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1757 - La Royal Navy attaque l’Ile d’Aix - Journal d’un marin anglais

D 9 juillet 2007     H 00:05     A Pierre     C 3 messages A 5613 LECTURES


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Lever de soleil sur l’Ile d’Aix
Photo : P. Collenot - 2005

Un document exceptionnel : un marin anglais raconte - dans un style plein d’humour et de précision - une invasion de l’Ile d’Aix par la Royal Navy avec une armada tout à fait impressionnante. L’objectif est de prendre Rochefort ou/et La Rochelle ...

Source : Bibliothèque Municipale de Saintes - Fonds ancien - MS 133

Nota : Ce document de 1757, dont rien ne précise comment il est parvenu dans ce fonds, ni comment il aurait été traduit, fait partie d’un ensemble relié en un seul volume d’archives diverses, datées en grande partie de 1809, sur le dispositif de défense des côtes d’Aunis comprenant l’Ile d’Aix, le Château d’Oleron, le fort du Chapus, Brouage, St Martin de Ré, Rochefort, La Rochelle et le futur Fort Boyard (en projet en 1809).

Notices explicatives sur cette expédition Le contexte historique Les acteurs Les vaisseaux

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Relation véritable de la dernière grande expédition sur les côtes de France
sous la conduite des amiraux Hawke, Knowles et Broderick, du Général Mordaunt
par un volontaire qui a assisté à cette expédition

L’an de N.S. 1757, le 30ème du règne de George 2 et sous le Ministère patriotique de Démosthène Pitt, on projetta et l’on exécuta une expédition secrète que les historiens anglais rapporteront avec ravissement et que la postérité considèrera avec étonnement.

Nous étions dans ce tems là en guerre contre la France, cette guerre faute de conduite dans une partie du monde et de courage dans l’autre avait été dès le commencement accompagnée d’incidents fâcheux et de défaites : notre petite armée en Amérique avec son chef fut taillée en pièce ; Minorque pris par un ennemi étourdi ; notre flotte couverte de honte et de confusion par un amiral que le conseil de guerre à ce qu’il paraît a taxé de négligence ; notre grand allié S. M. Prussienne, repoussée par S. M. Impérial notre ancienne alliée qui nous a tant couté ; S. A. R. de Cumberland, obligé par une armée trop nombreuse à laisser les états héréditaires de son père à la merci d’un ennemi pétillant.

Ce tableau tout étrange qu’il paraisse est cependant celui de la véritable situation où nous nous trouvions, lorsque la secrète expédition dont je vais faire la relation, fut sagement concertée et mise à exécution avec tant d’intrépidité.

L’auteur de ce mémoire joignit en qualité de volontaire le camp dans l’isle de Wight le 21 août 1757. Il s’était déterminé à prendre part à cette expédition principalement par la grande idée qu’on lui avait fait concevoir de ses commandans et en particulier par l’aiguillon de la gloire dont tout jeune cœur est généralement enflammé ; on verra dans la suite de quelle manière son attente et ses espérances ont été remplies. Je ne peux dit l’auteur m’empécher de me réjouir, en arrivant au camp, de voir nos généraux extrèmement assidus à exercer et à améliorer la discipline de notre petite armée ; sans s’assurer au poids des fusils, on ne s’occupait prudemment qu’aux grandes évolutions, comme l’objet le plus important nous passions les journées aux combats simulés, attaques, retraites, et on ne laissait pas nos ingénieurs désœuvrés ; ils tiraient des lignes, faisaient des retranchements et élevaient des batteries : à la vérité il ne paraissait pas par leurs ouvrages qu’il y eut des Vaubans parmi eux, mais me flattant que nous n’avions pas grand besoin de leurs lumières, je me tranquillisais sur cet article.

