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1747 - 1860 - Les inondations de la Charente, de la Tardoire, de la Boutonne et du Né

D 11 novembre 2007     H 23:10     A Pierre     C 0 messages A 4425 LECTURES


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Les pluies furent, en effet, si abondantes et si continuelles pendant plus de trois mois, que, dans les premiers jours de mars, le débordement fut tel que, de mémoire d’homme, on n’en avait vu un semblable. Les eaux crurent à un tel point que toutes les prairies et les terres qui avoisinent la Charente furent submergées ...

Source : Les inondations en France depuis le VIe siècle jusqu’à nos jours - Maurice Champion - Dunod - 1863

En 1779, un inspecteur des ponts et chaussées constatait [1] « que la Charente, en amont d’Angoulême, était sujette à de fréquents débordements, parce que les moulins et les digues étaient multipliés sur cette partie du cours de la rivière, » Mais ces débordements n’avaient pas un caractère bien sérieux ; c’est à peine s’il en est question dans les documents historiques ; quelques-uns néanmoins se produisirent dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec une intensité qui les fit considérer comme extraordinaires. En 1740, année mémorable par les grandes inondations, la crue de la Charente dut être considérable, car une gazette rapporte [2] : « que la rivière entra dans Verteuil et qu’elle emporta le pont avec toutes les maisons d’une rue entière. » — En 1747 : « Les pluies furent si continuelles, dit un historien d’Angoulême [3] dans les premiers mois de l’année, qu’un débordement de la Charente emporta, le 22 février, environ vers les 8 heures du soir, trois arches de l’ancien pont de Saint-Cybard, dans la partie la plus rapprochée du grand canal, »

L’historien que nous venons de citer parle ensuite avec quelques détails d’une grande inondation de la Charente, qui eut lieu en 1785, en constatant d’autres débordements qui la précédèrent : « L’hiver de 1773, dit-il, fut très-pluvieux, et accompagné de huit à neuf débordements ; il yen eut un très-long et très-considérable en 1776. Celui que nous donna l’hiver de 1783 l’emporta sur tous [4] ; le débordement même de 1747 ne peut lui être comparé. Les pluies furent, en effet, si abondantes et si continuelles pendant plus de trois mois, que, dans les premiers jours de mars, le débordement fut tel que, de mémoire d’homme, on n’en avait vu un semblable. Les eaux crurent à un tel point que toutes les prairies et les terres qui avoisinent la Charente furent submergées ; le faubourg de Saint-Cybard fut entièrement inondé ; quelques-uns des habitants abandonnèrent leurs maisons, d’autres ne se sauvèrent qu’en passant par les fenêtres pour se mettre entre les bras des bateliers, qui les déposaient dans leurs bateaux, à l’aide desquels on parcourait les rues. On ne distinguait plus ni quais, ni jardins, ni terres, ni prés ; tout n’offrait qu’une vaste nappe d’eau depuis la prairie de Venat jusqu’au port de Basseaux ; l’eau gagna les maisons les plus reculées du faubourg, et s’éleva au-dessus des écluses marinières établies pour la montée et la descente des gabarres. Il est certain que les eaux s’élevèrent à plus de 10 pieds au-dessus de la surface ordinaire de leur lit. Ce fait surprendra peut-être la postérité, ce n’est pourtant pas une exagération, puisque l’eau envahit à un pied près la porte d’entrée du moulin de l’ancienne abbaye. Ce débordement n’occasionna heureusement la chute d’aucune maison ; il n’y eut que les murs de quelques jardins les plus voisins du pont qui en turent renversés. Le mal fut plus grand dans quelques autres lieux de l’Angoumois et particulièrement à la Rochefoucauld, sur les bords de la rivière de Tardouère, où les eaux gagnèrent la grande église, l’hôpital, la halle et bien des maisons ; les arches du pont près du château furent emportées et on compta au moins vingt-cinq maisons dont les unes furent renversées, et les autres très-endommagées. Les ponts de Mansle, sur la Charente, furent emportés ainsi que les chaussées d’Agris, sur la Tardouère, et de Châteauneuf, sur la Charente. »

Le 6 pluviôse an VII (25 janvier 1799), un des affluents de la Charente, la Boutonne avait éprouvé une crue qui enleva deux arches du pont de Tonnai [5].

En 1801 la Charente éprouva une très-forte crue, mais qui resta de 3 pieds au-dessous de celle de 1783 [6], considérée comme la plus haute connue. Bien des fois depuis, les eaux de cette rivière, sortant de leur lit, ont submergé leurs rives et occasionné des dommages, mais ce sont là des débordements ordinaires ; ils se renouvellent fréquemment, et sont, pour ainsi dire, annuels, de sorte qu’il n’y a pas lieu d’en tenir compte.

