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1651 - La Fronde : Combat des Princes pour la maîtrise du fleuve Charente

D 13 février 2009     H 17:43     A Pierre     C 0 messages A 1136 LECTURES


La Fronde est une période difficile à appréhender : le parti du Roi avec le comte d’Harcourt et le parti des Frondeurs mené le prince de Condé se disputent Cognac, Saintes, Taillebourg, La Rochelle et Tonnay-Charente. Sièges, combats, massacres. La guerre est sale, comme toujours. La Charente est rouge.

Source : Souvenirs du règne de Louis XIV - Gabriel-Jules Comte de Cosnac - Paris - 1866 - BNF Gallica.

Le prince de Condé fait avancer ses troupes des bords de la Dordogne sur ceux de la Charente, avec son impétuosité ordinaire. Le prince de Tarente [1] et le duc de La Rochefoucauld conduisent l’avant-garde ; l’un a formé, avec le noyau des officiers des deux régiments qui sont venus le rejoindre, un petit corps composé de trois escadrons de cavalerie et de sept compagnies d’infanterie ; l’autre a réuni trois mille hommes, malgré la défection de son oncle, Benjamin de La Rochefoucauld, comte d’Estissac, qui est allé rejoindre la reine à Poitiers avec mille gentilshommes de la province. Les ducs arrivent sous les murs de Saintes, qui se rend sans résistance. La ville de Saint-Jean-d’Angély ouvre ses portes au prince de Tarente. Le prince de Condé jette des garnisons de ses propres troupes dans Talmont et Taillebourg. Il ne lui manque que la possession de Cognac pour être maître de tout le cours de la Charente depuis son embouchure assurée par la place de Brouage, et pour faire de cette rivière une forte ligne de défense contre l’armée royale. Cette armée pouvait même se trouver gravement compromise, si le comte du Dognon, après s’être emparé de La Rochelle, comme il avait promis d’en faire la tentative, venait attaquer son arrière-garde et couper la retraite. L’attaque de Cognac et de La Rochelle était la double entreprise dont le succès devait assurer celui de la campagne. Le maintien de ces places sous l’autorité du roi, et une marche en avant au cœur du pays occupé par l’ennemi, formaient le plan que se proposait le comte d’Harcourt.

Le comte de Jonzac [2], lieutenant de roi en Saintonge, exerçait en outre les fonctions de gouverneur particulier de la ville de Cognac. Ses dispositions étaient de nature à favoriser singulièrement les projets du prince de Condé ; car il lui fit savoir que s’il s’approchait de la place avec des forces, suffisantes, il la lui rendrait après une faible résistance. Il ne demandait qu’à couvrir les apparences. Il ne fut pas aussi maître qu’il le pensait de diriger à son gré l’événement. Une quantité de noblesse s’était réfugiée dans la ville, tant pour témoigner au roi sa fidélité que pour, sauver ses effets les plus précieux contre le maraudage des soldats qui couraient la campagne. Ces nouveaux arrivants et les bourgeois de la ville obligèrent le gouverneur à dissimuler et à opposer une résistance réelle, il apportait toutefois à la défense une certaine mollesse ; car après huit jours de siège, on remarquait qu’il n’avait encore fait aucune sortie ; il se bornait à des canonnades et à des arquebusades derrière les remparts. Les ducs de La Rochefoucauld et de La Trémoille, qui avaient commencé l’investissement de la place avant l’arrivée du prince de Condé, la pressaient vivement, mais avec des dispositions mal prises. Au lieu d’établir le gros de leurs forces sur la rive droite de la Charente, de manière à isoler la ville des secours qui pourraient lui arriver, ils avaient placé leurs quartiers sur la rive gauche et fait passer la rivière à Nort, maréchal de camp, avec cinq cents hommes seulement, en jetant un pont de bateaux pour établir une communication permanente. Une grande crue d’eau emporta ce pont et laissa Nort isolé. Le comte d’Harcourt qui arrivait au secours de la place, prévenu de cet incident, hâte sa marche pour en profiter. Il forme ses troupes sur deux colonnes : l’une commandée par du Plessis-Bellière [3], lieutenant général ; l’autre par Folleville, maréchal de camp, et attaque par les deux flancs opposés les retranchements et les barricades dont la petite troupe de Nort s’était couverte, tandis que Bellefonds, autre maréchal de camp, qui s’était jeté dans la place, fait une sortie vigoureuse et les assaille de front. En un clin d’œil, les obstacles sont enlevés, et les soldats de Nort [4] massacrés ou faits, prisonniers. Le prince de Condé eut la douleur d’arriver à la tête de deux mille fantassins et de quatre mille chevaux au moment de ce désastre qui frappa ses armes le 14 novembre 1651, et d’en être, de l’autre rive, le témoin impuissant. Il s’en vengea sur les deux ducs par cette mortifiante apostrophe : « Qu’ils avaient maladroitement échoué devant une faible place, tandis que, dans un instant, l’ombre et la botte de Marsin l’aurait prise. » [5]

