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1627 - 1628 - Lettres du Cardinal de Richelieu pendant le siège de La Rochelle - 2

2ème partie : Août - septembre 1627

D 27 février 2016     H 23:35     A Pierre     C 0 messages A 153 LECTURES


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Vivez le "grand siège" de la Rochelle comme si vous étiez dans l’entourage du cardinal de Richelieu. Avec lui, suivez l’organisation du blocus terrestre et maritime de la ville rebelle, la construction de la fameuse digue, le débarquement des Anglais dans l’île de Ré, l’espionnage de l’adversaire, les soucis d’argent du roi. Vous êtes au cœur de l’action.
Parmi ces lettres, des documents très révélateurs sur le jeu diplomatique qui se trame entre Richelieu, le Roi Louis XIII et son frère, le Pape (en particulier dans la lettre à M. de Béthune, du 24 septembre 1627), les Anglais et les Espagnols.

Source : Lettres, instructions diplomatiques et papiers d’état du cardinal de Richelieu - M. Avenel - 1853-1877 - BNF Gallica

Voir aussi :
- 1627 - 1628 - Le siège de La Rochelle d’après les Mémoires du cardinal de Richelieu
- 1627 - Les Anglais débarquent en l’île de Ré pour secourir la Rochelle assiégée

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Richelieu au siège de la Rochelle
Peinture d’Henri Motte (1881)

CCCXLIII.

Bibl. imp. Fonds Baluze, Pap. des arm. lett. paq. iv, n" 2 et 3, fol. 242. — Minute de la main de Charpentier.

INSTRUCTION POUR M. DE LA SALUDIE.

[ler août 1627]
M. de la Saludie tesmoignera à Monsieur le Prince l’estat de la disposition du roy, qui va tous les jours de mieux en mieux.

Luy fera entendre ce qui s’est passé à l’entreprise des Anglois descendus en l’isle de Ré.

Luy dira qu’à la descente il en a esté tué 600 du costé des Anglois.

Luy montrera le nombre des morts et des blessés de la part du roy.

Luy dira comme les Anglois ont 80 voiles.

M. de Toiras a 2,000 hommes de pied dans St-Martin et 120 gentilshommes. 1 Le fort est de 4 bastions et de 4 demye-lunes ; tous les bastions eslevez de terre.
Le fossé fait et parfait de 10 toises de large et de 2 de creux dans le roc.
Il est question de secourir de vivres M. de Toiras, ce qu’on fera par chalouppes.
Dans le 20e aoust, le roy aura 50 vaisseaux armés à Morbien [1]

Sa Majesté donne le commandement de l’armée navale à M. de Guise.
M. d’Angoulesme est vers la Rochelle, qui, au dernier de ce mois, a 7 mil hommes, 600 chevaux et 24 canons.

4 autres mil hommes le joindront le 10 du mois d’aoust, tous vieux régimens.
Sa Majesté en fait lever 4 nouveaux pour rafraischir l’armée.

Le roy envoyé en Dauphiné les régimens de Falsbourg et Saulx, de 27 compagnies de 100 hommes.

On verra la contenance de ceux qui veulent donner ombrage en ces quartiers-là, pour se gouverner selon qu’ils agiront.

Les longueurs que les parlemens ont apportées à vérifier les édicts du roy ont empesché que Sa Majesté ne fust en Poitou il y a deux mois. Sa Majesté fera payer le retranchement de sa pension par comptant, ce dont il peut faire estat dès ceste heure ,

Si le roy est contraint de faire armée vers le Languedoc ou en Dauphiné, elle en donne le commandement-à mon dit sieur le Prince [2].


CCCXLVI.

Bibl. imp. Fonds Baluze, Pap. des arm. iett. paq. iv, nos 2 et 3, fol. 36. - Minute.

2 août 1627.
Escrire en Brouage de voir avec toute diligence ce qui se peut faire au rempart du costé du Havre, afin d’y pouvoir mettre des canons seurement, craignant que les bastions ne puissent supporter la batterie des canons.

Retirer tous les bleds de la campagne et force chairs salées.

Mander à Launay qu’il retire au fort tous les bleds de l’isle et face moudre des farines autant qu’il pourra, et faire faire des biscuits et grande provision de bois.


CCCXLVIII.

Arch. des Aff. étr. France, 1624 à 1627, tom. 7, fol. 208-211 2. — Original.

EXTRAICT DES PRINCIPAUX POINCTS CONTENUS ES LETTRES ESCRITES TANT AU ROY QU’À M. LE CARDINAL DE RICHELIEU. RESPONSE DU ROY AUX SUSDITS ARTICLES

4 août 1627.

I.
On propose d’envoyer à M. de Toiras quatre mil hommes dans sept ou huit vaisseaux bons voilliers ; de faire cet embarquement en Bretagne et le composer des régimens de Rambure, Vaubecourt et Beaumont.
I.
Le roy juge ce dessein de fort difficile exécution, et n’est point d’advis qu’on y pense qu’après avoir tenté par toutes voyes de jeter des vivres dans les forts de Ré, à quoy ceux qui entendent la mer disent qu’il y a peu de difficulté, et les sieurs de Beaumont, de Manty et d’Argencour ont promis de l’entreprendre et de l’exécuter. C’est pourquoy on fera diligence de delà de leur fournir toutes les choses nécessaires à cet effet. Cependant, après que les régimens mentionnez en l’article seront arrivez, si l’on trouve par conseil des gens de mer que la proposition se puisse exécuter, l’on s’y préparera et l’on en donnera promptement advis au roy.
II.
llz mandent qu’ilz ont fait passer dans Olleron les régimens de Chappes et La Bergerie, qu’ilz attendent les troupes du Coudray-Montpensier et de Cluye, et cependant on fait retrancher les lieux où les ennemis peuvent plus commodément descendre.
II.
Il semble qu’il n’y a pas apparence de craindre une descente dans Olleron, jusques à ce que les Anglois se soyent rendus maistres des forces de Ré, car ce leur seroit un trop grand affront de quitter un dessein où ils sont si avant engagez ; et le roy veut que le régiment de Chappes revienne joindre l’armée, et pour celuy de La Bergerie, s’il est jugé nécessaire dans l’isle pour la conservation d’icelle, qu’il y demeure ; mais si l’isle de Ré se voioit à la veille d’estre perdue, ce qui ne peut arriver pourveu qu’on y jette des vivres, lors l’on fera entrer beaucoup de forces dans Olleron.
III.
Ilz demandent augmentation de cavallerie pour empescher ceux qui se veulent jetter dans la Rochelle ; et que le roy trouve bon de faire prononcer une deffense absolue à ceux de ladite ville de donner passage par icelle à ceux qui vont joindre les ennemis ; comme aussy pouvoir de faire razer les maisons de ceux qui vont trouver les Anglois, et commencer par celle de M. de Soubize.
III.
Le roy a envoyé ordre pour la recreue des compagnies de chevaux-légers et fait acheminer en diligence à l’armée ses compagnies de gendarmes et chevaux-légers de sa garde, veut que sans considération de ce que voudront dire ceux de la Rochelle, M. d’Angoulesme fist garder par sa cavalerie les avenues de ladite ville, afin d’empescher, s’il se peut, qu’il n’y entre point de gens de guerre pour aller joindre l’armée angloise. Tailler en pièces ceux qui marcheront en trouppe et mettre prisonniers les autres, jusques à ce que le roy en ayt ordonné. Sa Majesté trouve bon aussy que M. d’Angoulesme fasse entendre à ceux de la Rochelle qu’il les traittera comme rebelles, s’ilz. communiquent avec les Anglois et s’ilz baillent passage par leur ville à ceux qui se vont jetter dans l’armée ennemie.
Et quant au razement des maisons dont il est parlé, le roy l’approuve [3], mais il faut, avant que de procéder à l’exécution, que Sa Majesté en ayt fait une déclaration, laquelle est desjà au parlement et y sera au premier jour registrée.
IV.
On se rapporte à la lettre de M. le cardinal de Richelieu, pourquoy l’on a différé d’exécuter les commandemens du roy.
IV.
M. d’Angoulesme aura veu par des dépesches qui luy ont été faites, depuis le partement de M. de Marillac, que Sa Majesté n’a point changé de dessein, et le cognoistra encore plus particulièrement par un mémoire cy-joint [4]. C’est donc à luy à prendre le temps et les occasions à propos pour exécuter ce qu’il luy est ordonné. L’on luy envoye le seigneur Pompée Targon [5] expressément comme très intelligent en ceste affaire parti culière.
V.
Ilz demandent qu’on grossisse l’armée, et que l’on haste les trouppes qui les doibvent aller joindre.
V.
On use de toutes les diligences possibles pour faire avancer les trouppes, et Sa Majesté fait faire quatre régimens nouveaux, à sçavoir : deux par M. d’Espernon, un par le comte de Ribérac et le quatrième par le Plessis de Juigné.
De plus, le Plessis d’Espernon s’est offert de mener promptement mil hommes à M. d’Angoulesme ; ce qu’il luy a esté commandé. M. d’Angoulesme sçaura aussy que Sa Majesté a commandé à M. d’Effiat que l’argent pour l’armée parte au plus tost, à quoy il n’y aura point de faute, et il peut donner ceste bonne nouvelle aux gens de guerre.
VI.
Ilz ont fait travailler à la pointe de Chappes.
VI.
Le travail qu’on a fait en ce lieu ne peut estre que bien à propos.
VII.
On dit que le retranchement du bourg n’est qu’une besongne de deux heures, et le fort du chasteau de quatre, de sorte que l’isle d’Olleron ne se peut conserver que par une bataille.
VII.
Pour les raisons contenues au deuxiesme article des responses, l’on ne pense pas qu’il y ayt, pour le présent, beaucoup à craindre en Olleron, et semble un peu estrange que le grand retranchement du village et le fort, deffendus par tant de braves gens, doivent faire, en cas d’attaque, si peu de résistance.
VIII.
L’on mande qu’on (sic) M. de Malzais entre avec ses amis dans Olleron.
VIII.
Il seroit à propos que la noblesse volontaire n’entrast pas toute en mesme temps dans Olleron, car il est à craindre qu’ils seront las de ce séjour et se voudront retirer avant que le temps de servir se présente, et qu’il n’y ayt plus personne dans l’isle quand il en sera le plus de besoin.
IX.
Ilz demandent qu’on envoye de l’argent de delà pour faire travailler.
IX.
M. le Cardinal n’a pas attendu cet advis pour envoyer de l’argent, car les sieurs Goyer et Saint-Germain ont porté trente mil livres. M. le marquis de Brezé a tiré de Talmont vingt-cinq mil neuf cent dix livres, et le susdit Goyer a assignation pour prendre cinquante mil 9 livres à Poitiers.
X.
M. de Marillac escrit qu’il se jettera dans l’isle d’Olleron, l’occasion venant ; et demande qu’on envoye de l’argent pour les régimens qui sont là, de peur qu’ilz ne se débandent.
X.
Il ne faut point que M. de Marillac s’engage dans Olleron, où il a esté envoyé un bon homme de commandement, qui est M. de Coutenant [6] ; et ledit sieur de Marillac a assez d’autres choses à faire.
Seulement doit-il prendre soin de pourvoir à tout ce qu’il jugera nécessaire pour ladite isle, comme pour toutes autres choses, et il peut asseurer les gens de guerre qui sont dans Olleron, qu’ilz seront payez aussy bien que ceux de l’armée.
XI.
L’on mande que La Bergerie n’a receu ny huit solz, ny armement, ny prest, ny monstre.
XI.
Il n’est pas possible que M. le surintendant n’ayt assigné l’armement et la monstre de La Bergerie ; l’on prendra diligemment soin de faire ces assignations bonnes, et la voicture que l’on va faire pour la monstre de l’armée contentera tout le monde.
XII.
L’on mande qu’on n’ose loger l’armée près la Rochelle de peur de leur donner prétexte de révolte, et aussy que, faisant le quartier proche de la ville, on craint de recevoir affront.
XII.
Il ne faut point que cette considération empesche de faire les logemens de l’armée près de la Rochelle, lorsque M. d’Angoulesme se jugera estre assez fort pour se garder de ceux de la ville et du dehors.
XIII.
On demande s’il y a rien de changé aux commandemens qui ont esté faits par Sa Majesté, ne croyant pas qu’ilz se puissent seurement exécuter qu’après l’arrivée des régimens de Piémont, Rembur, Vaubecour et Beaumont.
XIII.
La response au quatriesme article satisfait à cette demande, et M. d’Angoulesme retirant Chappes d’Oleron, rappelant Chastelliers-Barlot près de luy, puisque les costes sont asseurées tandis que les ennemis sont dans Ré, Piémont estant joint, et le reste des compagnies du régiment des gardes et des Suisses estant arrivées, avec les gendarmes et chevaux-légers de la garde du Roy, l’on croit qu’il se trouvera assez fort pour entreprendre cette exécution ; estant à craindre que si il diffère plus longtemps, il sera prévenu. Le seigneur Pompée Targon sera consulté sur cet article, parce qu’il dit sçavoir des secrets particuliers pour l’exécuter.
XIV.
Ilz disent que l’on ne peut secourir M. de Toiras que par une bataille, et prient qu’on leur donne advis du subjet du voyage de Saujon.
XIV.
La response au premier article satisfait à cettuy-ci ; et quant au voyage dudit sieur de Saujon, nous n’en avons point ouy parler icy, et n’en pouvons juger la cause. Il devra, s’il vient, avoir veu M. d’Angoulesme, auquel le Roy donnera advis de ce qu’il aura apporté.
XV.
Ilz escrivent que Maran est fort aisé à prendre, et que, depuis La Tranche jusques à Fourras, on passe pour aller joindre les Anglois.
XV.
M. de Guron dit avoir fait une assez bonne fortification à Maran, lequel il a chargé de fournir d’hommes pour se pouvoir deffendre lorsque l’armée s’engagera au-delà de la Rochelle, et jusques à cette heure-là il n’y a rien à craindre.
Quant au passage de ceux qui vont trouver les ennemis, que l’on dit estre depuis La Tranche jusques à Fourras [7] , il est aizé de retirer toutes les chalouppes de cette coste-là, en lieux où l’on les puisse garder ; aussy bien en a-t-on affaire pour trajetter les vivres en Ré.
XVI.
On demande de l’argent pour l’armée et pour les parties inopinées.
XVI.
La response à l’unziesme article satisfait à celuy-cy, et l’ on a envoyé soixante mil livres pour les travauxet parties inopinées.
XVII.
Que Bigauteau a manqué à sa parole, ne s’estant pas trouvé sur les lieux au temps qu’il avoit promis.
XVII.
La maladie de Bigauteau l’a retenu icy, mais il doit maintenant avoir joint l’armée.
XVIII.
Ilz escrivent que ceux de la Rochelle ont une patente de protection signée du roy d’Angleterre, et content des desseins fabuleux des entreprises des Anglois.
XVIII.
Il faut tirer toutes les preuves possibles de cet acte ; et quant aux grands et divers desseins qu’on dit qu’ont les Anglois, ce sera plustost matière de romans que d’histoires.
XIX.
Il faut de l’argent pour mettre la gallère en estat de servir.
XIX.
Monsieur le Cardinal y a satisfait par M. de Malzais, qui fera achever ladite gallère, et l’on envoie un canon de batterie de Xaintes pour l’armer.
XX.
Si l’on chastiera les pères dont les enfans sont dans les crimes de rébellion.
XX.
La response au troisiesme article satisfait à celuy-cy [8].

Faict et arresté en présence du roy, à Villeroy, le quatriesme jour d’aoust mil six cent vingt-sept.
Le Card. DE RICHELIEU.
SCHONBERG.


CCCL.

Bibl. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, fol. 15. — Original.

A MONSIEUR L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS.

5 août 1627.
Monsieur, Je ne puis que je ne continue à vous remercier du soin que je cognoy par vos lettres que vous prenez à faire pourvoir aux choses que vous jugez nécessaires pour le service du roy au quartier où vous estes.

