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1651 - Les guerres de la Fronde en Saintonge et en Angoumois, par Baltazar

D 5 septembre 2008     H 21:22     A Pierre     C 0 messages A 1036 LECTURES


Pendant la minorité de Louis XIV, une partie de la noblesse s’oppose au pouvoir royal. La Saintonge et l’Angoumois sont encore une fois mis à feu et à sang. Baltazar, un des chefs de guerre du moment, nous propose son journal. Il est du parti des Frondeurs.

Nota : j’ai retenu dans ce journal la partie qui se déroule en Saintonge et en Angoumois.

Les épisodes de cette histoire, pas toujours faciles à retrouver dans ce récit, sont :
- 15 novembre 1651 : le comte d’Harcourt (du parti du Roi) bat les troupes de François de La Rochefoucault (Frondeur) et dégage Cognac.
- 27 novembre : le comte d’Harcourt s’empare de La Rochelle.
- 4 décembre : il bat le Prince de Condé (Frondeur) à Tonnay-Charente.
La guerre se déplace ensuite vers d’autres régions.

Source : Pièces fugitives, pour servir à l’histoire de France - Charles de Baschi Aubais - Paris - 1759 - Books Google

Histoire de la guerre de Guienne, par Baltazar

AVERTISSEMENT. Quelque nombre d’histoires, de relations, & de mémoires qu’il y ait sur les guerres civiles de la minorité de Louis XIV. il en reste encore plusieurs à donner. L’histoire de la guerre de Guienne, où l’on trouve tout ce qui se passa dans ce pays là & en Périgord, depuis le mois de Septembre 1651. jusques à la fin de 1653. est une pièce curieuse. Outre les faits généraux, qui y sont mieux détaillés que dans les autres relations ; on y trouve tout ce qui concerne Baltazar, mort lieutenant-général des armées du roi, l’un des meilleurs officiers qui ayent servi sous ce régne. Cette histoire devenue très-rare, mérite de reparoître. L’édition que l’on en a est pleine de fautes, surtout à l’égard des noms de lieux & des personnes. On les rétablira, & ces deux articles seront bien détaillés.


Il partit donc de Montpellier le 18. Novembre 1651. avec son train seulement, & joignit son régiment à Montpesat en Quercy. Le lendemain de son arrivée, il eut ordre de partir avec les autres troupes qui étoient venues de Catalogne vers Cognac, devant lequel les troupes du prince avoient été contraintes de lever le siège, où Nort fut fait prisonnier avec plus de 800 hommes par le comte d’Harcourt, qui obligea le prince de Condé d’aller lui-même à la tête de ses nouvelles troupes.

Il se posta à Tonnay- Charante, où il y eut plusieurs rencontres ; le régiment du comte Doignon venant avec Brauvage pour le joindre fut défait ; le prince fut obligé de repasser la Charante & de se poster à la Bergerie, où Marchin le joignit lui aidant à rassurer ses troupes. Le comte de Harcourt se saisit du-dit Tonnay-Charante, où il fit refaire le pont, donnant de continuelles allarmes aux ennemis, jusqu’à l’arrivée de Baltazar avec son régiment, & ceux de Montpouillan, Gaudiez, & la Marcouse.

Le même jour, le prince décampa, ce qu’il ne pouvoit faire sans beaucoup de difficulté, s’il n’eût été fortifié de ces 4. régimens. Baltazar ne laissoit passer aucune occasion où il se pût signaler, demeura à l’arrieregarde avec 200. chevaux, & attendit en embuscade quelques 200. que le comte d’Harcourt avoit détaché de son régiment pour les suivre ; il les défit & en prit environ 60. avec celui qui les commandoit. Le prince demeura quelques jours à S. Sauveur, & ses troupes autour de là ; puis après prenant sa route vers Taillebourg, où il fit passer la Charante à son armée, prit son principal quartier à S. Savigny [NDLR : Saint-Savinien], & fit souvent des courses sur les troupes du comte d’Harcourt qui attendoit les vieux régimens que le roi lui envoya. Cette nouvelle fut donnée au prince par Baltazar, qui lui représenta que s’il vouloit empêcher la jonction desdites troupes, il n’avoit qu’à prendre le chemin de Chersboutonne [NDLR : Chef-Boutonne ?], d’où il pourrait poursuivre sa marche vers le comte d’Harcourt, s’il ne rencontroit son secours, qui n’ayant pas assés de forces pour l’attendre, seroit obligé de combattre ou de quitter son porte de Tonnay-Charante avec le pays. Le prince goûta cette proposition, sans pourtant l’exécuter, & après avoir demeuré quinze jours à S. Savigny, il s’alla poster à Brisembourg & à Coyeux [NDLR : Ecoyeux].

