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1685 – Une famille de Mauzé-sur-le-Mignon (79) dans la tourmente des dragonnades

D 12 avril 2010     H 00:15     A Pierre     C 0 messages A 1037 LECTURES


A Mauzé-sur-le-Mignon, dans les derniers mois avant la Révocation de l’Édit de Nantes, les huguenots de Saintonge ont trouvé un havre de calme, à l’abri des persécutions, grâce à le protection de la famille d’Olbreuse,et se sont regroupés là. Les relations privilégiées des d’Olbreuse avec la famille royale n’empêcheront pas l’arrivée des Dragons et leurs sinistres dragonnades. Le journal de Jean Migault raconte, de façon poignante, l’odyssée d’une famille.

Source : Journal de Jean Migault, ou malheurs d’une famille protestante du Poitou, avant et après la Révocation de l’Édit de Nantes – Berlin – 1827 – Google Books

Quelques mois s’étaient à peine écoulés depuis ces incidens, que nous reçûmes la nouvelle que des régimens de dragons étaient en pleine marche sur le Poitou, avec la mission de ruiner sans miséricorde les familles protestantes que les horribles ravages de 1681 n’avaient pu forcer à quitter la province.

On nous informa en même temps des procédés iniques et arbitraires des Cours souveraines et des intendans de provinces, nouvellement investis de l’autorité nécessaire, pour prononcer définitivement et sans appel, sur toute action intentée contre nos églises. On ne tarda pas à s’apercevoir qu’accusation et condamnation n’étaient plus que des termes synonymes ; quand il n’existait pas de sujet de plainte, on en inventait ; et, au moyen d’un pareil système, toutes les églises réformées, non-seulement du Poitou, mais de tout le royaume, furent bientôt détruites ou frappées d’interdiction.

Cependant notre église de Mauzé échappa, pour le moment, à la désolation universelle ; et même, presque jusqu’à l’époque de la révocation de l’édit de Nantes, non seulement notre temple resta intact, mais encore nous eûmes la consolation bien rare de garder au milieu de nous notre pieux pasteur, et de jouir comme à l’ordinaire des bienfaits de son administration spirituelle. Ainsi exempte, quoique momentanément, des maux qui accablaient les autres villes, Mauzé, pendant une année entière, se remplit d’un nombre incroyable de nos frères protestans ; au point que, malgré toutes les précautions que nous nous faisions un devoir de prendre, il devenait impossible de connaître toutes les personnes à qui nous délivrions des billets d’admission à la table du Seigneur.

La plupart de vous se souviennent sans doute encore de la foule qui remplissait notre maison, tous les dimanches au soir. Il en était de même chez tous les bons protestans ; toutes les auberges, tous les hôtels garnis de la ville étaient encombrés, et plus d’une fois j’ai vu la halle pleine de ces chrétiens zélés, qui n’avaient pu parvenir à se loger plus commodément. Ceux qui accouraient ainsi en foule à Mauzé, pour y entendre la sainte parole et recevoir les consolations spirituelles, venaient de diverses églises frappées d’interdiction, telles que celles de la Rochelle, Marans, la Jarrie, Charante, Thonneboutonne, St.-Savinien, Arvert, Marennes, la Tremblade, Annay, Chef boutonne, Niort, St.-Maixent, Mougon, Cherveux, Fontenay, Coulonge [1]), et même de plusieurs autres points beaucoup plus éloignés, comme Poitiers, Bordeaux, etc.

Ce fut a Son Altesse Sérénissime la duchesse de Brunswick-Lunebourg et Zell, ce fut à elle, après la divine Providence, que nous fumes redevables de cette prolongation de liberté pour l’exercice de notre culte. Cette pieuse princesse avait embrassé nos doctrines avec zèle et constance. M. d’Olbreuze, son digne frère, et M. de la Forêt, notre ministre, l’informaient avec exactitude de toutes les rigueurs que méditait le gouvernement, et Son Altesse mettait tout en œuvre pour les détourner de-dessus nous, ou du moins. obtenir que l’exécution en fut différée ; elle employait, pour y réussir, toutes les ressources de son crédit à la cour de France, et intercédait en notre faveur auprès du Roi lui-même.

