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1627 - 1628 - Lettres du Cardinal de Richelieu pendant le siège de La Rochelle - 4

4ème partie : Décembre 1627 - Janvier 1628

D 6 avril 2016     H 19:34     A Pierre     C 0 messages A 85 LECTURES


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Côté militaire, le siège de la Rochelle se présente bien pour le Roi et Richelieu. La construction de la digue est bien avancée. Dans peu de temps, le blocus de la ville sera hermétique.
Côté diplomatique, c’est beaucoup plus compliqué. Le roi d’Espagne (catholique) dit être l’allié du roi de France dans sa lutte contre les huguenots. La flotte espagnole vient passer quelques jours au mouillage près de l’île de Ré avec la flotte française. Mais en fait, les Espagnols sont aussi, mais pas pour très longtemps, alliés des Anglais, et ils retournent très vite à La Corogne. Les Hollandais (dont le roi d’Espagne est le souverain) renâclent aussi à aider le roi de France. Le roi d’Angleterre (protestant) n’a pas du tout apprécié la défaite de Buckingham à l’île de Ré, mais sa femme (catholique) est la propre sœur du roi Louis XIII... Le Pape n’est pas vraiment motivé pour exiger du clergé français une contribution financière à l’effort de guerre.
Dans cet imbroglio politico-religio-familial, Richelieu est fin diplomate et navigue entre les écueils.

Voir aussi :
- 1627 - 1628 - Le siège de La Rochelle d’après les Mémoires du cardinal de Richelieu
- 1627 - Les Anglais débarquent en l’île de Ré pour secourir la Rochelle assiégée

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XDV.

Bibl. imp. Fonds Baluze, Pap. des arm. lett. paq. IV, n" 2 et 3, fol. 76. — Minute de la main de Charpentier.

A LA REINE DE LA GRANDE BRETAGNE [sœur du roi Louis XIII].

Charles Ier d’Angleterre et son épouse Henriette de France

2 décembre 1627.
Madame, Le roy envoyant le sieur de Meaux [1]vers Vostre Majesté pour un objet qui lui sera, je m’asseure, très agréable, puisqu’il fait voir à tout le monde l’estime qu’il fait d’elle et l’affection qu’il luy porte, qui est telle qu’il n’y a rien qu’elle ne puisse attendre de luy [2], je n’ay pas voulu manquer de me servir de cette occasion pour tesmoigner à Vostre Majesté la passion que j’ay à son service, dont je m’estimeray très heureux de luy pouvoir rendre des preuves qui luy facent voir jusqu’ à quel point je suis, etc.


XDVII.

Bibl. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, -*V—, fol. 64. - Original.

A MONSIEUR L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS.

4 décembre 1627.
Monsieur, Vous aiant desjà escrit pour faire venir nostre galère, nos galiotes et des pataches icy, pour empescher les courses que les Rochelois font tous les jours, je reprends la plume pour vous prier de faire toute la diligence que vous pourrez pour nous les faire amener au plus tost ; car véritablement il est impossible de pouvoir supporter davantage l’insolence de nos voisins. Je vous conjure donc que les premières nouvelles que nous recevrons sur ce subjet soit l’arrivée de ces vaisseaux, puisque leur retardement nous est préjudiciable. Je ne doute point que vous ne contribuiez à ceste fin tout ce qui sera en vous, ce qui m’empesche de vous en dire davantage là-dessus, sinon pour vous asseurer que je suis, Monsieur, Vostre très affectionné confrère à vous rendre service, Le Card. DE RICHELIEU.
Du Pont-de-la-Pierre [3], ce 4 décembre 1627.

Je suis extrêmement fasché de ce que, sur ce que vous m’aviez mandé que la galère, les galiotes et les pataches estoient prestes, j’en avois asseuré le roy, qui a tesmoigné recevoir du desplaisir de ce qu’elles n’estoient point venues. Je voudrois qu’il m’eust cousté beaucoup et ne luy avoir point donné ceste asseurance. Le roy ne désire plus que le régiment du Plessis de Juigné vienne icy, mais demeure en garnison en Oleron, et celuy de Brezé touchera demain la monstre de licentiement.


DVI.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 3g8. — Minute.

A LA REINE MÈRE [4].

11 décembre 1627.
Madame, Je n’ay pas manqué de vous advertir de temps en temps de la santé du roy, selon que vous me l’avez commandé. Quoyque le lieu soit très mauvais, que les tempestes, que les vents et les pluies y soient ordinaires, qu’on soit dedans un continuel marescage, Sa Majesté ne laisse pas de demeurer avec autant de gayeté que s’il estoit au plus beau lieu du monde. Je puis dire en vérité qu’il n’y treuve rien à redire que vostre présence. Il travaille continuellement ; il a réglé depuis huit jours son armée, en sorte que, composée de 12,000 hommes effectifs et de 800 chevaux, la despense n’en reviendra qu’à 4 millions de livres par an, et doresnavant ses soldats ne pourront plus estre privés de leur solde, estant payez tous les neuf jours avec un fort bon ordre. Sa Majesté a réformé les régimens nouveaux qui dépérissoient, et a faict résoudre les maistres de camp de les réduire chascun à une compagnie de 300 hommes ; il faict luy-mesme la reveue de son armée, il visite ses travaux, et a pris la peine depuis six jours de recognoistre en personne le lieu où il a faict commencer le fort du pont des Salines, dont M. le mareschal de Schomberg a le soing. Avant-hier Sa Majesté fut trois heures durant à la digue qu’il a faict commencer pour barer le port. Non seulement y faisoit-il travailler à sa veue ; mais, bien que les roys n’entrent point en comparaison avec les aultres hommes, pour monstrer à un chascun ce qu’il doibt faire, il voulut luy-mesme mettre la main à l’œuvre. Cette digue est desjà six-vingt pas dans la mer ; j’espère que dans un mois elle sera bien advancée. Sa Majesté faict seule beaucoup plus pour l’avancement de ses affaires que tous ceux qui ont l’honneur d’y estre employés par son commandement. Ceux de la Rochelle font quelquefois de petites sorties auxquelles ils sont toujours battus.

