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1726 - Projet d’aménagement du port de Royan par M. l’ingénieur Barrelier de Bitry

D 21 août 2018     H 17:17     A Pierre     C 0 messages     A 14 LECTURES


Monsieur l’ingénieur Barrelier de Bitry est ingénieur en chef de Bordeaux et directeur des ouvrages de la tour-phare de Cordouan. Il a écrit des mémoires sur des sujets très divers. Voir Bibliothèque de Bordeaux

Nous ne savons pas si son projet d’aménagement du port de Royan est devenu réalité.

Il y a tous les éléments techniques nécessaires, avec un joli plan de la Grande Conche à la plume et à l’aquarelle.

La fin du document est plus inhabituelle, car M. de Bitry est aussi philosophe, et il se laisse aller à quelques réflexions douces-amères sur la difficulté d’être reconnu à sa juste valeur au sein de l’administration, surtout quand on est roturier. Et au final, il nous gratifie d’une maxime de son crû.

Source : Bibliothèque de Bordeaux (via BNF Gallica)

Voir en ligne :

Royan 1726

Mémoire sur le port de Royan scitué en l’embouchure de la Gironde fait par M. de Bitry ingénieur en chef de Bordeaux et directeur des ouvrages de la tour de Cordouan

par M. de Bitry

Il est à remarquer que depuis l’embouchure de la rivière jusqu’à Bordeaux il y a 22 lieues sans aucun port ni rade capable d’y pouvoir tenir aucuns vaisseaux à couvert que celle de la fosse du Verdon, vis-à-vis de Royan, qui est si mauvaise que l’on est obligé dans les grands orages de couper les câbles sur les bittes et remonter la rivière à plus de 10 lieues pour ne pas sansir ni donner à la coste.

Cette rade encore un autre deffaut en ce que les vaisseaux qui sont mouillés ne sont pas maistres d’en sortir dans tous les temps par la difficulté qu’il y a de parer la pointe de Grave. J’ai vu au mois de juillet dernier cinquante navires rester plus de trois semaines sans pouvoir mettre dehors, ce qui arrive très souvent et particulièrement en hyver ; cette rade estant d’ailleurs moins praticable que jamais, et au risque de se perdre en peu d’années par un banc de sable qui s’y est formé et qui croist tous les jours.

Ayant assemblé tous les plus expérimentés pilotes et navigateurs depuis Bordeaux jusqu’à la mer, ils ont trouvé comme moy qu’il n’y avait que Royan où l’on pût faire un port assuré contre les gros temps est plus commode pour l’entrée et sortie de la rivière et qu’au moyen d’une médiocre dépense on sauverait tous les ans quantité de bastiments qui se perdent faute d’un havre pour se mettre à couvert.

La dépense qu’il conviendrait faire pour rendre ce port en estat de recevoir des bâtiments en sûreté serait de continuer une ancienne jettée (marquée sur le plan A B) déjà commencé de la longueur de septante toises sur vingt pieds d’épaisseur reduitte et vingt-quatre pieds de hauteur montant à 933 toises cubes à raison de cent livres la toise, reviendrait à la somme de quatre-vingt-treize mille trois cent livres et avec les accidents imprévus qui peuvent arriver, reviendrait à cent mille francs qui n’est pas la valeur de la perte d’un seul vaisseau marchand.

Cette longueur de 70 toises est suffisante pour mettre tout au moins le tiers de la conche ou ance qui est très grande à couvert, par ce que les coups de mer venant de l’Ouest frapperaient obliquement le mur de la chaussée, suivraient leur direction et ne pourraient faire de retour dans le port, nos plus expérimentés marins de Royan assurent qu’en moins d’un an il y aurait trois à quatre pieds de vaze molle qui servirait de lit aux bastiments.