Je ne puis que je ne vous tesmoigne aussy combien je me sens obligé à MM. de la Turbelière, Marconnay, Lecoudray et autres dont vous m’escrivez de l’affection qu’ils me font paroistre en l’occasion présente, et le désir que j’ay de m’en revancher envers eux en toutes celles qui s’offriront. Je suis bien asseuré que ces messieurs-là ne feront pas comme a fait M. d’Ars.

Je vous envoyé les mil escus qu’il faut donner à Sanson [9], et vous prie vous obliger pour moy envers luy du surplus et faire en sorte qu’il mette en diligence sa galère en estat de servir. Et me mandant, s’il vous plaist, le temps auquel elle le pourra estre, je vous envoieray à coup près ce qu’il faudra pour parfaire son paiement.

Je vous prie aussy de faire porter le plus de vivres que vous pourrez en Oleron, et le plus promptement, de peur que les ennemis prennent tout à fait l’embouchure des rivières et qu’il n’y ayt plus moyen d’y en faire jetter, m’en reposant sur vous comme une personne affectionnée, vigilante, et mon ami particulier.

Vous me ferez très grand plaisir aussy d’y faire passer du canon, et des moulins à bras s’il s’en trouve dans le pays.

Je ne manqueray pas de faire valoir au roy le soin que vous prenez en tous ces quartiers-là, et en outre vous tesmoigneray, en toutes occurrences, que je suis véritablement, Monsieur, Vostre très affectionné confrère à vous rendre service, Le Card. DE RICHELIEU.
De Villeroy, ce 5 aoust 1627.


CCCLII.

Arch. des Afr. étr. France, 1627, tom. 4i, fol. 222. — Minute presque entièrement autographe.

6 août 1627 [10].
Commission à M. de Beaumont [11], pour avoir la surintendance sur les galliottes, félins, barques [12] et chaloupes qu’on [13] pourra ramasser depuis Nantes jusqu’au fort Louis, pour le ravitaillement des forts de Ré, avec pouvoir de visiter, avec le sieur d’Argencour [14], et fortifier les ports du Plomb, de la Tranche et de La Faute [15], et de faire venir à courvée [16] tous les habitans des lieux circonvoisins, dont ils jugeront avoir besoin pour les travaux qu’il faudra faire auxdits ports, pour les vivres et hommes, tant matelots que gens de guerre, et autres choses, qu’il jugera à propos [17] ; comme aussy de prendre bleds, farines et autres vivres nécessaires au ravitaillement de ladite isle, en tous lieux où ils en trouveront, moyennant qu’ils en fassent faire procès-verbaux, en suitte des quels nous ferons promptement payer tout ce qu’ils auront pris.

Nous donnons aussy pouvoir au dict Beaumont de lever tel nombre de soldats et matelots qu’il estimera nécessaire, tant pour la conservation des dicts ports susnommés, que pour armer les vaisseaux nécessaires à trajetter les vivres que nous voulons estre portés en Ré.


CCCLV.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 4i, fol. 220. — De la main de l’évêque de Mende.

A M. DE MARILLAC [18].

7 août 1627.
Le dessein de Valençay ne se doit pas faire pour les raisons suivantes :

Il vous divertiroit de ce que le roy vous a prescript.

C’est non seulement incertain ; mais, qui plus est, il est presque certain qu’il ne réussiroit pas.

Premièrement, le passage dépend des vents et de la mauvaise garde que font les ennemis.

Quand il seroit certain, s’ils ne combattoient le lendemain à coup près, ils se deffont d’eux-mesmes par la faim.

Et quand il arriveroit que combattant ils defferoient la plus grande force des ennemis, ils sont tousjours delfaits d’eux-mesmes, d’autant qu’ils ne peuvent porter des vivres, et qu’il n’y en a point dans l’isle.

Au reste, il y a grande apparence que les Anglois, estans sept ou huit mil hommes, ne peuvent estre entièrement deffaits, auquel cas nos gens seroient perdus.
Supposé mesme que les Anglois se retirassent dans leurs vaisseaux, nous perdrions encore tout, veu qu’ils s’affameroient dans l’isle.

Il n’y a point d’apparence d’hazarder la plus part des forces du roy, et les meilleures, incertainement.

Au reste, si on peut faire passer des gens de guerre, aussy facilement peut-on faire des vivres, ce qui sauve la place sans grand péril.

Maintenant que vous aurez quinze compagnies des gardes, Sept des Suisses, Douze de Navarre, Quinze de Chappes, que vous retirerez d’Oleron, Douze de Piedmont, Douze de Chastelier Barlot, qui feront huit mil hommes, je ne sçay qui vous pourroit empescher de prendre le poste de Coreille.

Si les Anglois prennent l’isle de Ré, ou qu’il leur vienne un secours, il ne vous sera plus libre, et ils feront eux-mesmes ce que vous n’aurez pas fait.

Les Rochelois entreprendront tous actes d’hostilité impunément, et nous aurons cette honte de les avoir laissé faire et aux Anglois tout ce qu’ils voudront, sans faire aucune chose qui soit capable de divertir les uns et de brider les autres.

Si, par hazard, l’isle se perdoit, les Rochelois estant bridés par ce nouveau fort, il y auroit lieu d’espérer qu’ils voudroient faire quitter ce qu’ils auroient gaigné, pour qu’on les déchargeast de ce qu’ils auroient perdu.

Le roy a ce dessein en teste ; vous voyez bien que les Anglois appréhendent ce dessein, puisqu’ils ont envoyé des vaisseaux à Chef de Bois [19] ; leurs canons ne vous peuvent pas faire de mal, puisque vous pouvez choisir un poste plus esloigné ou plus près d’eux, selon que l’occasion vous y conviera ; il n’est donc plus question que d’exécuter.

On vous a envoyé vingt mil escus, quatre cens (?) francs. La monstre de l’armée part dans six jours.


CCCLVI.

Bibl. imp. Fonds Cinq-Cents Colbert, tom. 6, fol. 264. - Original.

A MONSR LE PROCUREUR GÉNÉRAL [20], A PARIS.

11 août [ 1627] [21].
Monsieur, Le roy, voulant faire armer deux grandes galliottes en Olleron et. en Ré, a désiré qu’on menast en Brouage la chaîne des forçats qu’on avoit destinés pour Marseille. J’ay estimé que vous approuveriez une considération que j’ay, qui tend à faire que Rondin [22] ny soit pas conduit, mais bien remis dans les prisons de Paris, jusques à temps qu’il y ayt une compagnie nouvelle pour cet honneste homme, suffisante pour leur faire faire le voyage de Marseille. Il ne me reste qu’à vous assurer que je suis, Monsieur, Vostre très affectionné à vous rendre service, Le Card. DE RICHELIEU.
Ce 11 aoust.


CCCLVII.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, Tom. lu, fol. 223. — La proposition est en copie, à mi-marge, et la réponse en original.

11 août 1627.

RESPONSE À LA PROPOSITION DU ROY.

RESPONSE.
Sa Majesté sçaura qu’il n’y a point de village, ny mesme de maison à la pointe de Coreille, qui est un roc escarpé sur lequel la terre est si rare que l’herbe mesme n’y peut vivre, et que depuis ladite pointe jusques à Tadon il n’y a qu’une maison fort petite, veue de toutes parts des canons de la Rochelle. Partant, ny la proposition, ny les quatre raisons n’ont point de fondement ; en quoy Sa Majesté peut juger que sa carte n’est pas fidelle.
PREMIÈRE PROPOSITION.
L’on a tousjours dict jusques icy que le travail que l’on propose de faire du costé de Coreille se devoit entreprendre à la pointe. Mais le roy, considérant la carte des environs de la Rochelle, croit qu’il seroit meilleur de se retrancher dans le village de Coreille que de porter le travail jusques à ladite pointe, et cela pour quatre raisons alléguées.
RESPONSE.
Il est nécessaire de fortiffier et se servir de la situation dudit Bongresne, qui n’est qu’une seule maison, et advancer un travail sur une petite éminence qui regarde Tadon, pour empescher le dessein que les Rochelois pourroient avoir de le fortiffier, encore que le sieur Pompée affirme que la fortiffication de Tadon ne peut empescher l’effet de son dessein, et qu’il est impossible d’empescher les Rochelois d’y faire un travail, de quoy nostre œil nous fait faire pareil jugement ; et, néantmoins, tous les debvoirs possibles y seront rendus pour y effectuer l’intention du roy.
SECONDE PROPOSITION.
Sa Majesté juge aussy que M. d’Angoulesme, ayant pris les logemens de la Jarrie et Netré, doit aussytost faire fortiffier un lieu appelé Bongresne, par le moyen duquel il asseurera le chemin de ses quartiers à Coreille et incommodera bien ceux de la Rochelle, s’ilz veulent entreprendre de fortifier Tadon, ce qu’il faut empescher avec toute sorte de soin et de dilligence.
RESPONSE.
Il n’y a point de lieu sur la pointe de Coreille d’où l’on puisse empescher le passage des vaisseaux ennemis par le canal, et la pointe estant escarpée comme elle est, en deffend la descente naturellemenl, si ce n’est par les deux costés, assavoir celuy du canal et celuy d’Angolin [23] ; au dernier on s’y peut opposer puissamment, à l’autre, avec beaucoup de difficulté, attendu qu’il est veu de toutes parts, - tant des courtines de la Rochelle que des vaisseaux qu’ilz peuvent approcher pour les favoriser.
TROISIÈME PROPOSITION.
Il n’y a, ce semble, que deux choses à dire contre l’advis proposé par Sa Majesté : la première, qu’estant logé à la pointe de Coreille, l’on empeschera avec le canon l’entrée des vaisseaux dans le canal ; la seconde, que s’esloignant de ladite pointe, les ennemis s’y pourroient loger.
RESPONSE.
Sa Majesté verra la response du premier article comme ses propositions ont esté fondées sur une carte qui ne se trouve pas vraye ; et quant à l’empeschement tant de la descente des ennemis que de l’entrée et passage des vaisseaux, sa considération est très bonne, comme par l’article cy-devant il luy est expliqué.
QUATRIÈME PROPOSITION.
Si le roy avoit esté sur les lieux, il en pourroit plus asseurément parler ; mais il luy semble que le canon de la pointe de Coreille ne peut qu’incommoder les vaisseaux qui voudront entrer dans la Rochelle, et non pas les empescher d’y aller, et que, logeant un grand corps dans le village de Coreille, il sera capable d’empescher que l’on ne mette pied à terre et que l’on ne se fortifie sy près d’eux.
RESPONSE.
Le sieur Pompée Targon est arrivé, avec lequel nous avons conféré, comme aussy avec le sieur Argencour, selon que vous verrez par le mémoire que nous vous envoyons [24].
Fait à Maran, le unziesme jour d’aoust mil six cent vingt sept.
CHARLES DE VALOIS.
MARILLAC.
CINQUIÈME PROPOSITION.
Le sieur Pompée Targon doit estre particulièrement consulté sur ceste affaire comme aussy le sieur d’Argencour.

CCCLXVII.

Archiv. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 235. — Minute de la main de Charpentier.

POUR M. D’ANGOULESME [25]

17 août 1627.
Messieurs d’Angoulesme et de Marillac sçavent bien que ce qui a fait désirer au roy de prendre le poste de Coreille est pour profiter de l’occasion pour, au cas que l’isle de Ré se perde, ne perdre pas le moyen de chastier la Rochelle, qui adhère aux Anglois ; pour divertir par là, dès à présent, le siège de Ré ; et enfin pour avoir en main, par le fort qu’on feroit à Coreille, un autre lieu plus proche de la Rochelle, de quoy faire quitter l’isle de Ré, si, venant à estre perdue, on entroit en traitté d’une bonne paix.

On a considéré en outre que, si les Anglois prenoient l’isle de Ré, comme l’appétit vient en mangeant, et l’insolence croist aux victorieux, ils pourroient eux-mesmes prendre le poste de Coreille, auquel cas la France seroit en guerre pour trente ans, sans qu’on en peust sortir que par une paix honteuse.

On a considéré de plus, que jamais on ne peut prendre ce poste que les huguenots ne remuent, et partant que c’est un grand avantage au roy de le prendre en un temps où la Rochelle tesmoigne en effet tant de mauvaise volonté, et où tous les huguenots n’attendent que l’événement de Ré pour prendre les armes.

On a pensé aussy que nulle occasion n’est meilleure pour prendre ce poste que maintenant les Anglois sont occupez en Ré, et croit on que, s’ils ont une fois pris Ré, il ne sera plus libre, ne pouvant juger quel fondement peuvent prendre ceux qui disent qu’il faut attendre l’événement de Ré pour prendre ce poste ; joinct que le bruict de ce dessein est tellement divulgué que, si l’on manque à l’exécuter à ceste heure, les Rochellois y remédieront et imputeront le manque de l’exécution à foiblesse.

Le roy, estant asseuré d’avoir dans le 15e septembre 70 ou 80 vaisseaux ensemble, a estimé que les Anglois ne pourroient pas faire trois choses tout à la fois, assiéger Ré, deffendre Coreille et se garantir de l’armée navalle.

Le roy a aussi pensé que les gardes, qui font deux mil cinq cens hommes, les Suisses quatorze cens, Navarre mil, Piedmont mil, Chapes douze cens, Chasteliers Barlot mil, La Bergerie huict cens, Beaumont douze cens, Rambure douze cens, Vaubecourt douze cens, qui font douze mil quatre cens [26] hommes effectifs, estoient suffisans pour ce dessein, avec six cens chevaux que vous aurez maintenant, sans compter la compagnie de M. de la Rochefoucault et celle de Cluy.

Après toutes ces raisons, si M. d’Angoulesme et M. de Marillac prouvent, par conseil d’eux et des plus capables de l’armée, ne devoir pas exécuter ce dessein, le roy s’en remet à eux, ne voulant rien entreprendre dont ceux qui sont sur les lieux jugeassent devoir arriver inconvénient [27].

Le roy ne désire en façon quelconque perdre Oleron ; partant son intention est que le sieur d’Argencour s’y transporte promptement pour y faire telle fortiffication qu’il jugera à propos. Le fonds pour cet effet y sera aussytost que luy.

Et au cas qu’on entreprenne la pointe de Coreille, le sieur Targon y servira.
Sa Majesté avoit mandé qu’on laissât La Bergerie en Oleron ; cependant, pour l’avoir osté, les ennemis pensant qu’il n’y eust plus personne, y ont tenté une descente. Si on n’entreprend point l’affaire de Coreille, on y rejetera un bon régiment, Navarre ou Chappes.

Si on a besoin de canon de batterie, on en prendra à Xaintes ; et y a une lettre du roy entre les mains du marquis de Brezé à cet effet.


CCCLXVIII,

Arch. des Aff. élr. France, 1627, tom. 41, fol. 237. - Minute ; plusieurs passages sont de la main de Charpentier.

A M. D’ANGOULESME [28].

17 août 1627.
SUR LE Ier ARTICLE [29] : L’on se réjouit infiniment des asseurances que M. d’Angoulesme donne , qu’il ne peut plus arriver faute des forts de Ré par manque de vivres, parce que toutes les maximes de la guerre apprennent qu’une place, aussi bonne que celle de Saint-Martin, raffraîchie parfois d’hommes, de vivres, de munitions et de toutes autres choses nécessaires, est capable de consumer une armée trois fois plus grande que celle que les Anglois ont mise à terre.

Et quant à l’expédient proposé de trajetter de grandes forces dans l’isle de Ré pour y combattre les ennemis, la chose estant jugée faisable et possible par ceux qui sont sur les lieux, il s’y faut préparer ; mais l’on ne le doibt point tenter qu’alors que l’on sçaura le fort Saint-Martin courir fortune par la force ou la famine ; et, en ce cas, il ne le faut point exécuter qu’avec huit mil hommes de pied, suivant l’advis de M. de Toiras, et quelque cavallerie, pourvoyant aussyaux vivres et munitions, dont ledict sieur de Toiras fait mention dans son mémoire.