Je ne mande point à Vostre Majesté que depuis huit jours il a communié deux fois, parce qu’en effet elle sçait bien qu’il n’y manque point tous les premiers dimanches du mois, et les festes de Nostre-Dame.

J’espère que les affaires de Sa Majesté prospéreront de plus en plus, sa piété et sa vertu donnant lieu à la bonté de Dieu de les bénir.

Je l’en supplie de tout mon cœur, comme aussi de me donner le moyen de faire voir de plus en plus à Vostre Majesté que je suis, etc.


DVII.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 396. — Minute de la main de Charpentier.

A M. DE MANDE.

11 décembre 1627.
Monsieur, Nous avons veu le sergent major de l’armée espagnole, qui, en vérité, est un fort honeste homme, sage, discret et advisé.

Parlant avec luy, il est demeuré d’accord que le mois de janvier est fort bon pour faire entreprise, et croit que le seigneur dom Fédéric a pouvoir de faire tout ce que le roy voudra, et asseure que ledit dom Fédéric en sera très désireux [5]. Ils ont besoin de vivres, lesquels ils entendent payer ; le marquis de Mirabel ayant ordre, pour cet effet, de prendre des lettres de crédit à Paris, et remises en Bretagne. Je vois bien que leur argent ne sera pas prest ; mais, il n’importe, il faut faire avancer les dits vivres, et suis d’advis qu’il en faut donner à tous les vaisseaux, tant françois qu’espagnols, pour quatre mois.

120 quintaux de biscuit font justement la nourriture pour quatre mois, pour cent hommes, présupposant que cent hommes mangent un quintal par jour.

Donc, prenant tous les vaisseaux, tant espagnols que françois, à 300 hommes l’un portant l’autre, les uns en ayant plus, les autres moins, il faudroit, pour quatre mois, à chaque vaisseau, 36o quintaux.

Les vaisseaux de Dunquerque, s’ils viennent, sont avictuaillez comme il faut ; partant ceux d’Espagne qu’il faut envictuailler, quand Doquendo viendroit, ne sçauroient estre plus de 35 en nombre, pour tous lesquels, à 360 quintaux pour quatre mois, il faudroit 12,600.

Quant à nos vaisseaux, ils ne sçauroient estre plus de 30 ; les comptant sur le pied de 300 hommes, à cause de ceux que M. de Guise prendra de Stissac [6] et autres, il faudra encore 10,800 quintaux de biscuit.

Partant, si la Grée, qui nous a mandé en avoir 20 milliers, dit vray, il s’en trouvera quasi assez. En tout cas il en faut faire faire en toutes les villes de Bretagne diligemment, et se fournir de toutes autres sortes de vivres nécessaires pour faire toutes les victuailles des dits vaisseaux Je vous prie donc mettre cet ordre-là avec M. de Guise ; et d’autant que volontiers la Grée n’aura pas de fonds assez, le premier courrier que vous me manderez, je vous envoieray cent mille francs de mon argent, lesquels je presteray pour faire les avances des victuailles nécessaires à l’armée d’Espagne.

Je suis résolu de faire l’impossible ; je vous prie d’en faire autant, parce qu’il ne faut pas perdre ceste occasion, les ennemis estant ruinez, battus et en estat de ne pouvoir armer de nouveau sitost.

Voilà ce que je vous puis mander.


DXII.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 41, fol. 4oo-4o3.— Mise au net de la main de deux secrétaires.

MÉMOIRE ENVOYÉ A ROME POUR LE SECOURS DU CLERGÉ

V 16 décembre 1627.
Le bref qu’il a pleu à sa saincteté envoyer à S. M. adressant aux archevesques, évesques, prélats et clergé de France, pour les exhorter d’assister S. M, de leurs moiens jusques à un milion d’or, selon et ainsy qu’ilz jugeront le pouvoir faire plus commodément, soit en vendant leurs meubles, ou engaigeant le fonds de leurs bénéfices par baux à longues années, ou autrement, sans toutesfois aliéner leur domaine.

N’apportera pas le secours que se promet sa sainteté et que S. M. espère tirer du clergé de France par son authorité en ceste présente occasion.

D’autant que l’aliénation des domaines de l’Église leur estant deffendue par ledit bref, il leur sera impossible de donner aucun secours, assistance présente sur leurs meubles.

Il est à considérer que depuis l’an mil cinq cent soixante-deux les guerres de la religion ont si souventes fois troublé la France, ruiné les églises, la plus part des quelles ont esté pillées et fyruslées, qu’elles sont denuées de toute argenterie et meubles ; Que les biens des évesques, abbez, prieurs, églises collégiales et autres ecclésiastiques de France consistent tout en revenu de terres et domaines ; Qu’il seroit difficile de leur persuader de donner la jouissance d’une si grande partie de leur revenu comme seroit un milion d’or qu’il plaist à sa sainteté leur proposer de donner au roy, pour le secourir en ceste guerre, si ce n’est qu’ilz y soyent contraintz par quelque autre proposition plus rude. Et quand ilz voudroient consentir à une telle levée, ou qu’il plairoit à sa sainteté les y contraindre, elle seroit si longue et si difficile que le secours en seroit du tout infructueux et inutile au roy à l’effet de ce siège [7] de la Rochelle, pour lequel il est destiné.

