Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1627 - 1628 - Lettres du Cardinal de Richelieu pendant le siège de La Rochelle - 5

5ème partie : Février - Mars 1628

mardi 25 juillet 2023, par Pierre, 53 visites.

"si nous avons encore quatre jours de beau temps, comme je l’espère, les vaisseaux ennemis n’entreront plus, s’il plaist à Dieu, à la Rochelle, s’ils ne volent." Belle formule optimiste du Cardinal, car le siège va encore durer 9 longs mois.

IX.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 46, fol. 3o. — Minute de la main de Charpentier.

 A M. DE LA VILLE-AUX-CLERCS [1].

3 février 1628.
On ne peut pas pour cause [2] compagnie de la reyne de St-Dizier.

Pas perdre de temps à chastier l’entreprise de Meaux [3] ; Que la reyne pourvoiera à la seureté des places où il y a entreprise en Picardie et Champagne ; et que Sa Majesté désire que la reyne face establir un ordre pour donner du pain et de la bierre aux soldats, selon qu’il mande, estant chose du tout nécessaire.

Qu’il sera bon d’observer les actions du comte de Toneins et veoir la conduite de son père.

Que le roy ne pouvant satisfaire, comme il désireroit, aux frais de toutes ses aimées, désire que ce que M. le Prince fait pour les faire subsister soit exécuté.

Je n’oublie pas de faire valoir au roy la façon avec laquelle vous servez, ce que j’apprènds souvent, tant par les lettres de la reyne que celles de M. Bouthillier.

Bon de faire faire garde aux villes sur lesquelles il y a entreprise.


X.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 46, fol. 30. - Minute de la main de Charpentier.

 A M. LUMAGNE [4].

3 février 1628.
Je lui envoye l’assignation du 1er terme, tel que je l’ay peu retirer de Mre des finances ; si elle ne vous contente, je la ferai changer à vostre satisfaction.

J’ai veu ce que vous me mandez du vaisseau de 800 tonneaux qui doit estre à Livorne (?), artillé de bronze, pour 18 ou 20 mil ducats du prix du pays.

Je vous prie de faire achepter ledit vaisseau s’il se trouve bon et bien fait pour le service.

Que M. de Guyse m’a dit qu’il a vu qu’ils font des vaisseaux en ces lieux-là à fort bon marché. Je le prie qu’il me mande s’il n’a point personne propre et fidelle à y envoyer, et cependant faire ce qui est nécessaire pour que ceste occasion ne se perde pas ; luy promettant que je feray pourveoir à son affaire comme il le peut désirer.


XV.
Bibl. imp. Suppl. franc. 9201. — Original.

 A MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE LA VALETTE, À PARIS.

8 février 1628.
Monseigneur, Il n’y a pas moyen de demeurer plus longtemps sans vous asseurer de la continuation de mon service, dont vous et vos amis recevrez tousjours des preuves, en toutes occasions qui deppendront de mon petit crédit. J’ay receu nouvelles asseurances de l’amitié de M. d’Espernon, qui me promet son affection avec tant de certitude que j’ose vous dire que j’en puis faire estat à l’advenir, autant que vous le pouvez vous mesme. Je croy qu’il renvoye bientost M. Duplessis de deçà. Je ne vous puis mander nouvelle plus agréable que celle de la santé du roy, et de l’estacade de vaisseaux qui est en estat que, si nous avons encore quatre jours de beau temps, comme je l’espère, les vaisseaux ennemis n’entreront plus, s’il plaist à Dieu, à la Rochelle, s’ils ne volent.

Les Espagnols s’en sont allés pour faire un puissant armement, dans deux mois, où nous tascherons d’estre en autre estat, sur mer, que nous ne sommes pas encore. Le roy fait faire ses recrues de tous costés pour le 15e de mars, auquel temps il aura icy une armée de vingt mil hommes effectifs et quinze cens chevaux.

Spinola estime, après avoir veu la Rochelle et l’estacade du port, qu’elle ne se peut sauver, et que c’est cette estacade qui la prendra.

Il faut avouer la vérité, que c’est un des meilleurs hommes du monde et que sa bonté esgale sa capacité.

Dom Fédéric est aussy pour la mer un très honneste homme.

Monsieur le prince travaille de son costé comme il faut, et est bien résolu de ne laisser point endormir les huguenots de son costé.