Cependant, dans ces derniers temps, la Charente a occasionné une inondation assez sérieuse. A la suite de pluies abondantes, son niveau s’éleva d’une manière excessive, au mois de novembre 1859, et les moindres cours d’eau formant son bassin furent également soumis à des crues exceptionnelles. Voici, à ce sujet, quelques extraits des journaux résumant les principaux faits [7] : « A Angoulême, la rivière, débordée de toutes parts, est à une hauteur extraordinaire ; les quais du port de l’Houmeau sont entièrement submergés ; plusieurs rues du faubourg Saint-Cybard et une portion de la route de Saintes sont couvertes d’eau ; les quais nouvellement construits sont inondés. L’eau se précipite à torrents contre le pont qui conduit aux fonderies, et s’élance au-dessus du parapet. On est forcé de déménager, au moyen de bateaux, les maisons qui bordent la rivière. — Les eaux de la Charente ont continué leur crue jusqu’à six heures du soir ; à ce moment, l’inondation était dans toute sa grandeur devant le bureau d’octroi de Saint-Cybard ; la route de Saintes était coupée par une nappe d’eau de plus de 25m. Les eaux ont commencé à se retirer vers neuf heures du soir. Dans l’espace d’une heure, elles avaient diminué de 0m,03 ; ce matin, à six heures, cette diminution était de om,3o, et elle se continue d’une manière très-satisfaisante. — La Charente a beaucoup baissé depuis hier soir ; il ne reste plus que peu d’eau dans les maisons inondées du faubourg Saint-Cybard ; plusieurs d’entre elles sont entièrement à sec. Depuis que les eaux se sont retirées, on a pu constater les désastres qu’elles ont causés dans les pauvres ménages des habitants ; les vieux meubles, agités par les courants, se sont brisés en s’entrechoquant ; le peu de linge et d’autres effets qu’ils contenaient, sont couverts de boue, déchirés ou emportés par les eaux. Ces débris présentent un aspect navrant. »

On écrivait de Civray : « La Charente, pour la seconde fois depuis moins d’un mois, vient d’inonder ses rives. Grossie par les pluies d’octobre, qui, cette année, ont été d’une abondance exceptionnelle, son lit s’est bientôt trouvé trop étroit pour contenir un torrent furieux, formé par son cours d’eau lui-même et par tous les ruisseaux qui venaient se précipiter dans son sein. Aussi le 1er novembre, il y a eu à Civray une véritable inondation : des rues ont été couvertes d’eau et transformées en canaux flottables ; presque toutes les maisons de la rue Basse, de la rue du pont des Barres, de l’impasse du pont Perrain, de la rue Jean-Jacques-Rousseau, du quartier de la Courtille, des hameaux de Roche, Romansac et de la Blanchisserie, sont devenues inhabitables au rez-de-chaussée, où l’eau s’est élevée de 0,30 à 1 mètre de hauteur, suivant le niveau des endroits indiqués. Le presbytère n’a pas été plus épargné, ainsi que l’église, où le service divin n’a pu être célébré. Malgré cette inondation étonnante, qui surpasse peut-être celle qui, en 1844 nous avait emporté le pont des Barres, aucun évènement bien sinistre n’est venu affliger notre cité ; la crue n’a pas cessé d’augmenter depuis le 31 octobre, à six heures du soir, jusqu’au lendemain à la fin du jour. »

Une lettre d’Aigre disait : « Une inondation extraordinaire a surpris, sur les deux heures de la nuit du 1er novembre, les habitants de la ville d’Aigre, dont les maisons, chaix, écuries, etc., ont été envahis par les eaux ; les fûts vinaires et à eau-de-vie, les bestiaux, ainsi que quelques malheureux couchés au rez-de-chaussée, ont été victimes de ce débordement. »

Une autre lettre de Savigné s’exprimait ainsi : « Le débordement de la Charente a emporté le pont de Savigné, construit en pierres d’Angoulême ; il présentait toutes les apparences de la solidité, mais il n’avait pas subi encore l’épreuve d’une inondation furieuse. Le 1er novembre, vers minuit, le bourg et le voisinage ont été éveillés par un bruit qu’on a comparé à un coup de tonnerre. Le pont s’était affaissé sur lui-même et ses débris formaient une chaussée dans le lit du fleuve. On évalue la perte à 18,000 fr. C’est un grand malheur pour le pays et surtout pour la commune de Savigné. On suppose que les fondements des piles ont été minés par l’érosion des eaux. Les deux culées sont intactes. Le jour de la Toussaint, on n’a pu célébrer les offices dans l’église de Civray. L’église était inondée. »

