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1746 - 1748 La défense des côtes contre les incursions anglaises

Projet de deffensive pour les côtes de Poitou, Xaintonge et Aunis

D 18 août 2018     H 21:54     A Pierre     C 0 messages     A 11 LECTURES


Le document présenté ci-dessous provient de la riche bibliothèque d’Antoine-René de Voyer de Paulmy d’Argenson (1722-1787). Le nom de son auteur n’est pas mentionné.
Il s’agit d’une proposition d’organisation de la défense des côtes du Poitou, de la Saintonge, et de l’Aunis contre les incursions de la marine britannique. En 1746, la France a été traumatisée par plusieurs attaques par voie de mer, menées pendant la Guerre de succession d’Autriche : en octobre, une tentative anglaise contre Lorient, puis en novembre et décembre, nouvelles tentatives dans le Var. En 1747, la flotte française subit plusieurs défaites. La question de la défense des côtes agite les stratèges.

Source : BNF Gallica

Pour suivre l’histoire des gardes-côtes dans Histoire Passion

Voir en ligne :

Projet de deffensive pour les côtes de Poitou, Xaintonge et Aunis

La descente que les Anglais firent sur les côtes de Bretagne en 1746 obligea M. de Chabannes qui venait d’obtenir le commandement des provinces de Poitou, Xaintonge, et Aunis, de pourvoir promptement à la sûreté des côtes de ces trois provinces : il n’ignorait pas qu’étant peuplées de religionaires [1] elle pouvait offrir aux Anglais bien des facilités pour une pareille entreprise ; M. de Chabannes n’avait pour deffendre 60 lieues de côtes, et les isles qui en dépendent que deux bataillons et un régiment de cavalerie, il eut recours à la milice garde-côtes dont il tira 12 ou 15 bataillons qui furent disciplinés, et destinés à faire le service journalier. Il plaça plus de deux cent pièces de canons sur la longueur du pays qu’il avait à deffendre et sur les bords des rivières de Gironde et de Seudre, un pareil nombre de demies redoutes fermées de 3 côtés seulement furent construites dans tous les endroits où il parût possible qu’une chaloupe pût aborder. Les plus grandes de ces redoutes ne pouvaient contenir que 50 hommes. Tous les bataillons, et la totalité de la milice garde-côtes, eurent ordre de se rendre à un signal convenu, sur toutes ces batteries de canons, et dans ces demies redoutes. L’isle de Rhé, et celle d’Oleron, furent fortifiées avec soin, dans tous les endroits qui parurent susceptibles d’une descente ; l’isle d’Ais qui défend la rade de ce nom et l’embouchure de la Charente, ne fut point fortifiée comme elle aurait dû l’être ; cet objet quoique plus important qu’aucun autre fut négligé parce qu’il en aurait trop coûté pour lui faire remplir sa vraie destination qui est de mettre les vaisseaux qui sont en rade en sûreté contre les entreprises de l’ennemi, et de lui fermer l’entrée de la Charente, par conséquent du port de Rochefort.

Les Anglais inquiets pour leurs propres côtes, ou occupés à prendre une grande partie des nombreuses flottes marchandes qui partaient tous les ans de la rade de l’isle d’Ais, sous l’escorte de quelques vaisseaux de guerre, ne firent aucune entreprise sur nos côtes, ainsi nous eûmes lieu de nous applaudir de nos précautions, et nous pûmes leur attribuer la tranquillité dont jouirent nos provinces de Poitou, Xaintonge, et Aunis. Je crois cependant qu’il est aisé de former un plan de deffensive moins coûteux, moins fatiguant pour les troupes et plus capable de résister avec succès aux entreprises de l’ennemi ; je vais exposer en peu de mots celui que je voudrais exécuter si j’étais chargé d’une pareille besogne.

Il est difficile de prendre toutes les précautions nécessaires, et encore plus de se borner à celles qui le sont réellement, si l’on n’a une exacte connaissance du païs qu’on veut deffendre, et si on ne joint à cette connaissance un peu de théorie, et d’expérience de l’art de la navigation, des moyens dont se servent les marins pour faire une descente, de ce qui peut leur faciliter le succès, et des endroits qui sont propres à tenter une pareille entreprise. Vouloir garder une étendue immense de paÿs par des postes multipliés, et des corps de garde placés tout du long de la côte et dans tout le cours des rivières, c’est faire une excessive dépense d’hommes et d’argent, et se mettre dans le cas d’être pénétré sûrement partout où l’ennemi se présentera en force ; outre ses inconvéniens, on doit être moralement assuré qu’une milice garde-côtes dispersée en tant de postes s’abandonnera à l’effroy en apprenant que l’ennemi est descendu et qu’alors loin de se rallier tout fuira dans les terres, et s’éloignera le plus qu’il pourra de la côte.