Après l’échec éprouvé sous les murs de Cognac, le prince de Condé descendit le cours de la Charente ; il franchit cette rivière à Tonnay-Charente, pour appuyer le comte du Dognon qui avait promis de s’emparer de La Rochelle. Le comte d’Harcourt suivait ce mouvement pour se poster entre La Rochelle et l’armée du prince, et y réussit sans peine, ayant à parcourir la ligne la plus courte. Il put former ainsi avec ses troupes un rideau que le prince ne put percer et qui lui déroba les faits qui se passaient à La Rochelle.

L’autorité usurpée, accompagnée d’exactions sans nombre, que le comte du Dognon, gouverneur de Brouage, exerçait dans ces contrées, avait accumulé les animosités ; celles-ci ne demandaient qu’une occasion pour éclater et s’affranchir du joug ; elles devinrent fatales à la cause du prince. Le comte, maître par une garnison qui lui appartenait, des tours qui commandaient le port de La Rochelle et qui dominaient la ville, se croyait assuré que les habitants n’oseraient refuser d’embrasser son parti ; mais ceux-ci avaient fait prévenir la reine qu’ils soutiendraient le parti du roi, pourvu qu’elle leur envoyât des troupes suffisantes pour tenir les tours en respect. Le baron d’Estissac reçut l’ordre de se rendre à La Rochelle avec quelques compagnies du régiment des gardes. Le comte d’Harcourt, par sa marche pour couper le passage au prince de Condé, se trouva à portée pour soutenir le baron d’Estissac, et l’attaque des tours fut décidée.

Deux tours capitulent ; la troisième, défendue par des Suisses, résiste énergiquement. Il faut employer pour la réduire les moyens réguliers d’un siège. La tranchée est ouverte ; mais à chaque marée montante, les assaillants voient emporter leurs travaux. On se sert alors de la marée ennemie pour en faire un auxiliaire de l’attaque : un bateau, dont le pont est recouvert d’une sorte de cuirasse, monte avec elle jusqu’au pied de la tour ; il porte un mineur qui s’attache à ses flancs pour y introduire avec le pic la poudre qui va la faire sauter. Les grenades et les engins de toutes sortes lancés du haut de la tour, éclatent ou rebondissent impuissants sur la cuirasse qui protège le bateau, et les sons non interrompus du marteau comptent pour la garnison les dernières minutes de la dernière heure. Les cœurs les plus intrépides défaillent parfois lorsqu’il n’y a plus d’espoir ; la garnison demande à capituler. Il se passe alors un fait horrible, indigne des deux nations dont les soldats sont en présence. Le comte d’Harcourt, exaspéré de la longue résistance d’une poignée d’hommes qui méritaient au contraire son estime, les induit au déshonneur, en ne consentant à leur donner quartier que s’ils lui livrent leur chef poignardé. Les Suisses, dans cette extrémité, se jettent sur Basse, c’était son nom. Atteint de plusieurs coups et espérant plus d’humanité parmi les Français, Basse se précipite au bas de la tour. Couvert du sang de ses blessures et des meurtrissures de sa chute, il se traîne aux pieds du comte d’Harcourt et lui demande la vie. Tous les officiers intercèdent ; mais le comte impitoyable ordonne qu’on l’achève. Les soldats, plus humains, obéissent malgré eux, en détournant la tête. Neuf pièces de canon trouvées dans la tour, artillerie considérable pour l’époque, vinrent augmenter les approvisionnements de l’armée royale, et les Suisses prisonniers s’enrôlèrent dans ses rangs. Tout espoir de s’emparer de La Rochelle se trouva ainsi perdu, le 27 novembre 1651, pour le prince de Condé.

