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1647-1650 - Angoulême (16) : La peste au Pontouvre et dans les faubourgs.

D 5 juillet 2018     H 19:05     A Pierre     C 0 messages     A 13 LECTURES


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XII.

1647-1650. — La peste au Pontouvre et dans les faubourgs.

La misère, qui poussait ainsi au vagabondage, entretenait en même temps la mortalité. Depuis 1630, la peste, qui ne paraît pas avoir cessé complètement dans l’Ouest, apparaissait tantôt sur un point, tantôt sur un autre.

Le 24 août 1647, le bruit se répandit à Angoulême qu’une épidémie venait de se déclarer au Pontouvre ; deux personnes, disait-on, avaient déjà succombé et sept ou huit étaient atteintes. Le lendemain, le maire « envoya visiter ledit lieu du Pont-de-Touvre par un compagnon chirurgien fort expert, lequel, à son retour, et sans entrer dans la ville, lui reporta de fort loin qu’il n’était que trop vrai qu’il y’ avait quantité d’habitants dudit lieu attaqués du mal contagieux ». Le messager ajouta « qu’il offrait de bon cœur de s’exposer parmi eux et clans la présente ville, au cas qu’il plût à Dieu la tant affliger, si on le jugeait capable de ce faire, o salaire compétent et à la charge de le nourrir et fournir de médicaments lorsqu’il ne travaillerait que pour les pauvres et insolvables ». Il demandait, en outre, « qu’on lui permît, après la contagion absolument cessée, de lever publiquement boutique et de faire la chirurgie comme maître, sans qu’il fût besoin ci-après d’aucuns autres lettres ni chef-d’œuvre ou examen ; sur quoi, avant de lui faire aucune réponse, ledit sieur maire se serait sur-le-champ acheminé audit lieu du Pont-de-Touvre, accompagné du sieur Drouhet, médecin, et de deux maîtres chirurgiens avec sept ou huit autres habitants de la ville et des faubourgs, qui tous ensemble, étant sur le lieu, auraient appelé lesdits soupçonnés de peste, qui auraient répondu de loin qu’il y avait parmi eux six personnes attaquées dudit mal dans quatre maisons, ce qu’ils auraient encore fait reconnaître par ledit chirurgien ci-dessus exposé ».

La ville, ainsi menacée, prit aussitôt des mesures. Le conseil alloua « quarante sous, par jour pour la nourriture et l’entretien tant du chirurgien exposé que d’un Père religieux, Capucin ou autre ». Elle accorda, en outre, au premier cinquante livres par mois avec les médicaments nécessaires, et lui promit que, à la fin de la contagion, « il serait reçu maître chirurgien sans aucun examen ni lettres, et jouirait des privilèges de ladite maîtrise ».

La peste, car, selon toute apparence, c’était bien encore à elle que l’on avait affaire, ne pénétra pas dans la ville, mais ravagea les faubourgs. Au lieu d’un Capucin il en fallut deux ; on dut de même donner un aide au chirurgien et porter à trois le nombre des hommes chargés des inhumations.

A peine en fonctions, Capucins, chirurgiens « et corbeaux furent frappés de la contagion ».

Pendant quatre mois les habitants, à tour de rôle, gardèrent les trois portes de la ville. Les justifications à produire, jointes à la peur qu’inspirait la peste, rendirent fort rares les rapports avec le dehors et firent tomber le commerce. Le fléau atteignit ainsi dans leur source les revenus des habitants et ceux de la municipalité, en même temps qu’il imposait à celle-ci un surcroît de charges. Le fisc sévissait de son côté avec non moins de rigueur. Ses agents, pour obliger la ville à payer des subventions de toute nature, faisaient arrêter comme otages ceux des bourgeois qui se hasardaient à dépasser la limite des franchises. Au mois de septembre, deux habitants réclamèrent des dommages et intérêts à la commune pour avoir de cette façon subi la prison à Paris à la requête d’un sous-traitant.

L’épidémie cessa vers la fin de l’année. Saint-Amant, le compagnon chirurgien qui s’était exposé pour soigner les pestiférés, « au refus de tous les maîtres chirurgiens », requit alors l’exécution de la promesse qu’on lui avait faite, et le conseil, en conséquence, décida qu’il serait procédé à sa réception en la maîtrise de chirurgie.

Pour faire quelque argent, la ville, comme nous l’avons vu, vendait ses offices de pair, qui conduisaient à ceux de conseiller et d’échevin, par lesquels on arrivait à la noblesse et à l’exemption d’impôts. Le plus souvent même ces dignités étaient aliénées avant d’être vacantes ; d’autres fois elles étaient données en paiement. Réduit aux expédients et démoralisé, le corps de ville n’hésita pas à promettre une pension annuelle de trois cents livres au secrétaire de l’intendant pour faire alléger certaines charges, qui, par suite, devaient peser d’autant plus lourdement sur des communautés plus honnêtes et peut-être plus pauvres. La ville, par ce moyen, se fit dispenser du logement d’une partie des troupes qui lui étaient destinées ; mais, quelque temps après, elle dut recevoir un lot de prisonniers de guerre espagnols que le gouvernement lui envoyait. Pour les nourrir il fallut recourir à un emprunt forcé ; douze des principaux habitants furent désignés d’office pour fournir chacun deux cents livres ; deux mois après, ce fut le tour d’une seconde série au même taux ; puis, au mois de janvier suivant, une nouvelle classe de bourgeois, sans doute moins aisés, contribua pour cent livres seulement ; et ces appels se répétèrent encore trois fois avant la fin d’août.

1650. L’État, non moins obéré que la ville, laissait ses troupes vivre de rapine et leurs officiers se tirer d’affaire comme ils pouvaient. Pour se payer, ceux du régiment de Piémont, de passage à Angoulême, forcèrent la maison du receveur des tailles et rompirent ses coffres, où ils prirent onze mille livres. Et ce fut le ministère, un peu confus, qui tâcha de faire-le silence autour de cette mainmise dictée par la nécessité [1].


[1P. Clément, Lettres de Colbert, I, p. 19.

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