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1619 - Marie de Médicis à Angoulême : un curieux complot aux poudres

D 17 janvier 2009     H 23:03     A Jean-Claude, Pierre     C 0 messages A 1395 LECTURES


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La "guerre de la Mère et du Fils" entre la Reine-Mère et Louis XIII. Elle s’évade de Blois où le roi l’avait emprisonnée, et rejoint Angoulême et le duc d’Epernon, pour entamer des négociations. Sa lettre est un modèle de diplomatie florentine. Les esprits sont tendus : on découvre un complot aux poudres ayant pour but de faire sauter le duc. Chaude ambiance et jugement sans appel.

Source : Lettre de la Royne Mère envoyée au Roy depuis la Paix : sur son indisposition. Ensemble le Procès Verbal de la conspiration facite en la ville d’Angoulesme et l’execution publique qui s’en est ensuyvie - Paris & Lyon - 1619 - BNF Gallica.

Les circonstances

Marie de Médicis et le roi Louis XIII son fils s’entendent mal. Se sentant humilié par sa mère, qui lui reproche la corruption de son régime, Louis XIII organise un coup d’État en faisant assassiner Concino Concini et il exile la reine-mère au château de Blois, le 24 avril 1617.

En 1619, la reine s’échappe de sa prison de Blois, se réfugie à Angoulême au château de la famille de Balzac, et provoque un soulèvement contre le roi son fils ("guerre de la mère et du fils"). Un premier traité, le traité d’Angoulême, négocié par Richelieu, apaise le conflit. Mais la reine-mère n’étant pas satisfaite, relance la guerre en ralliant à sa cause les Grands du royaume ("deuxième guerre de la mère et du fils"). La coalition nobiliaire fut rapidement défaite à la bataille des Ponts-de-Cé (7 août 1620) par le roi qui pardonne à sa mère et aux princes.

Source : Wikipédia - Voir Marie de Médicis

Lettre de la Royne Mère envoyée au Roy depuis la Paix : sur son indisposition

Monsieur mon fils, Ie remercie Dieu incessamment de ce qu’il vous a fait veritablement cognoistre la sincerité de mes intentions, qui n’ont iamais esté qu’à voir ma personne en liberté, & prospérer vostre Royaume. Ie n’ay peu toutesfois vous escrire depuis sept ou huict iours à cause de mon indisposition, mais à cette heure que ie me porte mieux, & que ie voy vos affaires en bon train, il faut que ie vous remercie aussi de l’asseurance qu’il vous plaist me donner de ma liberté entiere, & de l’honneur de vos bonnes graces : ie le fais de tout mon cœur & m’asseure quant & quant que vostre parolle sur ce suject sera d’autant plus inviolable que mon affliction a esté grande, & mon affection tousiours portee à vostre contentement. Au surplus ie vous coniure prendre la peine, s’il vous plaist, de me mander en quel lieu ie puis esperer l’honneur de vous voir, & vous asseurez que ie m’y rendray sans crainte & sans delay, & que vivante & mourante ie n’auray iamais plus grande passion que de vous faire cognoistre par toutes sortes d’obeyssance, que ie suis

Monsieur mon Fils,

Vostre tres-humble & tres-affectionnee mere et subiete

MARIE

D’Angoulesme le quatriesme de Iuin 1619.

L’ancien donjon du château d’Angoulême
Dessin de Jean-Claude Chambrelent (2009)

Procès verbal de la conspiration faicte en la ville d’Angoulesme, Ensemble l’exécution publique qui s’en est ensuyvie.

