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1652 - La Fronde : revers du Prince de Condé à Saintes et à Taillebourg

D 13 février 2009     H 18:31     A Pierre     C 0 messages A 2194 LECTURES


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Rien ne va plus pour le Prince de Condé. Les troupes royales assiègent et prennent Saintes, puis Taillebourg. Condé a visiblement le moral au plus bas. Un récit bien étayé par des témoignages et les articles des gazettes.

Source : Souvenirs du règne de Louis XIV - Gabriel-Jules Comte de Cosnac - Paris - 1866 - BNF Gallica.

La seconde catastrophe dont la nouvelle vint assaillir le prince de Condé, sur là tête duquel tous les désastres semblaient vouloir se précipiter à la fois, fut la perte de la ville de Saintes assiégée par MM. du Plessis-Bellière et de Montauzier ; nous empruntons au texte même de la Gazette le récit de l’attaque de cette place :

Ce qui s’est passé au siège de Xaintes.

« Le 6 de ce mois (mars 1652), les sieurs du Plessis-Bellière et de Montauzier, lieutenants-généraux dans les armées de Sa Majesté, partirent de Pons avec toutes leurs troupes pour investir la ville de Xaintes, à la réserve de celles que commandoyent les sieurs de Folleville et de Baulle, mareschaux de camp, dont le premier avoit esté envoyé par ledit sieur du Plessis vers Taillebourg, sur l’avis qu’il avoit eu que le prince de Tarente qui estoit dans ladite place, se devoit retirer à Brouage, mais il estoit déjà passé avec sept hommes : et ledit sieur de Baulle eut ordre de demeurer à Saint-Savinien, où il s’estoit avancé pour en garder le poste, et faire croire à ceux du parti contraire que l’on en vouloit à cette ville de Taillebourg.

« Le reste du jour fut employé à prendre les quartiers à l’entour de ladite ville de Xaintes ; et le lendemain 7, le sieur du Plessis-Bellière ayant résolu de reconnoitre la place de plus près, fit, pour cet effet, dès le matin, commander deux cents hommes de Picardie, Montauzier, Noirmoustiers et Saint-Geniez ; puis détacha quarante fuzeliers qu’il soutint lui-mesme avec les sieurs de Montauzier, de Breval, de Forgues, le chevalier d’Albret et de Lorière, mareschaux de camp, et quantité d’autres officiers et volontaires qui se trouvèrent près d’eux, et fit donner dans le faubourg de Saint-Vivien : lequel, nonobstant la résistance que firent ceux du parti contraire, qui s’estoyent postez dans les masures de quelques maisons brûlées, fut emporté. En laquelle occasion les sieurs de Poillac, Cardillac et autres officiers du régiment de Picardie, et les sieurs de Clozière, commandant le régiment de Montauzier et de Bois-Guillaume, commandant celui de Noirmoustiers, donnèrent des preuves de leur courage et de leur expérience. Mais sur tous, les généraux y firent des merveilles, et malgré la grêle des mousquetades qui venoit du rempart, reconnurent eux-mêmes les fossez et tous les dehors de la place avec tant de bonheur, que tous ceux qui donnèrent teste baissée dans le fauxbourg et les rues enfilées, veües de tout ledit rempart, il n’y eut qu’un soldat légèrement blessé au bras : ces généraux y ayant trouvé assez de couvert pour loger les soldats de la brigade de Picardie, composée dudit régiment et de ceux de Montauzier, Noirmoustiers et Saint-Geniez et de cent hommes détachés de celui de Périgord.

« Ensuite de cette action, ledit sieur du Plessis-Bellière, sur l’avis que l’on avoit dessein de brusler quelques maisons qui restoient encore dans le fauxbourg Saint-Eutrope, manda au sieur de Genlis, mareschal de camp , commandant les gardes du roy, d’y faire avancer la garde, laquelle estoit composée de cent hommes dudit régiment commandés par le sieur de Pierrepont, lieutenant, qui se rendit maistre du clocher : dans la tour duquel ceux du parti contraire avoient laissé trente hommes commandez par un capitaine et deux lieutenans qui en avoyent rompu les degrés pour en empêcher l’accez ; mais la fumée d’une botte de foin qu’on y apporta les contraignit de se rendre à discrétion.