Si vous vouliez, en revanche de ces nouvelles, me mander toutes celles que vous sçavez à Paris, vous m’en apprendrez bien que je ne sçay pas. En quelque lieu et quelque estat que je sois, vous pouvez vous asseurer que je suis véritablement, Monseigneur, Vostre très humble et très affectionné serviteur, Le Card. DE RICHELIEU.
Ce 8 febvrier 1628.


XVI.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 46, fol. 29. —Minute de la main de Charpentier.

 AU ROY.

Sire, [9 ? février 1628.] dire, Revenant hier d’auprès Vostre Majesté nous estimasmes qu’il seroit bon de mettre la nuict vingt chevaux en garde vers la Molinete [5], pour empescher que ceux de la Rochelle ne sortissent pour aller donner sur le bagage de ceux qui suivent Vostre Majesté ; ce qui fut exécuté.

Cependant M. d’Angoulesme visitant ceste nuict les gardes, le capitaine qui estoit de garde à la Molinete l’avoit asseuré que ses sentinelles avoient veu la nuict de la cavalerie qui sortoit. Il s’est mis sur leur piste en résolution, au cas qu’il trouve ceste nouvelle véritable, de les suivre en quelque lieu qu’ils aillent. J’en donne advis à Vostre Majesté pour qu’elle commande que le bagage de ceux qui la suivent aille serré, s’il luy plaist.


XX.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 46, foL 37. — Minute de la main de Charpentier.

 AU ROI [6].

11 février 1628.
Sire [7], Il m’est impossible de manquer de tesmoigner à Vostre Majesté le desplaisir que j’ay d’estre absent d’elle pour un temps. Je proteste devant Dieu que l’affliction que j’en reçois est plus grande que je n’eusse sceu me la représenter, et ce qui devroit me consoler est ce qui m’afflige davantage ; estant vray que les tesmoignages qu’il vous pleust hier me rendre et de vostre bonté, et de vostre tendresse en mon endroit, tant par vous mesme que par le sieur de Guron, font que les sentimens que j’ay pour me voir, pour un temps, esloigné du meilleur maistre du monde me percent tout à fait le cœur. Je ne sçaurois jamais assez dignement recognoistre tant d’effets de sa bienveillance , que j’avoue ne pouvoir mériter, que par la passion desmesurée que j’auray tousjours, plus encore à la prospérité de sa personne que de ses affaires, pour lesquelles cependant je la puis asseurer que je tiendrois ma propre vie bien employée si j’avois lieu de la perdre pour les avancer. Je suplie Dieu qu’il face faire bon voiage à Vostre Majesté, et que je le puisse servir de deçà comme le désire ardemment celuy qui est, par toutes sortes de considérations, etc.


XXI.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 45, fol. 69. — Copie.

 A M. DE TOIRAS.

15 février 1628.
Monsieur, Le roy m’ayant laissé icy avec charge de faire pourveoir à tout ce qui sera nécessaire en ces quartiers pour le bien de son service, je vous fais ce mot pour vous prier de faire mettre dans la citadelle de Ré toutes les victuailles et munitions de guerre qui y seront nécessaires pour six mois, à la charge que vous commettrez quelqu’un fidèle qui tiendra bon compte de la consommation desdites munitions nécessaires pour le service de Sa Majesté.

Moyennant cela je vous promets faire donner bonnes et valables assignations par Sa Majesté, ce que je fais ce que devant que de partir il m’a fait cognoistre ses intentions sur ce subjet.

Quant aux trois monstres que le roy accorde par gratification aux huit cens soldats qui sont demeurez dans la citadelle pendant le siège, M. d’Effiat n’y ayant pas satisfait, je la vous preste de mon argent, comme aussy vingt ou vingt-cinq mille francs, affin que vous en faciez faire la sixième monstre du régiment de Champagne sur le pied de six vingts hommes. Je vous prie de faire pourveoir à tout ce que dessus, et vous asseurer que je suis.
Du 15 febvrier 1628.


XXII.
Bibl. imp. Fonds Béthune, n° 9234, fol. 1. — Original.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 46, fol. 44. - Minute de la main de Charpentier.

 AU ROY.