Il leur seroit beaucoup plus facile de consentir à l’alliénation d’une somme de cent mille escuz d’or sur tous leurs biens, mais on craindroit que le clergé receut quelque préjudice par l’abbus qui se pourroit commettre en l’exécution de l’aliénation, et partant, pour prendre un moyen innocent pour le clergé, et dont le secours soit prompt et présent, il faudroit constituer une rente annuelle de ladite somme sur les bénéfices de ce royaume, à la charge de rachapt, chasque bénéficier retirant, à sa commodité, la part à laquelle il seroit coté.

Il est aysé à juger par les exemples du passé et les diverses aliénations qui ont esté accordées par les papes depuis que le royaume a esté agité de ces guerres civiles des huguenots, qu’ilz n’ont point trouvé de moiens plus prompts pour secourir le roy que les alliénations du temporel des ecclésiastiques, dont ilz ont usé.

Mesmes le clergé s’y opposant, comme appert par diverses bulles dont on envoyé les coppies.

C’est pourquoy sa sainteté est très humblement suppliée de vouloir accorder à S. M. une alliénation du fonds des biens moins utiles et commodes à l’Eglise, de cent mil escuz de rente par an, sy mieux n’ayme le clergé consentir la constitution des cent mil escuz de rente sur les bénéfices de ce royaume, à la charge que chasque bénefficier sera tenu de rachepter la rente de laquelle sera chargé son béneffice en dix années, sçavoir en cinq ans la moitié, et en autre cinq ans l’autre moitié, estant libre toutesfois à qui voudra de rachepter en un seul payement et moindre temps ladite rente, auquel cas les héritiers du bénefficier qui l’aura racheptée devant les dix ans jouiront de ladite rente pendant le temps qui restera des dix années, si le bénefficier venoit à mourir devant qu’elles fussent expirées.

Et affin que dedans le temps de dix ans les bénéfices soient asseurément deschargez de la ’rente qui aura esté constituée sur iceux, et que le mauvais mesnage et négligence des béneffices ne puisse ernpescher un si bon effet, les bénefficiers seront contraints par saisies des fruits de leurs dits béneffices et de leurs propres, s’ilz en ont, de rachepter ladite rente dans le temps préfix.

Par ce moien, lesdits ecclésiastiques ne payeront guères plus en dix ans que ce à quoy sa sainteté les exhorte par son bref d’assister S. M., en ceste occasion présente, d’un million d’or, ce qu’ilz ne sçauroient fournir qu’avec difficulté1, s’ilz le prennent sur leur revenu ordinaire, en une ou deux années, ains la charge sera plus supportable et le secours plus prompt.

Il ne se fera point d’alliénation, qui est ce que sa sainteté appréhende et que le roy ne le désire pas 2, le temporel de l’Église sera conservé en son entier, le roy sera assisté, et n’aura pas lieu de se descourager d’une si grande entreprise faute d’argent, qui [est] la seulle chose qui la sceut faire manquer, estant d’ailleurs très asseurée et indubitable.

Il est important d’avoir prompte expédition de sa sainteté, s’il luy plaist, parce que ceux qui appuyent le dessein de la prise de la Rochelle, suivant les bonnes intentions du roy, se servent de l’asseurance qu’ilz donnent que sa sainteté accordera ce secours contre ceux qui en voudront destourner S. M. par la considération des grandes despenses qu’il luy conviendra faire pour parvenir à la fin d’une si glorieuse entreprise.

Si sa sainteté accorde la demande de S. M., il faut faire adresser l’exécution de la bulle à MM. les cardinaux de Bérulle et de la Vallette, et à M. le nonce résidant en France, et à MM. le Clerc Courselle et Pidoux, abbé de Valence, et conseillers clercz au parlement de Paris, avec pouvoir de subdéléguer qui il leur plaira.

Il faut comprendre en ladite alliénation, tous les bénefficiers de Béarn et Basse Navarre, de Bresse, Bugé, Véroné et Gé (?), comme aussy tous béneffices qui sont dedans le royaume, encore qu’ilz deppendent d’éveschés qui sont hors le royaume. Il faut excepter les hospitaux, les maladreries, les commanderies de Malte, toutes cures audessoubz de cent escus de revenu, et tous béneffices, comme prieurez, chappelles, églises collégiales, dont le revenu des prébendes est audessoubz de cent livres.

L’assemblée du clergé est indiquée au xxve janvier, c’est pourquoy l’expédition de la grâce qu’il plaira faire à sa sainteté est pressée.

Cy sont jointes les cinq bulles pour l’alliénation du temporel des béneffices de France, accordées par les papes en divers temps, depuis l’an mil cinq cents soixante deux jusques en l’an mil cinq cents quatre-vingt huit ; du depuis les papes n’en ont accordé aucune aux roys prédécesseurs, ny à S. M.

