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1708 (c) - Les protestants de La Tremblade demandent (en vers) un permis de construire

D 13 juillet 2008     H 20:22     A Pierre     C 0 messages A 661 LECTURES


L’Académie de La Rochelle a fait imprimer, en 1855, l’éloge du maréchal de Sénectére ou Saint-Nectaire, gouverneur de l’Aunis, de la Saintonge et du Poitou, mort à l’âge de quatre-vingt cinq ans le 23 janvier 1771, au château de Didone, dont il était seigneur.

L’abbé Pierre Gervaud, auteur de cet éloge, était professeur de rhétorique au collège de la Rochelle, et il l’a prononcé à l’une des dernières distributions des prix qui précédèrent la Révolution de 1789, Dans la succincte mais intéressante notice qui précède l’œuvre de Gervaud, M. Delayant l’a complétée à divers égards. Il expose notamment la conduite du maréchal envers les protestante de la Saintonge, et la reconnaissance de ceux-ci, attestée par les prières qu’ils adressaient au Ciel pour le vénéré vieillard aux deux services religieux du dimanche.

Leur requête, découverte parmi nos papiers de famille, est un nouveau témoignage de la commisération du gouverneur de la province pour les débris du troupeau qui avaient survécu â l’infâme Révocation de l’Édit de Nantes, A défaut de valeur poétique, elle atteste, par des détails touchants et par le naïveté du style, la culture d’esprit et la résignation des Huguenots habitant les bords de la Seudre.

Source : Documents originaux et inédits sur l’Aunis et la Saintonge - P. Marchegay - 1877

A Monseigneur le maréchal de Senecterre, commandant en Aunis, Saintonge et Poitou, seigneur de La Tremblade,

Supplie très-humblement une famille entière,

Vieillards, jeunes, maris, femmes, filles, sœurs, frères

Et enfants orphelins, qui tous se font honneur

D’être vos tenanciers, vos pupilles, Seigneur,

La Tremblade est le lieu qui leur donna naissance ;

Puissent-ils avoir part à votre bienveillance ?

Que vous offriroient-ils pour de telles faveurs ?

Ils ne peuvent, Seigneur, disposer de leurs cœurs ;

Vous les possédez tous, vous en êtes le maître,

Et vous aurez tous ceux qui sont encore â naître,

De vos rares vertus instruits par leurs parents,

Ils vous respecteront dès leurs plus jeunes ans.

Cette famille, hélas ! a pour tout apanage

Un triste mazureau, sis au bout du village,

Au lieu le moins passant, dans un coin reculé,

Tout proche du désert, dans un terrain sablé,

Sans charpente, thuile, porte ni couverture.

Quatre murs isolés font toute sa parure ;

Quinze pieds seulement font l’élévation

De ce triste manoir, image d’illion.

On pensoit en jouir, on en fit même usage

Jusqu’au moment fatal qu’arriva le message

Qui d’un ordre subit, en interdit l’accès ;

On obéit soudain. Seigneur, vous le savez

De quoi devint alors cette triste famille !

Dans un désert affreux elle cherche un asyle.

A l’ombre des cyprès, témoins de ses malheurs,

L’arbrisseau se nourrit du torrent de ses pleurs.

C’est là que les frimas éprouvent sa constance,

Que l’écho réfléchit quelle est l’obéissance

Et la fidélité qu’elle jure en ces bois

A Louis le Bien-Aimé, le plus chéri des rois.

C’est là que du soleil l’ardeur insupportable

Darde, brûle, calcine et le corps et le sable,

Que l’hiver coagule et la chair et le sang

Du jeune, du vieillard, de la mère et l’enfant.

Ses rivaux, qui jadis se montroient susceptibles,

A ses affreux malheurs paroissent tous sensibles.

Hélas ! nous disent-ils en conversation,

Obtenez, s’il se peut, de couvrir la maison.

O citoyens chéris, quelle reconnoissance

Devra cette famille à votre complaisance !

Vous lui voulez du bien. O doux ravissement !

Recevez de ses vœux tout l’accomplissement.

Que, ce considéré, Monseigneur, il vous plaise

Permettre aux suppliants de prendre un peu plus d’aise.

Ils veulent en user avec discrétion,

Sous votre bon plaisir et approbation.

Leur dessein se réduit à une couverture

Qui les mette à l’abri, dans la simple clôture,

Des ardeurs du soleil, des frimas de l’hiver ;

Pour se dédommager de ce qu’ils ont souffert,

Traverser quelques bois sur la triste masure,

Lesquels seront couverts de chaume ou paille pure,

Comme l’étable enfin du plus triste hameau

Qui loge du berger la génisse et l’agneau.

Permettez aux suppliants d’amasser, sur la dune

Qui borne le cristal du palais de Neptune,

Le chaume qui y croît, nommé vulgairement

Tanne, dont on se sert pour couvrir seulement.

Permettez, Monseigneur, à notre prévoyance

Que, si Votre Grandeur observe le silence,

Ce silence nous soit un acquiescement.

Ah ! daignez nous tenir ce silence charmant ?

Nous vous en supplions ! Pardonnez notre audace.

Si nous vous offensons, daignez nous faire grâce ;

Et quoi qu’il en résulte, ou silence ou rigueurs,

Vous n’en serez pas moins le maître de nos cœurs ;

Et ces cœurs pleins d’amour, de respect et de crainte

Ne cesseront jamais d’offrir à Dieu, sans feinte,

Les vœux les plus ardents. Votre prospérité

Nous est chère et fera notre félicité.

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