Auss itôt que l’on apprit l’arrivée des bâtiments de transport on donna l’ordre de l’embarquement. Le 5 7bre la brigade de la droite marcha à Cowes et s’y embarqua dès le soir ; cette brigade était composée des régiments de Corbies, King, Kingeley, Home, Hodgson ; la brigade gauche composée des régiments de Brudenal, London, Crouwalis, Québusx et Brutinuk s’embarque le jour suivant et le lendemain matin tous les bâtimens de transport joignirent la flotte à Spithead.

Que le lecteur juge de la force et de la magnificence de la flotte par la liste suivante des vaisseaux : (ndlr : voir tableau descriptif des vaisseaux composant cette armada) [1]

canons
Le Royal George 100 Le Dublein 74 Le Ramillies 90 L’Essex 64
Le Neptune 90 Le Ba 74 Le Namur 90 L’Intrépide 64
La Princesse Amélie 80 L’Alcide 64 Le Royal Guillaume 84 Le Medesey 64
Le Magnanime 80 Le Dunkerque 60 Le Sorbay 74 L’Achille 60
Le Barfleur 80 L’Amérique 60

18 vaisseaux portant ensemble 1352 canons
6 frégates, 2 galiotes à bombe, 2 brûlots, 2 vaisseaux d’hopital, 44 bâtimens de transport et 6 croiseurs.

Avec cette notable flotte consistante en 80 voiles, nous mîmes en mer le 8, gros d’attente et pleins de confiance ; tout individu paraissait transporté à la vue de notre invincible armement. En effet c’était l’appareil le plus formidable et le plus frappant que j’eusse jamais vu : les vaisseaux étaient les plus puissants et les mieux conditionnés de toute la Marine, les régiments quoi qu’il n’y en eut qui ne le cédaient à aucun corps en service et nous regardions nul commandant comme des gens d’une habilité reconnue dont les talents et le courage ne souffraient pas le moindre doute. Au milieu de ces contemplations, nous nous amusions à l’espoir flatteur de la victoire pendant que notre destination fut douteuse, mais lorsque le 14 nous enfilâmes la baye de Biscaye, il nous parut évident qu’on en voulait à quelque partie de la côte de France ; ce fut alors qu’on publia les ordres généraux suivans, datés du 15 à bord du Ramillies. Le lecteur en les lisant pourra se faire une idée claire de la façon dont on s’était proposé d’exécuter le débarquement, si quelque étrange fatalité ne fut venue le détourner ; voici ces ordres :

Aussitôt que les vaisseaux mouilleront pour la décente (sic) les colonels joindront immédiatement leurs corps.

Les grenadiers et les compagnies détachées seront probablement les premières à décendre, ainsi ils doivent être les premiers prêts, après eux les bataillons selon leur rang, ou selon leur situation la plus ou moins convenable.

Chaque vaisseau fera descendre dans ses esquifs des officiers à proportion de ses gens.

Le soldat aura deux bons fusils et 36 coups à tirer, excepté les grenadiers et les compagnies détachées qui en auront le double.

Le premier corps qui mettra pied à terre doit être accompagné d’un ingénieur, et avoir avec soi des instruments propres à faire des retranchements ; il doit être pourvu de ses haches et de ses crochets et avoir ses provisions de biscuit et de fromage pour deux jours et ses flacons.

Les bâtimens qui ont le même régiment à bord mouilleront aussi près l’un de l’autre qu’il sera possible.

On tiendra prêt à débarquer du biscuit, du fromage et du boeuf pour 6 jours de subsistance pour toutes les troupes qui se trouveront à terre.

L’artillerie légère sera débarquée aussi tôt qu’il sera possible ; les vaisseaux d’ordonnance mouilleront pareillement près les uns des autres et leurs esquifs ne serviront qu’aux transports de l’artillerie et des outils de la tranchée.