SUR LE 2e ARTICLE : L’ordre de travailler aux retranchemens d’Olleron en toute diligence est donné par M. le cardinal, et l’on juge que pour peu que l’on adjouste au travail qui est desjà fait, ceux du bourg et du fort pourront bien donner loisir aux forces du roy de faire la mesme descente dans l’isle d’Olleron, pour aller donner bataille aux ennemis, que l’on prétend, en cas de besoin, faire dans Ré. Le roy mande au sieur d’Argencour d’aller en diligence tracer ce qu’il faut qu’on face en Olleron, et y faire travailler, et M. le cardinal l’y convie, l’en prie et envoyé expressément vingt mil francs pour les travaux à La Borde [30], à qui il commande de ne bouger de là pour faire exécuter ce qui sera ordonné par le dit sieur d’Argencour.

SUR LE 3e ARTICLE : L’argent pour la monstre de l’armée est parti, et la cavallerie est maintenant augmentée des gens d’armes et chevaux-légers de la garde du roy, et de la compagnie de chevaux-légers du fils de M. de La Rochefoucauld. Cluye s’y debvra rendre bientost ; et pour le Coudray, il est en lieu d’où il ne le faut pas tirer, estant en Olleron ou vers Brouage prest à passer quand il sera besoin.
Le commandement de prendre prisonniers tous ceux qui vont à la Rochelle sans passe-ports, est très à propos, et puisque la déclaration contre la Rochelle ne peut guères tarder, il les faut empescher, autant qu’il se pourra, de retirer dans leur ville les bleds de la campagne.

SUR LE 4e ARTICLE : Le roy juge bien que M. d’Angoulesme n’a point esté en estat de rien entreprendre jusques à cette heure. et fait respondre particulièrement au mémoire dressé de l’advis du sieur Pompée Targon.

SUR LE 5e ARTICLE : Il ne peut rien venir à la Rochelle, depuis Angoulin jusqu’à Maran, que des hommes en petites troupes et des vivres. C’est pourquoy il ne semble pas nécessaire d’employer là de grandes forces, et doibt suffire d’y faire battre l’estrade. L’on ne laisse pas cependant de faire advancer, en diligence, tous les régimens, tant vieux que nouveaux, qui doivent joindre l’armée ; de sorte qu’elle sera bientost en estat de pourvoir fortement de tous costez, et Sa Majesté n’oubliera pas aussy de faire travailler bientost aux recrues [31].

SUR LES 6, 7 ET 8e : Il n’y a rien à dire.

SUR LE 9e : Goyer est arrivé, et La Borde part avec fonds notable pour les fortifïications et magasins d’Olleron.

SUR LES 10, 1l, 12, 13 ET 14e : Il n’y a rien à respondre, sinon sur l’onziesme, que M. le marquis d’Effiat dit avoir assigné l’armement et la première monstre du régiment de La Bergerie, sur le quartier d’avril de la recepte générale de Poitiers, qui est une fort bonne assignation.

SUR LE 15e : Le roy trouve bien nécessaire que M. d’Angoulesme asseure Maran avec autant d’hommes qu’il jugera y devoir mettre, quoyqu’il n’y ait pas apparence que les Anglois entreprennent si le fort est en estat de se pouvoir bien deffendre et de donner entrée aux forces que l’on voudroit jetter dans l’isle.

Pour l’ordre des barques [32] M. d’Angoulesme ne pouvoit rien faire de mieux.

SUR LE 16e : Le roy y pourvoiera [33].

SUR LE 17e : Monsieur le surintendant asseure qu’il n’a point changé l’assignation de 13,000# que Bigoteau avoit à prendre sur Maran, et que le reste de ce qui a esté promis luy a esté fourni comptant à Paris. L’on juge bien la difficulté qui se rencontre à la fourniture du magasin de la cavallerie, les rivières et la mer n’estant pas libres, mais l’on croit qu’en cette saison le plat pays, pour quelques mois, y pourra satisfaire.

SUR LES 18 ET 19e : Il n’y a rien à dire.

SUR LE 20e : La déclaration du roy satisfera [34].

SUR LE 21e : Il n’y a rien à dire [35].


CCCLXIX.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 239. —Copie.

MÉMOIRE ENVOYÉ A M. D’ANGOULESME [36].

23 août 1627.

Les dépesches de M. d’Angoulesme du 20e de ce mois portent qu’il est besoin de dix mille hommes de pied effectifs, et mil chevaux pour le dessein auquel l’on les employe, et M. d’Angoulesme dit qu’il n’y en a que sept mil de pied. L’arrivée des régimens de Rambure, Beaumont et Vaubecourt rendront l’armée plus forte qu’ils ne la demandent, et ces troupes-là ne peuvent pas tarder à les joindre davantage que jusques à la fin du mois. Les trois nouvelles compagnies de La Vallette, et celle de gensdarmes de Monseigneur satisferont aussy à ce que l’on demande.
Que les monstres soient ponctuellement payées aux gens de guerre et à l’artillerie. La monstre de toute l’armée est partie de Paris le 15e d’aoust ; il en partira, sans faillir, une autre à la fin de septembre, et les autres voitures suivront de six en six sepmaines.
Que l’on envoye des fonds pour les travaux, l’extraordinaire des charrois, l’achapt des outils et celuy de vingt mil sacs à porter terre. Le roy a desjà envoyé vingt mil escuz pour ceste despense, et commandé à M. d’Effiat d’en envoyer encore autres vingt mil, sur quoy M. d’Angoulesme prendra l’achapt des outils et des sacs à porter terre, ces choses se pouvant aysément faire de delà, et la voiture de Paris à l’armée en cousteroit autant que l’achapt.
Qu’outre les charettes qu’ils ont dans le train de l’artillerie, l’on leur envoye encore cent attelées de quatre chevaux chacune. Le roy a fait commandement au grand maistre de l’artillerie de satisfaire à cest article, et à M. le surintendant d’en faire incontinent le fonds.
Que l’on leur envoye 24 canons ou couleuvrines, 5,000 boulets de l’un ou l’autre calibre et cent milliers de grosse gresnée. Sa Majesté a ordonné que l’on prenne tous les canons de ces calibres qui sont à Angoulesmes, Limoges et Xaintes, fait les dépesches nécessaires pour en tirer 12 ou 14 de Bordeaux, et ne laisse pas de faire acheminer dès maintenant des canons de Paris à Niort, avec six affutz hault le pied, les 5,000 boulets que l’on demande et le reste de ce qu’il fault pour achever les cent milliers de grosse gresnée, et envoyé homme exprès de tous costés pour cela.
Que l’on leur envoye des mortiers à jetter bombes. Il en partira bon nombre avec les susdicts équipages d’artillerie.
Que l’on leur envoye six vingt milliers de menue gresnée, soixante milliers de plomb et cent milliers de mesches. Le roy a commandé au grand maistre de l’artillerie de faire fournir l’armée jusques à la concurrence de ce qui est icy demandé, y ayant desjà esté envoyé beaucoup de poudre, de mesche et plomb.
Ilz [37] envoyent un grand mémoire de toutes les sortes d’outils qu’il est besoin, jusques au nombre de dix mil. Sa Majesté leur a envoyé et envoyé encore du fonds pour en faire l’achapt sur les lieux.
Ilz envoyent un grand mémoire contenant les raisons de M. de Marillac pour fortifier le fort de Tadon, et celles de Pompée Targon pour ne le faire pas, et porter le travail à la pointe de Coreille.
M. d’Angoulesme est de l’advis de Targon, et dict qu’il faudroit employer un mois de temps à ce fort de Tadon, qu’il y faudroit tous les jours deux mil hommes de garde, et par conséquent qu’il seroit contrainct de desgarnir la plus part des quartiers nécessaires qu’il a occupés. Et en fin dudit mémoire, M. de Marillac approuve que l’on face un camp retranché à Bongresne, que l’on aille travailler à la pointe de Coreille et puis que l’on vienne à Tadon. - Ilz mandent qu’ilz attendent la résolution du roy avant de rien entreprendre, sy ce n’est que les Anglois ou Rochelois les facent haster.
Le roy ne veut point encore approuver ny improuver pas un des advis. Le sien est qu’il faut qu’ilz facent maintenant ce dont il semble qu’ilz sont tous d’accord, qui est de travailler au retranchement d’un quartier à Bongresne et de là au fort de la pointe de Coreille. Ces deux ouvrages estant mis en défense, ceux qui sont sur les lieux, auxquels le roy se remet entièrement, pourront plus facilement juger de l’utilité ou inutilité de la fortification du lieu de Tadon, sur lequel cependant ilz doibvent veiller de près pour empescher que les ennemis ne s’y logent.
La crainte qu’a le roy que s’il arrivoit faulte de l’isle de Ré, les ennemis entreprendroient d’entrer en celle d’Olleron, est cause que Sa Majesté ordonne à M. d’Angoulesme d’y faire passer le premier des trois régiments de Rambure, Beaumont ou Vaubecourt qui se rendra près de luy, avec celuy du Plessis de Juigné sitost qu’il l’aura joinct.

Fait à Dollinville, le 23e aoust 1627.


CCCLXX.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 241. — Minute de la main de deux secrétaires, dont Charpentier.

24 août 1627.
Nous, Armand, cardinal de Richelieu, grand-maistre et surintendant de la navigation et du commerce de France, déclarons que Sa Majesté nous a commandé de faire donner, de sa part, dix mil escus au premier capitaine de marine, matelot ou autre, quel qu’il puisse estre, qui mènera le premier cinquante tonneaux de bled, de farine ou biscuits dans le fort de Saint-Martin de Ré. Et, affin qu’il n’y ayt aucune forme qui retarde ledit payement, nous nous obligeons, par le commandement de Sa Majesté, en nostre propre et privé nom, à payer la susdite somme de dix mil escus à quiconque aura exécuté la volonté cy-dessus exprimée de Sa Majesté. Fait à Chantelou, le 24 aoust 1627.


CCCLXXI.

Bibl. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, , fol. 18. — Original.

A MONSIEUR L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS.

29 août 1627
Monsieur, Vous m’avez fait un très grand plaisir d’avoir soin, comme vous me mandez, du magasin d’Olleron, et suis très aise que les moulins, fours, puis, soyent faits. Je vous prie continuer tousjours à contribuer vostre assistance pour ce qui reste, tant pour les vins qu’autres choses qui seront jugées nécessaires.

Pour la galère, je désire passionément qu’elle face quelque bon effet pour le secours de l’isle de Ré. La question est de trouver des bonne-voglies [38] pour la chiourme. Je me prometz que vous en ferez venir de devers Maillezais ; j’escrits au marquis de Brezé pour en chercher de son costé tous ceux qu’il pourra.

Vous me faites très grand plaisir de faire fondre des pièces pour la susdite galère. Je les feray payer au prix que vous en avez fait. Je suis aussy très aise des grenades et pots à feu dont vous m’escrivez. Je vous prie ne vous en aller point encore avec vos amis du lieu où vous estes, vous auriez trop de desplaisir d’avoir bien commancé pour ne voir pas la fin de la feste, qui sera, s’il plaist à Dieu, meilleure que le commancement.

En un mot, M. de Maillezais est tousjours le mesme, en quelque lieu qu’il soit ; c’est-à-dire, n’oublier rien de ce qui se peut en ce dont il se mesle, et le cardinal de Richelieu sera tousjours le mesme à son respect, c’est-à-dire du tout disposé à luy tesmoigner, en toutes occasions, qu’il est, Très affectionné confrère à luy rendre service, Le Card. DE RICHELIEU.
A Maisons, ce 29 aoust 1627.


CCCLXXII.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 248 verso. — Minute de la main de Charpentier.

A M. D’ANGOULÊME [39].

30 août 1627.
Monsieur, Le roy n’a aucunement approuvé les propositions de paix qui vous ont esté faites par Laleu [40], non que la paix ne soit bonne en elle-mesme, comme vous sçavez ; mais parce que les conditions de celle qui est proposée sont honteuses. Si Sa Majesté avoit perdu deux batailles, on ne pourroit accepter les susdites conditions.

La volonté de Sa Majesté est que vous pressiez puissamment ceux qui adhèrent ouvertement avec les estrangers qui se sont déclarés ennemis de la France. Elle croit que tous les courriers qui arrivent luy apportent la nouvelle de la fortification des postes proposés par le sieur Targon et que vous avez jugé devoir estre maintenant plus tost fortifiés que Tadon. J’ay représenté à Sa Majesté que vous aviez diféré pour attendre les forces qui vous sont maintenant arrivées, et parce que vous n’aviez point d’outils, qui sont faits à présent, et qu’à ceste heure ce qu’il désireroit seroit exécuté.

La monstre de l’armée sera maintenant arrivée. Outre les premiers vingt mil escus qu’on vous a envoyés pour les travaulx, on en fit partir avant-hier vingt mil autres, de façon que rien ne vous manquera plus. Je vous avoue, Monsieur, que vos envieux vous blasment et font retomber une partie de leur malice sur moy. Si l’isle de Ré se perdoit, ce qu’il faut empescher par toute voye, rien ne pourroit réparer ceste perte que le gain de la Rochelle, qui ne se peut faire qu’en se fortifiant de bonne heure en lieu si avantageux qu’en barrant le port les Anglois ne les puissent secourir.
Je vous supplie donc d’y travailler promptement et puissamment ; l’intérest de l’estat et la passion du roy sont de trop fortes considérations pour en mettre d’autres. Si, après cela, il est permis d’en adjouster, je n’oublieray pas la considération de vostre réputation et la supplication de celuy qui est, etc.


CCCLXXIII.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, t. 41, fol. 2^9. —Minute de la main de deux secrétaires, dont Charpentier.

A M. DE BREZÉ.

30 août 1627.
Marquis, J’aymerois mieux avoir perdu beaucoup que vous fussiez venu apporter la proposition que MM. d’Angoulesme et de Marillac ont receue d’un fou de la Rochelle ; elle est ridicule, et telle que le roy ne l’escouteroit pas qu’après avoir perdu deux batailles. Et j’espère, si Dieu plaist, que nous en gagnerons devant cinquante ans au lieu d’en perdre. J’ay esté très ayse de cognoistre par vostre lettre que vous jugiez bien le voyage hors de propos. Je vous diray franchement que je ne blasme pas ces messieurs comme ayant eu faute d’argent, mais je suis fasché que leurs ennemis et les miens les condamnent parce qu’ils n’ont encore rien fait.

Je te [41] prie, au nom de Dieu, treuver, à quelque prix que ce soit, une chiourme pour la galère, car je vous jure que j’aymerois autant mourir que voir périr M. de Toiras faute de vivres. J’espère en tant de braves gens et particulièrement au gros commandeur et Cheusac.

Je fais demain partir un commissaire pour vous mener douze pièces de canon, coulevrines, bastardes [42] et moyennes.

Vous avez bien fait de lever les troupes que M. d’Angoulesme vous a ordonné, la nécessité et l’ordre de celuy qui commande une armée donnant un suffisant titre pour ceste action ; mais4 faites que M. d’Angoulesme escrive au roy qu’il vous l’a ainsy ordonné et M. de Marillac aussy, et m’en envoyez les lettres, afin que le roy ne pense pas que vous vous soyez ingéré en une telle chose sans son commandement.
Je vous prie encore une fois de faire chercher de vostre costé des matelots, et M. de Maillezais devers Maillezais pour armer la galère, et faire qu’elle puisse porter des vivres.


CCCLXXIV.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 2A7. — Minute de la main de Charpentier, avec quelques mots de la main de Richelieu.

A M. DE MARILLAC.

30 août 1627.
Monsieur, Nous avons receu vos lettres par le gentilhomme de M. d’Angoulesme qui. arriva hier 28e1. Je ne sçaurois assez vous remercier du tesmoignage d’affection que vous me voulez rendre ; mais, pour venir au faict, je vous diray que je n’ay bien goutte de sang, ny vie, que je ne veuille, comme vous sçavez, employer pour le service du roy. Pour la paix que ceux de la Rochelle proposent, elle n’est point faisable : les conditions en sont honteuses pour le roy, et telles que si Sa Majesté avoit perdu deux batailles c’est tout ce qu’elle pourroit faire que de les accepter. Outre cela, il y a péril à les escouter, car rien ne rend la guerre si mauvaise que l’opinion qu’ont les gens de guerre qu’on vueille traitter de la paix. Quand les roys font quelque chose contre leur honneur et réputation, ils ne sçauroient réparer par vingt batailles le tort qu’ilz se sont fait par une foible action.