Les efforts de la duchesse, pour écarter de Mauzé l’orage dont la violence ravageait indistinctement tous les pays environnans, ne furent pas sans succès à la vérité, jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes ; mais nous n’en étions pas moins continuellement harcelés, ni moins assujettis à des déplacemens et à des fatigues au-dessus de nos forces.

Dans plusieurs occasions, notre excellent ministre fut obligé d’accompagner M. l’intendant, tantôt avec un grand nombre d’anciens, tantôt avec le consistoire tout entier, dont je faisais partie, soit à la Rochelle, soit à Rochefort. Le principal but de ces voyages répétés était de désappointer les fidèles qui, ainsi que je l’ai rapporté, se rendaient en foule à Mauzé, de divers endroits plus ou moins distans, et de les priver des consolations spirituelles qu’ils étaient venus chercher dans le ministère de M. de la Forêt. Je supprime les détails des courses pénibles et multipliées que nous entreprîmes de notre côté, dans la vue de parer le coup qui nous menaçait ; je me borne au récit des souffrances qui me sont particulières, sans m’étendre sur celles qui furent communes à nos frères protestans et que je n’ai fait que partager. Ce fut pendant le dernier voyage que M. de la Forêt fit à Rochefort, avec l’intendant (cette fois un seul de nous l’avait accompagné), qu’éclata à Mauzé le désastreux événement qui ne sortira jamais de la mémoire des protestans de cette ville : les dragons achevèrent l’œuvre de désolation, cette œuvre déplorable commencée en 1681, par l’intendant de l’Aunis, M. de Demuin. La divine Providence m’avait fait la grâce de prévoir ce coup affreux, et j’avais pris mes mesures pour m’y soustraire. Un mois auparavant je congédiai tous mes élèves, logés dans différentes auberges, et dont le nombre s’était élevé jusqu’à vingt. Cette affluence d’écoliers provenait des persécutions exercées dans les villes du voisinage, où aucun instituteur n’osait continuer son état. Non seulement je renvoyai ces enfans à leurs familles respectives, mais je fis encore d’autres dispositions, pour être en état de quitter ma maison à la première apparition des dragons.

Entre autres précautions, j’avais pris celle de vous éloigner tous d’auprès de moi. Votre grand’mère trouva un asile chez M. de l’Aleigne ; ma fille aînée, Elisabeth et Olivier en trouvèrent un chez M. d’Olbreuze ; M. et madame de Puyarnault eurent la bonté d’emmener Jeanne, Pierre et Marie, à leur maison de la Bouillardière, près de St.-Jean-d’Angely. Mon fils aîné était alors à Saint-Maixent, achevant ses deux années d’apprentissage, qui étaient sur le point d’expirer. Les soldats se livrant dans cette ville à tous les excès de la plus atroce tyrannie, son maître lui conseilla de s’enfuir, s’il en trouvait le moyen : les portes étaient gardées jour et nuit, pour empêcher la sortie de tout individu protestant, mais il parvint à s’évader et arriva à Mauzé, huit ou dix jours avant les dragons. M. de Chaban, qui m’honorait d’une estime particulière, lui offrit sa maison : à-peu-près dans le même temps, j’avais envoyé Jean chez M. de Gayemon, près Melle [2]), où il fut reçu avec la plus charitable hospitalité. J’avais ainsi mis en sûreté ma nombreuse famille, et j’étais seul à Mauzé, lorsque la cavalerie y entra, le dimanche, 23 septembre 1685.

J’étais chez moi, causant avec deux ou trois personnes qui fuyaient leur ville natale, lorsque nous fumes interrompus par le bruit qu’occasiona l’approche de ces barbares. Il ne me fut pas très-difficile de sortir de la maison. J’avais déjà confié une partie de mon mobilier à des catholiques et à d’autres voisins qui, cinq ans auparavant, avaient renoncé à leur religion ; j’en envoyai une autre partie chez M. de la Forêt, attendu que jusqu’alors il était sans exemple qu’on eût logé des soldats chez des ministres de la religion, ou chez les bourgeois les plus notables. Je cachai d’autres effets sous un lierre épais, parmi des ruines qui se trouvaient en face de notre porte : et ce fut ce qui échappa le mieux à l’avidité de la soldatesque. Ce que je croyais au contraire le plus en sûreté, était ce. qui courait le plus grand danger. L’habitation de M. de la Forêt fut occupée par plusieurs officiers, et pillée comme les autres. Notre propre maison ne fut pas épargnée ; au départ des soldats il n’y restait plus que les quatre murs ; et j’appris avec un véritable chagrin que les voisins ne s’étaient pas oubliés dans le partage de nos dépouilles.