« Le mesme soir, ces généraux firent ouvrir une tranchée entre les Pères de la Mission et la rivière, qui fut à l’instant poussée fort avant par les gardes : où le sieur de Genlis faisant voir ses soins et sa diligence receut une mousquetade dans son haut de chausse, laquelle ne le blessa point : et une autre tranchée pour attaquer la citadelle au-dessus des Cordeliers, qui se trouva assez facile : ledit sieur de Clausière ayant percé de maison en maison jusqu’au pied du rempart : auquel travail le sieur de Gondovilliers, capitaine, et l’aide-major de Picardie furent légèrement blessez.

« Le 8 se passa à disposer les batteries : et la nuit suivante, le marquis de Breval, mareschal de camp, poussa bien avant la retraite de la ville avec deux compagnies des gardes suisses et le régiment de La Meilleraye commandé parle sieur de Bauvais-Riou ; et le sieur de Lorière, mareschal de camp, avec le régiment de Montauzier, se logea sur le haut du fossé, que les sieurs du Plessis et de Montauzier allèrent reconnoistre et en arrachèrent les palissades.

« Le lendemain, la batterie que l’on a faite dans le jardin des Pères de la Mission se trouva en estat : mais ledit sieur du Plessis ne voulut pas qu’elle tirast que celle qu’il fait faire entre les deux attaques ne fut aussi achevée, afin d’emporter en mesme temps tous les dehors de la place.

« Le soir, le marquis de Créqui-Hemon, mareschal de camp, fit encore grandement avancer la tranchée du costé de la ville, avec les régiments de Poitou, Grammont et Mazancour, dont les officiers y donnèrent des marques de leur expérience ; et le sieur de Montafilant, ingénieur, fut blessé d’une mousquetade de laquelle il eut le bras rompu, et mourut le 10 sur le soir, la balle lui estant entrée dans le ventre.

« Ce jour-là 10, le chevalier d’Albret, mareschal de camp, avec les régiments de Saint-Geniez et de Noirmoustiers, se logea contre la palissade de la citadelle ; et ceux de la place qui n’avoient point encore fait de sortie, en firent une en plein midi sur la tranchée de la citadelle avec beaucoup de vigueur, mais avec perte de quelques officiers tuez ou faits prisonniers. Les assiégeans ont aussy perdu les sieurs de Bois-Guillaume, commandant Noirmoustiers, Ansillon, lieutenant en ce régiment ; le sieur d’Orival, enseigne de la mestre de camp de Poitou, blessez à mort, et eu les sieurs de la Rabelière, de Bruc, de Barsillon, capitaines au mesme régiment de Poitou, blessez, le premier, dans le sein et le dernier à la teste, sans péril, et le sieur de la Cour, ci-devant gouverneur de Lislers, et volontaire en cette occasion, aussi légèrement blessé au bras ; mais la perte y eut esté plus grande si les sieurs du Plessis et de Montauzier n’y fussent accourus avec le sieur de Folleville, mareschal de camp, les sieurs du Plessis, de Cosme, d’Arnolfigny, volontaires auprès dudit sieur du Plessis-Bellière, et plusieurs autres, qui tous, l’espée à la main, repoussèrent ceux de la place. »

A la suite de cette vigoureuse attaque et de cette infructueuse sortie, Chambon, gouverneur de la place, bien qu’il disposât d’une très-nombreuse garnison et de tous les approvisionnements nécessaires, ne jugea pas à propos de prolonger davantage la résistance, et entra en négociation pour capituler. Il obtint, il est vrai, des conditions honorables : la sortie de la garnison avec armes et bagages, sans engagement de ne plus combattre, et la faculté de la conduire au prince de Condé ; mais il fut blâmé hautement pour n’avoir pas fait une vigoureuse et longue résistance. Chambon allégua pour sa justification qu’il avait cru plus avantageux aux intérêts du prince de Condé de lui ramener sa garnison pour renforcer son armée, que de la compromettre à une défense inutile dans laquelle il aurait fini par succomber. Ces raisons, qui ne compensaient pas la perte d’une place importante, furent mal accueillies par le prince de Condé et par son parti ; aussi lorsque Chambon parut à Bordeaux, il faillit être massacré par la populace.