Les nécessités que l’armée souffre en son commencement vous dégoustent non sans raison, mais cela ne sera pas à l’advenir.

Il est donc question, au lieu de parler de paix, de poursuivre généreusement les desseins que tant de fois le roy vous a fait cognoistre.

Je vous avoue que je souffre avec beaucoup de desplaisir que ceux qui vous envient et moy aussy, et entre autres Bass [43]. et ses associez disent merveille contre M. 49 et 100 de ce qu’ilz n’ont point encore fortifié aucun poste.

Je suis si accoustumé à mespriser les calomnies et faire gloire de faire bien lorsqu’ilz parlent [mal] de moy, que je me ris de ce qu’ilz y meslent du mien, et tout le remède que je pense pour vous et pour moy est de les faire mentir par bonnes actions et bons événements qui arriveront, s’il plaist à Dieu, à la fin. En un mot, la perte de l’isle de Ré, si elle arrive [44], ne peut estre réparée que par la perte [45] de la Rochelle, laquelle s’ensuivra indubitablement si nous sommes maistres d’un poste bien fortifié vis à vis du fort Louis, pour mettre une chaisne, et si nous avions Tadon fortifié. La raison est que de Tadon on peut battre les deux tours de la chaisne et par ce moyen gaster et ruiner leur port, en sorte que la ruine des tours seroit capable de faire qu’il n’y pourroit plus entrer aucun vaisseau de considération. Ces gens, incommodés de toutes parts, seroient bien empeschés de leur contenance, et peut-estre que devant que d’attendre à l’extrémité ilz songeroient à leur conscience.

Nous attendons une armée d’Espagne, qui sera considérable. Tous nos vaisseaux seront joints dans le 15e septembre, l’argent sera fourny à l’armée de six semaines en six semaines ; lors nos affaires changeront.

Vous aurez receu maintenant les premières monstres et les premiers vingt mil escus qu’on vous a envoyés pour les travaux. On en fit hier partir autres vingt mil pour la mesme fin. Dieu nous aidera, il faut avoir bon courage.

 [46] Je viens de trouver le roy, qui a trouvé la proposition de la paix fort estrange aux conditions portées par le mémoire que vous avez envoyé ; il n’y veut entendre en aucune façon, et je vous avoue qu’il n’est pas content de ce que, jusqu’à présent, on n’a rien fait. Vous aurez ce désavantage, que Monsieur, arrivant à l’armée, ne trouvera rien de commancé. Sa Majesté estime que le jugement de Targon est celuy qu’il faut suivre ; c’est-à-dire, qu’il faut prendre et fortifier la pointe de Coreille et le poste nécessaire vis à vis du fort Louis pour barrer le port. On sçait bien que qui auroit Tadon auroit un poste encore plus avantageux, mais il y auroit trop de gens à perdre ; et quand on aura pris les deux autres postes cy-dessus on s’avancera bien avec le temps, s’il est nécessaire.

Le mémoire que j’ay veu entre les mains de M. le garde des sceaux [47] m’a fort consolé, voyant que vous estimez estre en estat de pouvoir brider les Rochelois et que vostre sens va là et non à une paix honteuse et infâme.

Il ne me reste rien à adjouster, sinon que vos amis désirent que vous faciez quelqu’action signalée pour qu’elle serve de fondement au désir qu’ilz ont de vous servir pour avancer vostre fortune. Marsillac [48] me mande qu’on dit que les Anglois ont un dessein sur Talmont, qui est auprès des Sables ; cela est de grande conséquence.
Saint-Marsolle, qui y commande, est huguenot ; il pourroit bien vouloir se laisser surprendre. Il est besoin ou de luy envoyer des gens pour l’ayder à garder sa place, ou luy mander qu’il en lève tant que vous jugerez qu’il en faut, et, m’en envoyant l’estat, je les feray payer.
Adieu, je suis, etc.


CCCLXXVII.

Imprimée. - Armorial général de d’Hozier : Rechignevoisin de Guron, iv* registre, p. 483.

A MONSIEUR MONSIEUR DE GURON, GOUVERNEUR DE MARAN, À MARAN.

1er septembre 1627.
Monsieur, Je vous fais ces trois lignes pour vous dire que vous mettiez si bon ordre à vostre place que vostre héritier [49] puisse conduire les affaires à Maran en vostre absence, d’autant [50] que le roy vous a choisy pour aller avec M. de Guyse en l’armée navalle, comme sage gentilhomme, pour estre entremetteur entre les deux nations françoise et espagnole, et empescher qu’il n’arrive quelque picoterie et mésintelligence qui empeschast quelque bon effect. Tenez-vous donc prest, s’il vous plaist, pour partir au premier ordre que vous en recevrez. J’auray soing de faire que cinq cent livres par mois ne vous soient pas desniées pour rendre ce service.

Je meurs tous les jours en attente de sçavoir qu’il soit entré des vivres dans Rhé, et une telle nouvelle me donnera la vie.

Toutes nos forces maritimes seront jointes au dix ou douziesme de ce mois. Je prie Dieu qu’elles puissent faire bon effet. Je suis, Monsieur, Vostre plus affectionné à vous servir, Le Card. DE lUCHELIEU.
Ce premier septembre, de Saint-Germain.


CCCLXXX.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 280.-Copie.
Quelques mots de la main de Richelieu2.

7 septembre 1627.
La proposition envoyée par M. d’Angoulesme de jetter six mil hommes dans l’isle de Ré, pour tailler en pièces les Anglois, est fort bonne, pourveu qu’ilz y puissent porter des vivres pour un mois, pour eux et pour les assiégez, et qu’elle se puisse faire 3 promptement ; mais, si l’une de ces conditions4 manque, il est inutile de la mettre en avant. Car, à quel propos mettre six mil hommes dans Ré, s’ilz y doivent mourir de faim, faute de vivres ; ce qui arriveroit indubitablement si les ennemis y sont retranchés, en sorte qu’ils ne puissent d’abord les attaquer et deffaire, comme aussy quand mesme ilz abandonneroient l’isle et se contenteroient, estant retirez dans leurs vaisseaux, de demeurer autour d’icelle.

Suppose, d’autre part, que lesdits six mil hommes qui entreroient dans l’isle portent des vivres pour eux et les assiégez, il est inutile de penser à ce dessein si on ne le peut exécuter de six sepmaines, veu qu’on sçait bien que les nécessitez des assiégés ne leur peuvent permettre d’attendre si longtemps sans estre secourus.

C’est à ceux qui sont sur les lieux de considérer si on peut vaincre ces difficultez et exécuter seurement la susdite proposition, en façon et à temps qu’on en puisse recevoir le fruit pour lequel elle est mise en avant.

Si elle ne peut réussir, on estime qu’il n’y a que quatre moyens de ravitailler l’isle de Ré.

Il n’y a que quatre moyens de ravitailler Ré : Ou par chalouppes et barques ; Ou par petits vaisseaux ollonnois de cinquante tonneaux qui tirent peu d’eau et soient bons voilliers ; Ou par gallères, galliottes et pinasses ; Ou par une armée puissante.

La première voye semble impossible maintenant, d’autant que les ennemis ont quantité de barques avec lesquelles ilz s’opposent au passage de celles qu’on y peut envoyer.

La seconde requiert le vent et la marée, et en ce cas semble infaillible , mais d’autant qu’il est incertain si on pourra rencontrer l’un et l’autre, il qn ; faut pas s’attendre à ce seul moyen, mais bien estre tousjours en estât de le prattiquer si l’occasion s’en présente.

Le quatriesme seroit infaillible et la deflaite des Anglois comme asseurée s’ilz s’opiniastroient à leur siège, pour des raisons trop longues à déclarer, mais évidentes et certaines.

Reste donc à se servir de la troisiesme, qui ne requiert qu’une liante marée pour eschouer si près de la citadelle de Saint-Martin que les vivres y puissent estre portés, et un vent qui ne soit pas du tout contraire.

Pour la bien prattiquer, il faut se rendre le plus fort qu’on pourra, faire partir, au mesme temps qu’on voudra faire cet effet, des barques du Plomb, de la Tranche, de la Fosse et de tous costez pour faire semblant que c’est de là qu’on veut secourir Ré ; il faut avoir trois ou quatre vaisseaux à feu, tascher de les faire acrocher aux vaisseaux ennemis, en divers lieux, pour occuper les barques des dits ennemis à les secourir, et prendre le temps par ce moyen du passage. Les vaisseaux ennemisl, qui ne lèvent jamais l’ancre la nuit, ne se sçauroient opposer à un tel dessein, et les barques ne seront pas assez fortes pour le faire.

Il faut en cette occasion séparer les vivres et munitions de guerre en toutes les barques, chalouppes et pinasses qu’on aura, afin que, à quelque prix que ce soit, si tout n’y peut passer, il en entre une partie.

Est à noter que si la gallère en randant combat peut juger que les vivres qui sont dans les pinasses ou barques soient passés, il vaut mieux qu’elle s’en revienne, s’il se peut, pour servir une autre fois, que d’eschouer devant Saint-Martin.

Est à noter encore qu’il faut mettre, s’il se peut, du canon sur les pinasses, qu’il faut prendre d’auctorité sur les vaisseaux qui seront au port d’Olonne.

Outre tout ce que dessus, M. de Guyse, ayant les vaisseaux du rov6, peut, sans péril, par un vent favorable, donner de grandes jalousies aux ennemis, et par ce moyen favoriser grandement le ravitaillement de Ré. Il est vray qu’en ce faisant, il faut bien prendre garde de ne s’embarquer pas foible en un combat, estant nécessaire d’attendre pour cela que les deux armées de France et d’Espagne soient assemblees ; mais il luy est aysé, sans se commettre, de faire tous les jours incommoder l’armée par les dragons, petites pataches et pinasses, avec des vaisseaux à feu et autres inventions qu’il sçaura mieux prattiquer que personne.

Ceux qui entreprendront ce ravitaillement, par quelque voye que ce puisse estre, auront soin, s’ils voyent ne pouvoir, en façon quelconque, éviter de tomber entre les mains des ennemis, de jeter les vivres et munitions dans la mer.
Faict à Saint-Germain, le 7e septembre.


CCCLXXXI.

Bibl. imp. Fonds Baluze, Pap. des arm. lett. paq. i, n° l, fol. 1. — Original.

A MONSEIGNEUR FRÈRE UNIQUE DU ROY.

7 septembre 1627.
Monseigneur, Mons. de Mandes s’en alant en Brouage, pour haster, autant qu’il luy sera possible, le secours que l’on peult donner à Ré de ce costé-là, je n’estimerois pas que son voiage peust estre heureux, si je manquois à vous supplier, par ces trois lignes, de m’honorer de vos bonnes grâces et vous asseurer de mon très humble service, dont vous recevrez des preuves en toutes occasions.

Il ne se passe rien icy, monseigneur, qui soit digne de vous estre représenté, si ce n’est l’entière guérison du roy, qui va tous les jours à la chasse, et faict estat de partir au quinziesme de ce mois.

La royne vostre mère se porte aussy, grâces à Dieu, fort bien ; tout ce qui reste maintenant à souhaiter à ceux qui ont les intéretz de l’estat empreints dans le cœur, comme ils doibvent, est que les Anglois s’en puissent retourner en leur païs avec autant de honte comme la témérité de leur entreprise le mérite. Je supplie Dieu à ceste fin qu’il vous rende si heureux que vous faciez ravitailler Ré à vostre arrivée, puisque de là deppend la confusion de ces insolens, la satisfaction du roy, le bien de l’estat et vostre gloire. Je sçay bien, monseigneur, que vous n’oublierez rien de tout ce qui pourra produire un si bon effect que tout le monde attend de vous, et que vous désire celuy qui est et sera à jamais, Monseigneur, Vostre très humble, très obéissant et très affectionné serviteur, Le Card. DE RICHELIEU.
A Maisons, ce 7e septembre 1627.


CCCLXXXII.

Bibl. imp. Fonds Baluze, Pap. des arm. lett. paq. l, n° l, fol. 3. - Original.

A MONSEIGNEUR FRÈRE UNIQUE DU ROY.

9 septembre 1627.
Monseigneur, La promptitude avec laquelle Sa.Majesté a recouvert ses forces luy augmente tous les jours l’impatience d’aller à l’armée ; les médecins, qui n’eussent pas creu y pouvoir consentir dans un mois, ne s’opposent plus depuis huit jours au dessein qu’il en a : il n’en est pas de même de la royne, qui, appréhendant que le travail qu’il voudroit prendre en ceste occasion ne peust luy estre préjudiciable, le retarde autant qu’il luy est possible. Ceux qui ont l’honneur de le servir en ses conseils sont en mesmes sentimens, et s’opposent, autant que le respect leur peult permettre, à la grande passion que Sa Majesté a de partir. Je croy indubitablement que les prières de la royne auront assez de pouvoir sur luy de l’arrestèr, et qu’il ne partira pas plutost que le vint-cinquiesme de ce mois, pour se rendre, à ce compte, vers le 12 ou le 15 de l’autre, dans l’armée.

Depuis vostre partement, monseigneur, M. d’Angoulesme a envoié le sieur de Meaux vers le roy, pour luy monstrer un project d’une ceinture qu’il estimoit nécessaire à la Rochelle. Sa Majesté n’a pas trouvé à propos un si grand travail pour le présent, mais luy a mandé qu’il falloit premièrement prendre le poste qui est vis à vis du fort Louis, pour pouvoir fermer l’entrée par la mer, au mesme temps qu’on interdira le passage de la terre, ce qui n’est aultre chose que continuer les mesmes résolutions que Sa Majesté prist avec vous avant vostre partement.

On a nouvelle que l’armée d’Espagne arrivera dans la fin de ce mois [51]. Les vaisseaux du Havre sont, s’il a pieu à Dieu les favoriser d’un bon vent, maintenant à Morbian. Mons. de Mendes, qui les a faict partir, est allé à Broüage, pour haster les préparatifs qui s’y font pour ravitailler Ré avec les pinasses qui sont arivées de Saint-Jehan-de-Luz, dès le 27e du mois passé — Voilà, monseigneur, tout ce qui s’est passé depuis vostre partement, à quoy je n’adjousteray aidtre chose, sinon que je seray toutte ma vie, très certainement, Monseigneur, Vostre très humble, très obéissant et très affectionné serviteur, Le Card. DE RICHELIEU.
A Maisons, ce 9 septembre 1627


CCCXC.

Arch. des Aff. élr. France, 1627, tom. 44, fol. 80. — Copie.

MÉMOIRE CONTENANT LES RÉCOMPENSES QUE LE ROY VEUT FAIRE À CEUX QUI SERVENT AU SECOURS DE RE

15 septembre 1627.
Il est vray que j’ay envoyé une promesse à M. de Beaumont par laquelle, dès le commencement du mois passé1, je prometz, de la part du roy, dix mil escuz à ceux qui feroient entrer cinquante tonneaux de farine, ou au prorata..

Le roy a desjà envoié une chaisne d’or de mil escuz au sieur Valin et treize cens escuz pour les matelots des pinasses, et est content de satisfaire au contenu de la promesse, si l’esquipage s’en veut contenter. Mais, désirant que chacun se ressente notablement du service rendu, Sa Majesté veut faire beaucoup plus, comme il s’ensuit.

Le roy ne veut point toucher aux compagnies qui sont vacquantes en Champagne, que le siège de l’isle de Ré ne soit levé, afin d’en communiquer à M. de Toiras ; mais dès ceste heure Elle promet une compagnie au sieur de Valin ou quatre mil escuz en argent, les je luy feray donner moy-mesme, sans délay, au retour du premier secours que vous me mandez qu’il doibt mener en Ré, et qu’il aura peut-estre fait dès à présent.

