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1617 - Le Duc d’Epernon reprend les armes contre les Rochelais - Son manifeste

D 17 avril 2009     H 12:19     A Pierre     C 0 messages A 1248 LECTURES


Le Duc d’Epernon (Jean-Louis de Nogaret de La Valette 1554-1642) est un personnage fantasque, au parcours complexe. Mignon de Henri III, après avoir servi Henri de Navarre, il semble avoir une grande capacité d’adaptation politique. Ce manifeste, où il explique pourquoi et comment il prend le parti du jeune roi Louis XIII contre les Rochellais, en est un très bel exemple.

Il ne veut pas, dit-il, "qu’ils n’estendent la Rochelle iusques à l’extrémité de la Province, & qu’ils ne facent une petite république de Corsaires & de Brigans, pour oster toute sorte de seureté sur mer & sur terre." Qu’en dites-vous, Majesté ?

Source : Manifeste et véritable discours des raisons qui ont meu le Duc Despernon, à prendre les armes pour faire recognoistre l’authorité du Roy, en son Gouvernement de Saintonge, & Aulnix, contre la desobeissance des Rochellois. - Paris – 1617 - BNF Gallica

Manifeste et véritable discours des raisons qui ont meu le Duc Despernon, à prendre les armes pour faire recognoistre l’authorité du Roy, en son Gouvernement de Saintonge, & Aulnix, contre la desobeissance des Rochellois.

Paris – 1617

Je pensois avoir laissé ma mauvaise fortune, & que s’estant usée avec moy, nous nous reposerions à la fin tous deux en nostre vieillesse, & luy ayant donné la meilleure partie de mon aage, qu’elle me permettroit à tout le moins d’achever de vivre a moy-mesme & de rendre paisiblement, & à mon aise les derniers devoirs à la nature. Mais ie voy bien quelle est trop irréconciliable pour pouvoir iamais entendre à ma paix, & trop ingenieuse à me chercher de l’exercice pour manquer d’inventîon de me travailler : que toutes choses sont bornées en ce monde fors que mes seules peines : & qu’on ne se soucîe plus auiourdhuy de blesser l’authorité du Roy, pourveu que le contrecoup donne sur ma personne , & que le sang de la playe faite au public rejaillisse sur moy. Apres avoir eu tous les vens au visage durant le règne de deux grands Roys, & avoir embrassé ouvertement la haine de tous les partis formez contre l’Estat, qui se sont tournez après directement cotre moy, pour ne m’y estre pas voulu laisser envelopper : & quoy que contraires entr’eux, ont conspiré unanimement à ma ruine.

Apres m’estre tellement tenu au service du feu Roy, durant cette générale desbauche de toutes les parties de son Royaume, que ie puis dire avec fort peu de gens l’avoir servy contre la ligue, sans l’avoir suivy contre la Religion : & ne luy avoir donné d’autre peine de conquérir des villes & des Provinces toutes entieres, que par la seule conversion. Le malheur de la France, duquel nous portons encore le dueil, & le laisserons à ceux qui viendront après nous, & perte inestimable d’un si grand Roy, m’a donné un triste sujet de faire voir à tout le monde l’affection que i’avois tousiours eu à son service, & de tesmoigner par mes actions, que es occasions les plus inopinées & les plus favorables pour faire son profit des miseres publiques ne pouvoient rien, gaigner sur ma fidélité, ny me surprendre en la moindre partie de mon devoir.

Car si en ce miserable instant les esprits factieux n’eurent pas loisir de se recognoistre pour faire un corps de sédition ; si on ne laissa pas songer le peuple à son mal, de peur de perdre le temps d’un remède present & salutaire par une longue délibération : si c’est accident déplorable n’eut point de suitte, & ne fut accompagné que de la douleur : si toutes les parties de la France tremblèrent sans se remuer, & les esprits furent plus troublés que les affaires, personne ne peut ingnorer que ie ne doive participer à la louange de ceux qui ont servy fidèlement en ceste malheureuse iournée, dont i’ay beaucoup de gens d’honneur & principaux de l’Estat pour tesmoins.