La capitulation n’avait même pas été observée, par suite de déplorables circonstances. Lorsque la garnison sortit de la place, les troupes assiégeantes rangées en bataille suivant l’usage, pour la voir défiler, quittèrent leurs rangs, malgré tous les ordres contraires, et se ruèrent sur elle. Un grand nombre d’officiers et de soldats furent tués, tous furent dépouillés, et les sept régiments qui composaient cette garnison, réduits à des débris dispersés, furent presque complètement perdus pour le prince de Condé. Cette violation des conditions de la capitulation produisait un avantage considérable pour la cause royale ; mais ce manquement à la parole donnée était une tache de déshonneur dont le marquis de Montausier repoussa avec indignation toute solidarité. Pour maintenir intactes les conditions de la capitulation, il se précipita l’épée à la main, avec le marquis du Plessis-Bellière, contre ses propres soldats ; ceux-ci, oubliant tout respect et toute discipline, chargèrent leurs généraux ainsi que leur escorte. M. de Montausier racontera lui-même au lecteur cet épisode inédit de nos guerres civiles et de l’indiscipline militaire.

Le marquis de Montauzier à M. Letellier [1]

« Monsieur,

La joye que j’ay receue par le petit service que nous venons de rendre au Roy en remettant Xaintes sous son obéissance, m’a estée bien rabattue par un accident qui nous est arrivé ; car la fureur de nos soldats a esté si grande et la mauvaise intention de la plus part des officiers aussy, que contre la parole que M. du Plessis-Bellière et moy avons donnée, la garnison qui sortait d’icy a esté toute dépouillée et plusieurs tuez, quelque résistance que M. du Plessis et moy y ayons faite, qui en avons tué grand nombre ; mais nous l’avons pensé estre l’un et l’autre plus de vingt fois ; car l’armée que nous avions toute faite mettre en bataille s’est toute desbandée contre ces pauvres gens, ayant chargé nostre propre escorte, despouillé plus de vingt de nos officiers et un nombre infiny de soldats. Le sieur de la Chapelotte vous en rendra compte plus au long. Ce désordre pourtant n’apporte pas peu d’avantage au Roy, ayant absolument ruyné sept régimens de M. le Prince ; mais, Monsieur, je vous avoue que cela ne me console pas ; car quoy que je n’aye manqué à aucune des prévoyances nécessaires pour empescher cela, et qu’ainsy je ne sois point coupable, on ne laissera pas de m’accuser par tout le monde. Au reste, Monsieur, j’eusse bien souhaité demeurer icy pour y restablir les choses ; mais j’ay cru estre plus obligé d’aller au siège de Taillebourg, où je seray ce soir pour faire ouvrir les tranchées, M. du Plessis estant party dès hyer pour prendre les quartiers devant la place. Quand elle sera prise, je reviendray icy pour mettre ordre à un million de choses qui en ont besoing, et je ne manqueray pas de vous bailler avis très ponctuellement de l’estat de nos affaires. Sans que vos occupations m’obligent à ne vous importuner que le moins qu’il m’est possible, je vous rendrois mille grâces de la continuation de vos bontés ; mais il me suffit de vous assurer que j’en auray toute la recognoissance qui leur est deüe, et que je seray toute ma vie,

Monsieur, Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Montauzier. A Xaintes, ce 16e mars 1652. »

Les troupes royales, dans cette guerre, avaient contracté des habitudes de pillage et d’indiscipline qui passaient toutes les bornes ; elles étaient le sujet de plaintes nombreuses de la part des habitants mêmes dévoués à la cause royale, qui n’étaient pas plus épargnés que les autres. Une assemblée de la noblesse du Poitou s’était réunie, spontanément au bourg de Puybelliard, en Bas-Poitou, pour s’entendre sur les moyens de résister à ces désordres. La cour, très-disposée à s’alarmer des réunions de la noblesse, avait envoyé un émissaire pour assister à celle-ci. Il lui rendit compte que cette noblesse était bien intentionnée pour le service du roi ; mais qu’il était nécessaire de prendre des mesures pour faire droit à ses justes griefs, et de ne plus permettre aux troupes de vaguer dans la province. [2]

Le siège de Taillebourg, qui suivit immédiatement le siège de Saintes, fut accompagné du même succès ; mais avec une résistance beaucoup plus vigoureuse de la part de cette petite place de guerre, dont la position était du reste excellente. Le comte d’Estissac avait envoyé à ce siège, des environs de La Rochelle, son régiment d’infanterie, composé de vingt compagnies, avec deux pièces de canon en fonte verte [3]. Le Tellier avait écrit qu’il fallait raser immédiatement le pont fortifié sur la Charente, qui unissait les deux villes et le château qui les dominait. Marin, maréchal de camp, qui, se multipliant, avait quitté Mi-radoux aussitôt après la levée du siège, pour se rendre dans la Saintonge, lui répondit le 21 mars [4], que l’ordre était excellent et serait exécuté ; mais qu’auparavant il fallait les prendre. Il annonce que les deux villes, après une assez vigoureuse résistance qui a duré quatre jours, ont été emportées avec une demi-lune devant la porte du château ; mais que celui-ci est bâti sur un roc difficile à miner, et qu’on ne le prendra pas sans perte ; il assigne un délai de quatre ou cinq jours encore pour en venir à bout. Il ne se trompa pas dans son calcul ; une dépêche des marquis du Plessis-Bellière et de Montausier à Le Tellier, datée de Taillebourg, le 25 mars, apprit au ministre que le château s’était rendu ; mais que de bonnes conditions avaient dû être faites aux assiégés, en raison de la force de la place [5].