Quant aux sieurs de Taraube2, Vernatel et de Bezas, le roy les considère pour des compagnies à la fin du siège, mais comme il est dit cy-dessus, et s’il n’y en avoit assez de vacquantes pour recognoistre les services de tous ceux qui l’ont mérité et le mériterait en ces occasions, ilz seront récompensés actuellement, et sans délay en autres choses équivalentes.

Sa Majesté accorde au sieur de Lommerat l’enseigne de la compagnie du sieur de Pigeolet.

Le capitaine Perroteau aura le commandement d’un vaisseau. Sa Majesté me l’ayant commandé ainsy ; s’il y en a des Sables de ceux qui sont armez, où il n’y aye point encore de cappitaine, il faut luy en donner le commandement d’un, en attendant que Sa Majesté luy en face donner un meilleur, de ceux que je fais faire pour son service et par son commandement.

Le sieur Canteloup aura aussi le commandement d’un vaisseau.

Les deux capitaines basques dont vous m’escrivez seront recogneus chacun d’une chaisne d’or.

Les matelots qui ramèneront les pinasses auront, oultre les cent escuz que l’on leur a donnez, deux cens escus par pinasse, au retour du premier voyage qu’ilz entreront dans Ré.

Sa Majesté veut que le capitaine Oudart aye une chaisne d’or, que j’envoyeray par le premier courrier, comme aussy au sieur Du Lac.


CCCXCl.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 4i, foi. 304. - Minute.

A L’ABBÉ DE MARSILLAC [52]

15 septembre 1627
Au nom de Dieu, faites tenter a toutes commodités ou les pinasses ou chattes [53] ou vaisseau.

Si Richardière est tousjours assiégé, je suis d’advis de faire charger une partie des vivres que vous luy avez donnés sur des charettes, pour les porter en autre lieu, pour en charger les pinasses.

Les vaisseaux de Bordeaux amèneront grande quantité de vivres, de chemises, de souliers et autres choses nécessaires en Ré ; incontinent qu’ilz seront arrivez, voyez quelle voie il y aura pour faire entrer ce secours, soit par les pinasses, soit autrement.
Le commis de M. d’Effiat a une rescription telle que vous avez désiré, non seulement pour x mil tt, mais pour vingt. Vous adviserez à les bien faire employer ; ils ne seront pas divertis.

Quand le siège de la citadelle de Ré sera levé, et que le reste des secours nécessaires y sera entré, je penseray au pontifficat1 dont vous m’escrivés.

Achevez courageusement ce que vous avez commencé, et vous asseurez que je suis et seray toujours le meilleur.


CCCXCIV.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 299 et 302 l, — Original.

MÉMOIRE POUR MONSEIGNEUR FRÈRE UNIQUE DU ROY [54]

16 septembre 1627.
Pour bien voir s’il est à propos de faire entrer six mil hommes en Ré, comme on propose de nouveau, il faut considérer si on ne peut sauver Ré par autre voye ; si celle-cy est possible et facile, et si, quand on exécutera ce que l’on désire, c’est-à-dire quand on chassera les Anglois de l’isle, on ne se mettra pas plus au hasard de perdre que de gaigner.

M. de Toiras escrit qu’il est impossible de le prendre de force, que pourveu qu’il y aye des vivres, il n’y a rien à craindre ; partant, puisqu’il en a esté secouru et qu’on luy peut encore porter ce qu’il a de besoin, l’autre secours n’est point nécessaire.

On sçait bien qu’il n’est pas impossible de faire entrer six mil hommes dans Ré, mais cependant il est vray de dire que les difficultez ne sont pas petites.

Premièrement. Si on manque à arriver la nuit, et que les ennemis ayent cognoissance de vostre dessein, comme il est difficile de faire un si grand embarquement sans que les huguenots, qui sont espions dans l’armée, ne le cognoissent, deux vaisseaux mettront les dits six mil hommes à fond sans péril.

Secondement. Supposé qu’ils passent heureusement, il leur faut des vivres pour un mois entier, autrement ils se defferoient d’eux-mesmes par la faim.

Tiercement. Il faut faire cet effet devant que le secours d’Angleterre arrive, d’autant qu’estant renforcez de trois ou quatre mil hommes, il pourroit arriver que nous ne serions pas en estât de deffaire nos ennemis.

Quartement. La meilleure issue de cette entreprise sera que les Anglois se retirent dans leurs vaisseaux, estant certain que quand ils se verront en estat d’estre combattus et deffaits ils se rembarqueront.

Et, en ce cas, demeurans à la rade comme à l’accoustumée, on n’aura gaigné autre chose, sinon que de leur faire quitter la terre, et leur donner lieu de vous affamer plus facilement, si l’on n’avoit porté des vivres suffisamment pour nourrir les gens entrés dans l’isle et les assiégez.

S’il arrive que les retranchemens et redoutes des Anglois soyent en l’estat qu’ils doivent estre, ils se pourront difficilement emporter sans canon, lequel se trouveroit bien dans le fort de La Prée, mais l’on ne sçauroit qu’avec incommodité passer dans l’isle l’équipage pour le faire marcher.

Qui plus est, les Anglois rembarquez, ayant receu leur secours, seront en estat de faire descente en tel autre lieu des terres que bon leur semblera, et ce sans aucune difficulté ny résistance, si l’on prenoit les six mil hommes que l’on veut mener en Ré du corps de l’armée, ou des lieux que l’on veut garder. En tel cas, il ne sera pas facile de faire repasser les dits six mil hommes dans la grande terre pour s’en servir contre les nouveaux desseins des ennemis.

On dira peut-estre que les six mil hommes ne peuvent estre aflamez dans l’isle, ny les Anglois descendre en tel lieu des terres qu’ils voudront, parce que l’armée du roy et celle d’Espagne seront jointes pour le plus tard dans le xe octobre, et contraindront l’armée angloise de se tenir toute en mer, où indubitablement ils la defferront s’ils la trouvent foible.

On peut dire que par cette mesme raison il n’est point nécessaire de faire entrer les six mil hommes, parce que le secours d’Espagne devant venir dans le temps susdit, les Anglois seront infailliblement contraints de lever le siège.

Secondement. En vain tente-t-on de faire une chose par divers moyens quand on est asseuré que l’un d’iceux est suffisant pour la fin que l’on se propose.

Si mons. de Toiras estoit en péril entre cy et la venue de l’armée navale, il faudroit tenter le secours de six mil hommes, et tout autre ; mais ses lettres faisant cognoistre, et le secours que l’on luy a donné, qu’il ne l’est pas, et qui plus est, qu’il ne le peut estre, on n’estime pas cela nécessaire.

Pour conclusion : supposé que ce secours puisse estre pris d’autres troupes que de celles qui sont maintenant dans l’armée, et qui sont destinées à garder les postes que l’on ne veut pas perdre ; Supposé que ceux qui sont sur les lieux jugent en pouvoir faire la conduite, sans les faire perdre au passage, comme on le présuppose ; Supposé qu’ils puissent porter des vivres suffisamment avec eux, des picqs, pales et autres instrumens nécessaires à faire un bon retranchement ; Supposé que l’effet que l’on veut faire puisse estre fait devant la venue du secours d’Angleterre, toutes conditions que ceux qui proposent ce secours escrivent eux-mêmes estre nécessaires, on est d’advis de le laisser tenter.

Ambleville, qui est sorti de l’isle, propose d’avoir fait un régiment, et le comte de Parabère un autre, à temps pour cet effet ; bien que l’on ne croye pas que cela soit possible, j’estime qu’on luy en doibt donner la permission sans délay, afin de se mettre en estat de faire l’effet désiré, pour lequel on peut haster encore le régiment Ribérac, celuy de Castel Bavard et celuy du Plessis de Juigné, d’autant que par ce moyen, prenant Chappes, Piémont et Beaumont, des vieux régimens de l’armée nécessaires pour un tel effet, on les remplaceroit de ces nouveaux. Ainsy, sans perdre les postes que l’on garde on pourra tenter ce secours.

Depuis tout ce que dessus, le sieur de Taraube [55] ayant tesmoigné que pour le secours de Ré il ne falloit que trois des vieux régimens, et ce que feroit le comte de Parabère, Sa Majesté a accordé les régimens de Chappes, Beaumont et Rambures pour ledit secours. 

Délibéré devant le roy et résolu par Sa Majesté, le 14e septembre 1627. ARMAND, Card. DE RICHELIEU.


CCCXCV.

Bibl. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, - 9323 & , fol. 68. — Original. Deux mots ; de la main de Richelieu.

A M. L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS, EN OLERON.

18 septembre 1627.
Monsieur, Je suis extresmement content de tout ce que vous faictes, advouant que vous estes homme d’exécution en toutes choses.

Pour ce qui est de ce que vous m’escrivez de M. Coutenan [56] touchant les magasins, je vous diray que je n’entends point qu’on y touche en façon quelconque, qu’en cas que les Anglois entrent dans l’isle, auquel cas je désire que la Borde [57] en face la distribution ; je vous prie d’y tenir la main, à ce que cela soit soigneusement exécuté.

Vous m’avez faict un extresme plaisir d’achepter la fonte dont vous m’escrivea, à 45# le cent, qui est fort bon marché ; ensemble de faire fondre les deux moyennes. Je vous prie d’en achepter tant que vous en trouverez, ayant commandement du roy de faire fondre quantité de canons. Je vous prie aussy d’escrire à Bordeaux pour faire trouver du cuivre.

Je vous envoie l’expédition que vous désirez pour les 6,000 [58] de cuivre qui sont entre les mains des fondeurs de Xaintes.

Je vous prie de faire fondre les deux canons de batterie, les deux coulevrines et les deux bastardes dont vous m’escrivez.

Je vous promets de parler pour M. du Fresne d’Urbeliere [59].

Je seray fort aise qu’on face servir la galiote à tracasser les vaisseaux anglois qui s’approchent trop de vous, car par ce moyen ils [60] accommoderont la chourme [61], et harasseront les ennemis.

Vous m’avez fait très grand plaisir de prendre le commissaire Chausson et les canonniers et chevaux pour mener l’artillerie aux descentes. Vous m’obligerez d’en faire rechercher encore [62], et les faire entrer dans l’isle ; M. le marquis de Rosny m’a dit qu’il avoit envoyé douze canonniers pour Brouage et Oleron, et que l’on luy escrit qu’ils ont esté retirés [63].
Je vous envoie toutes les expéditions que vous demandez par vostre mémoire, et suis, Monsieur, Vostre très affectionné confrère à vous rendre service, Le Card. DE RICHELIEU.

Je vous envoie un gros canon d’Angers scié en deux pour faire fondre encore deux bastardes. M. le marquis de Rosny m’a dict que le fondeur ne doibt prendre que deux cens livres de façon pour un canon de batterie, et ce sans deschet, cent cinquante livres de la coulevrine, cent livres de la bastarde et soixante et quinze livres de la moienne [64].

Je me resjouis de ce que nous vous verrons bientost en vos quartiers, le roy partant le 25e [65].
A Paris, ce 18 septembre 1627.


CCCXCVI.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 3 1 0. - Copie.

[AU ROI [66].

20 septembre 1627.
Je ne comprends rien au voyage de Saint-Surin [67].

Je voy bien quel peut estre la fin et l’utilité de Bouquinquam, celle de Saint-Surin, des Rochelois et des huguenots, mais je ne voy point celle de M. de Toiras, quel profit il peut tirer de ce voyage.

 [68]Le dessein de Bouquinquam peut estre de desgoûter les Espagnolz, dont il sçait que nous debvons avoir du secours.

Il peut estre encore de cognoistre seurement quelle confiance a Vostre Maj esté en ses forces pour de là prendre ses mesures, et voir s’il a à continuer le siège, ou se retirer ; car il peut philosopher ainsy : si on accepte la proposition que je fais, c’est signe de foiblesse, je n’ay rien à craindre ; si on la refuse, on croit sauver Ré par force.

Les Rochelois se voyant pressez, et voyant bien que les Anglois ne les sçauroient garantir à la longue des forces du roy, qu’ilz ont attirez sur leurs bras, ont grand raison de faire proposer la paix, puisque par la guerre ils prévoyent leur ruine.

Mais je ne sçay quel avantage nous pouvons tirer de ceste proposition, car il faut pour le moins six sepmaines, quand les Anglois procéderoient de bonne foy, pour réduire ceste proposition indigeste à quelque effet.

Si la place n’a pas des vivres pour six sepmaines, et qu’on ne luy en puisse fournir, ce pourparler ne peut faire autre chose qu’adjouster la honte à la perte.

Si elle a des vivres, comme elle en a, et qu’on luy en puisse donner, il semble que ce remède proposé ne soit pas nécessaire, veu que dans ce temps la saison, les vents, et une armée navalle peuvent chasser les Anglois.

Estant d’une condition esloignée des armes comme je suis [69], je dois désirer la paix, mais je ne la voy pas, et quand on sort foiblement d’une brouillerie faite par un ennemy, on s’en prépare un autre.

Mon advis est que Vostre Majesté fasse advertir nettement et promptement l’ambassadeur d’Espagne de tout ce qui se passe, fasse envoyer en Flandres et en Espagne à mesme fin, et asseure l’Espagne plus que jamais qu’elle ne manquera point à ce qui est arresté.

S’il faut parler du fonds de l’affaire, je crois, sur la relation de Taraube, que Ré n’est pas en estat de se perdre, si les places soutiennent un siège quand les soldats ont, pour vivres, du pain, du beurre, des pois et des febves. Breda tint neuf mois [70], sans avoir autre chose, six mois durant, que du pain et de la petite bierre.

Je croy de plus qu’on la peut secourir d’hommes et de vivres, puisqu’on l’a desjà fait.

Tous demandent un grand secours d’hommes : je croy qu’il le faut accorder, pourveu qu’on le puisse faire [71].

Si l’isle de Ré se perd, je croy que Vostre Majesté est obligée de s’attacher au blocus de la Rochelle et qu’il se peut faire avec succès.

Si les Anglois se retirent, en ce cas, si Sa Majesté veut, elle peut demander le chastiment de quelques mutins de la Rochelle et pardonner au reste, et par ce moyen conserver la paix dans son royaume 4.

Je croy que ce voyage et ceste proposition de paix est un tesmoignage de la foiblesse de Bouquinquam.

Il a receu son secours, qui n’est pas considérable, après cela il demande la paix, c’est signe qu’il ne se sent pas fort pour la guerre : d’autres indices me confirment en ceste pensée ; mais comme je m’y puis tromper, je supplie Vostre Majesté de prendre ses résolutions et ses mesures sur les sentimens de ces messieurs et non sur les miens.


CCCXCVlII.

Bibl. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, 93341, fol. 27. — Original.

A M. L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS, EN OLERON.

20 septembre 1627.
Monsieur, Quoy que vous mande M. le cardinal de Sourdis, je vous suplie ne sortir point de l’isle [72]. Je sçay fort bien qu’il fait ce qu’il peut pour vous en retirer, et ne sçauroit dire pourquoy. Vous estes très utile au lieu où vous estes, vous y servez le roy, et donnez lieu à vos amis d’avoir du ressentiment de ce que vous y faites. En mon particulier, je vous conjure de croire que je l’ay tel que vous sçauriez désirer d’une personne qui est, comme je suis, Monsieur, Vostre très affectionné confrère à vous rendre service, Le Card. DE RICHELIEU.

Il ne faut point souffrir que Bigoteau fournisse ses magasins de l’isle ; je vous prie faire mettre dans celuy d’Oléron, où j’apprends qu’il n’y a que 100 tonneaux de bled, jusqu’à trois cens, que vous prendrez dans l’isle ; et y faire tripler tout, le prenant de tous costés, avec procès-verbaux que l’on acquitera. Il est aussy nécessaire de faire avancer les travaux et les donner à tasche.
De Paris, ce 20 septembre 1627.


CDI.

BibJ. imp. Fonds Baluze, Pap. des arm. lett. paq. 1, nc 1, fol. 11. — Original.

A MONSEIGNEUR FRÈRE UNIQUE DU ROY.