Cela donnerait une capacité assez grande à pouvoir mettre plus de cent bastiments tant vaisseaux que barques à couvert des gros temps et formerait un havre qui aurait 12 pieds de profondeur dans la pleine mer des basses marées ou mort d’eau et par ce moyen recevrait des vaisseaux de 80 jusqu’à 100 tonneaux, et au plein de la mer dans les grandes marées 15 pieds d’eau qui suffirait pour y recevoir des vaisseaux de 150 à 200 tonneaux ; et notamment dans les grands vents ou la mer se trouve plus agitée, et que les bastiments ont plus besoin de se mettre en sûreté, il y aurait 19 à 20 pieds d’eau. Il est encore à remarquer que les navires forcés d’entrer dans ledit port trouveraient tous les secours nécessaires pour les mettre en sûreté soit d’hommes ou de bastiments pour les décharger au cas qu’ils fussent trop pesants pour monter dans le fond du port, ce qu’ils ne sauraient trouver au Verdon.

On tirerait de plus un gros avantage de ce port pour la sûreté de la navigation de toute la rivière dans les temps de guerre en y tenant pendant toute l’année des frégattes légères qui donneraient la chasse aux vaisseaux ennemis et les empêcheraient de monter dans la rivière, d’enlever des navires jusqu’à Pouillac et de faire des descentes comme ils ont fait les guerres précédentes.

Ce port ainsi mis en sûreté, sa scituation à l’entrée de la rivière, son passage de la Rochelle, Rochefort, pays d’Aunix et partie de la Saintonge à Bordeaux produirait un troisiesme avantage en ce que plusieurs négociants et étrangers attirés par son commerce viendraient s’y établir et formeraient en peu d’années une ville considérable.

On tirerait un quatriesme avantage non moins important en y rétablissant des marchés et foires comme il y avait anciennement, qui par leur débits et consommation augmenterait considérablement les fermes du Roy.

Fait à Bordeaux le 9 avril 1726

Bitry

D’une écriture et orthographe moins soignées, ce document se poursuit ainsi :

Ma passion dominante a toujours esté la gloire du roi et l’intérest de l’Estat, ce qui m’engage dans mon temps de chercher à faire quelques découvertes et des expériences qu’ils fussent utiles au bien du service.

J’ai esté dans la dernière modification de ma vie pas trouvé dans les dernières promotions des officiers généraux qui ont été faites, que très peu d’ingénieurs ; c’est pourtant un corps que l’on ne devrait pas laisser tomber. Louis XIV, de glorieuse mémoire, en avait si bien connu l’utilité, qu’il savait illustrée de maréchaux de France, deux lieutenants généraux, de maréchaux de camp, de brigadiers d’armée de gouverneurs et de lieutenants de Roy, de place, la plupart des directeurs était revêtue de ses honneurs-là qui en rendaient très célèbres. La subordination y était si bien establie que l’on ne voyait point d’ingénieurs de tout un département se révolter contre leur directeur. On n’envoyait pas au directeur général de mémoire ni de plaintes criantes. Il ne paraissait pas que des femmes se mêlassent d’entrer dans le détail des fortifications ni des ingénieurs subalternes, ni d’avoir de connivence avec les entrepreneurs.

Un directeur quelque entendu qu’il puisse estre a souvent sous ses ordres des ingénieurs qui le sont autant et plus habiles que luy, et pensent plus juste ; nous n’en avons que trop d’exemples. Il est arrivé bien souvent que des ingénieurs avaient fait de beaux et de bons projets que leur directeur, bien loing de les approuver et de s’en servir en avouant fait par contrariété de tout opposée qui ne leur avait pas réussi, ce qui avait causé des doubles dépenses.

Ordinairement un directeur qui est sans naissance est sujet à être opiniâtre et jaloux dans ses sentiments, ne voulant écouter leurs personnes, par ? avec ces inférieurs ce qui empeche qu’il ne se face aymer et respecter, toujours opposé aux sentiments des autres quoy que souvent il les connaisse bons, mais seulement parce qu’il ne vienne pas d’eux, ce qui est si nécessaire à un homme qui commande un corps.

Fait par Bitry

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