Aussitôt qu’on se sera emparé d’un poste sur la côte, l’ingénieur en chef tracera un retranchement pour assurer les provisions, les magasins, la grosse artillerie, la poudre ou autres choses nécessaires à l’armée ; on débarquera tout de suite les tentes, les couvertures, les casaques, les havresacs, le reste des outils de tranchée, les munitions de réserve, les provisions, les échelles, les pétards, etc. afin que rien ne retarde l’exécution de l’entreprise.

Lorsque les troupes seront à terre, on y débarquera outre les havresacs, une tente, 2 couvertures et un chauderon pour 8 hommes, une tente de soldat pour les officiers d’une compagnie.

L’armée en marche, toutes les tentes seront transportées par des soldats jusqu’à ce qu’on ait trouvé de meilleurs moyens, chaque soldat n’aura qu’une chemise, une paire de souliers et une paire de bas dans son havresac.

Il ne sera permis à aucune femme de mettre pied à terre que le général ne l’ait ordonné.

Il restera à bord de chaque bâtimens de transport une personne qui aura soin du bagage appartenant aux officiers et aux soldats jusqu’à ce qu’on le demande.

Dans toutes les rencontres où l’on pourra supposer que l’ennemi fera face, le lieutenant général ordonne que le corps qui doit faire l’attaque marchera avec vigueur et ne fera feu que fort près de l’ennemi ; et dans toutes les occasions le général ordonne aux troupes de courir sus à l’ennemi, la bayonnette au bout du fusil, façon d’attaquer à laquelle la force supérieure et le courage des troupes britanniques ne sauraient manquer de réussir.

On doit s’attendre que les troupes trouveront sur les côtes un certain nombre de milices qu’il leur sera aisé de disperser.

Les premières pièces d’artillerie dont on aura besoin seront celles de 3 et 6 livres de balle et les obusiers ; ainsi il faudra qu’on les tienne prêts au moment où les navires mouilleront.

On nommera des officiers de marine pour la direction des esquifs qui transporteront les gens à terre, et les officiers de terre auront soin que l’on remplisse exactement les ordres que ceux de la marine auront donné aux équipages des esquifs.

Les esquifs seront rangés par direction sous les ordres de leurs officiers respectifs.

On laissera à bord des batimens tous les soldats qui ne seront point en état de servir.

Le 17 7bre on publie les ordres suivants dattés à bord du Ramillies dans la baye de Biscaye.

Le capitaine James, du corps de l’artillerie fournira à chaque vaisseau de l’escadre une pièce de fonte légère de l’artillerie de campagne pour servir dans les barques longues destinées au transport des troupes de débarquement et 2 canons de munition ; et la direction des canons sera confiée à quelque homme tiré du régiment d’artillerie.

Par le cours que nous tenions il n’est pas douteux que nous n’eussions jetté la vue sur la Rochelle ou Rochefort, ou qu’il ne fut question de faire une déscente dans l’isle de Ré ou celle d’Olleron. Le 19 à 8 heures du soir toute la flotte fut surprise à la vue du signal que fit l’amiral de Culen : le vent étant bon, la nuit claire et la terre à plus de 20 lieues par proue, nous continuâmes ainsi sans aucune cause apparente pas moins de 8 heures avant qu’on fit signal de remettre à la voile.

Le 20 environ trois heures après midi nous vîmes l’Isle d’Oleron ; ce fut peu après qu’un vaisseau de guerre français se trouva presque au milieu de notre flotte ; mais enfin reconnaissant sa méprise, il mit toutes ses voiles et se laissa aller au vent ; il n’y eut dans toute notre flotte point de vaisseau qui ne pût s’en appercevoir aisément, cependant il ne se fit point de signal de chasse, que lorsque la chasse ne fût point de saison ; ce fut alors que 4 de nos vaisseaux de guerre le poursuivirent et le virent entrer sain et sauf dans la Garonne. Je ne prétend pas pénétrer les raisons politiques de ce procédé dilatoire, mais je suis sûr qu’aux yeux du public cela paraîtra la bévue la plus étrange qui se fût jamais faite.