Ou força les portes de notre temple ; tout ce qu’il contenait fut volé, tous les objets qui servaient au culte furent mis en pièces, détruits ou vendus. Par un effet de la Providence, nous avions mis en sûreté les livres et papiers contenant les actes qui établissaient nos droits relativement à l’exercice public de notre religion, ainsi que les titres de divers legs ou donations des seigneurs de Mauzé, pour l’entretien de nos ministres. Les documens appartenant au consistoire furent également sauvés. La totalité de ces livres et papiers fut confiée à la garde de monsieur et madame d’Olbreuze ; et, après leur départ de France, le coffre qui les renfermait resta dans leur maison, sans que qui que ce fût dans le pays, excepté moi, fût instruit de l’existence de ce dépôt. Cependant, en raison du dessein que j’avais formé de sortir du royaume à peu de jours de là, je me décidai à révéler ce secret à la fille aînée de M. Galandet, fermier de M. d’Olbreuze. Je priai cette jeune femme de m’accompagner dans la chambre où le coffre était caché ; et, après avoir fait, en sa présence, un inventaire du contenu, j’en mis la clef entre ses mains, la conjurant, au nom de Dieu, de ne jamais communiquer à personne, sans eu excepter sa famille, un secret que je confiais à elle seule. Elle m’assura, par les protestations les plus solennelles, que je pouvais compter sur sa fidélité.

Mais je dois ramener votre attention sur le moment où l’arrivée des soldats me força d’abandonner notre maison. Une seule des personnes avec qui je m’entretenais se décida à m’accompagner. Nous descendîmes dans le fossé qui environne la ville, lequel fort heureusement se trouvait à sec ; et, poursuivant notre route vers l’église d’Amilly, nous rencontrâmes des femmes et des enfans qui, comme nous, cherchaient leur salut dans la fuite. Ce ne fut que dans la soirée, un peu tard, que nous atteignîmes le château de Marsay, où noms passâmes deux jours. De là, nous nous rendîmes chez M. de Puyarnault, dont la maison nous servit d’asile, mais seulement pour quelques jours. Nous apprîmes alors pour la première fois que, partout, mais dans le Poitou principalement, on avait fini par loger les soldats même chez les principaux habitans.

Les amis que M. de Puyarnault avait à Saint-Jean d’Angely venaient de lui recommander de faire enlever de sa maison tout ce qui avait quelque valeur. Je crus donc prudent d’envoyer Marie, par le messager ordinaire (c’était un catholique), à M. de l’Aleigne ; et, prenant avec moi Jeanne et Pierre, je me rendis chez M. d’Olbreuze ; mais comme ma présence pouvait compromettre la sûreté de quatre de mes enfans, qui étaient déjà dans la maison, je ne voulus pas m’y arrêter.

Le lendemain matin, 1er octobre, je me hasardai à rentrer dans le Poitou, accompagné de Jeanne et de Pierre, que je confiai l’un et l’autre à un ami sûr. Pendant tout le mois d’octobre, je ne fis que parcourir la province dans tous les sens, me cachant le jour, et ne séjournant pas plus de quarante-huit heures dans le même endroit.