Le comte d’Harcourt quelques jours après ayant reçu ce renfort, passa à S. Jean d’Angely, & le prince décampa avec intention de conduire son armée en Périgord, avant que celle du roi. y peut être, croyant qu’elle ne pouvoit prendre que cette route. Il passa donc à Xaintes, & mit l’avant-garde de sa cavalerie entre la rivière de Seugre & le Nay, où Bougy lui enleva le régiment de Duras. Baltazar qui étoit demeuré à l’arriére-garde, entre Cognac & Xainctes, fit grand nombre de prisonniers avec le comte d’Alegre ; le major Bock y fut tué ; de là il vint joindre le prince à Pons, qui l’envoya avec ses quatre régimens à Jonsac, pour observer la marche du comte d’Harcourt, qui fit attaquer Barbesieux. Le prince envoya toute son infanterie vers Royan & Tallemont [NDLR : Talmont-sur-Gironde] où étoit Vateville, à la réserve de ceux qui étoient dans Pons, Xainctes, & autres places. Vateville devoit, comme il fit, mener cette infanterie à Libourne dans ses vaisseaux, à cause du mauvais temps ; après cet ordre donné, il fit marcher sa cavalerie & se rendit avec Marchin à Jonsac, d’où il partit à minuit avec Baltazar faisant l’arriere-garde, lequel il laissa dans les villages, & s’en alla à Bourg, où il donna les ordres nécessaires avec une merveilleuse présence d’esprit, digne d’un prince de ce sang & de ce nom.

