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1642 - Le rétablissement de la religion catholique en la ville de Tonnay-Boutonne (17).

D 11 mai 2012     H 15:48     A Pierre     C 1 messages A 463 LECTURES


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L’église paroissiale de Tonnay-Boutonne avait été détruite par les Calvinistes vers 1562, au tout début des Guerres de Religion, et son emplacement réutilisé à d’autres fins par la famille du seigneur protestant de l’époque (de la Nalière). En 1642, sous le règne de Louis XIII, la justice rétablit la situation d’avant les guerres, et rend ses biens à l’Église Catholique. Ce document nous donne l’Arrêt du Parlement de Bordeaux décidant de cette restitution, et se poursuit avec une intéressante relation des manifestations locales organisées à cette occasion.

Plusieurs informations contenues dans ce document peuvent contribuer à l’histoire du patrimoine de Tonnay-Boutonne (Charente-Maritime).

Source : Décisions catholiques ou Recueil général des Arrests rendus en toutes les Cours souveraines de France, en exécution ou interprétation des Edits, qui concernent l’exercice de la Religion Prêt. Reformée, avec les raisons fondamentales desdits arrests, tirées de la Doctrine des Peres de l’Eglise, des Conciles, & des Loix civiles et politiques du Royaume. - Jean Filleau - Poitiers - 1668 - Google Livres

Voir aussi : Généalogie de la famille de Maulmont, seigneurs de Tonnay-Boutonne (17)

Arrest de la Cour de Parlement de Bourdeaux, portant rétablissement de la Religion Catholique en la Ville de Tounay-Boutonne.

Avec le récit dudit rétablissement fait par Monseigneur l’illustrissime Evesque de Xainctes, l’unziême May 1642.

