïade il laisse des œuvres en prose notamment ses « recherches de la France ». Désireux de favoriser la réconciliation entre protestants et catholiques il s’attache à chercher les origines historiques de l’unité de la nation française. Fin observateur de la société de son temps il a laissé un grand nombre de lettres et l’une d’entre elles décrit l’Angoumois et le pays de Cognac après la dernière guerre de religion. Il n’hésite pas à comparer le pays de Cognac au jardin de la France à l’instar de la Touraine.

Après Octavien de Saint-Gelais en 1493, et Étienne Pasquier en 1591, les cognaçais ont certainement senti des petites ailes leur pousser dans le dos...

Ceste grande rivière incognüe, qui passait au travers de l’ancien paradis terrestre, s’est transformée en celle de la Charente
Dessin de Jean-Claude Chambrelent - 02/2010
1585 1591 - LE CONTEXTE

Depuis 1576, date de création de la 1ère Ligue, protestants et catholiques se livrent une lutte sans merci. En 1585, avec la 2ème Ligue commence la huitième guerre de religion à cause de l’Édit de Nemours imposé par les ligueurs. Les troubles désorganisent l’activité économique et l’insécurité règne partout. Barbezieux-Chèmerault écrit au roi Henri III : « En Angoumois et Saintonge la noblesse ne scait à qui parler et le bruit est commun que les doubles pistolets y courent en grand nombre et y a de grandes ligues plus que pardeça ». Dans les années qui suivent, le pays est à feu et à sang.

En 1588, Henri III fuit la capitale comme Estienne Pasquier. L’agitation règne dans toutes les provinces. Le Duc d’Epernon, gouverneur d’Angoulême, favori du roi est un personnage altier. Aussi a t-il l’art de se créer des inimitiés. Le Duc de Guise est l’artisan de sa mise à l’écart. D’Epernon perd la faveur du roi et en juillet, il se réfugie dans son gouvernement d’Angoumois où il échappe par miracle à un guet-apens. Des esprits particulièrement échauffés et la cabale orchestrée par le Duc de Guise accusaient le duc d’Epernon de pactiser avec Henri de Navarre. Après la capitulation des insurgés les hostilités entre catholiques et protestants continuèrent. Il faudra attendre 1589 pour qu’un retour à l’ordre s’instaure et que le cycle infernal des guerres de religion cesse enfin avec l’avènement du roi Henri IV. L’anarchie prend fin mais le pays est marqué pour longtemps par les luttes fratricides. Il mettra longtemps à se reconstruire. L’insécurité pour les voyageurs est le lot commun. Si les exactions des soldats sont encore monnaie courante et les stigmates des destructions évidents, à l’instar des mentalités la nature dans les campagnes semble renaître.

C’est toute cette contradiction que souligne Etienne Pasquier dans sa lettre de 1591. Parti de Tours il se rend à Cognac à la suite des troupes du Duc d’Epernon.

COGNAC UN PAYS DE COCAGNE

« Nous sommes enfin arrivés à Cougnac, où quand je me rerai recognu, j’envoyerai messagers de toutes parts pour exécuter la commission de la chambre, encore que les chemins ne soient bonnement ouverts aux comptables ; car il y a tant de voleurs dans les champs, qui, sous le masque de soldats, se diversifient tantost en ligueurs, tantost en royaux, pour tirer rançon des passants, qu’il est malaisé de s’exposer sur les champs, sans hasard de sa personne ou de sa bourse. Au demeurant, nostre voyage a esté long, pour les grandes troupes que Monsieur d’Espernon conduisait ; pendant lequel, sans livres, je me suis amusé à lire les misères du plat païs, et ay trouvé que ce n’est pas sans raison que les ligueurs ont appelé leur parti saincte ligue…. Nous sommes passés par tel grand bourg, dans lequel n’y avait que quatre ou cinq pauvres mesnages, et cependant, voulant nous loger, représentions ce que l’on dit de Saint-Jean Baptise : Vox clamatis in deserto. Voici qu’il y en avait quelques-uns des nostres, qui, pour se garantir de la faim, avaient recours à une mauvaise paillasse, combien que ce soient choses mal compatibles ensemble, que la faim et le sommeil : ny pour cela, nos soldats n’estaient pas plus gens de bien, ès lieux où ils trouvaient à prendre. Jusques icy, vous avez eu part à mon purgatoire ; maintenant je vous parlerai de mon paradis. Après avoir senti les incommodités d’un chemin de quatorze jours, je me suis enfin arrivé à Cougnac ; je veux dire, en un païs de promission. Il ne faut plus qu’on me solemnise nostre Touraine pour le jardin de la France ; il n’est pas en rien comparable à cestuy ; ou, s’il est jardin, cestuy est un paradis terrestre. Je n’y vy jamais telle abondance de bons fruicts, grosses pavies, auberges, muscats, pommes, poires, pesches, melons les plus sucrins que jaye jamais mangéz. Je vous ajousterai saffran et truffes ; avec cela, bonne chair, bon pain, bonnes eaux le possible ; et qui est une seconde ame de nous, bons vins, tant blancs que clairets, qui donnent à l’estomach, non à la teste, grosses carpes, brochets et truites en abondance. Ceste grande rivière incognüe, qui passait au travers de l’ancien paradis terrestre, s’est transformée en celle de la charente, laquelle, depuis la ville d’Angoulesme jusqu’à Saint-Savinien, où elle va fondre en la mer –qui disent quarante-cinq lieues-, est bordée de préz ; et pour n’estre pas mal gisante, comme vostre Loire, jamais ne se déborde que pour le profit du païs – ainsi que le Nil en Egypte- et pour abreuver ces prairies quand elles se trouvent altérées. Elle est encore secondée d’une petite rivière nommée La Touvre… Nous avons encore en cestuy nostre paradis une particularité qui n’estait en l’autre ; car nous n’y avons le fruict de science qui perdit Adam ; pour le moins, ignorons tous les mauvais bruits de ce temps, qui ne font que nous affliger, sans y pouvoir mettre remède : qui fait que vivons en quelque tranquillité d’esprit, au milieu de nos malheurs. Brief, on appelle ce païs de Champagne, qui est de cinq ou six lieues d’estendüe. Et je crains que le semblable ne m’advienne, qu’à ce grand guerrier Hannibal, quand il se perdit in deliciis Campanis. Vous penserez par aventure que je me truffe : or, afin de ne rendre point vostre penser vain, je vous envoye un pacquet de truffes, qui est le présent d’un mien bois, que je vous prie de recevoir de tel cœur qu’il vous est envoyé. Adieu ».

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