Pour conclusion, sa sainteté peut envoyer ou une bulle portant pouvoir d’alliéner, ou de constituer une rente par alternatives, la première condition d’alliéner n’estant que pour porter plus facilement à la [dernière] Ou une bulle donnant seulement pouvoir de faire une constitution de rente de cent mil escuz, aux conditions cy-dessus portées, qui est le moyen le plus innocent qui ayt jamais esté pratiqué, d’autant quant ( qu’en) dix ans tout sera asseurément rachepté [8].


DXIII.

Bibl. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, * fol. 67. — Original.

A MONSIEUR L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS.

18 décembre 1627.
Monsieur, J’ay envoyé à La Borde tous les mémoires que vous m’avez donnés, responduz ; sçavoir : celuy du sel, celuy des fortiffications, celuy des vaisseaux maçonnez, et celuy du Plessis de Juigné.

Maintenant je vous envoye toutes les expéditions que vous me demandez par vostre mémoire dernier, et suis très aise que vous ayez descouvert les deux couleuvrines qui estoient à Xaintes, entre les mains du fondeur.

J’approuve le marché que vous avez faict avec Me Berthelemy pour ce qui est d’Oleron ; c’est pourquoy je vous prie de passer le contract, et luy faire donner les 6000# d’avance, portées par le susdit marché ; ensemble les cinquante escus de pot de vin. La Borde satisfera à tout.

J’ay envoyé à la Tasche la descharge pour les deux couleuvrines, l’ordonnance de fondre le canon d’Angers.

Je vous envoyé une ordonnance du roy afin que le fondeur de Bordeaux vous face mettre entre les mains tout le cuivre qu’il a de reste des fontes qu’il a faites, dont à Xaintes nous ferons fondre des pièces.

J’ay envoyé à la Tasche les provisions de fondeur de la marine.

Vous verrez avec M. le président de la Lanne à recouvrer les pièces esventées que vous me mandez qu’il sçait.

Je suis, Monsieur, Vostre affectionné confrère à vous rendre service,
Le Card. DE RICHELIEU.
Du 18 décembre 1627.


DXIV.

Arch. des Aff. étr. France, 1627, tom. 44, fol. 2. - Minute de la main de Charpentier.

[A M. LE prince.]

[Vers le 20 décembre 1627.]
Le roy est bien aise de sçavoir ce qu’il a fait à Soyons et autres places. Qu’en ayant fait pendre, comme il a fait fort à propos, cela empeschera que beaucoup d’autres bicoques ne résistent. S. M. se promet qu’il continuera avec le mesme heur qu’il a commencé, estant bien asseuré que ce sera tousjours avec le mesme zelle.

Je m’estonne de ce qu’il me mande qu’il y a des gens qui traittent avec Brison, l’asseurant que non seulement il n’y a aucun qui ayt pouvoir du roy, mais que S. M. ne le voudroit faire pour rien du monde.

M. d’Effiat et d’Herbault m’ont asseuré qu’ils avoient pourveu au payement de l’armée qu’il commande.

Je suis très aise que le sieur de la Motte ait tesmoigné ce qu’il valloit, ensorte qu’il en ait satisfaction.

Je ne vous mande rien de deçà, sinon que le roy avance tousjours le blocus de la Rochelle, et fait une digue [9] qui, dans trois sepmaines, sera avancée de 300 toises dans la mer, le pouvant asseurer que dans la fin de janvier rien ne pourra passer par le port dans La Rochelle.

Il ne reste plus qu’un fort à faire par terre pour enceindre ceste ville. J’espère que Dieu bénira le dessein de S. M., ainsy que je l’en supplie, et me donner le moyen de vous tesmoigner que je suis, etc.


DXV.

Arch. des Aff. étr. France. 1627, tom. 43, fol. 284. — Minute.

AU ROY.

24 décembre 1627.
Sire, il est venu un courrier de M. de Mandes, dont toute la dépesche aboutist à faire cognoistre le mauvais estat où sont les vaisseaux espaignols, et que bien que don Federiq, par civilité, die estre prest de faire tout ce que Vostre Majesté luy commandera, en effect il n’a point de pouvoir d’aller faire aucune attaque. Il désire grandement s’en retourner en Espaigne pour estre prest, ce dict-il, à faire quelque chose au printemps, avec une flotte digne de son roy.

Je croy que Vostre Majesté le doibt trouver bon. Cependant il vient avec M. de Guise en Ré, estant de là mieux paré pour s’en aller que de Morbien. Vostre Majesté aura agréable, s’il luy plaist, de ne tesmoigner point le mauvais estat où sont les vaisseaux espaignols [10].

M. d’Angoulesme a envoyé quatre compaignies de chevaux-légers pour rencontrer quelques gens qu’on dit debvoir entrer dans La Rochelle ; mais, à mon advis, ils ne rencontreront rien, ne croyant pas qu’aucune trouppe s’assemble à ceste fin.

On dit aussy qu’il doibt entrer des bleds. Cinq galères et galliotes sont à Chefdebois pour s’y opposer. J’ay envoyé haster les deux vaisseaux qui sont en Ré, et celuy qui est en Brouage pour s’y opposer.

La digue s’advance à veue d’œil, on y travaille jour et nuit. Hier ceux de La Rochelle tuèrent un des travailleurs de Montlisle.