Le comte d’Harcourt n’oublia rien après la prise de Barbesieux ; il fit une marche incroyable, à dessein de le surprendre, comme il fit, toutefois le mauvais temps & le peu de conduite du chevalier d’Aubeterre l’empêchèrent de le ruiner entièrement. Le prince ayant pris son quartier à Saint André, pour faire passer ses troupes à Guitre & à Libourne, Baltazar arrivant avec l’arriére-garde, rencontra le prince & Marchin qui venoient de reconnoître le chemin par où l’ennemi pouvoit venir, ordonna à Baltazar de demeurer à S. Antoine, pour couvrir son quartier, avec les quatre régimens, lui disant qu’il avoit détaché un parti de ses gardes vers Mont-André [NDLR : Montendre], sur le grand chemin de Barbesieux ; ce qui obligea Baltazar de faire son logement, plutôt que d’envoyer des partis ; & voyant que S. Antoine n’étoit qu’un petit village, incapable de loger ses quatre régimens, envoya le sien à un quart de lieue de là ; mais il y demeura avec les trois régimens de Gaudiez, Montpouillan, & la Marcousse ; aussitôt qu’il eut mis pié à terre pour souper, pendant que la garde s’assembloit devant son logis pour les y poster par après, & comme il étoit à table, un aide-major lui vint dire que les gens d’armes venoient pour loger là, ce qui étoit impossible. Baltazar sçachant que les gens d’armes & la cavalerie légère avoient leur quartier vers Fronsac & Guittre, lui dit qu’il se trompoit, que ce n’étoit pas là leur lieu, se doutant d’abord de la méprise, dit à ce maréchal des logis qui devoit être de garde, de lui bailler son cheval, d’en prendre quelque autre, & d’aller voir promptement ce que c’étoit ; où il découvrit que c’étoient les maréchaux des logis de l’armée du comte d’Harcourt & quatre cents chevaux, avec les chevaux légers du roi, commandés par le chevalier d’Aubeterre, qui eut ordre de son général de faire le logement à S. André, ne croyant pas que le prince y fût avec ses troupes. Ce chevalier, sans en donner avis au comte d’Harcourt, crut enlever le quartier de Baltazar sans attendre les autres brigades, en quoi il fut très-imprudent, car les ennemis ne sçavoient rien de leur marche, & s’il eût attendu, tout le quartier avec Baltazar étoit enlevé, comme aussi le prince qui étoit au lit, & qui n’avoit pas seulement sa compagnie des gardes auprès de lui ; ce chevalier donna dans le quartier, où il courut grand risque d’être pris prisonnier de même que la Vallée, un de ses capitaines, & plusieurs autres officiers ; par bonheur il se sauva par un jardin. Ce fut alors que Baltazar fit voir ce que peut la vraye générosité ; il n’eut autre loisir que de monter le cheval de son maréchal des logis, & n’ayant encore ramassé que vingt cavaliers, il alla au-devant de l’ennemi, qui le poussa néantmoins hors du quartier ; après cela il grossit sa troupe, revint dans le village, où ayant trouvé les troupes du roi, il les chargea si rudement, qu’il les contraignit d’abandonner la place ; Bougy arriva avec une autre brigade qui obligea Baltazar à céder au nombre, pour un peu de temps ; mais son régiment étant arrivé à mesure que les troupes du comte d’Harcourt s’amusoient au pillage, il regagna son quartier, ayant déjà averti le prince de ce qui se passoit, qui envoya Angerville : lequel pendant que Baltazar étoit aux mains avec ceux de son parti contraire, lui demandoit ce qu’il diroit au prince, il lui répondit ce que tu vois ; Bougy & le chevalier d’Aubeterre firent ferme derrière l’église ; mais ils furent relancés avec honte, & obligés de regagner le chemin par où le comte d’Harcourt venoit. Le prince arrivant là-dessus avec Marchin, admira l’action de Baltazar, qui repoussa avec si peu de monde des ennemis qui étoient si puissans, & qui par ce moyen le garantit de leurs mains. Le prince désiroit d’attaquer les troupes du roy avant qu’elles fussent toutes arrivées ; mais il n’avoit personne avec lui que Baltazar & ses gens ; ce dernier voyant que c’étoit en vain d’espérer que le prince peut avoir ses gens-d’armes, gardes, & cavalerie légère, fit charger son bagage, & l’envoya à Bourg, pendant qu’il faisoit tête à l’ennemi. Après minuit, le comte d’Harcourt arriva, & fit marcher son armée en bataille, entre S. Antoine & S. André ; le prince attendant toujours sa cavalerie pour la mener à la charge, jusqu’à-ce que le comte d’Harcourt fût dans S. André ; alors le prince envoya de Rumigny, volontaire, au marquis de Garcée qui étoit avec la cavalerie, de marcher promptement vers Libourne, & de passer à l’Isle, & lui se retira à Bourg en fort bon ordre, laissant Baltazar faire l’arriere-garde, qui perdit cent soixante cavaliers en cette rencontre, sans toutefois qu’aucun de ces officiers y fût pris ni tué ; Gaudiez y fut blessé, dont il mourut quelques jours après.