Un revers non moins grave, éprouvé clans une autre partie de la France, avait atteint la cause du prince et permettait à l’armée royale de recevoir de nouveaux renforts. Le comte de Tavannes [6] réuni, au général Estevan de Gamarre, avait été rejeté hors de la Champagne par le marquis de Castelnau, qui amène au comte d’Harcourt six mille hommes d’infanterie et quatre mille chevaux rendus disponibles par ce succès. Le comte prend aussitôt l’offensive avec vigueur. Le prince de Condé, qui ne dispose que de troupes moins aguerries et moins nombreuses, évite les engagements et cède le terrain. Il se retire sur Tonnay-Charente. Comme cette ville est située sur la rive droite et qu’il juge qu’il ne peut s’y maintenir, il en fait sauter la tour pour empêcher le comte d’Harcourt de s’en servir comme point d’appui. Il va passer la Charente à la Bergerie, à une demi-lieue, sur un pont de bateaux, afin de se faire du cours profond de la rivière une forte ligne de défense. Ce mouvement habilement exécuté lui coûta cependant la perte du régiment du Dognon, taillé en pièces à l’arrière-garde par la faute du régiment de Richelieu qui ne le soutint pas.

Le prince de Condé avait ordonné la destruction du pont après le passage de son armée. Cet ordre fut imparfaitement exécuté par un officier, le marquis de Chouppes [7], qui commit l’imprudence de délier simplement les bateaux. Le comte d’Harcourt les voyant suivre le fil de l’eau, les fit saisir, et rétablit le pont que franchit son avant-garde. Le prince de Condé, surpris par une agression à laquelle il ne pouvait s’attendre, si les bateaux qui formaient le pont eussent été anéantis, paye d’audace dans la conjoncture. Il joint à la hâte à ses gardes les quelques soldats qui lui tombent sous la main, et court à l’ennemi, Le comte d’Harcourt, qui ne pensait pas avoir le prince sur les bras, avant que la plus grande partie de son armée eût franchi le pont, et qui croit le prince suivi, de toute la sienne, craint de compromettre un plus grand nombre de ses soldats, s’il en fait passer davantage, et suspend son mouvement, heureux d’espérer qu’il ne sacrifie que son avant-garde. Cette erreur et cette faute sauvèrent l’armée du prince de Condé des conséquences d’une surprise désastreuse. Ce prince n’avait même pas assez de monde avec lui pour jeter dans la rivière l’avant-garde ennemie, qui eut la possibilité de se solidement retrancher à la tête du pont. Rallié enfin par le gros de son armée, le prince fait creuser d’autres retranchements qui enveloppent et enserrent ceux de la tête de pont, de manière à ne plus laisser au comte d’Harcourt l’espoir de forcer ce passage.

Pendant trois semaines, le prince de Condé tint le comte d’Harcourt en échec, malgré les forces supérieures dont disposait son adversaire.


[1Charles-Henry de La Tremoille, prince de Tarente

[2Léon de Sainte-Maure, comte de Jonzac, cousin du marquis de Montausier.

[3Jacques de Rougé, marquis de Plessis-Bellière ;

[4Nort, fait prisonnier, fut enfermé au château de Saumur. Un ordre du roi à M. de Guitaut, daté de Gien le 12 avril 1652, lui fit rendre la liberté. Archives du Ministère de la guerre, vol. CXXXV.

[5Le prince de Tarente rejette, dans ses Mémoires, sur le conseil de guerre la faute des mauvaises dispositions qui furent prises malgré son avis.

[6Jacques de Saulx, comte de Busançais et de Tavannes.

[7Le marquis de Chouppes a écrit des Mémoires publiés en 1753, dans lesquels il parle avec détail de sa liaison avec Daniel de Cosnac et des événements qui s’y rapportent ; ceux-ci trouveront leur place dans le deuxième volume de ces Souvenirs.

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