21 septembre 1627.
Monseigneur, Le roy est bien fasché de l’accident qui est arrivé auprès de la Rochelle [73], pour la perte de ceux qui y sont demeurés, comme aussy de ceux qui y sont blessés. Sa Majesté vous prie d’empescher, autant que vous pourrez, ces désordres à l’advenir ; elle vous conjure particulièrement de n’aller point en lieu où vous ne soyez obligé par vostre condition, qui ne vous permet pas d’hasarder vostre personne, si ce n’est en quelque bataille ou en quelque signalé combat. Sa Majesté commande aux gardes, quand vous sortirez ou entrerez dans vostre logis, maintenant qu’ils y font garde, de battre le tambour.

Elle entend aussy que vous puissiez donner, en son absence, la confiscation de ceux qui luy sont rebelles, s’asseurant que vous vous servirez de ce pouvoir pour ceux que vous cognoistrez le mériter le plus. Quant à la compagnie du sieur de Nantas, Sa Majesté m’a tesmoigné avoir dessein pour le sieur de la Haie, qui a charge dans le régiment de Piedmont. Pour ce qui est du sieur de la Boulaye, Sa Majesté croiant asseurément qu’il guérira, n’a point pensé à sa despouille ; l’estime qu’il fait du père me fait croire qu’il considérera son fils ; mais, à vous dire le vray, monseigneur, je ne sçay point qu’il y ait pris aucune résolution. Outre les régimens de Beaumont, Rambure et Vaubecourt, qui sont arrivés à l’armée, et les deux de Guienne dont la venue ne peut tarder, Sa Majesté s’est résolue, selon vostre advis, d’en faire lever de nouveaux. Partant, elle envoyé des commissions pour MM. de Pompadour et de Vaillac, et fait marcher droit à l’armée trois compagnies de chevaux-légers qui ont esté levées en Auvergne. M. le maréchal de Schomberg s’est chargé de faire faire les recreues de tous les vieux régimens, dont je croy que les mestres de camp auront maintenant receu les ordres. Le roy a esté fort estonné du voïage de Saint-Surin et du parent de Bukingham [74].

Sa Majesté a fait dire à Saint-Surin toute sa commission devant tous les princes, ducs et officiers de la couronne qui se sont trouvés icy.

Elle n’aboutissoit sinon à dire, de la part de Bukingham, que si on vouloit entendre à la paix, il la désiroit, et avoit donné charge à cet Anglois d’en aller advertir son maistre, et empescher qu’il ne fist de plus grands préparatifs de guerre. Le roy, par l’advis de toute la compagnie, a respondu qu’il ne pouvoit entendre aucune proposition de paix tandis que les Anglois seroient en ses estats, et que lorsque, de gré ou de force, ils se seroient retirés, il verroit ce qu’il auroit à faire. Ce voïage a esté improuvé de tout le monde ; Sa Majesté n’a point voulu voir l’Anglois, mais a commandé à Saint-Surin et à Saint-Bonnet [75] de le reconduire comme ils l’ont amené. Je n’ay point compté, monseigneur, dans les trouppes nouvellement arrivées à l’armée, le régiment du Plessis de Juigné, parce que le roy l’a encore de nouveau ceste -après-dînée destiné pour Oléron, sur des ad vis certains qu’elle a receus fraischement. Il vous plaira donc l’y envoyer, afin que ceste isle, qui ne se peut deffendre que par force d’hommes, se conserve, et que les ennemis n’en tirent pas tous les vivres qu’il faudroit pour en fournir la Rochelle, et ne nous empeschent pas la liberté des rivières de Charente et de Seudre, qui nous est du tout nécessaire. Voilà, monseigneur, tout ce qui se passe ; à quoy je n’adjousteray autre chose, sinon la supplication que je vous fais de croire que je seray tousjours bien certainement, Monseigneur, Vostre très humble, très obéissant et très affectionné serviteur, Le Card. DE RICHELIEU.
De Paris, ce 21 septembre 1627.


CDVI.

Bibl. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, 93342, fol. 28. — Original.

A MONSIEUR L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS, EN OLERON.

Vers le 23 septembre 1627 [76].
Monsieur, Je suis très aise du travail qu’on fait au bourg d’Oleron. Il est à désirer que les retranchemens soient beaucoup meilleurs et plus larges. Il est à propos d’y travailler le plus qu’on pourra.

Quant au fort, je m’estonne comment il n’est point davantage avancé : il faut donner les travaux à prix fait et avoir diverses bandes d’ouvriers.

Le sieur de Guron a bien fait faire un fort en peu de temps ; c’est chose honteuse qu’on n’ayt peu jusques à présent parachever celuy d’Oleron, qui estoit commancé. Je souhaite passionnément qu’on face parachever le fossé du fort et les deux demi-lunes avec leur fossé, afin que ceste place soit en estat de n’estre pas emportée. Le roy veut qu’il y ait des vivres pour trois mois dans les magasins, partant il est nécessaire d’y faire entrer la pluspart des bleds de l’isle ; il faut qu’il y en ait dans les magasins au moins quatre cens tonneaux, et ne permettre point à Bigotteau de fournir, ce à quoy il est obligé, des bleds, foins et avoines de l’isle. La pluspart des vins, quand on aura vendangé, seront retirez dans les magasins. Quantité de pois, de febves, beurres, fromages, chandelles, huilles et vinaigres, ce qu’il en faudra. Deux mille paires de sabots ; deux cens paires de souliers, forces onguans et médicamens, et généralement tout ce qui est nécessaire. Si les Anglois faisoient une descente dans l’isle, on aura soin de retirer tous les bestiaux dans le bourg et en tuer et saller suffisamment pour les magasins du dit bourg et du fort.

Le marquis de Brezé donnera vingt milliers de poudres et du plomb. Après cela, il ne me reste qu’à vous assurer que je suis, Monsieur, Vostre très affectionné confrère à vous rendre service, Le Card. DE RICHELIEU.

Monsieur de Malzais est conjuré de demeurer dans l’isle ; de faire travailler soigneusement et diligemment à tout ce que dessus, comme chose très importante au service du roy, et le plus grand plaisir qu’il sçauroit faire au cardinal de Richelieu.

Le roy veut que le reste du régiment de Brezé entre promptement dans l’isle, comme aussy celuy du Plessis de Juigné, les compagnies de Cluy [77] et de Marconnet, et le reste des gens d’armes de la reyne, qu’on dit estre proche.

Ceux qui sont sur les lieux soliciteront soigneusement l’exécution de tout ce que dessus.

Il faut haster Jonsac de lever son régiment.

Goyer fera faire les décomptes de la garnison de Brouage, des compagnies d’Angers qui sont dans Oleron et du régiment du PlessisPraslin, le tout à la banque. Il prendra le fonds pour le faire des trente mil livres qu’il m’a mandé qu’il avoit levé par une lettre de change.


CDXI.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 318. — Minute de la main de Charpentier. Béthune, 9169, fol. 11, expédition originale envoyée à M. de Béthune.

A M. DE BÉTHUNE.

24 septembre 1627.
Il est impossible au roy de fournir aux frais qu’il fait, tant contre la Rochelle que contre les Anglois, deux affaires qui luy importent plus pour l’intérest de l’Eglise que pour celuy de son estât, s’il n’est secouru de grande quantité de moyens extraordinaires.

Il luy est impossible de les tirer tous par les voyes acoustumées en France, c’est-à-dire par des advis qui, quoyqu’on les qualifie innocens, foulent extresmement4 le peuple.

Partant, on estime que non seulement peut-on en conscience tirer du secours du clergé, mais que ledit clergé ne peut en conscience, non seulement en reffuser, mais manquer d’en offrir en ceste occasion, où il s’agit de l’extirpation de l’hérésie en France.

On propose de demander une alliénation, mais on aimeroit mieux un autre secours, parce qu’il se commet plusieurs abbus en l’exécution de telle grâce.

La concession d’une double décime pour deux ans sembleroit plus raisonnable, et si on y joignoit la revente du bien desjà aliéné, on pourroit tirer de ces deux natures de secours un million d’or, qui est un secours considérable, mais le moindre qu’on puisse donner, en une telle occasion que le roy veut entreprendre tout de bon.

Il y en a qui estiment que Sa Sainteté pourroit aussy accorder une bulle pareille à celle qui est en Espagne pour la croisade, par laquelle, en considération de ce que le roy, contraint de s’opposer aux mauvais desseins des Anglois et hérétiques rebelles de France, s’est résolu de tesmoigner son zelle contre les uns et les autres, Sa Sainteté accorderoit plénière indulgence à tous ceux qui serviroient personnellement à un si saint dessein ; et ceux qui n’y pourroient aller auroient les mesmes grâces, en contribuant à la mesme fin vingt sols par teste, et, en outre, permission de manger du fromage et œufs en caresme.

Le roy se promet aussy que Sa Sainteté ne voudra pas voir la France et l’Espagne embarquées en une guerre offensive contre les Anglois, sans estre de la partie et y contribuer puissamment.

Sa Majesté désire que M. de Béthune sache les intentions du pape sur tout ce que dessus, et le presse si chaudement que par le premier courrier il luy mande sa responce, parce que, selon icelle, elle se résoudra ou à entendre conjointement avec l’Espagne à la paix, dont les deux couronnes sont recherchées, ou à conclure une forte guerre. Si Sa Sainteté, qui est le chef de l’Eglise, est froid en ceste occasion, la meilleure qui ayt jamais esté, les deux couronnes ne peuvent estre blasmées si elles se conforment à ses sentimens ; mais si elle veut accorder tout ce que dessus, M. de Béthune peust fasseurer de l’entreprise et persévérance du dessein contenu en ce mémoire [78].


CDXV.

Bibl. imp. Fonds Baluze, Pap. des arm. lett. paq. i, n° i, fol. i3. — Original.
Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 43, fol. 236. -Copie,

A MONSEIGNEUR FRÈRE UNIQUE DU ROY.

27 septembre 1627.
Monseigneur, Ce m’est une grande joye de voir que par vostre présence, vostre authorité et vostre soin, Ré ayt esté de nouveau secouru, et que vous aiez tellement disposé toutes choses, qu’y tentant tous les jours quelque nouveau secours, il soit infaillible qu’il en réussira quelqu’un.

Je me réjouis aussy infiniment de quoy vous préparez ce qui est nécessaire pour envoyer un notable secours d’hommes dans l’isle.

Ayant veu, monseigneur, par la lettre qu’il vous a pleu me faire l’honneur de m’escrire que vous faites passer des Sables d’Olonne ceux qui doivent aller à la Prée, je n’estime plus qu’il soit de besoin d’envoyer le Plessis de Juigné en Oléron, d’autant que la principale raison pour laquelle Sa Majesté vouloit fortifier cette isle de régimens estoit parce que l’on a tousjours escrit qu’Oléron estoit le lieu d’où les gens de guerre devoient passer à la Prée, et on estimoit qu’il falloit de loin préparer cette descente, de peur que les ennemis, qui ont force espions partout, voyant tout à coup partir plusieurs trouppes de l’armée, ne fussent advertis de ce que l’on en voudroit faire.

Nous ne jugeons pas que M. de Toiras se rende jamais, tant qu’il aura du pain et de l’eau, beaucoup moins le feroit-il ayant de nouveaux rafraischissemens ; c’est un homme de haut cœur, qui sçait bien que jamais place de telle conséquence n’a esté rendue quaand il y a de quoy vivre, bien qu’avec de l’incommodité. Cependant il demande si ardemment un grand secours d’hommes, que le roy y a donné les mains, et le laisse conduire à vostre prudence. J’ay expressément mis, par le commandement de Sa Majesté, entre les mains de M. de Nismes, six mille escus pour fournir aux frais les plus nécessaires qu’il faudra faire à ceste fin.

On a jugé jusqu’à présent qu’il estoit bien important de conserver Oléron, tant parce que ceste isle tient l’embouchure de plusieurs rivières, que parce qu’elle est abondante en vivres, et que par conséquent on en envictuailleroit1 la Rochelle, qu’il faut affamer. Cependant, si on pouvoit sauver asseurément Ré par la perte d’Oléron, j’estimerois qu’il le faudroit faire, prenant tous les gens de guerre qui sont en Oléron ; si vous, monseigneur, qui estes sur les lieux, jugez qu"il n’y ayt pas d’autres moyens de secourir Ré. Si l’on veut sauver ces deux isles, c’est le meilleur. Vous sçaurez mieux que personne juger ce qu’il faudra faire, et le faire exécuter. 1 

M. le maréchal de Schomberg, qui a soin de faire les diligences nécessaires pour que les armées de terre soient fournies de ce dont elles auront besoin, comme Sa Majesté m’a commandé le mesme pour l’armée navale, vous fera response sur les nécessités de l’armée. Seulement vous diray-je, monseigneur, que voyant que vous manquez de canons, s’il vous plaist envoyer l’équipage que vous avez en quérir à Saumur et Angers, bien qu’on en ait desjà tiré huit couleuvrines et bastardes pour l’armée navale, on y peut prendre encore six canons de batterie. Pour des poudres, il ne seroit pas aisé d’y en trouver, puisqu’Angers en a fourni trente milliers pour l’armée navale, outre quatre-vingts tant de milliers que j’ay fait achepter de madame Leclerc, pour ne desgarnir point les magasins de l’arsenal [79], dont il faut que je rende beaucoup à MM. d’Espernon et de Luxembourg, qui les ont fournies pour l’armement de Bordeaux.

Pour respondre à ce qu’il vous a pieu m’escrire, monseigneur, touchant la sortie qui fut faite il y a quelque temps, de la Rochelle, j’ay bien veu que le roy plaignoit ceux qui y ont esté tués et blessés, mais je n’ay jamais cogneu qu’il pensast que cela fust arrivé par manque de vostre soin2. Partant je n’auray pas de peine à tascher de lui oster ceste impression, laquelle je croy, sur mon honneur, qu’il n’a jamais eue. ",

Quant à la lettre dont il vous plaist me parler, vous jugerez bien, je m’asseure, que j’aurois beaucoup à faire si j’entreprenois de réformer tous ceux qui escrivent de plus longtemps que moy. Je ne sçay en vérité qui est l’auteur de ceste lettre, mais je sçay bien que rien ne partira jamais de ma pensée qui ne soit plein du respect deu à ce qui vous touche.

Lorsque je seray auprès du roy, je lui demanderay, par vostre commandement, l’enseigne que vous désirez, et en toutes choses vous cognoistrez que je suis très certainement, Monseigneur, Vostre très humble, très obéissant et très affectionné serviteur.
Le Card. DE RICHELIEU.
Angerville, ce 27 septembre 1627


CDXVI.

Bibl. imp. Fonds Béthune, 9327, fol. 56. — Original.

LETTRE DU ROI A M. DE TOIRAS.

28 septembre 1627.
Monsieur de Toiras, Je ne puis adjouster foy aux avis que l’on me donne, qu’il y ayt des gens assez lasches dans le fort de Saint-Martin pour parler de se rendre, tant qu’il y aura dedans de quoy manger et se défendre ; et tout ainsy qu’il n’y a honneur ny gratification que je ne face à ceux qui endureront courageusement les incommoditez d’un long siège, aussy n’y a-t-il point de chastiment que ne méritent ceux qui seroient cause que je receusse une aussy grande injure que de voir prendre à ma veue une place qui ne court aucune fortune par la force de mes ennemys, et qui a des vivres assez pour s’empescher de mourir de faim. Je suis asseuré qu’il n’y a pas un seul portant le tiltre de gentilhomme ou de brave soldat, qui vous donne peine à luy persuader de souffrir toutes sortes d’incommoditez pour me rendre un si signalé service, et s’acquérir une si grande gloire ; pour les autres, faittes-en justice exemplaire, car aussy bien n’éviteront-ils pas la mienne. Je m’en vas en diligence donner ordre moy-mesme à tout ce qui est nécessaire pour vostre conservation, ainsy que vous dira celuy qui vous rendra la présente. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ayt, monsieur de Toiras, en sa sainte et digne garde. Escrit à Monpipeau, ce 28 septembre 1627.

 [80]Je n’oublieray jamais le service que vous et ceux qui sont dans ie fort de Saint-Martin de Ré me rendrez, endurant dans ceste place, lorsqu’il en sera besoing, toutes les extrémités et incommodités que de braves gens affectionnes à mon service peuvent et doyvent suporter.
LOUIS.