16 février 1628.
Sire, Encore que je ne mérite pas que Vostre Majesté se mette en peine à mon occasion, sa bonté extraordinaire, dont j’ay receu tant de tesmoignages, me fait craindre qu’elle en receust si le bruit des courriers qui peuvent partir. d’icy luy apprenoit que je feusse tombé malade [8], sans sçavoir particulièrement ce que c’est. C’est, Sire, ce qui fait que j’estime estre obligé de dire à Vostre Majesté que, le lendemain de son deppart, je tombay en une fièvre tierce assez légère, puisqu’e lle ne m’empesche point, aux jours d’intermission et quand elle m’a quitté, de travailler pour son service. Je la supplie donc d’avoir l’esprit en repos et estre asseuré que tout ira icy comme elle le peut souhaiter. Chacun travaille comme il faut, et je m’asseure que, devant qu’elle soit à Paris, je luy envoieray nouvelle que le port sera barré en sorte qu’une chaloupe n’y sçauroit passer ; vingt-six vaisseaux que Vostre Majesté avoit à Bordeaux estans, il y a quatre jours, à Royan pour sortir de la rivière, ce qu’ils ont fait sans doute aujourd’huy que le vent est fort bon et le temps clair.

Hier les Rochelois furent battus du costé de M. de Bassompierre.

Ils estoient sortis douze chevaux [9], dont deux furent tuez, deux autres blessez et un prisonnier, qui est parent de Courtaumer. M. de Bassompierre s’y trouva, qui donna fort bon ordre en ceste action. Demain on envoiera pour tascher de ravoir le sieur de Feuquières par le moyen de ce prisonnier ; j’espère plus que jamais qu’en despit de vos envieux, dans la fin d’apvril [10], vous serez maistre de la Rochelle. J’en suplie Dieu de tout mon cœur, et me donner le moyen de vous tesmoigner, par toutes mes actions, que je suis et seray à jamais, Sire, De Vostre Majesté, Le très humble, très obéissant, très fidèle et très obligé sujet et serviteur, Le Card. DE RICHELIEU.


XXIII.
BibI. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, 93342, fol. 70. — Original.

 A MONSIEUR L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS, À BORDEAUX.

18 février 1628.
Monsieur, Je n’ay point encore entendu parler des vaisseaux de Bordeaux ; je crains bien qu’ils se soient amusez à charger le canon du roy par vostre ordre, et qu’ils aient perdu le temps.

Je me suis résolu de mettre tout du long des vaisseaux, pardessus, un gros câble entortillé de chaisnes, de peur qu’on le puisse coupper ; c’est pourquoy je vous prie faire chercher partout des chaisnes de telle grosseur qu’on ne les puisse coupper, estant entortillées sur un gros câble, ny a coup d’espée, ny de haches. Il m’en faut deux mil toises.

Si les flustes flamandes sont venues chargées d’amarres, vous retiendrez tout ce qu’il y en aura, en ayant affaire pour faire tenir nos vaisseaux à Chef de Bois en despit de toutes les tempestes du monde.

Je vous prie de montrer en cette occasion, que vous estes effectif ; et me croire, Monsieur, Vostre très affectionné confrère à vous rendre service, Le Card. DE RICHELIEU.
Ce 18 febvrier 1628.


XXIV.
Bibl. imp. Fonds Le Tellier-Louvois, 9334 , fol. q. —Original.

 A MONSIEUR L’ÉVESQUE DE MAILLEZAIS, À BORDEAUX.

18 février 1628.
Monsieur, Je vous envoyé deux vaisseaux pour aider à amener les flustes. Je vous prie d’user de dextérité avec les Flamands, afin qu’ayant fait marché avec eux, il n’y ait point lieu d’user de violence.

Quand vous nous en envoierez huict ou dix, c’est autant qu’il nous en faut. Ce pendant je demeure, Monsieur, Vostre très humble et très affectionné confrère à vous rendre service, Le Gard. DE RICHELIEU.
Ce 18 febvrier 1628


XXV.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 46, fol. 45. — Minute de la main de Charpentier, avec quelques mots de la main de Richelieu.

 A M. LE PRINCE [11].

18 février 1628.
J’ay receu les papiers de Savignac de Vissouse [12] qu’il vous a pleu m’envoyer, où il y a des choses très importantes pour le service du roy ; j’en ay retenu un extraict, et envoyé les originaux à Sa Majesté [13]. J’estime qu’il faudra faire avec le temps ce que l’on a fait de Valquier [14] ; mais il faut différer pour le présent. Cependant je ne puis que je ne vous tesmoigne qu’il est impossible de rien adjouster à l’affection avec laquelle vous vous portez en ce qui concerne le bien des affaires du roy, que je puis vous asseurer en avoir une satisfaction entière.

Vous aurez sceu comme il est allé faire un voiage de six sepmaines à Paris, pendant lequel il m’a commandé de demeurer icy, où une fièvre tierce m’a pris, dont j’ay desjà eu quatre accez, qui ne m’empesche pas pourtant de faire pourvoir à tout ce qui est important de deçà pour le service de Sa Majesté.