Tonnay-Boutonne
Photo : Pierre Collenot - 2005

Entre le Procureur general du Roy demandeur en exécution de certain Arrest d’une part : Et Dame Susanne Bertineau vesve de feu Messire Henry de Lamothe-Fouque, vivant Seigneur Baron de Tounay-Boutonne & Sainct Seurin , au nom & comme mère légitime administratresse des enfans dudit feu sieur & d’icelle, deffendresse d’autre. Veu l’Arrest sur Requeste obtenu par ledit sieur Procureur general, par lequel est permis aux Catholiques de Tounay-Boutoune de faire rétablir l’Eglise dudit lieu du 23. Juillet 1640, figure & plan dudit lieu de Tounay Boutonne du 10. May dernier : Copie d’autre Arrest sur Requeste obtenu par ledit Procureur general , portant que ladite Bertineau Dame dudit lieu de Tounay Boutonne sera assignée en la Cour pour se voir condamner à la démolition du Sepulchre dont est question, & qu’il sera informé de ce que ledit Sepulchre a esté baty sur le lieu où estoit le Maistre Autel de ladite Eglise : Ensemble de ceux qui ont pris & enlevé les matériaux de la susdite Eglise du 27. May audit an : Exploit d’assignation donné à ladite Dame deffendresse du 16. Juillet audit an : Procez Verbal fait le 17, Septembre audit an, de l’état auquel s’est trouvé ladite Eglise : Inventaire sommaire de communication de Pièces fait au Procureur de ladite Dame du 29. Novembre audit an : Arrest donné en l’Audience que dans quinzaine Tissonnet son Procureur recevroit mémoires & instructions de ladite Dame pour deffendre ou acquiescer aux Concluions dudit Procureur general : Arrest à mettre pour estre fait droit sur la Requeste du 21. du mois passé : Dire contenant les Conclusions dudit Procureur general : Arrest donné en la Cour entre ladite Dame deffendresse, & Charlotte de Partena, pour montrer que ladite Dame de Tounay-Boutonne a tousjours procédé comme mère administratresse de ses enfans & dudit feu sieur son mary du 22. Aoust dernier : Avec la Requeste de forclusion, & appointement de droit, Dit a esté, faisans droit des fins & Conclusions dudit Procureur general, que la Cour a ordonné & ordonne que les Arrests du susdit jour 23 Juillet 1640. & 27. May 1641. concernant la réedification de l’Eglise Parroissiale de Tounay-Boutonne seront exécutez. A ces fins a condamné & condamne les Habitans dudit Tounay-Boutonne & Parroisse à contribuer aux deux tiers des frais & charrois , & l’autre tiers par les part-prenans aux Dixmes, à proportion de ce qu’ils prennent en icelles, à quoy faire ils seront contrains par toutes voyes deues & raisonnables, nonobstant appellations ou oppositions quelconques , & sans préjudice d’ïcelles. Et au regard des Concluions prises par ledit Procureur general contre ladite Bertineau audit nom, ladite Cour l’a condamné & condamne à faire démolir dans quinzaine après la signification que luy sera faite du present Arrest, à personne ou domicile le Sepulchre baty sur le Maistre Autel de ladite Eglise, donc au procez est question, les matériaux demeurant pour la bâtisse d’icelles, faire transporter les Corps & ossemens en iceluy inhumez en tel autre lieu qu’elle verra bon estre. Autrement à faute de ce faire, ledit delay passé, Enjoint au Substitud dudit Procureur general au Siège de S Jean d’Angely, faire démolir aux frais & dépens de ladite Bertineau ledit Sepulchre, & iceluy oster dudit lieu dudit Maistre Autel, porter lesdits Corps, ossemens qui s’y trouveront, en tel autre & Cimetière qui sera assigné & achepté par le Commissaire ja Député, & aux frais & dépens de ceux de la R.P. R. iceux deuement appellez en la personne des Officiers des lieux faisant profession de la R.P. R. dans lequel mesme delay la muraille de la basse Court, Grange & Champ de ladite Bertineau bâtie du costé du Nort prés les piliers & fondemens de ladite Eglise, sera aussi démolie & reculée à ses cousts & dépens : Condamne en outre ladite Bertineau audit nom, quitter & delaisser la maison de l’Aumônerie, Chapelle d’icelle & jardin en dépendant, vuides & libres au profit du Curé & Prestre qui serviront ladite Eglise pour s’y loger à l’advenir, & y retirer les Pauvres. Fait inhibitions & deffenses, tant à ladite Bertineau qu’à tous autres de quelque qualité & condition qu’ils soyent de les troubler ny empescher en la paisible possession & jouissance desdites maisons de l’Aumônerie, Chapelle, jardin en dépendant, à peine de mil livres, & autre plus grande s’il y échoit. Condamne pareillement ladite Cour ladite Bertineau audit nom , rendre dans le mesme delay de quinzaine, la Cloche de l’Eglise nommée & souscrite saincte Claire du Puy du Lac dont est question au procez, pour estre remise en l’Eglise Parroissiale dudit Puy du Lac dont elle a esté prise & emportée : Comme aussi rendre & restituer toutes les pierres & matériaux qu’elle & ses Autheurs ont pris des ruines & démolitions de la susdite Eglise parroissiale de Tounay-Boutonne, & maison Ecclesiastique dudit lieu, où icelles payer au dire d’Experts, dont les parties s’accorderont par devant le Commissaire ja Député, autrement en sera pris d’office par ledit Commissaire, & avant faire droit de la restitution de l’autre Cloche prétendue par ledit Procureur general appartenir à ladite Eglise Parroissiale de Tounay-Boutonne , & employée au Temple de ceux de ladite R.P R. Ladite Cour pour ce regard, ensemble pour le prétendu delaissement des autres maisons Ecclesiastiques situées audit Tounay-Boutonne, Cimetière de ladite Eglise Parroissiale, pièce de terre joignant à iceluy. Ordonne que dans le susdit delay de quinzaine, aux diligences dudit Substitud les Habitans dudit Tounay Boutonne de ladite R. P. R. éliront un Sindic d’entr’eux, lequel ensemble les particuliers détempteurs desdites maisons & terres, seront assignez en la Cour pour deffendre ausdites Conclusions : Cependant attendu la matière dont est question, & sans préjudice des droits des parties : Fait inhibitions & deffenses ausdits de la R. P. R. ensevelir les Corps de ceux qui d’entr’eux decedront dans ledit Cimetière de ladite Eglise Parroissiale de Tounay Bontonne, ny en aucune partie d’icelle, à peine de deux mil livres, & plus grande si le cas y échoit, ains les inhumer & ensevelir dans la place qui leur sera designée & acheptée par ledit Commissaire à leurs dépens. Et que tant les louages desdites maisons que fruicts de ladite terre seront saisis & sequestrez és mains de personnes Catholiques & solvables, pour en rendre fidel compte, à qui par ladite Cour sera ordonné. Et à mesme fait inhibitions & deffenses de les troubler : Enjoint tant aux Officiers dudit Siège de S. Jean d’Angely, qu’au Prevost & Visseneschal de Xainctonge, prester main forte à l’exécution du present Arrest, à peine de suspension de leurs Charges, sans dépens des Chefs décidez, les autres reservez en fin de cause. Donné à Bourdeaux en Parlement le 31 Mars 1642. Ainsi signé, Messieurs DE PICHON Président, DANDRAUT Rapporteur. De Pontac Greffier.