Je voudrais donc me borner à des points capitaux où je pourrais être en force et rassembler mes troupes pour marcher à l’ennemi qui serait descendu dans les endroits où je n’aurais pu m’opposer à son entreprise.

Il est important de veiller avec attention à la deffense des isle de Rhé, d’Oleron, et d’Ais, mais les fortifications qu’on a faites, et qu’on peut faire aux endroits susceptibles d’une descente ne peuvent être d’aucune utilité si l’on néglige ainsi qu’on l’a fait dans la guerre dernière d’approvisionner ces isles ; il n’est pas douteux qu’en les bloquant seulement pendant huit jours on mettrait les habitants dans la nécessité d’en faciliter l’abord et l’accès loin de songer à le défendre avec courage, j’ai déjà remarqué qu’on avait négligé l’isle d’Ais, la seule deffense qu’ait le port de Rochefort et la rade s’assemblaient nos flottes nombreuses ; on s’était mis dans le cas de voir les Anglais attaquer, et brûler impunément cette quantité considérable de vaisseaux marchands, ou de faire sans peine une descente entre la Rochelle et l’Isle d’Ais, et de prendre ensuitte à revers tous les petits forts bâtis sur la Charente et marché de là à Rochefort ville ouverte et sans défense ; l’isle d’Ais mieux fortifiée parerait à ces deux entreprises qui ne sont que trop faciles ; à présent des batteries de bombes sont la meilleure défense qu’on puisse opposer à des vaisseaux ennemis ; j’en placerai donc une considérable à l’isle d’Ais en attendant qu’il fut possible d’étendre et d’augmenter les fortifications de l’espèce de petite place qui est dans cette isle.

Au lieu de toutes ces petites demies redoutes qui bordaient les côtes de Xaintonge et d’Aunis je construirais deux forts en terre capables de contenir huit cents hommes : l’un serait placé entre l’isle d’Ais et la Rochelle sur la hauteur du platin d’Angoulin lieu très propre à faire une descente dans un très grand nombre de chaloupes voguant jusqu’à terre en bataille. Je mettrais l’autre sur la côte de Panpin qui n’est qu’à une lieue de la Rochelle mais qui offre autant de facilité pour entreprendre une descente que le platin d’Angoulin ; de pareils forts capables de se soutenir par eux-mêmes quelque tems mettre l’ennemi dans l’impossibilité de pénétrer dans le pays ; il est obligé de les attaquer ; le commandant qui a eu soin de ne point trop séparer les forces destinées à la garde de chaque province a tout le temps qu’il lui faut pour les rassembler ; il marche à l’ennemi et le combat avant qu’il ait pu faire aucun progrès ni établissement ; s’il ne se trouve pas en état de l’attaquer, il peut du moins prendre une position qui le contienne, l’arrête, et lui fasse perdre tout le fruit qu’il s’était promis de son entreprise.

La Xaintonge a moins d’objets intéressants à défendre que l’Aunis ; on ne doit pas s’imaginer que l’ennemi formera un puissant armement pour n’en tirer d’autres avantages que celui d’avoir pillé, ravagé quelques villages françois. La rivière de Seudre et la Gironde sont donc les seuls objets qui méritent je crois une véritable attention ; il me paraît cependant plus qu’inutile de garder tout le cours de l’une et l’autre rivière, d’y construire une foule de demies redoutes, d’y établir une grande quantité de batteries de canons ; je me contenterais d’un fort en terre placé à l’embouchure de la Gironde. Ce fort pourrait contenir sept à huit cents hommes, il serait muni de canons et de quelques mortiers, les troupes destinées à la garde de la Xaintonge camperaient et se rassembleraient au premier signal sous ce fort, elle serait à portée de ses portes, en trois heures de marche sur la Seudre à l’embouchure de laquelle je me contenterais de construire une redoute fermée contenant deux cents hommes et six pièces de canons.