Je fais encore couler aujourd’huy, dans le canal de la Rochelle, 30 vaisseaux, outre trente autres qui y estoient, en sorte qu’il n’y sçauroit plus passer une chaloupe. J’en auray encore une ou 2 que je réserve pour réparer le désordre que la mer pourra faire. J’espère que devant qu’il soit 3 mois, pour tout délay, le me sera me [15] de la Rochelle. Je m’asseure que vous aurez pourveu aux villes que vous aurez cogneues, par la déposition de Savignac, avoir besoin d’advertissement. En vostre particulier, Monsieur, j’auray à faveur de vous faire voir, en toute occasion, que je suis, Monsieur, Vostre très humble et très affectionné serviteur.


XXVI.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 46, fol. 48. - Copie.

 MÉMOIRE DE CE QUI S’EST PASSÉ AU SIÉGE DE LA ROCHELLE DEPUIS LE DÉPART DU ROY, ENVOYE À SA MAJESTÉ LE 20. FEBVRIER 1628  [16]

 [17]Du costé de M. de Bassompierre, toutes les lignes seront faites dans dix jours, et les forts dans la fin de ce mois.

De celuy de M. de Schomberg, le fort de Beaulieu est fait, et la ligne de communication faite entièrement, jusqu’au fort des Salines, et depuis le dict fort, la ligne a esté continuée jusqu’au marais de la Molinette, sur laquelle il y a deux redoutes qui sont desjà en deffence ; de sorte que, de ce costé là, les ennemis ne peuvent plus sortir ny entrer, au moins à cheval, ny faire passer du bestail.

M. d’Angoulesme a fait achever la Molinette ; il n’y a plus que la pointe d’entre la porte et celle qui regarde le quartier du roy qui ne soit faite.

La ligne qui part de la Molinette, prenant à l’angle qui regarde la Rochelle, se tire droit à Bonnegraine [18], et il y en a desjà cent cinquante toises de faites. Le fort de Saint-Nicolas, qui est au milieu, se met en deffence du costé de la ville, et cet ouvrage jusques-là sera achevé dans la fin du mois.

Cependant on fait faire de nuict un corps de garde sur la pointe du Marais, par les carabins d’Arnaud et Maubuisson alternativement de huict jours en huict jours, de sorte qu’il ne sçauroit rien entrer ny sortir que le dict corps de garde ne l’empesche.

On a résolu de faire continuer la ligne qui va de Bonnegraine à la maison de Coreille, et de là au grand couvert de la vigne, afin que toutes les gardes entrent à couvert, tant pour esviter la perte des hommes que pour ôter la cognoissance aux ennemis de la force desdites gardes.

La redoute de La Borie sera achevée après demain, frizée et un parapet de barriques. Après cela on a résolu d’y faire mettre deux petites [portes] [19] de fer ; et les deux redoutes de la maison de Coreille seront faites en mesme temps.

Le fort de la digue s’avance et est quasy en deffence du costé de la Rochelle, de sorte que dans quinze jours il n’y aura plus rien à faire pour la [20] qu’à maintenir en estat tout ce qui aura esté fait.

Quant à la mer, M. le cardinal a fait faire montre à tous les capitaines qui ont l’honneur de servir le roy sur ses vaisseaux ; et parce qu’il y avoit manque de fonds de trente mil livres, le crédit que donne au dict sr cardinal l’honneur que Sa Majesté luy fait, luy a baillé le moyen de suppléer à ce deffaut. par une lettre de change qu’on luy a envoyée sur le recepveur de Xaintes.

Pour la digue, on a toujours travaillé avec soing, mais ce travail eust esté de peu d’effect si les vaisseaux maçonnés qu’on a fait venir de Bordeaux ne fussent arrivés hier au nombre de vingt-six, vingt desquels ont esté enfoncés, qui bouchent entièrement le canal, et réservant les six qui restent, et vingt flustes qu’il attend de divers lieux, pour réparer les dégasts que la mer pourroit faire.

Ledit sr cardinal a envoyé à Bordeaux, Niort, Xaintes, Angoulesme, Poitiers et autres lieux, pour avoir quantité de chaisnes de fer, pour entortiller autour des câbles qu’il prétend mettre au travers du canal par dessus les vaisseaux, pour la garde desquels il a encore fait venir vingt chaloupes.

Pompée promet qu’au jour d’huy il fera mettre sa grande chaisne, mais on peut dire qu’il est tousjours luy-mesme.