Louis par la grâce de Dieu Roy de France & de Navarre : A nostre Seneschal de Xainctonge ou son Lieutenant, ou au premier des Conseillers du Siège de S. Jean d’Angely, Commissaire cy-devant Député, Salut. A la Requeste de nostre Procureur general en nostre Cour de Parlement de Bourdeaux, vous mandons & commettons par ces Presentes, que l’Arrest aujourd’huy baillé par nostredite Cour entre nostredit Procureur general en icelle d’une part : Et Dame Susanne de Bertineau d’autre, dont l’Extrait est cy-attaché sous le contre-seel de nostre Chancellerie, vous mettiez à deuë & entière exécution de point en point selon la forme & teneur. Mandons a ces fins au premier nostre Huissier ou Sergent sur ce requis, faire tous exploits, significations, assignations & contraintes que besoin sera , le tout nonobstant oppositions ou appellations quelconques, & sans préjudice d’icelles. Mandons en outre, tant aux Officiers dudit Siège de S. Jean d’Angely, qu’au Prevost & Visseneschal de Xainctonge, prester main forte pour l’exécution du susdit Arrest & de ces Presentes, commandons à tous nos Sujets obeïr. Donné à Bourdeaux en nostredit Parlement le 31. de Mars l’an de grâce 1642. Et de nostre Règne le trente-deuxième. Par la Chambre , De Pontac : Ainsi signé.


A Monseigneur, Monseigneur de la Porte, Grand Prieur de France , Gouverneur de la Rochelle , Broüage, Pais d’Aulnix & isles adjacentes.

MONSEIGNEUR,

A mon retour de Tounay-Boutonne, où j’ay esté témoin oculaire du rétablissement de la Religion Catholique, faite avec des circonstances remarquables, qui depuis quatre-vingt cinq ans avoit cessé en ladite Ville, j’en consacre le récit à vostre Grandeur ; sa pieté le demande, son zele m’y oblige, & le mérite d’un grand Prélat, qu’elle honore, & qui a éclaté en cette action Héroïque, à la confusion du Calvinisme, luy rendra la lecture plus agréable : & comme elle ne passionne que l’advancement du Royaume de Dieu, & l’exaltation de son Eglise, je me persuade qu’un si bon succez luy donnera une partie des satisfactions que luy desire, en plénitude, celuy qui est en vérité, MONSEIGNEUR, Vostre tres-humble & obéissant serviteur, F. E.

Le rétablissement de la Religion Catholique fait en la Ville de Tounay-Boutonne par Monseigneur l’illustrissime & Reverendissime Evesque de Xainctes l’unziéme May 1642.