Il paraissait impossible d’échapper à la vigilance de la cavalerie ; les dragons battaient le pays d’un bout à l’autre, et les personnes que leur humanité et leurs dispositions hospitalières rendaient suspectes, avaient à essuyer tous les jours des visites domiciliaires. C’était s’exposer aux plus grands dangers que d’accorder un asile à un malheureux fugitif. La terreur planait sur toutes les têtes : le frère osait à peine ouvrir sa maison à son frère : dans le courant de ce mois je passai trois jours avec le mien, et l’on ne saurait imaginer ses transes, et la crainte continuelle qui le tourmentait qu’on ne vînt à me découvrir chez lui. La personne qui m’avait suivi quand je quittai ma maison, au moment même où les dragons se montrèrent à Mauzé, me tint fidèle compagnie pendant tout le mois d’octobre ; à la fin de ce mois, je retournai de nuit chez M. d’Olbreuze, et restai caché huit jours dans ses terres. Je me rendis de là chez M. de l’Aleigne, puis j’accompagnai votre grand’mère et Marie chez M. de la Gauzay-Micou, sur le bord de la mer, afin que ma fille fût à même d’y prendre quelques bains qu’exigeait sa santé. Pendant les huit jours qu’ils passèrent dans cette retraite, j’allai voir plusieurs de mes amis dans les environs de Mauzé ; aucun ne me refusa l’entrée de sa maison, pourvu que j’eusse la précaution de venir de nuit, et de ne me laisser voir que des domestiques.
Je retournai ensuite chez M. de la Gauzay-Micou, et, avec votre grand’mère et Marie, dont la santé s’était considérablement améliorée, je regagnai encore « ne fois la maison de M. de l’Aleigne, où je n’osai toutefois m’arrêter.
Je passai tout le mois de novembre avec plusieurs de mes amis, victimes comme moi d’une persécution dont la fureur ne se ralentissait pas.
Dans les premiers jours de décembre, il fallut absolument retirer Jeanne et Pierre de l’asile où je les avais laissés en dernier lien. Je les conduisis donc d’abord chez M. d’Olbreuze, où ils couchèrent une nuit ; ensuite je les accompagnai chez M. de Marsay, dans la maison duquel ils ne purent rester que deux jours. Ces deux enfans m’étaient retombés sur les bras chez M. d’Olbreuze, où j’étais allé encore une fois. A cette époque, marquée pour moi par tant d’embarras et de difficultés, je finis par ne plus savoir où cacher ma propre tête. Dans cette conjoncture, un de mes amis, catholique romain, m’offrit de se charger de Jeanne ; elle demeura huit jours avec ce brave homme, jusqu’à ce que, voyant qu’il n’osait pas la garder plus long-temps dans sa maison, je le suppliai de conduire ma fille chez des parens que nous avions à Croizette, près de Niort. Elle passa avec eux plus de quinze jours, et elle aurait même pu y rester davantage, sans quelques habitans qui donnèrent avis au commandant d’un détachement de cavalerie, qu’elle était cachée dans leur maison. A l’instant même deux dragons eurent ordre de s’y rendre ; pendant toute nue journée, pendant une nuit entière, ils saccagèrent la maison du haut en bas, brisèrent les meubles, et allèrent même jusqu’à se permettre les plus odieuses violences sur la personne de mes malheureux amis.

Le jour suivant, les soldats recommencèrent leur perquisition, et finirent par découvrir ma fille presque morte d’effroi, sous un tas de paille, auprès des écuries. Elle avait passé la nuit dans un bois situé à sept ou huit-cents pas de la maison ; mais à la pointe du jour, craignant de n’y être pas en sûreté, elle s’était décidée à en sortir et à venir se cacher sous cette paille, qu’elle se souvenait d’avoir remarquée dans la cour. Jeanne fut beaucoup plus scandalisée de leurs juremens et de leurs imprécations, qu’alarmée pour sa vie. Ces bandits lui prirent le peu d’argent qu’elle avait sur elle, et la traînèrent avec la plus horrible brutalité chez le curé de la paroisse, appelé Saint-Maxire.
Mes chers enfans, nous ne pouvons assez louer la Providence pour l’énergie, pour la justesse d’idées et la noblesse de sentimens qu’elle daigna inspirer à notre chère Jeanne. En vain le prêtre lui présenta à signer un acte d’abjuration, en vain les soldats employèrent les menaces et les violences ; elle demeura inflexible ; et lorsque le curé, fatigué de sa constance, inséra dans cette prétendue abjuration qu’elle ne l’avait pas signée, parce qu’elle ne savait pas écrire, l’intrépide Jeanne déclara à haute et intelligible voix qu’elle savait écrire, et que si elle refusait sa signature, c’était uniquement parce qu’elle voulait rester fidèle à sa croyance, et regardait comme indigne d’elle de signer l’abjuration qu’on lui demandait.