Le parc de l’artillerie estoit si desnué de toutes choses, que si Sa Majesté n’y eust pourveu comme elle a fait, son service en eust receu un dommage infaillible.

La reveue des chevaux a esté faite ; on en a réduit le nombre à quatre cens, sans y comprendre ceux qui servent aux officiers ; de ces quatre cens, M.de Tavanes en a cent pour charroyer le bois de Salles, qui sont des pieux pour mettre dans le canal où l’abbé de Beauveau travaille ; M. de Bassompierre en a cent, M. de Schomberg vingt-deux , M. de Marillac trente pour la digue, et le reste est employé aux services ordinaires du parc.

On a estably un ordre que dix charrettes apportent continuellement de Poitiers à Niort les munitions qui y sont, et, par la rivière de Sevre, on les fait venir jusqu’à Sérigny, où on a arresté que des charrettes journellement iront quérir ce qui y sera. Sans cela l’armée estoit desnuée de toutes sortes de munitions de guerre. Et en attendant, M. le cardinal a fait fournir quinze milliers de poudre à l’artillerie, ne s’en estant trouvé à Niort et à Marans que deux milliers de bonne.

Ledit sr cardinal a envoyé à Bordeaux quérir les six mil boulets qui y sont, et donne une promesse de trois mille escus pour les payer, au cas que les gens de M. d’Espernon facent difficulté de les faire deslivrer sans argent, comme ils ont fait par le passé.

On a fait faire douze affûts du point de ceux qui servent aux vaisseaux, pour mettre les douze canons qui sont arrivés de Bordeaux, lesquels on fera mettre entre l’extrémité de la pointe de Coreille et la digue.

On fait estat d’en mettre du costé de M. de Bassompierre pareille quantité.

Quant aux vivres, M. d’Effiat a donné un entier contentement et par avance, jusques au dixième de mars, à ceux qui font le fournissement, qui est le temps que finit leur marché, qui est cause qu’entre cy et là on y pourvoira par une continuation [21] nouveau bail, et ce pendant le fournissement du pain a esté diminué suivant les controlles des revues de l’infanterie.

Le sr le Clerc a esté payé de toute la fourniture qu’il a faite du foin et de l’avoine, de sorte que la cavalerie sera fournie jusques à la fin de mars, et on mettra ordre que ledit fournissement continuera, sans lequel la cavalerie ne pourroit subsister.

Elle fait de grandes plaintes de ce qu’il luy est deu quatre mois ; à quoy Sa Majesté fera pourvoir, s’il luy plaist, comme elle advisera.

La dernière reveue aiant esté faite de l’infanterie, et les cappitaines et officiers présens esté payez, il s’est fait une grande plainte pour les absens, sur ce qu’ils disent estre partis ou estant malades, ou pour aller aux recreues, ou avec congé de Sa Majesté, et que par la coustume ordinaire, ces trois subjects doivent estre légitimes peur les empescher de perdre leurs appointemens ; on attendra l’ordre qu’il plaira à Sa Majesté de donner sur ce subject.

Depuis le deppart de M. d’Effiat, M. le cardinal a fait bailler à M. de Toiras, trente un mil cinq cens livres pour payer les trois montres que Sa Maj esté a accordées par grâce, outre celle qui estoit deu aux huict cens soldats qui ont servy à la citadelle de Ré ; et pour aider à faire la sixiesme montre de Champaigne, dont l’argent n’estoit pas comptant. Ledit sr de Toiras a eu toutes les assignations que Sa Majesté a ordonnées, qui reviennent à plus de quatre cens mil livres. e Les Rochelois sont sortis du costé de M. de Bassompierre, où huict maistres de la compagnie de la Roque Massebeau chargèrent dix-huit des ennemis vers le colombier rouge, et les poussèrent jusques dans le marest, prirent Bonneval nepveu de Courtaumer, en tuèrent un autre, et un cheval.

Le 19e de ce mois, les dits Rochelois ont esté encore battus du costé de M. de Schomberg, proche du fort de Beaulieu, où le sr de La Borde Vely, avec quinze maistres de sa compagnie, chargea trente des ennemis et en a tué trois, pris un, et cinq ou six de leurs meilleurs hommes s’en sont retournez dans la ville fort blessez, parmy lesquels est Jean Farine ; ledit sr de La Borde n’ayant perdu qu’un de ses chevaux légers et un blessé [22].

Le canon a tué le premier capitaine du régiment de la Vigerie,et hier le fils d’un notable bourgeois fut aussy tué.