La vérité sans artifice & sans violence se rend maistresse des coeurs, son éclat nous éblouit, ses charmes nous attirent, & sa force nous dompte : Elle se soûtient d’elle-mesme, au lieu que l’erreur qui n’a point de subsistence, que dans un esprit déçeu, a recours à mille ruses, en cas qu’elles ne reussissent, à la violence, pour se maintenir.

C’est pourquoy nos Calvinistes ne trouvent point d’appuy dans l’Escriture Saincte, pour authoriser leurs resveries, voyant que la raison leur manque pour se mettre à couvert, & que la Doctrine des Peres les choque ouvertement : ils se revestent de la peau de Renard, & s’ils la quittent c’est pour prendre celle de Lyon : ils sçavent que la Bible ancienne conservée miraculeusement dans son intégrité, passe condamnation de leur créance, secrettement ils forgent de nouveaux caracteres, & luy opposent une impression sacrilege & nouuelle, qui porte le tiltre specieux de parole de Dieu, & qui dément l’ancienne.

La succession des Prélats, & le sacré ministere des Prestres, dispensateurs des Mysteres divins, leur est un continu reproche, cela les échauffe, les anime, ils s’arment pour les combattre & exterminer : nos Temples & nos Autels bâtis par nos Pères publient hautement le véritable Sacrifice non sanglant du précieux Corps & Sang de Jesus-Christ, & bouchant leurs oreilles d’épines, la teste baissée, ils courent sus nos Eglises & nos Autels, se persuadant qu’ils enseveliront sous les ruines la créance de l’Église Romaine. Mais selon l’Oracle du Prophète, Dieu a mis son Tabernacle dans le Soleil ; c’est à dire selon S. Augustin, son Eglise en évidence & au jour, il veut qu’elle paroisse victorieuse au trauers ses nuages, des artifices & de la violence que luy oppose l’Heresie : & le Père des misericordes, fidel à l’éxecution de ses promesses, nous a donné une expérience sensible de cette protection, ces jours passez dans une petite Ville de ce Diocese, nommee Tounay-Boutonne.

Cette Place scituée dans la Xainctonge sur la riviere de Boutonne, d’où elle prend son nom, a supporté les premières fureurs du Calvinisme : il y a environ quatre vingts ans, que le sieur de la Naliere à qui une partie des droits Seigneuriaux appartenoient se pervertit, & renonça ouvertement à la foy de ses peres, qui estoient les principaux bien faicteurs de l’Eglise, consacrée à la gloire du Dieu vivant sous le Tiltre de S. Martin : Le susdit Gentil-homme enchanté des erreurs de Calvin, qui commençoient à se dilater en ces Provinces, au préjudice de ce qu’il devoit aux Loix divines & humaines, de la foy promise au S. Baptesme, & du respect qu’il devoit à la mémoire de ses Ancestres, secondé de ce nouveau Party, qui estoit au premier bouillon de sa furie, fit ses premières décharges, contre les Temples animez du Dieu vivant, j’entens les Prestres, les pierres du Temple matériel, luy reprochant secrettement son Sacrilège & cruauté , & les Autels demandant vengeance de l’injure faite aux Sacrificateurs, possedé de la rage des chiens, il mord les pierres, abbat l’Eglise, démolit les Autels, brise les sainctes Images de la Bien heureuse Vierge & de l’Ange Gabriel qui estoient l’ornement de la Chapelle de ses Ancestres & le monument de leur pieté.