Deux jours après cet événement, une personne obligeante voulut bien servir d’escorte à Jeanne jusque chez M. d’Olbreuze, dont je pourrais dire que la maison fut notre principal quartier-général dans ces jours de périls et de tribulations. J’y avais logé avec Pierre, pendant tout cet intervalle. Cet excellent homme disait à tous ceux qui lui parlaient de moi, qu’il m’avait pris à son service ; il avait besoin de moi, disait-il, pour la gestion de ses affaires, et son intention était de m’attacher pour toujours à sa maison. Ce qui était beaucoup plus vrai, c’était la pitié que lui inspirait l’affreuse situation où il me voyait, traqué depuis trois mois de retraite en retraite, comme une bête malfaisante, par les dragons, par les prêtres, par ceux des catholiques qui étaient mes ennemis, et agité sans relâche par les plus cruelles anxiétés, en pensant à mes pauvres enfans.

Ce n’était pas à notre famille seulement que M. d’Olbreuze donnait asile ; sa porte était toujours ouverte à quiconque réclamait sa protection, et sa maison souvent remplie de fugitifs arrivant des provinces environnantes. Il n’examinait pas si ceux qui s’adressaient à lui étaient ou non de sa connaissance ; il suffisait qu’ils fussent en butte à la détestable tyrannie qui pesait sur la province, pour être assurés de la réception la plus hospitalière. Madame d’Olbreuze était animée des mêmes sentimens d’humanité, et elle montra à ses botes une bienveillance qui ne se démentit pas un seul instant.

Toutefois leur maison fut principalement, et pour un plus long espace de temps, le refuge de quelques habitans de Mauzé. Les greniers, les granges, les bâtimens de service, étaient aussi remplis de personnes de tout rang, de la Saintonge, de l’Aunis et du Poitou, à qui on prodiguait, avec tout ce qui est nécessaire à la vie, les consolations les plus empressées. A chaque instant de nouveaux avis arrivaient à nos charitables hôtes sur la visite que les soldats menaçaient de leur faire ; mais rien ne put ralentir ni intimider leur bonté généreuse.

Ces vertus, ces grâces vraiment chrétiennes, brillaient d’un éclat égal dans M. et madame de l’Aleigne. Pendant les trois mois dont je parle, leur vaste habitation fut pareillement encombrée de protestans de tout âge et de tout rang, habitans de différentes villes, bourgs et villages, qui reçurent le même accueil et furent traités avec la même générosité.

Toute la noblesse de l’Aunis, du Poitou et de la Saintonge avait été enveloppée dans la persécution, et en éprouvait les terribles effets ; la maison de M. d’Olbreuze et celle de M. de l’Aleigne, étaient les seules qui, jusqu’alors, eussent échappé an pillage.

Mais à la fin toute distinction disparut, et il n’y eut personne qui ne sentit la main de fer du despotisme. Les nobles, ainsi que les plus pauvres habitans, furent forcés de s’enfuir, et se virent condamnés à la prison, soit en vertu de lettres de cachet, soit par la volonté seule du commandant militaire.
Les calamités des mois de septembre, octobre, novembre et décembre surpassèrent encore tout ce qui les avait précédées. L’édit de Nantes fut définitivement révoqué ; on rasa jusqu’au dernier temple ; on traîna ignominieusement dans les prisons les personnes de la noblesse et des antres classes qui jusqu’alors s’étaient maintenues contre la fureur des dragons. En novembre, une lettre de cachet envoya M. de l’Aleigne dans la maison d’arrêt de Loches ; et, vers la fin de décembre, M. d’Olbreuze, pour obéir au Roi, fut forcé de se rendre à Paris et de suivre la cour jusqu’à nouvel ordre.


[1Tous le« lieux ci-dessus font partie des départemens de la Charente-Inférieure et des Deux-Sèvres.

[2Département des Deux-Sèvres.

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