La batterie du port fait merveille, les Rochellois en sont extrêmement incommodés ; le P. Cyrille, estant dans la ville2, a vu de ses yeux un coup de canon donner dans la salle3 du maire, qui feit courre grant fortune à sa femme. Targon ne demandant plus que de grands bois pour faire la palissade tout au travers du canal, et des fascines pour mettre son fort dans six jours à la mer, et faire réussir un aultre effect important qui est aysé à concepvoir, nous nous assemblasmes hier pour voir aux moyens d’avoir, dans quinze jours, au plus tard, cinquante mille fascines et les ponts 4 (?). Je feis résoudre à M. d’Angoulesme, moyennant une lettre que Vostre Majesté aura agréable de luy escrire, d’aller loger à la Sozaye, proche de Candé [11], où nous faisons venir les fascines, pour de là prendre le soin de les faire charrier, ramassant tous les chevaux de l’artillerie.

J’ay envoyé en quatre divers endroits bien esloignés pour chercher les gens propres à une affaire que Vostre Majesté sçait, en laquelle je ne perds point de temps. Je n’oublieray rien pendant vostre absence de ce que je pourray pour servir non du tout inutilement de chasseavant, en une affaire si importante comme est celle de La Rochelle, à Vostre Majesté, de qui je seray éternellement, Sire.

Montaigu est arrivé à Paris. Vostre Majesté bruslera, s’il luy plaist, ceste lettre.

Il n’y a rien qui mérite responce que la permission aux Espaignols de s’en retourner, et la lettre à M. d’Angoulesme, qui suffit qu’elle soit escrite de M. Lucas.


DXVI.

Bibl. imp. Fonds Baluze, Pap. des arm. lett. paq. iv, nos 2 et 3, fol. 179. — Minute.

A M. LE GRAND MAISTRE DE MALTE.

25 décembre 1627.
Je ne prends pas la plume pour adjouster aucune chose à la recommandation que le roy vous fait pour que vous ayez agréable de gratifier M. le commandeur de Valençay 1 de la première commanderie de grâce qui vacquera en vostre disposition en la langue d’Auvergne, suivant la promesse qu’il vous a pleu en faire à M. de Béthune ; mais seulement pour vous asseurer que S. M. en aura une très grande satisfaction, tant pour l’estime qu’il fait dudit sieur commandeur que pour le service qu’il luy a rendu en la deffaite des Anglois en l’isle de Ré, et celuy qu’il continue de luy rendre au siège de La Rochelle. Pour mon regard, monsieur, faisant un cas particulier de sa personne, comme je fais, je ne puis que je ne vous tesmoigne que je prendray part au ressentiment qu’il vous aura de l’obligation que vous acquerrez sur luy en ceste occasion ; ainsy que vous cognoistrez en toute autre où j’auray lieu de vous le prouver, et de vous convier à me croire autant que je suis, etc.


ANNÉE 1628.

VII.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 46, fol. 24. — Minute.

A M LOPPEZ.

22 janvier 1628.
Je vous envoye un duplicata de la lettre que je vous ay escripte le 16e janvier.

Maintenant j’adjousteray que vous me ferez grand plaisir de me tirer de l’affaire de Gentillot. Vous verrez le contract que j’ay fait avec luy. Il a receu dix mil escus dessus ; je voudrois bien avoir du canon pour mes dix mil escuz, et n’achever point le reste du contract.

Si aussy le canon est bon, je ne fais nulle difficulté de le prendre ; partant faites-le esprouver en vertu du pouvoir que je vous envoie, et si vous le trouvez tel qu’il doibt estre, entrez en payement et le faites rendre avec asseurance, ce qu’il y aura de fait, moitié au Hâvre, et l’autre moitié à Nantes.

Mon intention est que, s’il y a soixante pièces de canon fondu de Gentillot, et qu’il soit bon, vous les preniez, satisfaciez au payement et empeschiez qu’il n’en face davantage, auquel cas vous ferez provision de quantité de cuivre pour suppléer au manque de canon que nous ne prendrons pas.

Si le canon n’est pas bon, faites sommer Gentillot de satisfaire à son contract, et trouvez l’invention de le faire casser et sauver les dix mil escuz que nous avons advancez.

Si vous faites casser son contract, acheptez le plus de cuivre que vous pourrez, jusques à cinq ou six cents milliers, et le faites porter au Hâvre, où il y a une fonte. Cependant vous me ferez plaisir d’achepter deux cents pièces de canon de fer d’Angleterre, du meilleur et du plus beau, de 8 et de 12 livres de balle.

Nous avons aussy affaire de mesche, que Gentillot dit ne couster que 6 ou 6 10 s le cent au plus. Vous en prendrez jusques à trois cens milliers que vous ferez rendre moitié au Havre, et moitié à Brouage.

Je vous ay mandé que nous aurions besoing de force mats, ancres et câbles.

Quant à la poudre, elle est trop chère, n’en prenez point.


VIII.
Arch. des Aff. étr. Mém. ms. de Rich. A. n° 61, p. 91-97.

A M. DU FARGIS [12].

[ Vers la fin de janvier 1628 [13]
Monsieur, Nous avons appris par M. Bautru les bonnes intentions d’Espagne, dont nous ne sommes point en doubte.

Il est nécessaire souventefois de s’esclaircir les uns les autres de celles qu’on a, se présentans plusieurs occasions qui font ombre sans suject.

Ledict sieur Bautru a appris que M. le comtel Olivarez en avoit pris du voyage du sieur de Meaux. Je le puis asseurer que ce que je luy ay mandé sur ce suject est véritable, lui jurant sur mon ame que la principale occasion de ce voyage est de le faire parler à la reyne d’Angleterre, pour l’affermir de plus en plus en sa religion, et en la créance qu’elle sera assistée comme il faut, et pour apprendre certaines choses dont nous avons besoing.