Ce fut lors que poussé d’un bon zele & d’une louable affection envers ma partie, i’allay soudain coniurer les Chambres, assemblées du Parlement par la fraische mémoire des grandes obligations que nous avions tous au Pere, par le sang encore tout chaud de ses blesseures, par l’innoncence de son fils en un aage si tendre & si exposé aux iniures, de vouloir tous prester leurs mains, de ioindre leurs esprits, & de r’allier leur volontez à la conservation de sa Couronne, en mettant pendant sa minorité le gouvernement de son Estat entre les mains de la Royne sa Mere, que la nature, la nécessité, la bien-seance sembloient appeller à ceste charge.

Si despuis ce temps là, l’espace de quatre ans le peuple à iouy d’un repos universel, & n’a peu assez bénir l’heureuse administration soubs laquelle il a vescu, je puis dire sans vanité y avoir contribué quelque chose, & avoir eu bonne part aux conseils qui ont esté donnez à leurs Majestez, pour l’establyssememt de la tranquillité publice, leurs ayant rendu une assiduité si grande, & m’estant attaché à leur personne de si près, que ie ne les ay iamais perdus de veuë que par l’expresse auctorité de leurs commandemens, & pour le seul bien de leur service.

Le voyage que ie fis en Guyenne en six cens onze, où ie rompis le coup à beaucoup de practiques sourdes & secrettes qui s’y fussent faictes : le premier que le Roy fit à Poictiers, & en Bretagne, par l’advis de fort peu de gens, du nombre desquels i’estois , dont l’evenement fut si heureux, tesmoignent assez qu’il n’a pas tenu a moy que la continuation du bon succez de ses affaires n’ait duré plus longtemps. Car si au dernier voyage ie ne luy ay pas peu rendre le service que ie me promettois avec beaucoup d’apparence : à qui me prendray-ie de ce malheur qu’aux ennemis de Dieu & du Roy, qui estoient lors, qui ne m’avans iamais peu deslier de son service par tous leurs artifices , ils ont trouvé le moyen de me faire faillir en la personne de celui que i’ay mis au monde, & ont faict entrer malgré moy en leur party une partie de moy-mesme, je dis mon propre fils qui m’ont soustrait & desbauché pour destoumer la Noblesse de mon Gouvernement de son deuoir, & diverti les volontez de mes amis qui ne m’ont iamais manqué au besoin.

Ce desplaisir me fut si sensible & me donna tant d’affliction, que i’en perdis trois iours durant la parole avec fort peu d’apparence d’en pouvoir relever, & ceux de la Rochelle n’eussent faict des feux de ioye de ma mort en signe de réjouissance publique, & n’eussent obtenu de Dieu ma guerison par la force de leurs malédictions : me tesmoignans au reste la bonne volonté qu’ils m’ont toujours portée par ces actions si extraordinaires, & ces façons de faire si peu Chrestiennes. A la fin après auoir donne passage aux affections naturelles, & avoir souffert beaucoup de peines devant que de pouvoir esteindre ma douleur, ie me rendis incontinent près de leurs Majesté ; où chacun sçait comme i’y ay servi, & demeuré, tant que ma conscience me le peut permettre, é que ie l’ay peu faire sans péché, & sans la necessité que ie ne pouvois eviter de me rendre coulpable par mes yeux de ce que i’eusse veu faire à leur desavantage.

Ie m’en retournay donc en mes Gouvernemens pour pourvoir à la seureté des places d’importance, & pour dissiper toutes sortes de pratiques, de menées, & de factions, qui sont autant de Citadelles invincibles que nos ennemis ont parmy nous, & de fauces clefs qui leur ouvrent nos ports pour y entrer. La conclusion de la paix vint la dessus, après laquelle pour une marque asseurée d’une franche cessation d’armes, ie licencié sans aucune difficulté toutes mes trouppes, ie retiray les garnisons des villes, & peu après n’ayant iamais encore sçeu que c’est que le repos, ie m’en allay en ma maison en Gascogne pensant l’y trouver à la fin, & considerer du port avec seureté la tourmente & les agitations de ma vie passée. Mais ceux de la Rochelle, qui pensent y aller de leur honneur, s’ils ne commencent les premiers le bruit, n’entrament tousiours le desordre, comme s’ils estoient envieux de mon repos, ne m’ont gueres donné loisir de le gouster, par la prise de Rochefort, duquel ils se sont saisis en plaine paix incontinent après la nouvelle de l’arrest faict de la personne de Monsieur le Prince ; au preiudice de l’authorité du Roy, de la tranquillité publique, & de la charge de laquelle il a pleu aux Roys mes maistres de m’honnorer : pour monstrer clairement à tout le monde qu’ils s’esveillent au moindre bruit, qu’ils ont tousiours l’œil sur ce qui n’est pas à eux, qu’ils font leur profit de nos malheurs, & qu’ils ont des plans de rebellions, tous dressez pour remuer à la moindre occasion qui se presente.