La petite ville de Saint-Surin fut ensuite attaquée et capitula promptement, sans qu’il s’y soit passé aucune action mémorable, si ce n’est un fait surprenant que nous apprend la Gazette, et dont nous lui laissons le récit :

« De Xaintes, 12 avril 1652.

Le sièur du Plessis-Bellière, au lieu d’aller à Talmont, ensuite de la prise de Taillebourg, comme le bruit en couroit, fit marcher ses troupes vers Saint-Surin, laquelle place ayant investi le 4 de ce mois, et fait dresser devant une batterie le 6, il s’en rendit maistre le lendemain par composition ; puis s’en alla camper près de Coze. Il ne s’est rien passé de remarquable à ce siège, si non que le premier coup de canon qui fut tiré de la place ayant emporté la moitié du corps à l’un de ceux qui estaient près dudit sieur du Plessis-Bellière, il fut un quart d’heure sans donner aucun signe de vie, en sorte que chacun le croyoit mort : mais il se réveilla comme en sursaut, cria par trois fois miracle et pria qu’on lui donnast son scapulaire, lequel après avoir baisé et tesmoigné beaucoup de contrition de ses fautes, il mourut, ne s’étant pu trouver de prestre pour le confesser. »
Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand Condé

Le prince de Condé venait de quitter la Guyenne lorsque la nouvelle de la prise de Taillebourg eut pu lui parvenir ; mais il y reçut la nouvelle de la reddition de Saintes au moment d’une excursion d’Agen à Marmande. Sous l’empire de l’émotion dont il fut saisi en apprenant la perte si prompte d’une ville qu’il considérait comme l’un des boulevards les plus solides de son parti, il prit la plume pour exprimer son désespoir. Sa lettre, d’une écriture précipitée et presque illisible, est un témoignage encore présent, autant par son côté matériel que par son côté moral, des sentiments dont il fut assailli [6]. Il songeait toutefois à utiliser les débris de la garnison, ignorant encore toute l’étendue de la catastrophe qui les avait réduits à un triste fantôme.

Le prince de Condé à M. Viole, ou en son absence à M. Lenet.

« La perte de Saintes me met au désespoir. On dirige la garnison à Bourg, il faut l’envoyer du côté de Libourne, dans des quartiers d’où on s’en puisse servir comme on le jugera pour le mieux. J’appréhende fort qu’ils ne viennent à Libourne qu’après l’affaire de Taillebourg faicte ; c’est pourquoy il faut les mettre en lieu qu’on s’en puisse servir à Libourne en cas de besoin.

Louis de Bourbon.

A Marmande, 18 mars 1652. »

De loin comme de près, les déceptions les plus amères répondaient aux combinaisons du prince de Condé ; ses généraux étaient faibles ou malheureux ; lui-même s’exposait vainement comme un simple soldat, au milieu du hasard des batailles, sans parvenir à ressaisir la victoire, qui, lors de ses débuts militaires, avait souri si volontiers à ses premiers efforts.

...

Pour enlever à l’insurrection ses points d’appui, si elle eût voulu se relever en ces contrées, les places et les châteaux étaient démantelés. La démolition du château de Taillebourg était considérée comme l’une des plus importantes ; les escarpements du rocher sur-lequel il était situé formant un des principaux éléments de sa force, la mine attaquait et faisait sauter le roc même qui servait d’assises aux murailles. La poudre en quantité suffisante manquait seule pour achever cette œuvre de destruction ; les villes de la province, requises à cet effet, mettaient peu d’empressement à la fournir. Marin [7] écrivait à ce sujet à Le Tellier : « Il n’y a que les villes de Xaintes et de Coignac qui aient voulu contribuer ; celles d’Angoulesmes et de Saint-Jean d’Angely m’ayant refusé tout à plat [8]. »

Les principales places qui résistaient encore dans ces contrées étaient, outre Brouage [9], le repaire du comte du Dognon, celles de Marennes [10], de Talmont [11], de Saint-Sornin [12]. Le marquis du Plessis-Bellière reçut mission de les réduire. Il rend compte en ces termes de ses opérations à Le Tellier :

« 7 avril 1652.