Certes il n’y a point de péché que Dieu châtie plus promptement & plus rigoureusement que celuy du Sacrilège : Le Roy Ozias sentit la lèpre qui monta sur son visage, au mesme temps qu’il fit monter la vapeur de l’encensoir, qu’il avoit usurpé sur les droits des Pontifes : Ely le grand Prestre fut ensevely dans les ruines de sa maison, sans que les longs services rendus au Tabernacle fussent mis en consideration, & selon la remarque de Joseph l’Historien depuis que Pompée entra sans respect, & avec l’insolence ordinaire aux gens de guerre , dans le sainct Temple de Hierusalem, insensiblement ses forces diminuèrent, & à la journée de Pharsalie son armée fut taillée en pièces , & ses Soldats blessez à more tombèrent la face en terre , en ligne directe vers le sainct Temple, le Ciel exigeant cette réparation d’honneur justement deuë à la maison de Dieu : en exécution de cet Arrest sanglanr, la famille de la Naliere complice d’une si noire impieté, périt miserablement quelques années après , & tient-on communément que leur maison est tombée en roture.

Et comme c’est le propre des hommes de se faire compagnie au mal, & qu’un abysme en reclame un second , depuis les Seigneurs de Tounay-Boutonne héritiers de l’infidélité de ceux de la Naliere, osterent les matériaux qui restoient dans l’Eglise, la raserent entièrement, & pour dérober à la posterité la mémoire de cette maison du Seigneur, depuis ils ont bâty sur les anciens fondemens de l’Autel, un monument élevé de la hauteur d’une Chapelle, de plus usurpé le Cimetière contigu, & selon toutes les apparences la maison des Pauvres, qui joignoit celle de Jesus leur bon Chef, ils ont dit faisons nostre propre du Sanctuaire de Dieu, que le bien de l’Eglise soit confondu avec nostre patrimoine : de la parole ils sont venus à l’exécution ? mon Dieu il y va de vos interests, faites tourner la roue, & qu’un troisième héritier ne jouisse pas de vos biens.

Monseigneur l’illustrissime & Reverendissime Evesque de Xainctes (en qui la nature & la grâce se sont assemblées, pour former l’exemplaire d’un accomply Prélat) fait paroistre son zele, employé son pouvoir, prodigue ses veilles à la deffense de l’Eglise que Dieu luy a commise, & Comme il a nombre d’Heretiques à combattre, que l’étendue de son Diocese ne luy permet d’estre en tout lieu ; il a ses Missionnaires qui font les troupes de secours ; & dont il ne fait pas moins d’estat, que Cesar de ses Vieilles légions, ayant fait l’honneur aux Capucins de les enroller parmy ces troupes Apostoliques, il en a choisi deux de cette Congrégation, qui sont les RR. PP. Bernardin 8c Bonaventure, dont il connoist la vertu & le zele, & donné ordre de travailler à Tounay-Boutonne, & d’y faire un dernier effort pour y rétablir l’Exercice de la Religion Catholique.

Il y a environ un an que ces Pères sans relâche, & vigoureusement se sont employez à cultiver ledit lieu, & les Parroisses circonvoisines partageant leur loisir aux Catechismes des Enfans, Prédications, Confessions & Conférences avec les ennemis de la Foy, & en ce travail Apostolique, ils se sont montrez non moins généreux a l’attaque qu’à la deffense.

Deuement informez des usurpations faites sur les droicts de l’Eglise, par les Seigneurs du lieu : ils en conferent avec Monseigneur de Xainctes, qui fut d’advis qu’ils se transporteroient à Bourdeaux, pour en faire le rapport à Messieurs les Gens du Roy : Les formalitez de Justice observées après trois voyages à la Requeste de Monsieur le Procureur general, Nosseigneurs du Parlement ont donné un Arrest, par lequel ils ordonnent que le monument bâty sur les ruines du Maistre Autel sera démoly, la place de l’Eglise & les appartenances usurpées rendues, &c.

En exécution d’Arrest les Païsans des Parroisses circonvoisines, successivement sont venus en ordre auec l’Estandart déployé sous la conduite de Messieurs les Curez, & des susdits Pères, & en peu de temps ont découvert la place, & fait voir un objet digne d’un juste ressentiment, une Eglise paroist de quatre-vingt douze pieds de long , & large à proportion : le seul Chœur a soixante-dix pieds de large, & cinquante de long : le débris des Images s’y void avec compassion, les fondemens de pierre de taille sont en leur entier.

