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1698 - Dragonnades en Charente : une fillette de 5 ans enlevée et placée à l’hôpital

Les conséquences de la révocation de l’Édit de Nantes sur l’éducation des enfants

D 11 mars 2013     H 17:20     A Razine     C 1 messages A 804 LECTURES


Après la révocation de l’édit de Nantes en 1685, les protestants qui s’obstinent dans l’hérésie, sont déchus de l’autorité parentale en matière d’éducation religieuse. Les enfants leur sont enlevés, placés dans des couvents, des prisons, voire des hôpitaux, pour les instruire dans la religion catholique. Cette besogne odieuse et légalisée eut des suites terribles car elle désagrégeait la cellule parentale et enlevait à l’affection de leurs familles des êtres sans défense, incapables d’opinion en raison de leur âge.

Un exemple poignant à La Rochefoucauld en Charente.

Sources :
- Gaston Tesseron, La charente sous Louis XIV, éditions Coquemard à Angoulême
- Claude WEIS (1853), Histoire des réfugiés protestants de France jusqu’à nos jours, tome 1er
- Dangeau journal t1 p 12,
- Mémoires de Noailles p 53
- La cour de Louis XIV, Par Imbert de Saint-Amand
- Freddy Bossy : Protestants d’Aunis, Saintonge et Angoumois.

Voir aussi :
- 1681 - 1698 - Dragonnades en Charente ou le martyre des Huguenots d’Angoumois
- 1686 - 1789 - Pons (17) : Les Nouvelles Catholiques au couvent

I - Louis XIV et la révocation de l’Édit de Nantes : vers l’unification religieuse du royaume

1 – Premières mesures

En 1669, les enfants mâles de 14 ans et les filles de 12 ans pouvaient déjà abjurer la religion protestante sans l’autorisation de leurs parents.

L’édit du 17 juin 1681, ira beaucoup plus loin puisqu’il abaissait l’âge d’abjuration à 7 ans : les dispositions de cet édit stipulaient : « Nous voulons et il nous plaît que nos sujets de la religion prétendue réformée tant mâles que femelles, ayant atteint l’âge de 7 ans, puissent et qu’il leur soit loisible d’embrasser la religion catholique, apostolique et romaine, et qu’à cet effet ils soient reçus à faire abjuration de la religion prétendue réformée sans que leurs pères et mères, et autres parents y puissent donner le moindre empêchement, sous quelques prétexte que ce soit ».

2 – Tous les enfants nés du royaume doivent devenir catholiques

La révocation de l’édit de Nantes en 1685 par Louis XIV, favorise le prosélytisme en supprimant toutes les barrières : Les écoles des protestants doivent fermer et les enfants nés après la publication de l’édit de Nantes doivent être baptisés par les curés des paroisses et élevés dans la religion catholique romaine. « L’ Article 8 stipule : Les enfants seront désormais baptisés par les curés des paroisses : ordre aux pères et mères de les envoyer à l’église à cet effet, sous peine de cinq cents livres d’amende au moins ».

Autres conséquences de la révocation, on interdit aux médecins, chirurgiens et apothicaires protestants d’exercer leur art, aux sages-femmes huguenotes aussi. Elles sont accusées dans les accouchements difficiles et si souvent mortels pour la mère, de sacrifier l’enfant et de le laisser mourir sans baptême, l’exposant ainsi à la damnation éternelle. Les sages femmes catholiques lors des accouchements s’efforcent d’arriver les premières et contre l’avis des parents, amènent les enfants aux curés pour les baptiser quand elles ne le font pas elles-mêmes dans l’urgence (voir article curés et sages-femmes en Saintonge). Freddy Bossy qui avait participé à l’écriture du livre « Protestants d’Aunis, Saintonge et Angoumois » me racontait : « A Breuillet en Charente Maritime on voyait la sage-femme catholique conduire elle-même, et souvent toute seule, le bébé huguenot à l’église, et même devenir marraine. D’où des situations invraisemblables d’enfants baptisés plusieurs fois a la suite, selon un rite puis dans l’autre »...

Dans son livre il cite l’intendant Pierre Arnoul à Rochefort en 1685 qui écrivait : « on s’aperçoit aussi qu’il ne vient presque pas d’enfants de nouveaux convertis pour être baptisés à l’église, ce qui m’a obligé de rendre une ordonnance pour obliger les pères, les sages femmes et les médecins qui assisteront aux accouchements à les déclarer dans le jour, à peine de 400 livres d’amende ».