Ces deux couronnes sont obligées par escrit, il y va de leur honneur ; nous tiendrons ferme, asseurez-en M. le comte Olivarez, et luy respondez qu’il ne tiendra point à nous que nous ne fassions quelque notable effect.

Dites-luy aussy franchement, s’il vous plaist, que nous appréhendons les longueurs que nous avons expérimentées au secours d’Espagne.

Il faut de plus vous dire librement que les vaisseaux qui sont venus ne sont pas en estat de faire grand effect, mais je sçay bien qu’on les esquipera autrement qu’ils ne sont maintenant [14].

Comme il a eu ombrage du voyage du sieur de Meaux, nous en avons aussy de ce qu’on a trouvé dans les papiers de Montaigu un passeport qu’on luy a donné à Bruxelles, pour le laisser passer ; de ce qu’on en a donné un autre au comte de Carlisle pour passer en Hollande , et de là en Lorraine et Savoie, de ce que le commerce est libre entre l’Angleterre et la Flandre.

Monsieur le comte Olivarez considérera que nous nous sommes mal mis avec les Hollandois, jusques là qu’ils retiennent nos vaisseaux ; Que nous leur avons donné de l’argent pour signer un traité par lequel ils ne peussent attaquer les forces d’Espagne, au cas qu’elles feussent jointes avec les nostres, ce que MM. les marquis de Leganez et Mirabel tesmoignèrent fort désirer ; Que Sa Majesté, pour les obliger à ceste condition, a renoncé au secours que les Estats, en vertu de leurs anciens traités d’alliance, estoient obligez de luy donner en ceste occasion.

Le roy désire que vous tiriez esclaircissement de ce que dessus, que vous donniez plus d’asseurance que jamais de sa fermeté, et que vous asseuriez qu’il se va préparer puissamment pour le dessein projetté.

Il a envoyé quérir les sept gallions de M. de Guyse et six galères ; il a en outre dix gallions tout neufs qu’on met en la mer en Bretagne, de quatre et six cents tonneaux.

Il y a de plus douze vaisseaux nouveaux, de deux à trois cens tonneaux, en Normandie, outre ceux que commande maintenant M. de Guyse.

Or, d’autant que tout ce que dessus n’estant pas réunis, les vaisseaux qu’a M. de Guyse maintenant ne seroient pas assez considérables seuls, Sa Majesté désire que vous obteniez que M. le comte Olivarez fasse envoyer un courrier à don Frédéric, pour luy ordonner de demeurer icy ; il trouvera plus commodément en France tout ce qui luy est nécessaire pour se préparer, et à meilleur prix que s’il estoit en Espagne.

Sa demeure fera cognoistre l’union inséparable des deux couronnes, obligera de plus en plus la France, et le reste des forces d’Espagne que l’on préparera pour le printemps, se joindra aussy bien à luy que s’il estoit dans la Courogne.

Je m’asseure que M. le comte Olivarez entendra ces raisons ; il jugera comme moy qu’elles sont dignes de considération pour les deux couronnes.

Au reste, l’Espagne, qui ne s’est pas trouvée au secours de Ré, aura cet avantage d’ayder à s’opposer à celuy qu’on voudroit tenter pour la Rochelle.

Je ne doubte point que vous ne sçachiez desjà que les Anglois ont perdu par tempestes plus de trente vaisseaux, entre lesquels il y a deux roberges.

Quant aux préséances, il est certain que par raison d’Estat l’Espagne nous la devroit céder, veu que les Hollandois ne se mesleroient pas de la partie ouvertement, quand ils verroient que nous serions chefs d’une entreprise.

Si cette raison importante ne touche l’Espagne, il me semble que, sans s’intéresser, on en peut user en la manière suivante : Que vous et le comte Olivarez tiriez au sort, à qui de nostre général ou du leur commandera la première sepmaine, en sorte que le sort favorise la France.
Toute la postérité verra que par ce traité le sort aura décidé1 de la préséance, et il n’y aura que le comte Olivarez et vous qui sçachiez que nous y avons esté favorisez.

Que si cet expédient ne leur est pas agréable, il n’y en a point d’autre que de faire deux armées, toutes deux composées d’Espagnols et de François. Le duc de Guyse aura trente vaisseaux espagnols et trente françois. Don Frédéric autant. Seulement y aurà-il cet inconvénient, qu’il faudra faire deux attaques, ce qui fera que celle sur qui l’armée angloise tombera aura à souffrir, au lieu que si les forces estoient jointes, une armée de 20 vaisseaux ne courroit aucune fortune.

Il est important de décider tout ce différent en ce voyage, afin qu’il n’y ait aucune difficulté qui nous puisse arrester quand il sera question d’exécuter.

Après tout cela, je vous diray franchement que si on n’envoye commandement à don Frédéric de demeurer icy comme le roy désire, nous n’aurions pas lieu de soupçonner, mais nous verrions clairement que l’Espagne ne nous voudroit pas ayder, mais seulement en avoir l’apparence.

On dit que M. le marquis de Spinola [15] désire fort la paix d’Espagne avec Angleterre. Son voyage en Espagne, avec l’ouverture du commerce faict avant son despart, entre les Anglois et Flamands, vous doibt faire ouvrir les yeux pour pénétrer si on a quelque desseing en cette affaire autre que celuy qu’on a projeté.