Il sortit avant-hier une chalouppe de la Rochelle, laquelle s’estant cachée entre le Gigot et le Larron, nos gardes s’estans retirés croians la mer plus basse qu’elle n’estoit, a passé avec quatorze ou quinze matelots. Elle a esté poursuivie jusques vers le pas de Maumusson [23] ; mais le calme estoit tel qu’ils se sont sauvez à force de rames.

Il s’est sauvé quatre soldats de bonne mine de la Rochelle, et tous s’accordent qu’ils n’ont espérance qu’aux grandes marées de mars ou au secours des Anglois, n’aiant des vivres que jusqu’à Pâques.

On a esté d’advis de mander [24] les prévosts et vis-seneschaux de Fontenay, Xaintes, Angoulesme, Saumur et Angers, n’aiant pas voulu desplacer ceux de Poitiers et de Niort, qui servent à la seureté du grand chemin, pour loger les susdits prévosts, avec leurs compagnies, sur les guez et passages de Marans, Nouaillé, Virson, Alleré, Millescu, et Gué Charroux [25], afin d’arrester et faire chastier les soldats qui se retireront de l’armée.


XXVII.
Arch. des Aff. étr. France, 1628, tom. 45, fol. 70. — Minute. Quelques mots de la main du cardinal.

 A M. LE MAIRE DE LA ROCHELLE [26].

[20] février 1628.
Monsieur, Si vous estiez particulièrement informé du traitement qu’ont receu jusques icy tous ceux qui sont prisonniers dans l’armée du roy, vous auriez plus d’occasion de vous louer de la bonté de Sa Majesté que de vous plaindre d’aucune sorte de sévérité.

Mais afin que les prétextes de telles plaintes cessent doresnavant et que les choses passent dans les voyes ordinaires, si vous voulés vous trouver en personne, accompagné de qui vous voudrés, en tel lieu que vous choisirez, soit dans vos portes ou autre part, M. du Hallier, mareschal de camp dans l’armée de Sa Majesté, s’y trouvera, luy envoyant un passeport. Sinon députant qui vous adviserez vers moy, je leur envoyeray un sauf-conduit pour traitter seulement de la délivrance des prisonniers, soit par taxe [de] leurs rançons ou par voye d’eschange. C’est tout ce que je vous puis dire. Sur ce, je suis Vostre bien affectionné à vous servir.


[1Le nom et la date se trouvent au verso de cette minute ; nous y lisons : a A M. de la Ville-aux-Clercs, du 3 février 1628. » C’est ici la matière d’une lettre ou l’on remarque les omissions et les répétitions d’un brouillon fait au courant de la pensée. De telles notes ne valent pas moins que des lettres ; elles révèlent la manière de travailler du cardinal, en même temps qu’elles instruisent des faits, et de la part que prit Richelieu à leur accomplissement.

[2Il y a là quelque chose d’omis par

[3La résistance héroïque de la Rochelle avait excité par toute la France la ferveur religieuse et l’ardeur de révolte du parti protestant. Le cardinal avait été averti que, sous divers prétextes, les huguenots formaient-des assemblées dans la Brie, la Picardie et la Champagne. Le roi écrivit, le 21 janvier, de la Rochelle, à la reine sa mère, de tenir l’œil ouvert sur tous ces mouvements, et de faire arrêter le comte de Roussi et le comte de la Suze, neveu du maréchal de la Force et beau-frère de Roussi. Celui-ci fut pris au château de Roussi, en Picardie ; et le comte ck la Suze, qui avait quitté sa maison de Louviny, en Brie, pour venir à la cour, fut arrêté en sortant de chez la reine mère. Le comte de Roussi était au moment d’épouser la sœur du duc de Bouillon.

[4André Lumagne était un banquier dont se servait alors le gouvernement. Lorsqu’en 1616 la reine mère commença à soupçonner que le roi son fils ne resterait pas toujours sous sa dépendance , elle songea à se ménager une sorte de retraite où elle serait hors de la puissance d’autrui. Il ne lui convenait pas de rester en France sans y régner ; il ne lui convenait pas davantage de se remettre sous la puissance des petits souverains de ia Toscane. Elle songea donc à acquérir la principauté de la Mirandole, et ce fut Lumagne qu’elle envoya en Italie pour conclure ce marché. Un obstacle fut opposé par l’Espagne, et l’affaire en resta là. (Hist. de Marie de Médicis ; II, 185.) On retrouve plus d’une fois dans cette correspondance le nom de Lumagne, à la caisse duquel Richelieu eut souvent recours dans les pressants besoins du trésor royal.

