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1650-1661 - Angoulême : La Fronde. Détresse financière de la ville. Solidarité des contribuables ; notables emprisonnés.

D 5 juillet 2018     H 19:23     A Pierre     C 0 messages     A 7285 LECTURES


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Les troubles de la Fronde, qui se propagèrent jusqu’en Angoumois, ne pouvaient guère aggraver la situation de la ville, mais ne lui permirent pas non plus de sortir de sa détresse. Au printemps de 1650, le receveur général de Limoges fit de nouveau saisir les deniers communaux, par suite de retard dans le paiement d’une taxe. Il donna mainlevée en juin, et ce fut très à propos, car la municipalité, quelques semaines après, avait à chercher dans sa caisse, si souvent vide, l’argent nécessaire pour préparer une entrée solennelle au roi, qui se rendait en Guyenne pour rétablir son autorité méconnue. La ville déguisa comme elle put sa misère, et, la fête passée, elle croyait en avoir fini avec la dépense, lorsque le maître des cérémonies, en prenant congé du maire, lui fit entendre que le roi, ayant dû précipiter son départ de Paris, n’avait pas " eu le temps « d’assembler des troupes suffisantes, ce qui l’aurait obligé de demander à toutes les villes de son passage un secours d’hommes ou de deniers ». Poitiers avait donné six mille livres ; « Sa Majesté espérait que, la bonne volonté d’Angoulême n’étant pas moindre, on ne lui ferait pas un moindre présent, et que, du moins, on lui donnerait trois ou quatre mille livres, attendu même que cette ville avait plus d’intérêt à la pacification des troubles de-Bordeaux, comme étant plus voisine ».

La ville vota deux mille livres, mais non sans « représenter son extrême nécessité, et comme quoi elle avait-été ruinée parles fréquents logements de gens de guerre, par les subsistances et contributions fournies au roi, et même par la détention d’un grand nombre d’Espagnols. Elle a, ajoutait-elle, senti l’augmentation de ces charges lors même qu’elle avait droit d’espérer quelque soulagement pendant les derniers troubles qu’elle a servi de frein à toute la province et d’exemple de fidélité au service du roi ».

1651. L’année suivante, de nouvelles charges provoquèrent nouvelles doléances. Il fallut fournir l’étape aux troupes que la cour envoya dans l’Ouest contre les ennemis de la reine et mettre la place en état de résister à une attaque. Personne ne parut sous les murs ; mais les Frondeurs, maîtres du plat pays, y ravagèrent de préférence les domaines appartenant aux gens d’Angoulême.

Peu de temps après, le corps de ville profita de ce que le conseil du roi s’était rapproché jusqu’à Poitiers pour envoyer demander la confirmation de ses « anciens privilèges, violés depuis quelques années, tant par divers logements de gens de guerre que par des impositions de subsistances, qui avaient chassé beaucoup de familles de la ville, ne s’y voyant pas mieux traitées que dans les bourgades de la campagne ».

La cour confirma les privilèges, mais en même temps elle envoya quelques compagnies d’infanterie pour enlever aux Frondeurs le château de la Tranchade et défendre, au besoin, les remparts d’Angoulême, en partie écroulés. Il fallut, nonobstant les privilèges, loger et nourrir les troupes, « charge extrême pour les pauvres habitants, qui en ont, dirent-ils, supporté et supportent encore une infinité d’autres ».

Six mois après, la ville, de nouveau menacée, appelait elle-même une garnison dans son sein ; mais pour l’entretenir on dut ouvrir une souscription.

La dette communale, qui allait toujours grossissant, était arrivée à’ un chiffre tel que le conseil ne savait plus comment faire face à ses engagements. Les créanciers se retournèrent alors contre ceux qui avaient garanti les emprunts, et l’un des plus impatients fit saisir la maison d’un échevin et celle d’un autre notable.

Les charges publiques, sans doute, étaient écrasantes et mal réparties ; cependant, mieux que beaucoup d’autres villes, Angoulême, avec sa vieille industrie du papier, alors très prospère, eût pu en supporter sa part, si, chaque année -, son conseil, composé du trentième de la population mâle et majeure, mais peu éclairé, égoïste et processif, n’avait dépensé en pure perte le plus clair de ses ressources. A chaque nouvelle taxe il essayait de se retrancher derrière ses franchises surannées, et après avoir longtemps résisté, il fallait, outre la cote, payer une indemnité à ceux des habitants que lé fisc avait fait arrêter comme otages ; à ses créanciers les plus pressants il répondait d’abord par des chicanes,- qui ne pouvaient avoir d’autre effet que de faire gagner un peu de temps au prix de beaucoup d’argent.

En 1655, à la suite de deux procès perdus, il se trouva en présence de deux échéances montant ensemble à trente-quatre mille livres, sans savoir où prendre le premier écu. L’un des principaux personnages de la ville, le président de l’élection, qui se trouvait à Paris pour ses affaires à ce moment-là, y fut appréhendé comme otage, à la requête du fisc, et enfermé à Fort-l’Évêque.

Plusieurs membres du corps de ville furent également poursuivis, l’année suivante, pour dettes de la commune, et un créancier fit saisir les maisons et offices de beaucoup d’habitants, pris arbitrairement comme solidaires de tous.

Si l’État ou les particuliers pouvaient ainsi contraindre la communauté, celle-ci n’avait aucun moyen d’obliger chacun de ses membres à prendre sa juste part des charges. En ce moment même, les nobles et exempts refusaient de contribuer à la taxe pour la subsistance. C’était un impôt assez lourd ; il est vrai que le corps de ville trouva moyen, l’année suivante, de le faire réduire au dixième en corrompant le secrétaire de l’intendant.

Des actes de cette nature laissent croire que ceux-là n’avaient pas absolument tort qui voulaient obliger les anciens maires à produire les comptes de leur gestion depuis vingt-six ans et obtenaient un arrêt du conseil en ce sens.

Quoi qu’il en soit du plus ou moins de scrupule qui présidait à son administration, la commune ne payait plus qu’après qu’on avait exécuté un ou plusieurs des habitants. Taxée, lors du mariage du roi, à douze mille livres pour sa part du don gratuit, elle laissa passer l’année sans s’acquitter. Le traitant, las d’attendre, obtint de l’intendant une ordonnance portant contrainte solidaire, en vertu de laquelle il fit saisir sur deux particuliers treize bœufs de charrue, qui furent aussitôt vendus à vil prix, après quoi il menaça les habitants de les contraindre par corps. Cette fois, du moins, la résistance servit à quelque chose, car le traitant paraît avoir fini par se contenter de six mille livres.

L’année suivante, à défaut de paiement d’une taxe, les traitants firent saisir et vendre, à Tonnay-Charente, une gabare chargée de papier, appartenant à Philippe Gautier, l’un des pairs, qui dut plaider, pendant trois ans au moins, pour se faire rembourser.

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