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1628 - Enfin Malherbe vint... soutenir le Roi Louis XIII au siège la Rochelle

D 17 avril 2009     H 14:42     A Pierre     C 0 messages A 1434 LECTURES


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Malherbe, dans mes livres de classe, était présenté comme un auteur modèle de la littérature française du XVIIème siècle. Il est probablement moins connu comme poète de Cour, qui vient soutenir le roi Louis XIII et le Cardinal de Richelieu, pendant le siège de la Rochelle, et tancer les Anglais qui en veulent à l’Ile de Ré.

Quant au plaisir que procure la lecture de ses vers : des goûts et des couleurs... tous les avis sont respectables.

Source : Oeuvres poétiques de Malherbe, réimprimées sur l’édition de 1630, avec une notice et des notes par Prosper Blanchemain – Paris – 1897 – BNF Gallica

Ode IX - Pour le Roy [Louis XIII] allant chastier la rébellion des Rochelois et chasser les Anglois qui, en leur faveur, estoient descendus en l’Isle de Ré

Donc un nouveau labeur à tes armes s’appreste ;
Pren ta foudre, Loüis, et va, comm’ un lion,
Donner le dernier coup à la derniere teste
De la rebellion.

Fay choir en sacrifice au demon de la France
Les fronts trop élevez de ces ames d’enfer,
Et n’épargne contre eux, pour notre delivrance,
Ny le feu ny le fer.

Assez de leurs complots l’infidelle malice
A nourry le desordre et la sedition ;
Quitte le nom de Juste, ou fay voir ta justice
En leur punition.

Le centiéme decembre a les plaines ternies,
Et le centiéme avril les a peintes de fleurs,
Depuis que parmi nous leurs brutales manies
Ne causent que des pleurs.

Dans toutes les fureurs des siecles de tes peres,
Les monstres les plus noirs firent-ils jamais rien
Que l’inhumanité de ces coeurs de viperes
Ne renouvelle au tien ?

Par qui sont aujourd’huy tant de villes desertes,
Tant de grands bastimens en masures changez,
Et de tant de chardons les campagnes couvertes,
Que par ces enragez ?

Les sceptres devant eux n’ont point de privileges,
Les immortels eux-mesme en sont persecutez ;
Et c’est aux plus saints lieux que leurs mains sacrileges
Font plus d’impietez.

Marche, va les détruire, éteins-en la semence,
Et suy jusqu’à leur fin ton courroux genereux,
Sans jamais écouter ny pitié ny clemence
Qui te parle pour eux.

Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroistre,
Beau d’un soin assidu travailler à leurs forts,
Et creuser leurs fossez jusqu’à faire paroistre
Le jour entre les morts.

Laisse-les esperer, laisse-les entreprendre :
II suffit que ta cause est la cause de Dieu,
Et qu’avecque ton bras ell’ a pour la deffendre
Les soings de Richelieu :

Richelieu, ce prelat de qui toute l’envie
Est de voir ta grandeur aux Indes se borner.
Et qui visiblement ne fait cas de sa vie
Que pour te la donner.

Rien que ton interest n’occupe sa pensée,
Nuls divertissemens ne l’appellent ailleurs ;
Et, de quelques bons yeux qu’on ait vanté Lyncée,
Il en a de meilleurs.

Son ame, toute grande, est une ame hardie,
Qui pratique si bien l’art de nous secourir
Que, pourveu qu’il soit creu, nous n’avons maladie
Qu’il ne sçache guerir.

Le Ciel, qui doit le bien selon qu’on le merite,
Si de ce grand oracle il ne t’eust assisté,
Par un autre present n’eust jamais esté quitte
Envers ta pieté.

Va, ne differe plus tes bonnes destinées ;
Mon Apollon t’asseure et t’engage sa foy
Qu’employant ce Typhis, syrtes et cyanées
Seront havres pour toy.

Certes, ou je me trompe, ou déja la Victoire
Qui son plus grand honneur de tes palmes attent,
Est aux bords de Charente en son habit de gloire,
Pour te rendre content.

Je la voy qui t’appelle, et qui semble te dire :
« Roy, le plus grand des rois, et qui m’es le plus cher,
Si tu veux que je t’aide à sauver ton empire,
II est temps de marcher. »

Que sa façon est brave et sa mine asseurée !
Qu’elle a fait richement son armure étoffer !
Et qu’il se cognoist bien, à la voir si parée,
Que tu vas triompher !