[5La Moulinette était un des douze forts construits par les assiégeants autour de la Rochelle, et qui formaient une enceinte continue de 9 à 10,000 toises.

[6Il n’y a aucune indication de personne ni de date en tête de cette pièce ; on lit au dos : Au rov, du 11e febr 1628.

[7Nous avons inutilement cherché une autre lettre du cardinal , dont nous ignorons la date précise, mais écrite au roi peu avant celle-ci ; nous allons en donner le sommaire, conservé par Richelieu luimême et qui mérite d’être consigné ici.
— Le roi s’était pris d’un invincible ennui au siège de la Rochelle ; il n’osait pourtant quitter le camp, où le cardinal jugeait sa présence nécessaire. Le roi se vengeait de cette soumission forcée par une mauvaise humeur dont Richelieu raconte plusieurs traits. — « Pour remède à son mal, disent les Mémoires (liv. XIX, a p. 40), le cardinal prit sujet d’envoyer un matin au roi un billet qui portoit que Sa Majesté devoit avoir l’esprit en repos sur le sujet de son voyage, étant certain qu’elle le pouvoit faire pour peu de temps sans que ses affaires en reçussent préjudice ; que sa santé étant plus chère à la France qu’aucune autre chose, il en devoit avoir un très grand soin ; qu’il étoit certain que nul en son absence ne feroit aller si bien ses affaires que lui par sa propre présence ; cependant qu’il s’offroit de demeurer pour empêcher, autant qu’il pourroit, qu’il n’arrivât aucun changement à ce qu’il avoit si bien commencé. » — Après avoir obtenu cette espèce de permission, qu’il reçut d’assez mauvaise grâce, le roi partit de la Rochelle le 10 février. On voit qu’une lettre du cardinal ne tarda pas à le suivre, et le style de cette missive dévoile les poignantes inquiétudes qui tourmentaient Richelieu, en voyant partir, sans lui, son maître, dans une disposition d’esprit qui, malgré des adieux pleins de larmes et de tendresses, pouvait n’être pas très-favorable au ministre. Mais Richelieu « aima mieux, s’exposer à sa perte (ainsi qu’il s’exprime), que de manquer à la prise de la ville. » — L’année suivante, lorsqu’il fallut décider Louis XIII à partir pour l’Italie, Richelieu rappela su roi ce souvenir, dans une espèce de remontrance extrêmement curieuse et que nous donnerons ci-après, à la date du 13 janv. 1629.

[8Voici ce que Richelieu dit de la cause de cette maladie : « Cependant le cardinal , qui, l’étant allé accompagner (le roi) quand il partit, n’avoit osé, par respect, prendre son parasol pour se garantir de l’ardeur du soleil qui étoit très-grande, fut, à son retour au Pont-de-Lapierre, surpris d’une fièvre tierce, dont Dieu lui fit la grâce de le délivrer après en avoir eu cinq accès. » (Mém. liv. XIX, p. 43.)
« Nous sommes en peyne de vostre maladie » répondait Marillac, par ordre du roi, le 25 février.

[9« J’aperçus quelque vingt chevaux des ennemis sortir de la Porte-Neuve, » dit Bassompierre, qui raconte l’affaire à la date du 15 février. Il nomme Bonneval le jeune gentilhomme neveu de Courtaumer « qui se rendit à moi, » ajoute Bassompierre. (Mém. t. III, p. 137.) Richelieu le nomme également dans un mémoire où il résume les événements du siège. (Ci-après)

[10Richelieu n’avait pas compté sur l’opiniâtreté de la résistance des Rochelois ; la ville ne fut prise qu’à la fin d’octobre et lorsque la famine avait fait périr une partie de ses habitants ; Richelieu ne lui livra point d’assaut, et se contenta de l’enfermer de toutes parts.

[11Le nom et la date se trouvent au dos de cette minute. M. le Prince était chargé de soumettre les protestants du Languedoc pendant le siège de la Rochelle.

[12En même temps que la ville de la Rochelle avait envoyé des députés en Angleterre, elle avait dépêché vers les protestants de France pour les exciter à prendre les armes. Savignac dit Vissouse dirigé vers le Languedoc, était parti de la Rochelle dès le 8 janvier, mais il fut pris près Castelnau-de-Levis, en février, avant d’avoir pu remplir sa commission. On le retrouve encore, l’année suivante, l’un des meneurs du parti qui s’efforçait de constituer les protestants en république, sous la protection du roi d’Espagne.