CDXVII.

BibI. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, 9334 2, fol. 19. —Original.

A MONSIEUR L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS.

Vers la fin de septembre 1627 [81].
Monsieur, Je vous remercie de tant de soin que vous avez ; je ne sçaurois assez vous tesmoigner le contentement que j’ay de ce que vous avez fait mettre la gallère en estat de servir ; je voudrois bien que vos espars, grenades et cercles à feu fussent desjà dessus.

Je suis fort aise que vous ayez envoyé quérir vers Maillezais et aultres lieux, des pionniers pour Oléron. Je vous prie de continuel Je soin que vous avez d’en faire fournir le magasin que j’ay trouvé par vos apostilz estre desjà bien advancé ; la question est de faire en sorte qu’on n’y touche point tandis que l’isle sera libre, à quoy je vous prie de tenir la main.

Je prie MM. de Coudray, Marconnay et de Cluy, qui doibvent avoir leurs compagnies dans Oléron, de les tenir bien complettes, et se rendre faciles, encore que les payemens ne viennent pas par advance ; je sollicite leurs monstres, qu’ilz recevront incontinent. Je suis bien aise qu’on travaille fort et ferme aux fortiffications d’Oléron, où j’estime que vous debvez demeurer tant que l’isle de Ré devra tenir ; mais si par malheur elle se debvoit perdre, ce que je ne puis croire, estant impossible que tant de braves gens qui sont en divers lieux pour la ravitailler ne le facent, en ce cas, il n’est pas raisonnable que vous vous enfermiez là dedans, mais bien que vous vous retiriez dans la grande terre. En quelque lieu que vous soyez, vous pouvez vous asseurer que je me ressentiray du soin et de la peine que vous prenez pour le service du roy et de la royne sa mère en ceste occasion, et de l’affection particulière que vous me portez. Je vous prie de faire tenir le plus de vos amis que vous pourrez dans l’isle, Navarre n’en bougera, Plessis d’Espernon, Bresay et Jonsac y entreront aussy.

Je suis, Monsieur, Vostre très affectionné confrère à vous rendre service.
Le Card. DE RICHELIEU.


CDXVIII.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 44, fol. 5. — Copie.

LETTRE DU ROI A MONSIEUR

[septembre 1627]
Mon frère, Ayant fait lever le régiment du sieur Plessis de Juigné expressément pour mettre en Oléron, je vous fais ce mot pour vous le tesmoigner, afin que vous l’y envoyiez, retenant dans l’armée les trois regimens de Rambures, Vaubecourt et Beaumont. Je suis bien fasché que la chaleur de Maricourt et quelques autres les ayt portés à ce point que quelques uns y soient demeurez avec peu de réputation pour mes armes. Je vous prie d’empescher que chose semblable n’arrive plus, et vous conserver, comme je vous en ay tousjours prié.

Ce pendant asseurez-vous de mon affection, qui est aussy grande pour vous que pour moy-mesme, qui suis Vostre bien bon frère, LOUIS.


[1Le Morbihan, vastes lagunes situées près de Vannes, où les marées seules pouvaient mettre les vaisseaux à flot.

[2Richelieu n’aimait pas M. le Prince ; mais, dans le péril de la France, il ne songe qu’à le ramener à la cause du roi.

On comprendra toute sa pensée si on lit le tableau qu’il trace, dans ses Mémoires, de la situation difficile des affaires à cette époque ; « On avoit deux princes absens : M. le Prince-et M. le Comte.. (liv. XVTII, 278.)

[3Voyez, au sujet de Soubise, page 506 ci-dessus.

[4Nous n’avons point trouvé ce mémoire.

[5Ingénieur italien, alors en réputation, mais qui ne put parvenir à construire la digue de la Rochelle.

[6M. de Coutenant, dont le nom s’écrivait aussi Contenan, était maréchal de camp ; il avait été envoyé dans l’île d’Oléron le 29 juillet. (Arch. des Aff. Étrang. France, 1627, t. XLI, f* 201 Vo)

[7C’est la portion de mer qui baigne une partie des côtes du département de la Vendée et du département de la Charente-Inférieure (autrefois la portion méridionale du Poitou et l’Aunis) , du Pertuis Breton aux environs de Rochefort.

[8Deux choses sont à remarquer ici : la proposition elle-même, et quels hommes la faisaient ; on a vu que c’étaient Charles de Valois, fils naturel de Charles IX, et Louis de Marillac. — Les instincts despotiques de Richelieu étaient encore excités et encouragés, non-seulement par ceux qui trouvaient leur profit à flatter ses passions, mais encore par l’esprit du temps ; vingt années du règne de Henri IV n’avaient pas suffi pour faire oublier à certains hommes les procédés violents des guerres civiles et religieuses, ainsi que du gouvernement des derniers Valois. Le règne capricieux et brutal des favoris, après la mort de Henri IV, avait d’ailleurs accoutumé de nouveau les hommes de ce temps-là à voir le bon plaisir substitué aux lois, et ils pouvaient bien ne pas s’étonner d’une proposition qui blesse les plus simples règles de la justice. Richelieu ne la repousse ni ne l’adopte. L’article 3 , auquel il renvoie, ne s’occupe que du châtiment des fautes personnelles, et, par conséquent, ne répond pas à l’odieuse proposition qui termine ce mémoire. Richelieu n’y a pas fait une réponse catégorique, à dessein sans doute. L’accueillir ouvertement, il ne l’a pas voulu, et il lui a semblé prudent de ne pas non plus condamner formellement un expédient dont il pouvait se servir au besoin. An reste, les deux généraux ne se sont pas contentés de cette réticence du cardinal, et, dans leur responce aux responses du roy (voy. ci-dessus la pièce que nous avons citée, p. 536, note), ils demandent une décision plus précise, en s’efforçant d’expliquer les faits particuliers qui rendent leur proposition nécessaire, mais sans songer à justifier ce qu’elle a de révoltant dans sa généralité : a La response au troisiesme article, disent-ils, satisfait bien au razement des maisons des rebelles, mais non pas à la question de chastier les pères pour la rébellion de leurs enfans ; à quoy pourtant il faut faire considération, car de ceux qui vont trouver M. de Soubize, la plupart sont enfans de famille, de qui les pères demeurant dans le païs, servent bien souvent d’espions aux ennemis et reçoivent de leur part advis de tout ce qui se passe, pour les faire courir par la France ». Cette insistance ne plut pas sans doute à Richelieu ; il fit une réponse sèche et laconique : « La déclaration du roy y satisfera. » (Voy. ci-après, p. 568.)

[9Bassompierre parle, à la date du 15 novembre, d’un sieur Samson, marinier très-expérimenté, que lui avait envoyé le cardinal : c’est sans doute le même. (Mém. de Bass. III, 116.)

[10Au dos, est écrit de la main de Charpentier : « Commission donnée à M. de Beaumont pour secourir l’isle de Ré de vivres. Du 6e aoust 1627. »

[11Il avait été gouverneur de la Fère, et il était mestre de camp d’un régiment entretenu ; il avait à la cour la charge de premier maître d’hôtel du roi. On voit que Richelieu lui donne ici un pouvoir assez étendu pour secourir l’île de Ré. Nous trouvons , dans une lettre de l’abbé de Marsillac au cardinal, datée de Maran le 13 août, qu’il avait concerté avec MM. de Beaumont, d’Argencour, Le Clerc général des vivres, de la Richardière, le baron de Saujon, les expédients de faire tenir des vivres à M. de Toiras. (Arch. des Afr. Étr. France, 1627, tom. XLIII, fol. 54.) Dans la même collection, tom. XLI, fol. 233, se trouve un mémoire adressé, le 17 août, au cardinal par le duc d’Angoulême et Marillac, lesquels donnent de grands éloges a Beaumont : « Tout ce qui se peut faire au monde pour jetter des vivres en Ré se fait avec soin et diligence, disent-ils, et M. de Beaumont y travaille particulièrement sur les dispositions qu’il y a trouvées establies à son arrivée ; mais on ne sçauroit vaincre les vents. » Il faut donc croire que le Mercure, quoiqu’il écrivît peu de temps après l’événement, se trompait lorsqu’il disait de Beaumont : « Il ne partit que le dernier aoust, bien que dès le 5e dudit mois il eust esté pressé de s’y acheminer. » (Merc. franç. tome XIV, page 4.) Et le Mercure revient plusieurs fois sur le reproche de lenteur adressé à Beaumont (p. 12 et 149). Au reste, Richelieu le traite fort mal dans ses Mémoires (liv. XVIII, p. 348, 466). En même temps que Beaumont avait la commission officielle du ravitaillement de l’île de Ré, Richelieu avait chargé de cette grande affaire un homme à lui, l’abbé de Marsillac, ainsi qu’on l’a vu par plusieurs des lettres précédentes ; il est probable qu’il en résulta beaucoup de désagréments pour Beaumont. Richelieu vante continuellement, aux dépens de ce dernier, l’habileté et le zèle de Marsillac ; il insinue même assez ouvertement que Beaumont, ami de Toiras, s’y prenait de manière à faire perdre l’île de Ré, afin que la faute en fut imputée au cardinal. Cette accusation, mise à la charge d’un ami de Toiras, ressemble à une calomnie ou à une injuste prévention, car personne plus que Toiras ne devait désirer la conservation de l’île qu’il défendait.

[12« Felins, barques, » de la main-de Richelieu.

[13D’ici au mot « fort Louis, » de la main de Richelieu.

[14« Avec d’Argencour, » de la main de Richelieu, en interligne.

[15« Du Plomb, de la Tranche et de la Faute, » de la main de Richelieu, en interligne.

[16 « A courvée. auxdicts ports, » de la main de Richelieu, en interligne.

[17D’ici à la fin, de la main de Richelieu.

[18Sur un feuillet blanc qui se trouvait après cette pièce, et qui était numéroté 221, mais que, dans une reliure récente, on a mis avant le feuillet 220, on lit cette note, écrite de la main de Charpentier : « A M. de Marillac, du 7e aoust 1627, touchant la proposition faite par M. de Valençay de faire entrer quatre mil hommes en Ré. »
— On peut se demander pourquoi une réponse de Richelieu à Marillac se trouve écrite de la main de l’évêque de Mende ; mais nous savons que Richelieu se servait au besoin de tout le monde, s’il n’avait pas là ses secrétaires ; il suffisait qu’on se trouvât sous sa main. L’évêque de Mende, parent de Richelieu, était d’ailleurs un de ceux que le cardinal affectionnait, et qu’il employa activement dans la défense de l’île de Ré. Nous avons plusieurs lettres de lui, écrites des côtes de l’Océan depuis la mi-septembre, mais nous n’en trouvons pas avant cette date ; il était sans doute alors à Paris. Cela explique d’ailleurs comment cette pièce se trouve dans les papiers de Richelieu. Sans cette dernière circonstance, on pourrait croire que la pièce que nous donnons est une simple copie faite par l’évêque de Mende pour lui-même ; on comprend qu’une décision du cardinal sur la question dont il s’agit devait intéresser particulièrement tous ceux qui étaient chargés de contribuer à la défense de l’île de Ré. Remarquons que les principaux arguments développés ici se retrouvent dans les Mémoires de Richelieu (liv. XVIII, p. 363, 364), lorsque la question se présente de nouveau un peu plus tard, dans des circonstances différentes et qui pouvaient amener une autre conclusion. (Voy. ci-après, 17 août : à M. d’Angoulême, 1" article.)

[19Chef de Bois, qu’on nommait aussi Chef de Baie, est située vis-à-vis la pointe de Coreille, à l’entrée de l’espèce de petite baie au fond de laquelle est le port de la Rochelle ; chacune de ces pointes était garnie de batteries destinées à fermer l’entrée de ce port.

[20Matthieu Molé.

[21La date de l’année est donnée par les pièces que nous citons.

[22Rondin avait été condamné à mort pour libelle. Nous avons vu aux Archives des Affaires étrangères (France, 1627, tom. XLI, fO 1 ig-136) plusieurs pièces relatives à cette affaire. On y lit : « Vu le procès criminel extraordinaire fait à la requeste du procureur du roy au Chastelet de Paris, à l’encontre de Jacques Rondin, soy disant sieur de la Hoguetière, natif de Bayeux. pour avoir donné mémoires, participé et contribué à la composition d’un libelle diffamatoire, intitulé, Lettre de la cordonnière de la royne mère à M. de Baradas, contre l’honneur du roy et des principaux ministres de son Estat, remply d’impostures tendantes à descrier le gouvernement de S. M. et changer l’estat de ses affaires, — ledit Rondin a esté convaincu du crime de lèze majesté. pour réparation de quoy nous l’avons condamné à estre pendu et estranglé. Prononcé au procureur du roy, demandeur d’une part : audit Rondin. d’autre part, le 30. mars 1627, dont ledit Rondin a appelé. » Parmi ces pièces, nous avons remarqué une page et demie de la main de Charpentier, sur la législation contre les libelles, à partir de la loi des Douze tables jusqu’à un édit vérifié en parlement depuis deux ans, invoquant une loi des empereurs. « Par ceste loy, quand Rondin mesme ne seroit pas autheur du livre, il mériteroit la mort pour l’avoir publié. * Aux dépositions, aux témoignages et à une espèce de réquisitoire sont jointes quelques réflexions : « On peut dire que la liberté effrénée de ce siècle en aiant produit plusieurs (libelles) de ce genre, il n’en a point paru encore un si sanglant et si pernicieux que celuy-cy. ce sont calomnies contre les principaux ministres de l’Estat. et, qui pis est, injures qui attaquent et offensent la personne du roy, l’accusant de légèreté, d’inconstance, et, ce qui est espouvantable, nonobstant sa vertu cogneue, d’impureté détestable. »
Cette page, et plusieurs autres, sont écrites de la main d’un secrétaire de Richelieu.
On voit qu’il s’agissait ici d’animer le roi contre cet homme ; et, sans doute, il y a là des notes et des réflexions que Richelieu a fait donner aux juges. Dans la dernière assemblée des notables, une pro position avait été faite : touchant le repos de l’État, etc. à l’effet de faire déclarer crime de lèse-majesté toute espèce de moyen de troubles, et, entre autres, les calomnies et libelles diffarnaloires. (Voy ci-dessus, p. 322 et 323.)—En définitive Rondin fut condamné aux galères, et il paraît qu’on le croyait trop dangereux pour lui laisser subir sa peine dans le voisinage d’un pays attaqué à la fois par les ennemis extérieurs et les sujets rebelles. Est-ce la considération dont parle Richelieu ? Au reste, cet excès de précaution s’expliquerait par l’espèce de service que faisaient alors les condamnés sur les galères de l’état.

[23Il y a près de cet endroit, au sud de la Rochelle, une côte plate qu’on appelait, en langage du pays d’Aunis : « le platin d’Angoulin. »

[24Ce mémoire suit, dans le manuscrit, les réponses au roi ; il est coté f° 225-228.

[25Cette dépêche n’était pas adressée au duc d’Angoulême seul ; Charpentier a écrit au dos : « Mémoire envoyé à M" d’Angoulesme et de Marillac, du 17e aoust 1627. » — Louis de Marillac servait, comme maréchal de camp de Schomberg, dans l’armée commandée par celui-ci en qualité de lieutenant général du roi.

[26Erreur de calcul, le total est de 12500.

[27A la marge de ce paragraphe, on lit dans le manuscrit : MM. d’ Angoulesme, de Marillac, de Beaumont, de Guron, Pompée et d’Argencour. C’étaient apparemment des mots de souvenir.

[28Richelieu a écrit au dos « Response à M. d’Angoulesme, le 17 aoust 1627. »

[29En répondant, le 11 août, aux propositions du roi, MM. d’Angoulême et de Marillac avaient joint un rapport explicatif, daté du même jour (même manusc. f° 225-228), et, à ce rapport, une autre pièce, datée encore du 11, et intitulée : « Advis sur les responses du roy, du 4e aoust, faites à la dépesche portée par le sieur de Saint-Germain. » Cet avis, formulé en 21 articles, est également signé : Charles de Valois-Marillac (f° 229-233). C’est à ce dernier mémoire que répond ici le cardinal. Nous avions pensé à le donner ici ; mais, outre qu’il contient dix pages, qu’il répète plu sieurs choses déjà dites et ne présente pas un grand intérêt, il nous a semblé qu’il n’était pas nécessaire pour comprendra cette réponse

[30Voyez sur La Borde une lettre que lui écrit Richelieu, le 30 octobre ci-après.