La prise de possession se fit quelques mois auparavant, où sept à huit mille personnes se trouverent, qui voyant les armes du Sauveur relevées au lieu où l’Heresie les avoit mis par terre, chantèrent de joye, O Crux ave spes unica, in hac triumphi gloria.

Cette action première a esté suivie d’une seconde encore plus célèbre, couronnée par la presence de Monseigneur de Xaintes : la démolition du Sepulchre faite donnant lieu à la reconciliation de la Place, & à la réedification de l’Eglise, il assigna l’unziéme du courant : Le Soleil pour donner plus d’éclat à la Cérémonie, dissipa les nuages qui sembloient nous menacer de pluyes & d’orages, & nous laissa un jour beau & serain.

L’Heresie se glorifioit dans le sein de la France Catholique, d’avoir conservé un lieu, où les Prestres n’avoient point d’accez, & d’où la Messe depuis quatre-vingt cinq ans avoit esté bannie : Hé qui se fut imaginé que ce Royaume Tres-Chrestien eut porté dans ses flancs une petite Ville, où le précieux Corps & Sang de Jesus n’estoient point offerts à Dieu le Pere en odeur de suavité : par advance le remède à ce grand desordre fut de parer la Halle en forme d’Eglise, & d’y dresser un Autel superbe & magnifique.

Sur les neuf à dix heures du matin, Monseigneur commença la Cérémonie par la saincte Messe, à laquelle assista un Peuple immense ; la Messe finie, selon ses ordres, un Prédicateur Capucin monta en Chaire, & pour déclarer à la compagnie la substance & les circonstances de l’action, prit l’Histoire de la reconciliation du Mont-Sion faite par Judas Machabeen,

Et Judas Machabeen a dit, voicy que nos ennemis sont deffaits, montons maintenant pour purger les lieux Saincts & les reconcilier : & ils ont veu la sanctification deserte, l’Autel profané, les portes brûlées, & le parvis herissé de ronces, de bois & d’épines, à ce triste objet ils déchirèrent leurs vétemens, gémirent & tombèrent sur leur face : & Judas choisit des Prestres irreprehensibles, affectionnez à la Loy de Dieu, qui mirent à part les pierres immondes, & en prirent d’entières selon la Loy, & édifièrent l’Autel.

Ainsi la desolation du Temple de Sion fut une glace polie, pour voir celle de l’Eglise de Tounay Boutonne : Le Sacrilège Antiochus avoit élevé une Idole d’abomination sur l’Autel de Jerusalem, & nos errans ne sont-ils pas complices de son impieté, ayant ruiné l’Autel du Sauveur, & bâty dessus un monument pour contenir des cendres profanes : le premier Temple estoit devenu un desert affreux, & celuy-cy abandonné à un tel point, que les arbres y ont crû comme dans une Forest.

Mais les Armes de nostre Monarque tousjours Victorieux, ayant deffaits nos ennemis, la Justice de son Parlement, nous donnant gain de cause, Monseigneur de Xaintes comme un autre Judas Machabeen, prenant ses advantages, s’anime à la reconciliation de ce lieu profane.
Le Fils de Dieu chassé de sa maison, & demandant le couvert luy fait compassion, dans l’estre Sacramentel le voyant sujet aux mesmes disgraces qu’il a esté dans son estre passible & voyager, souvent rebuté des hommes, ce zelé Pontife qui a la Loy de son Dieu dans le coeur, & le coeur dans la Loy, ne peut plus souffrir de voir ce divin Chef exposé aux inclémences, pendant le règne des ténèbres, & la nuit de l’infidélité.

Animé de ce divin mouvement, il commence les Litanies des Saincts, qui se continuent dans le cours de la Procession : arrivé au lieu destiné, il fait toutes les Cérémonies prescrites à la reconciliation d’une Eglise profanée, bénit la Croix plantée, fait la reveuë des fondemens, avec les aspersions Sainctes : la réconciliation achevée, il bénit & pose la première du grand Autel, sur laquelle est gravée cette inscription.