[13Nous n’avons pas la lettre que Richelieu écrivait au roi, mais on peut conjecturer quelle ne manquait pas d’importance , par une dépêche chiffrée du garde des sceaux Marillac au cardinal, envoyée de Paris le 25 février, et qui nous semble être une réponse à la lettre précitée de Richelieu : « Le Chesne (le roi) approuve tous les avis de Calori (le oardinal), et suivant iceux tout se fera. Et pour ceux qui ont pris Savignac, et pour l’avis du sr de Fossé, et pour le conseil de Montpellier. » (Arch. des Aff. étr. France.T. 47, ro 108.)

[14C’était un Écossais, agent des protestants. Il fut arrêté un peu avant Savignac, en allant de Réalmont à Montauban. Un procès-verbal de ses déclarations, du 23 janvier, dressé par M. de Nesmond, et qui ne contient pas moins de 18 pages, se trouve aux Aff. étr. T. 45, fa ’59’

[15Cette phrase fait partie d’un renvoi difficile à lire, cependant cette abréviation « le m" sera m" de. » est assez nettement écrite ; cela signifie sans doute : Il e maître sera maître de. »

[16Ce titre se trouve au dos du mémoire.
Cette pièce montre avec quels détails le cardinal rendait compte au roy des affaires qui pouvaient intéresser sa majesté, et avec quel soin minutieux lui-même les surveillait. Nous n’avons trouvé que ce mémoire, et celui qui porte la date du 4 mars ; mais des rapports pareils devaient être souvent envoyés par le cardinal, qui dit dans ses Mémoires, liv. XIX, p. 45, année 1628 : « Il (Richelieu) avoit soin de rendre un compte très exact au roi de ces choses, et généralement de tout ce qui se passoit en son armée, pour lui ôter les inquiétudes qu’il sembloitqu’il en prenoit. »

[17Ce mémoire commençait par ces deux lignes, qui ont été barrées : « M. le cardinal de Richelieu a fait fournir pour les travaux de terre l’argent qu’il a trouvé nécessaire pour les mettre à perfection. »

[18Le vrai nom était Bongraine ; nous avons déjà remarqué qu’on disait la Moulinette ; il y a encore d’autres noms incorrectement écrits.

[19La déchirure du papier a emporté ici un mot dont il ne reste que le p.

[20Un mot manque à cause du papier déchiré : fortification ? ou autre.

[21Ici un mot déchiré.

[22Bassompierre, à cette date du 19 février, dit simplement : « Les ennemis sortirent vers le fort de Beaulieu, où j’allai. »
L’oratorien Arcère, auteur de l’histoire déjà citée de la Rochelle, dit de son côté : o Vingt-huit de leurs cavaliers (des Rochelois) , en battant l’estrade, osèrent attaquer vers Rompsay cinquante maîtres. Le choc fut rude et se passa au désavantage des Rochellois, qui perdirent un homme des plus braves et des plus attachés à sa patrie ; c’étoit un tisserand nommé La Forêt. »
(T. II, p. 281.) On a vu que dans le récit de Richelieu c’est Jean Farine dont il s’agit.
Et puis Bassompierre met quelques jours plus tard l’affaire de ce Jean Farine : a Le samedi 26, Jean Farine vint tirer un coup de pistolet à un Suisse qui levoit des gazons pour la redoute de La Fons. J’étois là auprès avec M. de Toiras, qui passa pour courre après et d’autres aussi, et moi de même. Nous allâmes jusques à la barrière de la porte de Coigne, qui étoit fermée, et Jean Farine se jeta contre la contrescarpe. » (T. III, p. 139.) Il y a ici entre les historiens et les auteurs de mémoires une confusion qu’il n’est pas bien facile de débrouiller.

[23Pertuis, d’un kilomètre de large, resserré entre Oléron et la pointe de Chapus.

[24Il y avait d’abord : « M. le cardinal a mandé. » on a corrigé comme on voit ici.

[25Il y a dans les départements de la Vienne et de l’Allier deux petites villes de ce nom, mais l’orthographe du manuscrit doit être fautive, et il s’agit sans doute ici de Charron, village de la Charente-Inférieure, à 16 kilomètres environ au nord de la Rochelle ; Charron, Marans, Nuaillé, le Gué d’Alleré, Milescu, Virson, forment autour de cette ville un cercle qui devait parfaitement enfermer les fugitifs.

[26Ceci est écrit au dos, ainsi que la date

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