DIEU ne permet iamais que les crimes demeurent impunis, & que les autheurs du mal possedent cette gloire d’avoir produict en lumière les effects d’une mauvaise volonté, sans recevoir le digne chastimenc convenable à la gravité de l’offense, notamment quand elle est publique, & qu’il y va de l’interest de plusieurs, & si oncques malice a esté punissable entre toutes, les trahisons le doivent estre, & ne se trouve point de peuples bien nourris & civilisez qui ne les avent detestées comme pestes abhominables des Estats & Républiques du monde. Les Romains estoient si ennemis des traistres & trahisons, qu’il n’y avoit force de faveur & respect qui peust sauver la vie à celuy qui estoit accusé de perfidie & de trahison, quand mesme elle auroit esté exercée pour le bien de la République, à la ruine des ennemis & à l’advantage de la patrie, & condamnoyent cette maxime commune que là ou la peau du Lyon n’est assez longue ny forte, il y faut adiouster une pièce de la peau du renard. Car ces grands Maistres du monde, faisoyent porter en leurs drappeaax de guerre un long bras nud estendu avec une espee en main, pour notifier aux nations, que ce qu’ils avoyent acquis & conquis sur la terre, l’avoit esté non par dol, trahison & finesse, mais à la force de leurs bras & à la poincte de leur espee.

Et comme il n’y a peuple si uny, intelligence si grande en une place, conseil si secret & fidelle, ny compagnie si bonne où il ny ait des traistres : aussi souvent en avons nous veu en France, & que pleust à Dieu point tant, qui ont voulu pratiquer la ruine du Royaume, par des actes de perfidie & de trahison que Dieu à tousiours descouverts, tant le soing qu’il a de cette florissante Couronne, luy est grand, & l’harmonie d’un grand Roy, agréable.

Et pour laisser ce long discours des desloyautez & secrettes intentions des traistres, dont les histoires font foy, nous avons de quoy payer en l’acte qui est icy representé en cest escrit.

Ainsi comme l’on traictoit de la paix avec la Royne Mère, & que Messieurs le Cardinal de la Rochefoucault, & de Bethune, minuttovent avec elle la forme d’un bon accord & d’une parfaicte reconciliation, & que des-ja la Royne ayant pris asseurance de la bonne affection du Roy son Fils, faisoit cesser tous actes militaires, & rendoit graces à Dieu le iour de sa glorieuse Ascension, pour une affaire de si grande consequence, reussie avec tant de contentement de leurs Majestez,

Dans la ville d’Angoulesme, s’est trouve un personnage destiné a tout mal, nommé Iean Poussi natif de sainct Iulian, entre Limoges & Angoulesme, Marchand Papetier de son Estat, demeurant audit Angoulesme, comme il est porté par son procès verbal, homme de moyens & de commoditez, porté en cecy d’une imaginaire & diabolique prétention.

Cestuy-cy avoit quelque entrée au Magasin d’Angoulesme & une tres-familiaire cognoissance avec le poudrier & garde des munitions de guerre de ladicte ville, lequel ne se doutant nullement du perfide dessein dudit Poussi, le laisse aller aux poudres & visiter l’arcenal public, comme autresfois il y avoit esté, porté de curiosité de voir les forces de la ville pour se défendre en cas de necessité, & sans luy avoir décelé la prétention qu’il avoit en l’arne, s’estoit resoud de faire sauter & abismer le lieu ou logeoit le Duc d’Espernon, en intention de faire renverser tout le bastiment sans dessus dessous & perdre ledit sieur Duc soubs les ruines, entreprise misérable & detestee devant Dieu & les hommes provenant d’un dessein scelerat & d’une pure malice pour susciter le trouble & allumer tout à fait la guerre au temps auquel les esprits plus subtils & prudens travailloient pour l’acheminement d’une bonne paix.

L’artifice descouvert avant que l’exécution de la malice eut paru selon l’affection de cet homme qui cherchoit sa ruyne par une action si temeraire, estonna merveilleusernent ledit sieur Duc, mit toute la ville en grand trouble & tout le peuple en armes : la Royne mère du Roy en demeura effrayée de telle sorte, qu’elle n’eut aucun repos en son ame qu’elle n’eust esté asseurée en quelle forme & manière & pour quelle raison, cestuy ci s’estoit porté à une si téméraire resolution : messieurs le Cardinal de la Rochefoucaut & de Bethune, & autres notables personnes assistantes au Traicté de la paix avec la susdicte Dame Royne, se scandaliserent fort de ce qu’au milieu d’un pourparler de paix, sur le poinct d’une réconciliation necessaire, pour raffermissernent du repos public & tranquillité de la France, & sur le terme d’un general oubly de ce qui s’estoit passé depuis trois ou quatre mois en çà un déterminé personnage avoit eu l’impudence & la hardiesse non seulement de penser : mais de vouloir exécuter un acte de perfidie & de trahison de son propre mouvement & sans que le conseil de qui que ce soit l’eust instigué à cette desloyauté, qui ne doit iamais entrer en la cervelle d’un homme capable de jugement & raison, qui craint Dieu,le Roy & la iustice, & donc pour pareils & semblables faicts, les anciens ont inventé tant & de si atroces supplices & tourmens.