De ce point capital de l’embouchure de la Gironde, on deffend l’une et l’autre rivière, et l’on peut en une seule marche forcée se porter sur la rive gauche de la Charente vis-à-vis Soubise qui n’est qu’à une lieue de Rochefort, avoir deux mille hommes de garde sur les côtes de Xaintonge et d’Aunis pour se mettre à l’abri d’un corsaire qui peut entrer dans une anse ou dans une rivière et débarquer trente hommes pour piller un village me paraît une précaution plus onéreuse que raisonnable, deux ou trois frégates garde-côtes placées à la rade de l’isle d’Ais, et à Royan dans la Gironde, suffisent pour éviter un pareil accident. Garder l’entrée d’une rivière en s’y mettant en force doit dispenser de bâtir des corps de garde, de placer des batteries et des portes sur tout son cours.Le corps de troupes qui veille à ce qui se passe à son embouchure et en état de suivre les vaisseaux qui oseraient y entrer, ce corps se grossissant dans sa marche par toutes les milices averties par des signaux, suit les vaisseaux, et se trouve en force pour s’opposer aux descentes qu’ils pourraient entreprendre. Il est nécessaire que les points capitaux qu’on se propose de garder soient approvisionnés ainsi que les isles de Rhé, d’Oleron et d’Ais. On sent bien que la milice garde-côtes rassemblée sous ces différents postes se dissipera dès le lendemain si l’on se trouve dans l’impossibilité de nourrir hommes et chevaux, comme nous l’étions en 1746. Ce manquement de subsistance rend toutes les précautions précédentes tout à fait inutiles : la première de toutes les précautions et d’avoir des magazins et de les bien placer pour qu’ils soient en sûreté et à portée des endroits où l’on veut se rassembler en force.

J’ai déjà fait remarquer que la quantité de religionaires qui sont établis dans les provinces de Poitou, Xaintonge et d’Aunis sont un puissant motif pour engager les Anglais à former quelques entreprises sur les côtes de ces trois provinces. C’en doit etre un me semble qui doit engager encore plus celui qui commandera à ne point trop diviser ses troupes puisqu’il doit songer uniquement à deffendre les points capitaux dont j’ai fait mention, et à contenir un peuple qu’il serait facile de séduire et de révolter sous le prétexte de la religion.

Les bataillons de campagne garde-côtes qu’avait formés M. de Chabannes étaient parvenus en peu de temps à être très capable de bien servir mais cet utile établissement a été abandonné ou du moins si négligé qu’il n’en reste presque pas traces, les capitaines garde-côtes ne peuvent trouver de lieutenants et sous-lieutenants ; ils en auraient aisément si l’on voulait leur accorder la permission d’en prendre dans les paroisses voisines de celles qui sont dans la garde-côte ; il faudrait que les jeunes gens de famille qui auraient un employ dans la milice garde-côtes fussent exempts de tirer à la milice ; en les assujettissant à y tirer on les met dans l’impossibilité d’accepter le grade d’officier dans les garde-côtes, puisque ce grade ne serait que pour un tems, et qu’il serait sans cesse dans le cas de devenir simples soldats miliciens après avoir servi plusieurs années en qualité d’officiers.
Voici en abrégé les remarques et les réflexions que deux ans de service sur nos côtes m’ont fait faire. Il est prouvé que le plan de défensive que je propose est infiniment moins coûteux, moins fatiguant pour les troupes que celui qu’on avait suivi en 1746.

J’imagine qu’il doit paraître plus sûr s’il est question de s’opposer à quelque entreprise considérable. Je ne connais point assez les côtes de Poitou pour en parler dans ce mémoire ; je sais en gros qu’elles ne sont pas aussi importantes que celles d’Aunis et de Xaintonge, puisque l’ennemi n’y peut faire aucun établissement ni avoir l’espoir d’y détruire une partie de notre marine, comme il pourrait s’en flatter en s’emparant de l’isle d’Ais et faisant une descente entre la Rochelle et Rochefort ou au-dessus de la Rochelle. La conservation de la navigation de la rivière de Bordeaux est encore un objet qui mérite toute l’attention d’un Commandant. Il serait essentiel, outre le fort qu’on établirait à l’embouchure de la Gironde, de fortifier la pointe du Médoc qui est vis-à-vis, et la rade du Verdon qu’il serait de conséquence de ne pas laisser tomber au pouvoir de l’ennemi. Maître de cette rade il pourrait entreprendre jusque sur Bordeaux et sans peine sur toute la Xaintonge. Il est vrai que des gros vaisseaux ne peuvent entrer dans la Gironde, mais il suffirait aux Anglais d’y avoir plusieurs frégates tandis que les gros vaisseaux croiseraient à l’embouchure et dans les pertuis ; ils donneraient sujet de craindre pour la côte d’Aunis.

J’ai cru inutile d’entrer dans un plus grand détail sur le projet de deffensive que je propose : les cartes de la côte à la main je pourrais expliquer ce projet avec plus d’étendüe à Mr de Paulmi qui connaît le pays dont il est question dans ce mémoire, s’il juge mes idées dignes de cet éclaircissement. Je dois faire encore remarquer qu’il est d’autant plus nécessaire d’épargner le service journalier à la milice garde côtes, qu’elle n’est payée ni nourrie.


[1Religionaires : Protestants

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