Ensuite de cela, le prince fit passer la cavalerie de Baltazar à Bourg, & envoya Marchin à Libourne pour y loger ceux qui étoient conduits par Garcée, qui le même jour donna avis au prince que la perte étoit très petite. Sitôt qu’il eut reçu cette nouvelle, il partit de Bourg & se rendit aussi à Libourne ; de là, il alla à Montpont & à Perigueux, le long de l’Isle qui n’étoit pas guayable, logeant toutes ses troupes entre Bergerac & Perigueux ; dans laquelle dernière place il laissa pour gouverneur le marquis de Chanlot, & en ôta le marquis de Bourdeilles. Baltazar, après le retour du prince, partit de Benavent avec deux cents chevaux, à dessein d’attaquer Sauvebeuf dans son quartier près de Perigueux, & de le surprendre ; où étant arrivé, il fit passer sa cavalerie pendant qu’il dînoît avec le marquis de Chanloc : pendant qu’ils étoient à table, on leur vint dire que les troupes de Sauvebeuf marchoient & que les coureurs étoient près de la ville ; car ils ne craignoient point du tout la garnison, laquelle, jusqu’alors, n’avoit pas osé sortir sur eux. Baltazar chargea ces coureurs, & l’infanterie d’abord lâcha le pié, ils furent tous prisonniers avec leur bagage. Lisac, commandant du régiment de Sauvebeuf, qui fut aussi en marche pour changer de quartier avec deux cents chevaux, n’en fut pas quitte à meilleur marché que les autres ; il fut fait prisonnier avec la plupart de ses officiers & cavaliers. Baltazar amena tous ses prisonniers à Perigueux, d’où il partit à minuit avec quatre cents hommes de pié de la garnison pour enlever Sauvebeuf, lequel s’étoit retiré le soir même vers Bourdeilles, aussitôt qu’il apprit la défaite des siens. Si cette nouvelle fut agréable au prince de Condé, elle ne le fut pas moins aux habitans de Perigueux, qui furent par ce moyen délivrés d’un ennemi qui avoit juré leur ruine.

Au même temps, le comte d’Harcourt détacha son infanterie, à la réserve de son régiment & de quelque cavalerie, sous la conduite de Plessis-Belliere & Folleville, pour aller assiéger Xainctes ; ils trouvèrent le prince de Tarente avec trois ou quatre cents chevaux, près de Pons, qu’ils défirent & les poursuivirent jusqu’audit Xainctes ; devant laquelle place ils mirent le siège. Chambon, qui en étoit gouverneur, la rendit au bout de cinq ou six jours, ne faisant pas grande résistance, quoiqu’il eût une forte garnison : néantmoins la capitulation qu’on lui avoit faite ne lui fut pas tenue, car on lui prit tous ses soldats ; il fut très-mal reçu du prince qui jugea bien que son action étoit sans excuse, de quelque prétexte qu’il la voulût couvrir ; ce Chambon avoit auparavant changé sa religion.

Après la reddition de Xainctes, Taillebourg se rendit aussi. Le prince étant à Bergerac, sçut que Biron avoit fait quelque levée, il envoya Marchin avec ses gens d’armes & ses gardes pour détruire ce parti. Et s’étant avancé du côté de Ville-Real, Biron sortit de son château avec quelque cavalerie, ayant laissé son infanterie à un pont pour favoriser sa retraite ; il rencontra à la pointe du jour Marchin, qui s’étoit logé dans un petit village avec ses gardes, & les gens d’armes étoient dans un autre, ne s’attendant pas d’être surpris. Beauvais, son capitaine des gardes, se sacrifia pour sauver son maître, & lui donna moyen de monter à cheval & de se retirer ; car il fut fort blessé, & eut la cuisse rompue, qu’il lui fallut couper pour tout remède ; Bernardon fut fait prisonnier.

Néantmoins Biron se retira avec grand désordre : car cinquante gensd’armes du prince, croyant que leur général étant ou mort ou prisonnier, suivirent Biron qu’ils trouvèrent en deçà du pont ; son infanterie le voyant venir en désordre, quitta le pont, dont la plupart furent tués. Biron reçut quelque coup d’épée, & après avoir été dépouillé, fut laissé comme mort sur la place ; mais après que les ennemis s’en furent retournés, il eut moyen de se retirer en cet état auprès de sa femme qui le croyoit mort en effet, d’autant que quelques fuyards lui avoient donné cette nouvelle.

Peu de jours après , le prince de Condé se rendit à Libourne, où étoit la princesse sa femme, qui neuf mois après s’accoucha à Bourdeaux d’un fils ; il fut baptisé dans S. André, le chevalier de Thodias, premier jurat de la ville, fut son parain, & la duchesse de Longueville sa maraine ; il s’appelloit Louis de Bourdeaux, duc de Bourbon ; la joye de cette naissance fut bientôt rabattue, puisque quelque mois après, la mort ravit cet illustre enfant, & ne laissa à la terre que ses fragiles dépouilles.

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