Voici les détails qui étaient transmis sur les dégâts occasionnés dans différentes parties du département par les inondations des 1er et 2 novembre ; « A Aigre, les maisons les plus voisines de la rivière ont été inondées ; les habitants ont été forcés d’en faire sortir leurs bestiaux ; au village du Fouqueure, les maisons, envahies par les eaux, ont dû être abandonnées par les habitants. La vallée de l’Osme est entièrement couverte d’eaux dont le cours est arrêté par la chaussée de la route départementale, et à l’écoulement desquelles ne peuvent suffire les ponts construits sur cette route. Au pont du Moulin-du-Château, comme à celui du Buc, l’eau dépasse de 0m,10 la clé de la voûte. Les eaux de la Charente sont complètement débordées et elles menacent de rompre la chaussée entre la gare de Luxé et le pont de la Terne, par-dessus laquelle elles commencent à passer. A Barbezieux, la rivière le Né a débordé, par suite de pluies torrentielles ; le pont de Pladuc a subi des avaries considérables. A Vars [8], la surface de la chaussée du Portal est emportée ; l’arche du milieu du grand pont du Portal s’est écroulée ; ce qui reste, menace ruine ; une crevasse, qui s’agrandit toujours, fait craindre pour le pont Neuf, L’usine de La Mothe-Charente a beaucoup souffert de l’inondation ; des dégâts considérables ont eu lieu ; des pans de murs se sont écroulés, des planchers entiers ont été soulevés. On a constaté près de 1m,50 d’eau autour de la maison d’habitation. »

A la Rochefoucauld, l’inondation de la Tardouère se montra également très-dommageable : « La ville de la Rochefoucauld, disait une lettre, vient, pour la seconde fois, dans l’espace de dix jours, d’être visitée par les eaux. Les journées des 31 octobre et 1er novembre marqueront dans les souvenirs des habitants. Le 31 octobre, vers six heures du soir, l’eau franchissait déjà les parapets du pont du château et couvrait entièrement le champ de foire aux bœufs ; la pluie ne cessait de tomber et les progrès étaient tellement rapides, que, vers neuf heures, les eaux envahissaient plusieurs rues et isolaient complètement les faubourgs de la basse ville et de Saint-Florent. La nouvelle halle aux grains a elle-même été inondée à une hauteur de 0m,62. La journée du 1er novembre a été plus funeste encore. Dès le jour, la moitié de la ville ne présentait plus qu’une vaste nappe d’eau ; les courants les plus rapides s’étaient formés dans plusieurs rues et notamment dans celle des Tanneurs, qui a été défoncée dans tout son parcours, et dans laquelle l’eau s’est élevée jusqu’au premier étage des maisons. Plusieurs familles de cette rue ont été obligées d’abandonner leurs demeures, dont quelques-unes offraient des dangers. La maison n° 14 de cette même rue, s’est écroulée en partie, par suite de l’affaissement d’une colonne qui a causé la rupture d’une solive et a entraîné la chute d’un plancher et de la charpente. Trois commencements d’incendie, dans des magasins de chaux, ont été promptement étouffés. L’eau s’est élevée dans beaucoup de maisons à la hauteur de 1m,50 ; plusieurs rues et places sont entièrement défoncées ; les dégâts sont considérables. » Du côté de Montbron les mêmes désastres se produisirent ; une lettre du 1er novembre disait : « La Tardouère a débordé une seconde fois depuis quinze jours. La crue a été extraordinaire : les eaux sont parvenues à une hauteur qu’elles n’avaient pas atteinte de mémoire d’homme. La circulation a été interrompue sur divers points et notamment sur la route de Mansle à Séreilhac, près du village de Chez-Rouis. La chaussée en cet endroit, est fortement déprimée, et les eaux de toute la plaine en amont s’y précipitent en abondance ; il y a 1m,50 d’eau à l’endroit le plus profond. »


[1Munier, Observations relatives à l’Angoumois, 1779.

[2Journal de Verdun, février 1741, p. 154.

[3Desbrandes, Histoire d’Angoumois. MS. de la Bibliothèque d’Angoulême.

[4De nombreux détails sur les dégradations et les dégâts causés par cette inondation extraordinaire, se trouvent aux Archives de l’Empire, Liasse F14 1189, laquelle contient un volumineux dossier ayant trait à la navigation de la Charente, qui fait aussi l’objet de la Liasse 1190. — En 1775, un arrêt du Conseil avait ordonné l’exécution d’ouvrages sur cette rivière. V DEUXIEME PARTIE. DOCUMENTS, pag. CXLV, Pièce 323.

[5Archives de l’Empire. Liasse F14 1188.

[6Desbrandes. MS. cité.

[7Le Charentais du 4 au 6 novembre 1859.

[8Le rapport du préfet de la Charente au Conseil général (session de 1860) disait : « La crue de novembre 1859 a produit des avaries considérables aux ponts du Portal et de Vars, sur la route n° 14. La circulation a été interrompue ; elle est rétablie. »

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