[31Dans l’article 5, les deux généraux insistaient sur un point auquel Richelieu évite de répondre : « Le manquement à cela (l’envoi des montres), disaient-ils. a tellement desgoustés les gens de guerre que l’on a grand peine à les retenir. »

[32Les barques établies pour empêcher les communications de la côte et de la Rochelle avec les Anglais.

[33« Sans le manque d’argent ; dit cet article, nous aurions fait beaucoup de choses que nous n’avons pu faire, encore que nous y ayons employé nos bourses, nos crédits jusques au bout, de sorte que si vous ne pourvoyez promptement, etc.

[34C’est la question du châtiment des pères pour la rébellion de leurs enfants. (Voy. ci-dessus, p. 543.)

[35Il s’agit, dans ce 21* article, de tous les efforts que font Beaumont et les autres pour jeter des vivres en Ré.

[36Ceci est écrit au dos, de la main de Charpentier.- Voyez ci-dessus, pages 364 et 366, deux autres mémoires adressés aussi au duc d’Angoulême, le 17 août. Le cardinal, qui se disposait à aller, avec le roi, à l’armée d’Aunis, encore retenu par une maladie de Louis XIII, était d’autant plus impatient qu’il avait peu de confiance en ce duc d’Angoulême auquel on avait donné le commandement provisoire des troupes et la direction d’une affaire doublement importante et difficile, puisqu’il s’agissait de repousser l’attaque des Anglais, et de préparer le siège de la Rochelle sans trop inquiéter les protestants. Richelieu entre dans les moindres détails, résume avec un soin minutieux toutes les dépêches qui sont adressées à lui ou au roi, et répond avec la ponctualité d’un homme qui ne se fie guère qu’à lui-même, sans oublier toutefois de laisser à chacun sa part de responsabilité.

[37Messieurs d’Angoulême et de Marillac ; une lettre du Roi à Monsieur, sans date, les mémoires venant de l’armée d’Aunis et que nous classons à la fin de septembre.) étaient ordinairement signés de tous deux.

[38Mot italien (buona voglia) qu’on a francisé. C’étaient des gens de bonne volonté enrôlés pour ramer sur les galères de l’État, comme les forçats.

[39Cette minute et les deux suivantes sont écrites sur deux feuilles qui se suivent ; au dos de la deuxième on lit : « A Mess. d’Angoulesme, de Marillac et de Brézé ; du 3oe aoust 1627, pour response aux propositions du s’ de Laleu. »

[40C’était un bourgeois de la Rochelle à qui le duc d’Angoulême donna permission d’aller porter au roi, de la part de la ville, certaines propositions dont les Anglais faisaient la condition de leur retraite. Le duc d’Angoulême manda au roi qu’il était d’avis que cette offre fût acceptée, dit Richelieu, qui expose les raisons déduites par le duc d’Angoulême ; lIS. M., ajoute le cardinal, trouva très-mauvais le conseil du duc, et encore plus quand elle vit que c’étoit le dessein du duc de Buckingham. qui dépêcha, le 14 de septembre, le sieur de Saint-Surin avec un nommé Halsburnin, qui lui proposèrent de raser le fort, et consentoient que ceux de Ré demeurassent en leur entier." ( Mémoires, liv. XVIII, p. 353.) — Voir, à la date du 20 septembre, l’avis du cardinal sur la proposition apportée par Saint-Surin.

[41Le marquis de Brézé était, comme on le sait, beau-frère de Richelieu.

[42La couleuvrine bastarde venait entre la grande couleuvrine et la moyenne, ainsi que nous l’apprend un contemporain, le capitaine Vasselien, ingénieur ordinaire de l’artillerie de France, dans un mémoire adressé à Gaston, frère de Louis XIII. (Manusc. de la Bibl. imp. coté 6994. Voy. aussi le Dictionnaire nautique de M. Jal.)

[43Ces blancs sont dans la minute. Les premières lettres de ce nom désignent suffisamment Bassompierre, qui avait vu avec dépit le commandement donné au duc d’Angoulême et qui s’était plaint au roi avec beaucoup de vivacité. L’initiale et les chiffres signifient : Monsieur, le roi et le cardinal.

[44« Si elle arrive » mots ajoutés par Richelieu.

[45Ce mot est parfaitement lisible dans le manuscrit. Il semble qu’il faudrait « la prise » mais cela signifie : « la perte de la Rochelle pour les huguenots ; » sens forcément déterminé par la fin de la phrase.

[46Ici le cardinal a pris la plume ; il a écrit deux lignes et demie, jusqu’au mot envoyé, et Charpentier a continué.

[47Michel de Marillac, frère de celui auquel cette lettre est adressée.

[48L’abbé de Marsillac, qui fut depuis évêque de Mende. « Il avoit (dit Richelieu) la principale charge du cardinal pour le secours de l’île il travaille avec une affection incroyable à ce qui lui est commandé. » (Mém. liv. XVIII, p. 346-35a.)

[49Gabriel de Rechignevoisin de Gurat, son fils aîné. (Note de d’Hozier.)

[50D’Hozier a souligné ce passage, d’ici à la fin de la phrase.

[51C’était une fausse espérance ; la flotte promise ne partit d’Espagne qu’après qu’on y eut appris la défaite des Anglais, dans la bataille du 8 novembre, et lorsque le roi eut envoyé Bautru à Madrid « pour empescher qu’une grande armée navale qu’on lui avoit promise, il y avoit déjà longtemps, et qu’on différoit de quinze en quinze jours à lui envoyer, ne vînt inutilement après qu’il n’en avoit plus affaire. » (Mém. de Rich. liv. XVIII, p. 458.) Au reste, on eut bientôt la preuve qu’en ce temps-là les Espagnols entretenaient des intelligences secrètes avec les Anglais.

[52L’abbé de Marsillac, « qui étoit au cardinal (dit Richelieu dans ses Mémoires), lui étoit attaché en qualité de maître de chambre. Il l’employa très-activement dans toute cette entreprise ; et « il avoit, comme dit encore Richelieu, la principale charge du cardinal pour le secours de l’isle de Ré. » Ce qui signifie sans doute que c’était lui qui avait la confiance du cardinal, car, à la page suivante, Richelieu ajoute que Marsillac « n’avoit le ravitaillement que par accessoire. » ( Voy. ci dessus, p. 547-) C’était un homme tout animé de cette activité et de ce dévouement qu’appréciait avant tout Richelieu. Le cardinal récompensa ce dévouement ; l’évêque de Mende, également employé dans l’affaire de Ré, étant venu à mourir l’année suivante, Marsillac obtint son évêché, comme nous l’avons déjà dit.

[53Espèce de bâtiments de transport ou d’allèges.

[54Ces mots sont écrits au dos de l’original, et ensuite il y a : « Envoyé le 16e septembre 1627, sur le subjet du grand secours. ), Au dos de la minute on lit : « Résolution sur la proposition de faire entrer six mil hommes dans l’isle de Ré, du 14° septembre 1627. » — Le cardinal a consigné cette discussion dans ses Mémoires, liv. XVIII.

[55Le sieur de Taraube était en Ré avec Toiras ; il avait d’abord donné une relation de laquelle il résultait que l’île n’était pas en danger de se perdre ; plus tard, envoyé par Toiras au cardinal, il était venu représenter qu’un secours de six mille hommes était nécessaire pour mettre l’île à l’abri de l’attaque des Anglais. (Mémoires de Richelieu, liv. XVIII, 359,361.)

[56Commandant d’une compagnie dont Richelieu parle quelquefois.

[57Capitaine d’une compagnie de chevau-légers qui était à la défense de Ré.

[58Il y a ici une abréviation qui paraît signifier « milliers. »

[59Commandant d’un régiment.

[60« Ils » se rapporte sans doute aux gens de la galiote, qui donneront aide aux galères.

[61Forme ancienne du mot « chiourme, » qu’on a dit aussi : « chorme, churme, chiorme, chiurme, ciourme. » (Gloss. Naut. de M. Jal.)

[62Ici, en interligne, on lit « des canonniers, » mot ajouté de la main du cardinal, auquel la phrase n’a pas paru assez claire.

[63Mot peu lisible.

[64Ce paragraphe a été écrit après coup, la lettre ayant déjà été signée, et à travers le blanc compris entre le paragraphe qui finit par le mot « et suis, » et la formule de politesse qui précède la signature.

[65Cette espèce de post-scriptum est mis à côté de la signature, et au-dessous il y avait : « Pour deslivrer le fondeur de Xaintes des formalités et erreurs du marquis de Rosny, vous me ferez plaisir de traicter avec ledit fondeur, pour qu’il vienne demeurer en Brouage, où je veux faire fondre cent pièces de canon. » Ces lignes ont été effacées. Est-ce que Richelieu abandonnait le dessein des cent pièces de canon ? Est-ce ménagement pour le marquis de Rosny (le fils du duc de Sully) ?

[66Ce mémoire n’a point de suscription. Le cardinal a écrit au dos , « Advis sur la proposition de Saint-Surin, » et une autre main a aiouté : « du 20e septembre. »

[67Ce Saint-Surin avait été envoyé par Buckingham. Voyez, à la date du 30 août, une note sur une lettre adressée au duc d’Angoulême.

[68Une partie de ce mémoire se retrouve, avec de continuelles modifications, dans le livre XVIII, pages 357, 358, 359 des Mémoires de Richelieu, édition de Petitot.

[69Ici, comme dans la conclusion de ce mémoire, Richelieu ne dit pas sa véritable pensée ; il faisait volontiers la guerre, et se croyait aussi capable de la bien faire qu’aucun de ceux qu’il engage le roi à consulter. Mais il lui convenait de paraître, aux yeux de Louis XIII, prince scrupuleux sur les bienséances, plus pacifique et plus sincèrement animé de sentiments conformes à sa profession.

[70Breda, assiégée par Spinola, se rendit, en 1625, après un siège de neuf à dix mois.

[71Ce paragraphe a été effacé par celui qui a tourné cet avis en récit, pour l’insérer dans les Mémoires.

[72L’île d’Oléron.

[73Sans doute la sortie dont il est encore question dans une autre lettre du cardinal à Monsieur, en date du 27 septembre.

[74C’est le sr Halsburnin, dont nous avons parlé dans la note 2 de la page 57/1, et qui est nommé dans les Mémoires du cardinal.
Cet envoyé dit à plusieurs personnes que : "si on lui eut fait quelque proposition, il en eut fait une douzaine, qui eussent été agréables au roi. » Mais le cardinal, qui ne jugeait pas qu’il fùt de la dignité de la France de l’écouter, ne lui permit pas même de s’embarquer pour l’Angleterre, de peur que ce voyage ne donnât crédit à quelques bruits d’accommodement ; et il dut retourner vers Buckingham, conduit par ceux qui l’avaient amené. ( Mém. liv. XVIII, 360.)

[75Saint-Bonnet est le nom de Toiras ; mais celui dont il est ici question ne peut, être un de ses frères : on le voit par la lettre qui suit, écrite à Toiras.

[76Dans une lettre du 20 septembre, à M. de Maillezais, le cardinal lui avait déjà fait quelques-unes des recommandations qui sont répétées ici avec plus de détail et d’insistance. On peut conclure de cette lettre que le cardinal n’avait pas encore reçu de réponse à celle qu’il avait écrite le 20 septembre, mais qu’une dépêche de M. de Maillezais, qui se serait croisée avec celle de Richelieu, lui avait fait voir que de nouvelles injonctions étaient nécessaires. C’était, d’ailleurs, son habitudeconstante d’insister à diverses reprises sur l’exécution des ordres qu’il donnait. Cette lettre a donc dû être écrite très-peu de temps après celle du 20.

[77Dans une lettre du cardinal à l’évêque de Maillezais, sans date, mais vraisemblablementdela fin de septembre, on voit que le cardinal supposait alors que les compagnies de Cluy et de Marconnay devaient être en Oléron. Cette lettre est donc un peu antérieure à la fin de septembre.

[78La réponse du pape arriva en France vers le temps de la déroule des Anglais en Ré. Le souverain pontife envoyait un bref par lequel le clergé était convié à assister le roi jusqu’à un million d’or, mais sans autoriser l’aliénation des biens ecclésiastiques, et en refusant formellement l’expédient d’une bulle pour la croisade comme celle dont on use en Espagne, en l’exaction de laquelle il y avait beaucoup de choses à blàmer, disait le pape. Quant à l’union de France et d’Espagne contre l’Angleterre, le pape trompa l’espoir exprimé ici : il ne voulut ni s’y engager résolument , ni même y contribuer. On renonça donc à cette dernière proposition ; mais, sur l’affaire de la contribution du clergé, un second mémoire fut envoyé à l’ambassadeur de France à Rome. Nous avons trouvé ce mémoire en copie, dans les manuscrits de Béthune, n° 9169, f° 13, avec cette annotation, écrite au dos, de la main de Béthune, lui-même : « Articles envoyés de la cour, pour obtenir la subvention du clergé en l’an 1627. » Le cardinal a sans doute donné les indications nécessaires pour faire ce second mémoire ; mais nous ne croyons point qu’il l’ait rédigé lui-même ; nous renvoyons au manuscrit ceux qui en voudraient connaître le texte. On y explique en détail toutes les difficultés de l’exécution ; on y expose « qu’il seroit difficile de leur persuader (aux évêques, abbés, prieurs, etc.) de donner la jouissance d’une si grande partie de leur revenu, comme seroit un million d’or, qu’il plaît à Sa Sainteté leur proposer de donner au roy pour le secourir en ceste guerre, si ce n’est qu’ils y soient contraints par quelque autre proposition plus rude. » Cette ruse de faire peur au clergé par une demande exorbitante pour l’obliger à consentir à une demande plus acceptable amenait le rédacteur du mémoire à cette proposition finale : « Pour conclusion, Sa Sainteté peut envoyer ou une bulle portant pouvoir d’aliéner, ou de constituer une rente par alternative, la première condition d’aliéner n’étant que pour porter plus facilement à la seconde ; ou une bulle donnant seulement pouvoir de faire une constitution de 100,000 escus, aux conditions ci-dessus portées, qui est le moyen le plus innocent qui ait jamais esté pratiqué, d’autant qu’en dix ans tout sera asseurément rachepté. »
Nous ne savons si le pape a consenti à se prêter à ce manège, et s’il a envoyé une bulle conforme aux désirs du roi ; mais on prit le moyen de s’en passer, comme le cardinal nous l’apprend lui-même dans ses Mémoires : « Le roi aima mieux, sans attendre autre bref du pape, ni se servir de celui qu’il avoit déjà envoyé, assembler le clergé de France et lui demander leur assistance en cette guerre si sainte, laquelle ils lui accordèrent libéralement. »
(Liv. XVIII, 436.) Il sera question de cette affaire dans les lettres de l’année 1628.

[79La dernière partie de cette phrase a été ajoutée sur la copie, de la main de Charpentier, avec quelques variantes « sur lesquels il en faut rendre beaucoup, que l’on a emprunté de MM. Despernon et de Luxembourg, pour l’armement de Bordeaux. »

[80Le roi a ajouté de sa main ce post-scriptum.

[81Cette lettre n’est point datée. Le millésime 1627, placé en tête, est une date mise après coup pour le classement ; mais on lit au dos, d’une écriture qui nous semble être celle de l’évêque de Maillezais : 1 septembre, sans date, 1627. » On voit par les diverses lettres adressées au même, durant ce mois, que la présente est postérieure à celle du 20 septembre, ainsi qu’à celle à laquelle nous donnons la date du 23. On voit, de plus, par une lettre du 13 octobre, que la compagnie de Cluy était, à cette dernière date, dans Oléron.

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