1749 - Interrogatoire de Jean Michelet, marié au désert, détenu à Cognac

D 22 avril 2007     H 15:36     A Pierre     C 0 messages A 1429 LECTURES


21 octobre 1749. — Interrogatoire de Jean Michelet, détenu dans les prisons de Cognac pour avoir fait bénir son mariage au désert.

Source : AD 17 - C. 137 bis, 38. - Cité dans Bulletins et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de Charente - Année 1875

Par interrogatoire extrajudiciaire de Jean Michelet détenu èz prisons royalles de Cognac, en vertu des ordres de Monseigneur de Blair de Boisemont, Conseiller du Roy en ses Conseils et Intendant de la Généralité de la Rochelle, par le sieur Jean Fé, président lieutenant général au siège royal de Cognac et subdélégué de mondit seigneur l’Intendant, après serment au cas requis, appert ledit Jean Michelet avoir répondu ce qui suit :

- Interrogé de son nom, âge, qualité et demeure.
A répondu qu’il s’appelle Jean Michelet, qu’il est tonnelier de profession, âgé de 42 ans, et qu’il demeure en la paroisse de Mainxe, au village de chez Juillier.

- Interrogé quelle Religion il professe.
A répondu qu’il est de la Religion de Notre Seigneur Jésus Christ.

- Interrogé en quoy il fait consister les devoirs de cette Religion.
A répondu que selon sa Religion, il n’est pas tenu d’aller à l’Eglise, mais qu’il se contente de prier Dieu chez luy, qu’il ne croit pas non plus, suivant cette Religion, être obligé de se confesser ny de communier ny faire bien d’autres actes qu’observent les Catholiques Romains.

- Interrogé s’il a toujours pratiqué cette Religion, s’il la croit bonne et meilleure qu’aucune autre.
A répondu que jusqu’à l’âge de douze ans, il a été à l’Eglise et y a écouté avec les jeunes gens de son âge les instructions qu’on y faisoit, pendant lequel tems il s’est confessé environ deux fois, autant que sa mémoire peut le luy fournir, qu’après cet âge voyant que son père et sa mère professoient la Religion Protestante différente de celle de l’Eglise, il crut devoir se ranger de leur côté et ne devoir plus suivre les inspirations du maître d’école qui luy aprenoit à lire et l’avoit engagé d’aller à l’Eglise, qu’au surplus il croit que la Religion Protestante qu’il professe aujourd’huy est bonne, qu’il ne sçait si elle est meilleure que la Catholique, et laisse à Dieu le soin d’en décider.

- Interrogé, s’il reçoit quelques instructions sur sa Religion de quelques gens qui disent avoir un caractère à cet effet.
A répondu qu’en effet il y a dans la Religion Protestante des ministres qui prennent ce soin.

- Interrogé s’il n’en connoît point quelques uns.
A répondu avoir ouï dire qu’il y en a plusieurs, mais qu’il ne connoît que le nommé Pélissier qui l’a marié depuis peu avec la nommée Anne Gautier, de la même paroisse de Mainxe.

- Interrogé comment estoit fait ledit Pélissier, quelle pouvoit être sa figure, son âge, ses vêtemens, d’où il venoit, en quel endroit il fit ce mariage, de quelle manière il le fit et où il a pu se retirer depuis.
A répondu que c’est un homme de la taille d’environ cinq pieds de haut, d’assez bonne mine, ayant le visage plein, de couleur brune, ayant le nés long, la bouche de grandeur médiocre, les lèvres fraîches et vermeilles, portant perruque à bource, et à face qui étoit poudrée, et dont il n’a pas connu la couleur des cheveux, paraissant assez bien pris dans sa taille et de l’âge d’environ quarante-cinq ou cinquante ans, qu’il étoit vêtu d’un habit noir, qu’il ne sçait d’où il venoit, que l’endroit où ledit ministre le maria est scitué près du village de la Nérolle paroisse de Segonzac dans un bois taillis, au lieu appelé la Fosse de L’Aubreau, que c’étoit la nuit du neuf au dix ou du dix au onze de Septembre dernier, environ minuit, qu’il y avoit dans le même lieu et à la susdite heure plusieurs autres protestans assemblés, que luy répondant conjointement avec ladite Anne Gautier qui y étoit avec luy dans le dessein de se marier ensemble et voyant que ledit Pelissier faisoit d’autres mariages, s’approchèrent de luy et le requirent de les marier, aussy qu’ils luy présentèrent d’abord un anneau d’argent orné d’une pierre bleue, que ledit Pelissier commença par le prendre, demanda ensuite à luy répondant s’il acceptoit ladite Anne Gautier pour femme et à ladite Anne Gauthier si elle acceptoit ledit répondant pour époux. Après quoy l’un et l’autre ayant répondu que oui, ledit Pelissier prononça ces paroles en français : « Je vous marie, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. » Ensuite donna l’anneau à luy répondant qui le mit au doigt annulaire de la main droite de ladite Gauthier. Ledit Pélissier leur fit ensuite à tous les deux une exhortation sur le mariage et termina la cérémonie par une prière qu’il fit à genoux d’une voix assez intelligible, mais dont le répondant ne se rappelle ny le sens ny les termes, mais à laquelle ladite Anne Gauthier et luy ne laissèrent pas de s’unir, s’estant agenouillés aussy, cela fait, ladite Anne Gauthier et luy se retirèrent chez ledit répondant au village de chez Juilliers, où ils couchèrent ensemble, qu’au surplus aussitôt après que le répondant fut marié et avant de se retirer, il demanda audit Pélissier de luy délivrer un certifficat de son mariage, ce qu’il fit sur le champ, l’ayant écrit sur une petite table qui étoit apportée et sur du papier marqué dans la forme détaillée au papier qu’il a entre mains et qu’il offre de représenter.