Telle, en ce grand assaut où des fils de la Terre
La rage ambitieuse à leur honte parut,
Elle sauva, le ciel, et rua le tonnerre
Dont Briare mourut.

Déja de tous costez s’avançoient les approches ;
Icy courait Mimas, là Typhon se battoit,
Et là suoit Euryte à détacher les roches
Qu’Encelade jettoit.

A peine cette vierge eut l’affaire embrassée.
Qu’aussi-tost Jupiter, en son trosne remis,
Vit, selon son desir, la tempeste cessée,
Et n’eut plus d’ennemis.

Ces colosses d’orgueil furent tous mis en poudre,
Et tous couverts des monts qu’ils avoient arrachez ;
Phlegre, qui les receut, pût encore la foudre
Dont ils furent touchez.

L’exemple de leur race, à jamais abolie,
Devoit sous ta mercy tes rebelles ployer ;
Mais seroit-ce raison qu’une mesme folie
N’eust pas mesme loyer ?

Déja l’étonnement leur fait la couleur blesme,
Et ce lasche voisin qu’ils sont allé querir,
Miserable qu’il est, se condamne luy-mesme
A fuïr ou mourir.

Sa faute le remord : Megere le regarde,
Et luy porte l’esprit à ce vray sentiment,
Que d’une injuste offense il aura, quoy qu’il tarde,
Le juste chastiment.

Bien semble estre la mer une barre assez forte
Pour nous oster l’espoir qu’il puisse estre battu ;
Mais est-il rien de clos dont ne t’ouvre la porte
Ton heur et ta vertu ?

Neptune, importuné de ses voiles infames,
Comme tu paroistras au passage des flots,
Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames,
Et soient tes matelots.

Là rendront tes guerriers tant de sortes de preuves,
Et d’une telle ardeur pousseront leurs efforts,
Que le sang estranger fera monter nos fleuves
Au-dessus de leurs bords.

Par cet exploit fatal en tous lieux va renaistre
La bonne opinion des courages françois ;
Et le monde croira, s’il doit avoir un maistre,
Qu’il faut que tu le sois.

O que, pour avoir part en si belle avanture,
Je me souhaiterois la fortune d’Eson,
Qui, vieil comme je suis, revint contre nature
En sa jeune saison !

De quel peril extreme est la guerre suivie,
Où je ne fisse voir que tout l’or du Levant
N’a rien que je compare aux honneurs d’une vie
Perdue en te servant ?

Toutes les autres morts n’ont merite ny marque :
Celle-ci porte seule un éclat radieux
Qui fait revivre l’homme, et le met de la barque
A la table des dieux.

Mais quoy ! tous les pensers dont les ames bien nées
Excitent leur valeur et flattent leur devoir,
Que sont-ce que regrets, quand le nombre d’années
Leur oste le pouvoir ?

Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines
En vain dans les combats ont des soins diligens ;
Mars est comme l’Amour : ses travaux et ses peines
Veulent de jeunes gens.

Je suis vaincu du temps, je cede à ses outrages ;
Mon esprit seulement, exempt de sa rigueur,
A de quoy témoigner en ses derniers ouvrages
Sa premiere vigueur.

Les puissantes faveurs dont Parnasse m’honore
Non loin de mon berceau commencerent leur cours ;
Je les posseday jeune, et les possede encore
A la fin de mes jours.

Ce que j’en ay receu, je veux te le produire ;
Tu verras mon adresse, et ton front, cette fois,
Sera ceint de rayons qu’on ne vit jamais luire
Sur la teste des rois.

Soit que de tes lauriers ma lyre s’entretienne,
Soit que de tes bontez je la face parler,
Quel rival assez vain pretendra que la sienne
Ait de quoy m’égaler ?

Le fameux Amphion, dont la voix nompareille,
Bastissant une ville, étonna l’univers,
Quelque bruit qu’il ait eu, n’a point fait de merveille
Que ne facent mes vers.

Par eux de tes beaux faits la terre sera pleine,
Et les peuples du Nil, qui les auront ouïs,
Donneront de l’encens, comme ceux de la Seine,
Aux autels de Louis.

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