[1Le Mercure françois le nomme « le sieur Du Meau, cy-devant, appelé le chevalier de la Ramée. » L’objet de sa mission était de conduire les prisonniers de guerre anglais que Louis XIII renvoyait à la reine sa sœur.
La lettre que ce prince lui adressa, en date du dernier novembre, est insérée dans le Mercure françois, t. XIV, p. 206. Il est probable qu’elle fut dictée par le cardinal , mais nous n’en n’avons point la certitude, ne l’ayant vue qu’imprimée. — La reine mère écrivit, sur ce sujet, à sa fille, une lettre datée du 15 décembre, que nous avons trouvée manuscrite à la Bibliothèque impériale, fonds S.-Germ. Harl. 343, f" 47, v*. Marie de Médicis recommande vivement à la reine d’Angleterre de demeurer ferme dans sa religion. On trouve la même recommandation dans plusieurs lettres de la reine mère à sa fille, écrites à cette époque.

[2Dans la réalité, l’affection du roi pour sa sœur était le moindre des motifs de cette générosité. Richelieu nous en a révélé le secret dans ses Mémoires. Le passage est curieux et vaut la peine qu’on le rapproche de cette lettre : « S. M. renvoya à la reine d’Angleterre, sa sœur, tous les prisonniers qui avoient été pris en Ré, tant parce qu’on ne savoit qu’en faire, l’argent qu’on en eust tiré n’étant pas considérable, que pour ce que les Anglois a avoient emmené sept ou huit gentilshommes françois que nous voulions ravoir, et que S. M. désiroit obliger la reine, et faire connoistre à l’Angleterre que ce leur étoit bénédiction de l’avoir pour reine, et étoit bien aise d’essayer de prendre occasion de lui faire parler par homme confident, et faire connoistre certaines choses en Angleterre qu’on avoit besoin de savoir ; et enfin, pour ce qu’en a user ainsi étoit une seconde victoire, vu que celui qui les ramenoit n’avoit charge que de voir la reine et non le roi, témoignant ouvertement que c’étoit à elle seule à qui les prisonniers avoient obligation de leur liberté. » (Liv. XVIII, p. 459, t. III de l’édition de Petitot.)

[3L’évêque de Maillezais a écrit au dos de cette lettre : « De Estré. » (Voy. la note d’une lettre du 13 octobre précédent)

[4On voit, dans ce peu de lignes, la contrainte et l’embarras qu’éprouvait Richelieu. Il écrivait à une princesse qui était à la fois sœur du roi de France et femme du roi d’Angleterre, actuellement ennemi déclaré de la France. On sentait le besoin de faire la paix avec un royaume capable de donner un puissant secours à la Rochelle, qu’on se préparait à réduire, et, en même temps, on n’oubliait rien pour blesser un roi avec lequel on n’espérait pas pouvoir encore se réconcilier. (Voyez la lettre du 2 déc. à la reine d’Angleterre. )

[5C’est une question historique qui ne manque pas d’intérêt, et que cette lettre peut aider à résoudre, de savoir quelle était, au moment où elle fut écrite, la pensée du cardinal sur le concours que la France pouvait attendre de l’Espagne.
Richelieu, qui donne ici des ordres pour fournir de vivres la flotte espagnole, qui avance même ses propres deniers pour hâter ce ravitaillement, comptait donc jusqu’à un certain point sur elle. S’était-il laissé prendre à la feinte démonstration de cette flotte, arrivée depuis peu de jours (28 novembre) en Morbihan, aux paroles pleines de bonne volonté de l’amiral don Frédéric, et aux courtoisies de ce si « honneste homme » le sergent-major de l’armée espagnole ? Outre l’induction qu’on peut tirer de cette lettre, dans laquelle Richelieu ne laisse percer aucun doute, ce qui prouve qu’il fut trompé, c’est qu’il ne dit point nettement qu’il ne le fut pas, lorsque, plus tard, il raconte dans ses Mémoires les événements de cette époque. « Chacun parloit diversement, dit-il, de l’arrivée tardive de la flotte ; les uns y voyoient une sorte de trahison, les autres cherchoient toutes les raisons capables de faire excuser ce retard. »
Il est probable que Richelieu s’efforçait d’être de l’opinion de ces derniers. Mais son illusion ne dut pas tarder à s’évanouir, et bientôt, sans doute, il vit la vérité telle qu’il la raconte dans ses Mémoires, écrits à loisir, et où il affirme que l’Espagne n’avait d’autre intention que de tromper la France : « En effet, leur voyage ne fut fait que pour tâcher de faire croire à tout le monde que l’Espagne avoit dessein d’aider la France, mais les plus clairvoyans connurent qu’elle n’en vouloit que l’apparat. M (Liv. XVIII, p. 460-472 du t. III, éd. Petitot. ) Cependant lors même que Richelieu eut reconnu que la flotte espagnole ne pouvait rendre aucun service , et ne demandait qu’à s’en aller aussitôt son arrivée, il en espérait encore quelque chose pour le printemps suivant.
(Voy. ci-après un mémoire qu’il adressait au roi le 24 de ce mois de décembre.)

[6Le nom est ainsi écrit dans le manuscrit. — L’ordre avait été donné, depuis plus de six semaines, à divers régiments, notamment à celui d’Estissac, de s’embarquer conformément aux instructions qu’ils recevraient du duc de Guise.

[7En organisant la défense de l’île de Ré, attaquée par les Anglais, Richelieu préparait le siège de la Rochelle, qu’il déclara ouvertement, et poussa avec activité quand les Anglais eurent été chassés, en novembre 1627, de l’île de Ré. La Rochelle ne fut prise que l’année suivante, 30 octobre 1628.