Monsieur,

J’arrivai vendredy devant cette place, et du mesme temps je formai le siège, après avoir esté recongnoistre la place que je trouvai fort bonne, comme en effect elle l’est ; la muraille estant très dure, le canon n’y faisant presque rien, et y ayant un très beau fossé. Nous y avons tiré environ deux cens volées de canon, qui ont razé une bonne partie de leurs défenses, et ayant faict faire hier au soir et cette nuit un logement sur le bord dudit fossé, les ennemis en ont esté estonnés et se sont retirés ce matin, deux heures devant le jour, dans leurs vaisseaux, ce qui m’a en quelque façon surpris, veu qu’ils faisoient mine de se devoir bien défendre et qu’ilz le pouvoient. Ils ont pris la route de Tallemont. Quoy que cette place n’ait tenu guière de temps, nous n’avons pas délaissé d’y user de nos poudres et munitions, dont nous sommes bientost à bout, et n’y en a pas présentement pour faire le siège de Tallemont. Bien que ce ne soit le tout, cette raison m’empesche de l’entreprendre, car il y a cinq cens hommes dans la place et dix ou douze vaisseaux derrière. En outre, quand les vaisseaux du Roy seront arrivés, cette place ne tiendra pas, et cependant [13] elle ne nuit à rien. Tout le monde veut que l’on aye le dessein des Isles [14]. Je crois que M. de Xaintes [15] vous a escrit sur ce subjet. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de me mander ce que j’aurai à faire ; cependant j’agirai en toutes choses pour le mieux, et vous asseure que je tascheray par toutes mes actions de vous faire congnoistre que je suis,

Monsieur,

Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Da Plessis-Bellière. Au camp de Saint-Surin, le 7 avril 1652 [16] »

Les opérations militaires de l’Aunis ne marchèrent, du reste, jamais avec activité dans le cours de cette campagne ; Du Plessis-Bellière ne disposait que de forces médiocres ; la flotte royale n’était pas encore réunie dans ces parages ; et quant aux armées de terre, c’était ailleurs également que la cour concentrait leur effort. Aussi Brouage, qui était la place essentielle à réduire, ne capitulera-t-il point dans la suite sous l’étreinte d’un siège ; le comte du Dognon fera de sa soumission volontaire l’objet du plus avantageux accommodement pour ses intérêts et pour son ambition.


[1Archives du Ministère de la guerre, vol. CXXXIII.

[2Lettre de M. des Roches-Baritaud à Le Tellier, datée de Luçon, le 5 mars 1652. Archives du Ministère de la guerre, vol. CXXXIII.

[3Gazette de France. Nouvelles datées de La Rochelle le 7 mars 1652.

[4Lettre datée de Saintes. Archives du Ministère de la guerre, vol. CXXXIII ;

[5Archives du Ministère de la guerre, vol. CXXXIII.

[6Papiers de Lenet, conservés à la Bibliothèque impériale. Nous croyons cette lettre inédite.

[7De Sainte-Colombe-Marin, maréchal de camp, l’un des héros du siège de Miradoux. Voy. t. I, p. 408.

[8Lettre datée de Saintes, le 5 avril 1652 ; archives du Ministère de la guerre, vol. CXXXIII.

[9Ville fortifiée et port de mer en face de l’île d’Oleron.

[10Marennes, qui tire probablement son nom des marais qui l’environnent, est aujourd’hui un des chefs-lieux d’arrondissement du département de la Charente-Inférieure.

[11Talmont, petite ville fortifiée, appuyée d’un fort château, n’est plus qu’un simple bourg du département de la Charente-Inférieure.

[12Saint-Sornin ou Saint-Surin-de-Marennes, village proche de Marennes.

[13Le mot cependant est employé dans le sens de en attendant.

[14C’est-à-dire de s’emparer des îles d’Aix, de Ré et d’Oleron, que le comte du Dognon tenait sous sa domination.

[15Louis de Bassompierre, évêque de Saintes.

[16Lettre inédite, Archives du Ministère de la guerre, volume CXXXIII.

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