Il se lit dans Plutarque que Camille grand Capitaine Romain & deux fois Dictateur pour les affaires de la guerre assiegeant une place rebellee, un maistre d’escole citoyen de ladite ville se presenta à lui, qui lui dit que s’il lui vouloit donner une recompense notable, il luy mettroit facilement la place à sa discretion, en luy mettant entre les mains les enfans des bourgeois, sous l’instruction duquel ils estoyent confiez. Camille trouva cette proposition si punissable & hors de droict qu’il le fit prendre par ses gens, & l’envoya aux habitans, afin que ils en fissent eux-mesmes la punition çonvenable à sa mauvaise volonté.

En la prise de Constantinople faicte par Mahomet il se presenta à luy un bourgeois si perfide, qu’il eut le cœur si desloyal envers sa patrie, que de dire que s’il vouloit lui donner sa fille en mariage, il lui livreroit la ville, ce que luy ayant promis Mahomet, apres qu’il eust la ville en sa puissance, commanda que ce traistre fust escorché tout vif, comme il fust pour salaire de sa desloyauté.

Aussi ce Poussi ayant esté surprins sur ce faict, & estroittement serré on procède par informations quel il estoit, sa vacation, qui ses parens, amis & familiers, tout est saisi en sa maison, aucuns de ses parens sont arrestiez prisonniers, & le mesme iour qu’il fust privé, il est interrogé, quel estoit son dessein, en ce faict, qu’elle l’issue de ceste trahison, quels en estoyent les instigatcurs, & qui l’avoit induit & aidé à tramer une si hardie entreprise plus on l’interroge on le presse d’ouvrir sa conscience par une confession, & plus il dit que ce que il avoit entrcprins n’estoit venu que de son propre mouvement sans avoir esté conseillé ny induy de personne à ce faire, & sans mesme qu’il eust déclaré son secret à homme qui vive : Interrogé pourquoy il vouloit faire cette tragedie durant un traicté de paix, quoy qu’en tout temps les loix divines & humaines deffendent telles entreprises contre qui ce soit, a dit comme Erostratus qu’il croyoit faire un acte digne de mémoire à la posterité : damnable prétention d’un homme qui se delibere au mal, pour faire parler de luy : Le Roy estant incontinent adverty d’une si estrange conspiration, sa Majesté qui est surnommee à bon droict Louys le Iuste, en a recommandé fort estroitement la Iustice, comme ayant un particulier interest aux mauvais desseins qui se dressent contre la vie de ses subjects, & a commande à messicurs les Commissaires députez pour traicter de l’accord avec la Royne sa mere de faire cognoistre & entendre la volonté qu’à sadicte Majesté que l’expiation d’un tel attentat soit faicte par une exécution exemplaire de la personne du criminel.

De telle forte que ledict Poussi atteinct & convaincu du crime d’avoir conspiré sur la vie d’un grand officier de la Couronne fut condamné à faire amande honorable nud en chemise, une torche ardante du poix de deux livres en main, puis pendu & estranglé, son corps ard & réduit en cendre, ses biens acquis & confisqucz au Rov : ce qui a esté exécuté audit Angoulesme depuis peu de iours en çà, non sans avoir esté appliqué aux questions desquelles on n’a peu tirer autre vérité, sinon que nul ne l’avoit instigué en ce faict, & qu’il avoit longuement prémédité ceste affaire, avant qu’il se mist en devoir de l’executer, rniserable personnage qui estoit riche dit-on, de plus de huit à dix mille escus, d’avoir ainsi, par une action si criminelle, exposé sa personne à un infâme supplice, & laissé la vie au bout d’une corde, & sa memoire detestable aux siècles.

FIN.

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