D. O. M. Iesu Christo

Lapidi exciso sine manibus.

Decimo septimo interlabente saeculo.

Sole Taurum lustrante.

Urbano octavo Pontifice.

Iacobo Antistite

Ludovico insto regnante.

Capucinorum obstetricante manu.

Burdigalensi Parlamento favente

Fremente inferno.

Iterum cado , ut resurgat in me.

Quae ceciderat domus.

Suis nunquam sepelienda ruinae.

Solem feliciter invisum vidi invita.

Annis octoginta ;

Lucem dum vidit Haeresis Calviniana.

Centrum nunc laeta repeto.

Dum illa repetit orcum.

Sempiternis mansura in umbris.

Valete sydera.

Dum ponam tenebras latibulum meum

Ponet in sole Deus.

Tabernaculum suum.

Levanti me vae.

Onerantis salus , Iacobo Antistiti.

In cujus manu munifica.

Dormiam & requiescam.

La première pierre posée, pour ne pas encourir le juste reproche fait à l’homme inconsideré de l’Evangile (cet homme a jetté les fondemens de son edifice & en est demeuré là.)

Ce sage & liberal Prélat, conféra avec l’entrepreneur de l’Autel, confia les soins du bâtiment aux susdits Missionnaires, promit d’y contribuer, voulant témoigner en effet ce qu’a dit S. Ambroise (aurum habet Ecclesia) non ut servet sed ut eroget.

L’action se termina heureusement par une découverte de l’une des Cloches de l’Eglise ruinée, les Seigneurs de la Place s’en estoient emparez, elle fut visitée jugée du poids de quatre à cinq cens, avec ces Caracteres gravez dessus en lettres Gothiques (dixit Maria ecce ancilla Domini) preuve convaincante qu’elle est à l’Eglise, & qu’il faut qu’elle sonne pour reunir les brebis égarées avec leur vray Pasteur.

Un si bon succez doit servir d’aiguillon pour animer les Missionnaires, pour seconder avec un esprit desinteressé, le zele de nos Seigneurs les Prélats ; qu’ils employent donc leurs veilles, leurs soins, leurs études, leur pouvoir, au rétablissement des Temples vivans & matériels de Jesus-Christ, qu’ils se conforment aux Hebreux, qui du temps d’Esdras travaillant à la réedification de la saincte Cité, portoient les matériaux d’une main, & le glaive de l’autre, pour parer aux coups des traistres qui vouloient traverser ce pieux dessein : ayans l’œil d’un costé à remettre sus pied les maisons du Seigneur qui sont désolées, & de l’autre, qu’ils se servent du glaive pénétrant de la parole de Dieu : qui divisant l’homme spirituel, d’avec l’animal, les rendra susceptibles des lumières de la vraye Foy.

Vos commentaires

  • Le 7 août 2013 à 18:10, par Berthu Georges En réponse à : 1642 - Le rétablissement de la religion catholique en la ville de Tonnay-Boutonne (17).

    Texte très intéressant, comme toujours sur votre site. Cependant, ici, je m’y perds un peu : en 1562, le seigneur de Tonnay-Boutonne s’appelait Jean de La Cassaigne, et non de La Nalière. La petite-fille de Jean de La Cassaigne, Elisabeth, a amené la seigneurie de Tonnay-Boutonne dans la famille de La Mothe-Fouqué, ceux-là mêmes qui sont en procès dans l’arrêt que vous citez. Voir le livre de Claude Thomas "Histoire de Tonnay-Boutonne et de ses seigneurs" (Le Croît Vif). La date de destruction de l’église Saint-Martin est aussi problématique : vers 1562 ? (votre site), 1568-69 en partie, et 1577 pour une autre partie ? (Thomas) ... Je ne vois pas qui était le sieur de La Nalière, et pourtant il a dû exister puisque l’évêque cite ce nom. Cordialement, GB.

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