Les diverses sommations que ie leur ay réitérées par plusieurs fois de se ranger d’eux mesmes à leur devoir, & de remettre aimablement ceste place entre les mains de celle à qui elle appartient, & le mespris qu’ils ont faicts des commandemens du Roy en la personne de l’exempt qu’il a envoyé pour la faire rendre, font assez paroistre, qu’il ne tiendra pas à eux, qu’ils n’estendent la Rochelle iusques à l’extrémité de la Province, & qu’ils ne facent une petite république de Corsaires & de Brigans, pour oster toute sorte de seureté sur mer & sur terre.

Ce qu’ils monstrent assez visiblement en voulant si bien remparer les destroits, & fournir tellement les advenuës de leur pays, qu’ils n’y semblent vouloir laisser aucune entrée à 1’authorité du Roy, si elle n’y descend miraculeusement du Ciel. Car ils ne s’arrestoient pas là, si ie ne les eusse prevenus, & ne bornoyent pas leurs desseins par la seule prise de Rochefort. Ils marchandoient encore Tonnay-Charante, pour avoir le Bureau de la Recepte des droicts du Roy à leur disposition : ils avoient dessein sur la maison de Monsieur de Surgeres, auquel ie voulus bien rendre à sa prière les dernières preuves de mon affection en l’allant visiter, & qui m’appella à la bonne heure pour la conservation de sa maison, de laquelle deux cens hommes sortis en mesme temps de la Rochelle le venoyent saisir, si ie ne leur eusse espargné la moitié du chemin. En quoy ils m’ont beaucoup d’obligation sans le recognoistre : car ie leur ay osté les moyens d’empirer leur cause par une seconde faute, & les ay empeschez de se rendre d’avantage criminels qu’ils ne sont, par la diligence de laquelle i’ay usé en cest affaire : m’estant au reste acquité de la promesse que ie fis audit Sieur de Surgeres à sa mort, d’avoir soin de tout ce qui regardoit la personne de Madame de Montendre sa fille, & particulièrement de sa maison, me suppliant instamment de ne permettre iamais qu’elle servist d’instrument, quoy qu’innocente à la tyrannie des ennemis de sa croyance.

Qui donc ignores que l’authorité que le Roy m’a donnée en mon Gouvernement, ne doive servir de borne à la foiblesse ? Qui peut approuver que ie laisse en proye le bien des particuliers à l’iniustice ? & que ie souffre les bras croisez, que les sujets de mon Maistre triomphent impunément de sa puissance, laquelle s’abbesse par un certain contrepoids à mesure qu’ils s’eslevent trop haut ? Le devoir de ma charge, l’affection que ie dois avoir à ma Religion, & le service que ie doy à mon Roy, m’obligent de maintenir son authorité aux despens de ma vie, & d’empescher que ces mutins ne sorte de leur fort, pour mettre le pied sur la gorge à tant de pauvres Catholiques, qui souspirent à la campaigne sous le faix de leur tyrannie. l’y suis forcé par leur insolence & par leur presomption , ayant mesme desia exercé toutes sortes d’actes d’hostilité en mon endroit, ayant pris des prisonniers, donné des commissions, créé des Généraux d’armée, & préparé de l’artillerie pour faire mine de vouloir assieger Surgeres.

C’est pourquoy, affin que toute la France soit informée de mes deportemens, & esclaircie de la justice de ma cause, ie déclare ouvertement, que n’ayant iamais rien tant desiré que le repos. ie suis neantmoins resolu par necessité, de repousser la force par la force, de me faire recognoistre tel que ie suis en mon Gouvernement, & d’employer en une occasion si pressente les armes du Roy, & l’assistance de mes amis, pour le bien de son service.

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