- Sommé de nous faire la représentation dudit papier et certifficat de mariage, le répondant a dit estre prêt et nous l’a sur le champ mis entre mains.

- Interrogé s’il n’a point cognoissance que ledit Pélissier fut prestre ou muni de quelque autre ca¬ractère.
A répondu ne l’avoir, pas ouï dire et ne le point s ça voir.

- Interrogé quels furent les autres particuliers qui se marièrent aussi dans la même assemblée.
A répondu que le nommé Pissot, du village du Four La Chaud y fut marié avec la nommée Mocquet, du village de La Chaize, tous deux de la paroisse de Mainxe, qu’il y eut encore un autre particulier de la paroisse de Segonzac, dont le nom luy est inconnu ainsy que celuy de sa prétendue femme.

- Interrogé s’il ne se passa pas autre chose à ladite assemblée, si on ne fit pas quelque prière, quelques baptêmes, combien elle dura, s’il n’a pas reconnu quelques uns de ceux qui y assistoient.
A répondu que s’étant rendu à ladite assemblée vers la fin, il ignore ce qui pouvoit s’estre passé auparavant ne sçachant point combien elle dura n’ayant reconnu que le nommé Pissot, dont il vient d’être parlé, la plus part estant couverts de capes et manteaux.

- Interrogé si lors de la cérémonie, dont il vient d’estre parlé, Pélissier n’avoit pas près de luy quelque assistant et comment il estoit placé.
A répondu n’avoir vu aucun assistant auprès dudit Pélissier et s’est aperçu seulement que celui-ci étoit assis sur une chaise placée sur une petite table d’où il avoit inspection sur tous ceux qui y étoient rangés autour de luy, de laquelle chaise il descendit pour écrire sur la même table le certificat de mariage dont a été parlé.

- Interrogé s’il ne connoît point d’autres ministres de la même Religion Protestante, par exemple les nommés Pradon, Besset, Mounier [1] et Duplessis, s’il ne sçait point où ils se tiennent, s’il s’est tenu d’autres assemblées avant ou depuis celle dont il s’agit, s’il n’y a point assisté.
A répondu ne point connoitre d’autres ministres mais avoir ouï dire seulement qu’il y en a, sans sçavoir où ils se tiennent, ignore s’il s’est tenu d’autres assemblées et n’a jamais assisté à d’autres, si ce n’est à une qui se tint il y a quatre à cinq ans au lieu appelé le Bois de Chez Voix en la paroisse de Saint Preuil et pour raison de quoi il fut accusé dans le même temps et conjointement avec deux de ses frères d’avoir invité des particuliers d’y porter leurs enfants pour les faire baptiser et fut ensuite emprisonné à La Rochelle avec ses frères où il resta quelque temps.

- Interrogé s’il croit bon le mariage qu’il a ainsy contracté avec ladite Gauthier et s’ils ont toujours habité ensemble depuis.
A répondu qu’il le croit bon et que dans cette idée il a effectivement toujours habité avec ladite Gauthier [2] depuis ce temps là et la tient pour sa femme légitime.

Ce fait, avons fait lecture, sommé de signer, a déclaré être prêt et avons paraphé ledit certificat de mariage et avons signé avec ledit Michelet et Ambroise Robin notre greffier.

Fait à Cognac, ce 21 octobre 1749.

Signé : FÉ. — MICHELET. — ROBIN, greffier.


[1Pierre Gamain dit Lebrun ou Moinier, de la Barre de Sepvret, proposant en 1742, envoyé à Lausanne en 1747. fut secondé en 1750 par Michel Viola dit Germain.

[2Complétant l’interrogatoire de son mari, Anne Gautier déclare qu’« il y a eu un contrat reçeu par le sr Biteaudeau, juge de St Mesme et notaire royal en présence de quelques uns des parens des deux costez, il y a eu aussy des bans publiez dans la mesme assemblée, a où elle a été mariée et un instant avant la bénédiction... Son mari et elle n’ont donné aucun argent au ministre en aucun temps. »

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