Dans les mois qui suivirent la révocation de l’Edit de Nantes, une ordonnance nouvelle relative aux enfants fut rendue rétroactive. Elle supprimait ainsi les droits naturels inhérents à la famille en matière d’autorité parentale et d’éducation, en ces termes : « Ayant ordonné par notre édit donné à Fontenaibleau au mois d’octobre dernier, que les enfants de nos sujets de la religion prétendue réformée seraient élevés dans la religion catholique et romaine, nous estimons à présent nécessaire de procurer avec la même application le salut de ceux qui étaient nés avant cette loi, et de suppléer de cette sorte au défaut de leurs parents qui se trouvent encore malheureusement engagés dans l’hérésie, et qui ne pourraient faire qu’un mauvais usage de l’autorité que la nature leur donne pour l’éducation de leurs enfants  ».
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« afin de suppléer au défaut des parents qui se trouvent encore malheureusement engagés dans l’hérésie, qui ne pourraient faire qu’un mauvais usage de l’autorité que la nature leur donne pour l’éducation « de leurs enfants (ce sont les termes du préambule), ordonne que tous ces enfants, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à celui de seize accomplis, soient mis entre les mains de leurs parents catholiques, s’ils en ont qui veuillent bien s’en charger : en cas qu’ils n’en aient point, ou que les pères et mères aient des raisons légitimes pour empêcher que l’éducation ne leur soit confiée, ils seront mis entre les mains de catholiques nommés par les juges, qui régleront aussi leur pension. Que si les pères et mères sont hors d’état de payer les pensions nécessaires, les enfants seront mis dans les hôpitaux les plus proches de leur demeure. Tout ce qui sera ordonné par les juges royaux et par ceux des seigneurs hauts-justiciers, pour l’exécution de cet édit, sera exécuté huit jours après ».

Il suffisait donc désormais d’une dénonciation faite par un parent catholique, un ennemi, ou un débiteur qui prétendrait en justice qu’un enfant souhaitait abjurer ou encore qu’un seigneur use de sa puissance jugeant qu’il serait bon que l’enfant soit instruit dans la religion catholique pour qu’il soit enlevé à ses parents. Pour comble, ces derniers étaient forcés de payer une pension au couvent ou à l’hôpital, chargés dorénavant de l’éducation de leurs enfants.

On vit ainsi nombre de congrégations s’établirent dans ce but comme celle de « l’Union chrétienne des filles de la congrégation des Nouvelles catholiques et des filles converties » à Angoulême avec l’approbation de l’évêché et du corps de ville. La mission est clairement énoncée : « recueillir les filles appartenant à des familles réformées et qui abjurant leur foi n’ont plus de place à leur foyer ». Ces conversions forcées n’aboutirent pas toujours au résultat escompté. Dans la liste des pensionnaires d’un couvent de Pons, on cite plusieurs cas de jeunes filles qui s’enfuient avec l’aide de complices afin de ne pas abjurer leur foi. (voir article PONS – Les nouvelles catholiques au couvent).

II - Marie Pasquet, petite fille de 5 ans, enlevée a ses parents est placée a l’hôpital

Pour bien comprendre ce qu’il y avait de monstrueux ans dans une pareille mesure, il faut savoir ce qu’étaient les hôpitaux d’alors, où l’on entassait sur chaque lit cinq ou six corps humains, moribonds et malades. Interner un enfant dans ces conditions équivalait à une condamnation à mort presque certaine.

Supplique à Monseigneur de Châteauneuf, ministre et secrétaire d’État :

Le 19 février 1698, Marie Pasquet d’environ 5 ans est enlevée à la garde de ses parents. Le père supplie Monseigneur de Châteauneuf de lui rendre son enfant. Cette supplique qui toucherait un cœur de pierre fait appel à l’humanité face à la détresse du requérant. Le 13 mars, il écrit :

« Monseigneur,

Je prends encore une fois la liberté d’adresser à votre Grandeur le placet ci-joint pour réclamer votre bonté et la justice du roi, au sujet de l’enlèvement qu’on m’a fait depuis quelques jours de ma fille aînée, âgée seulement de cinq ans et quelques mois ; son âge encore tendre ne permet pas de la priver des soins de sa mère, qui se fond en larmes depuis cet enlèvement. La sensibilité, Monseigneur, que les pères et mères ont pour ces chères plantes ne vous est pas inconnue, et vous seriez touché de notre estat si je vous le pouvais dépeindre aussi pitoyable et douloureux qu’il est. Apaisez, Monseigneur, par votre justice l’accablement qui nous presse, etc… »

Signé Pasquet

Cette lettre est suivie d’un placet destiné à la voie officielle :

« Monseigneur,

Pierre Pasquet, advocat, habitant de La Rochefoucauld, remontre très humblement à votre Grandeur que, le 19 février, présent mois de la présente année 1698, un hoqueton de M. de Bernage, intendant de la Généralité de Limoges, assisté d’un archer, furent dans la maison du suppliant et lui enlevèrent Marie Pasquet, sa fille, âgée seulement de cinq ans et quelques mois, laquelle ils ont conduite dans l’hôpital de Ruffec pour l’ordre de mon dit sieur l’Intendant, et comme la jeune enfant est fort infirme et hors de raison, il est à craindre, Monseigneur, qu’étant privée des soins de sa mère, elle ne tombe dans une langueur qui lui pourroit causer la mort. C’est pourquoy le suppliant a recours à votre bonté pour obtenir de la justice de Sa Majesté que la jeune enfant lui soit rendue…  »

Signé Pasquet

Il n’est pas sûr que cette demande ait été suivie d’effet et qu’elle ait touchée le cœur du ministre en cette période où l’intolérance religieuse faisait rage.

Plus tard, dans un rapport sur les religionnaires, l’intendant Bernage fait état des nouveaux convertis qui font mal leur devoir. Le médecin Villandry et le dénommé Pasquet. Il conclut son rapport en ces termes : « Ces gens là sont des pestes dans la ville ».

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