[8Richelieu rappelle dans ses Mémoires (liv. XVIII, p. 435 et 436) les principales dispositions contenues dans cette dépêche adressée au pape, et puis il ajoute : a Mais enfin le roi aima mieux, sans attendre autre bref du pape, ni se servir de celui qu’il avoit déjà envoyé, assembler le clergé de France et lui demander leur assistance en cette guerre si sainte, laquelle ils lui accordèrent libéralement, comme nous verrons en l’année suivante.

[9On peut voir la digue tracée sur le plan de la Rochelle représentant cette ville telle qu’elle était en 1628. Cette digue se compose de deux parties, qui, partant chacune des deux côtés opposés du port, vont à la rencontre l’une de l’autre, mais sans se joindre et en laissant, entre ces deux jetées, un passage assez étroit ; l’entrée de ce passage était d’ailleurs défendue par une espèce d’estacade qu’on nommait « les Chandeliers. » La largeur du canal, en avant du port de la Rochelle, était d’environ 720 à 740 toises, ainsi chacun des bras de la digue devait avoir, lorsqu’elle fut terminée, 370 toises ; c’est ce qu’on peut vérifier d’après l’échelle jointe au plan.
(Voy. Hist. de la Rochelle, par Arcère, in-4", t. II.)

[10La politique conseillait à Richelieu de se montrer alors conciliant avec l’Espagne ; plus tard, dans ses Mémoires, il sera plus sévère à l’égard de ce faux allié : « En général, don Frédéric ne publioit autre chose que d’être prêt d’obéir à tous les commandemens du roi ; mais, comme il ne trouvoit rien de trop difficile en apparence, rien n’étoit aisé au jugement de son conseil de guerre. L’Espagne ne cherchait, en effet, qu’à leurrer la France.

[11Hameau placé sur la carte du pays d’Aunis jointe à l’Histoire de la Rochelle, à 2 kilomètres environ au nord-est de la Sauzaye ; ce dernier village se trouve à 4 ou 5 kilomètres au nord-est de la Rochelle.

[12Cette lettre, que donne le premier manuscrit des mémoires de Richelieu (A), a été barrée et ne se trouve point dans le second manuscrit desdits mémoires (B), ainsi qu’il arrive pour beaucoup d’autres pièces que le manuscrit B se contente de mentionner. Mais nous remarquons que ce second manuscrit, en racontant toutes ces affaires (fa 3o8-3o8 v°) , ne parle même pas de la lettre de Richelieu. Faut-il en conclure que cette lettre n’a pas été envoyée ? Le prompt départ de don Frédéric peut avoir été la cause de la suppression de cette pièce, dans laquelle Richelieu exprimait le vif désir que le gouvernement espagnol donnât à don Frédéric l’ordre de rester quelque temps à la Rochelle. Quoi qu’il en soit, cette lettre mérite d’autant mieux d’être conservée, qu’offrant la pensée politique de Richelieu à ce moment, elle ne se trouve dans aucun des recueils manuscrits que nous avons pu consulter, et que, n’étant pas dans les mémoires manuscrits B, elle n’est point dans les mémoires imprimés ; elle n’est pas non plus dans le Mercure françois.

[13Le manuscrit ne donne point de date, il est facile de la déterminer à peu près, puisque cette lettre a été écrite entre l’arrivée (22 ou 23 janvier) et le départ (29 ou 30) de don Frédéric. ( Mémoires de Bassompierre, t. III, p. 135.)

[14Le 21 janvier on avait eu la nouvelle que la flotte française et la flotte espagnole étaient à l’ancre à Saint-Martin-de-Ré, commandées la première par le duc de Guise, et la seconde, sous les ordres du duc, par don Frédéric de Tolède, amiral d’Espagne. Le 28 janvier, sur le soir, cet amiral étant allé saluer le roi dans son camp devant la Rochelle, « l’asseura que la flotte d’Espagne qui estoit à Morbihan estoit arrivée à la rade de Ré. Sa Majesté fit un très bon accueil à cet admiral, lequel demeura fort peu de temps auprès de la Rochelle, ayant fait voile incontinent après pour s’en retourner en Espagne. Et comme il fut prié de retarder quelque quinze jours, il le refusa, s’excusant sur ce que le vent estoit propre pour sa retraite, et dit qu’il ne vouloit attendre d’estre congédié lorsque le vent pourroit estre contraire. » (Mercure françois, t. XIV, p. 593.) C’était là un prétexte ; et pour la seconde fois l’Espagne manquait à ses engagements, dans la lutte que Richelieu soutenait contre les protestants. (Voyez Mémoires de Richelieu, liv. XIX, p. 29, de l’éd. de Petitot.)

[15Le marquis de Spinola, qui allait de Flandre en Espagne, arriva à Paris, avec le marquis de Leganez, son gendre, le 11 janvier, et ils en partirent le 14 pour aller trouver le roi à la Rochelle. Spinola n’y resta que peu de jours ; il visita le roi à Aytré le 28 janvier et quitta la Rochelle le 1er février. Le général de Philippe IV se sentit presque enthousiasmé de voir un roi à la tête de ses armées ; il se montra surtout grand admirateur des travaux entrepris par le cardinal pour la prise de la Rochelle , aussi Richelieu goûta fort Spinola, comme on le voit par la manière dont il en parle au cardinal de la Valette dans une lettre du 8 février.

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