Le 21 nous avançâmes jusqu’à la hauteur de l’isle d’Olleron et le soir nous arborâmes pavillon anglais et partames vers la côte, mais le vent ayant tout à coup changé nous fumes tout à coup obligés de mouiller.

Le 22, nous levâmes l’ancre pour avancer, mais le calme nous obligea à mouiller ; de nouveau vers le midi ; sur les 3 heures de l’après midi la flotte remit à la voile, avançant entre les isles de Ré et d’Olleron, et à 10 heures du soir elle mouilla pour la 3ème fois.

Il est bon d’insérer ici les ordres dattés du 21 à bord du Ramillies par le Chevalier Jean Mordaunt, lieutenant général des troupes de Sa Majesté, etc.

Sa Majesté m’ayant autorisé par une patente signée de sa propre main de publier tels ordres et tels règlemens qui pourraient être propres à être observés par les officiers et soldats du corps que je commande ; comme aussi de punir de mort ou autrement tous transgresseurs selon la nature du délit ; et comme le succès de cette importante descente sur la côte de France pourra dépendre beaucoup du bon ordre et de la discipline qu’observeront les officiers et les soldats, il me paraît fort nécessaire pour l’exécution des ordres de Sa Majesté ainsi que pour la sûreté et l’honneur des troupes que je commande d’établir les règlemens et les ordres suivants, et de déclarer en même temps qu’il n’y aura point de pardon pour ceux qui les transgresseront.

Il ne sera permis à aucun soldat de passer de jour ou de nuit les sentinelles du camp, à moins qu’il ne soit accompagné d’un officier ; tout homme qui le tentera sera fusillé sur-le-champ.

On observera dans la marche l’ordre le plus exact et tout soldat qui sans la permission de son officier s’écartera à quelque occasion que ce soit sera puni de mort.

Lorsqu’un soldat aura la permission de son officier de s’écarter de son poste ou de la division, un officier non breveté sera chargé de le conduire.

Toute maraude et tout pillage sans la permission du commandant en chef sera puni de mort et l’on usera de la dernière sévérité à l’égard de tous autres excès et irrégularités ; d’un autre côté le général s’étudiera à récompenser le mérite.

L’ivresse sera punie avec la dernière rigueur, particulièrement envers ceux qui seront trouvés ivres dans le tems du service.

Ceux qui iront chercher de l’eau, du bois, des provisions, des munitions, des outils et autres choses seront commandés par un officier breveté et ces officiers répondront de leur conduite au général.

Les officiers brevetés ou non brevetés et les soldats en service sont tenus d’être exacts et vigilants, et il leur est défendu de s’écarter de leurs postes ou de leurs détachements sous quelque prétexte que ce soit.

Tout soldat de quelque corps qu’il soit obéir aux officiers de son régiment sans distinction et tout homme fera de son mieux pour le service de Sa Majesté en cette importante occasion.

Un officier de chaque compagnie fera l’appel 4 fois dans l’espace de 24 heures, entre autres 2 fois entre la retraite et le service..

Les officiers aux gardes et les postes avancés feront l’appel à toutes les 2 heures, et tout officier breveté ou non breveté qui ne se trouvera pas présent à cet appel sera mis immédiatement en conseil de guerre et puni de mort ou autrement selon qu’il en sera jugé par le Conseil.

Tout soldat qui prodiguera les munitions sans ordre sera réputé avoir contrevenu aux ordres militaires et puni en conformité, et tout homme qui s’écartera de son drapeau sous prétexte qu’il manque de munitions ou pour quelque autre cause que ce soit mourra.

Il est défendu sous les peines les plus sévères aux soldats d’en agir d’une manière inhumaine, barbare et brutale envers les habitants du pays ; à quelque ouvrage qu’on l’employe il doit s’en acquitter avec tout le soin et la diligence possible ; l’officier et le soldat doivent concourir de tout leur coeur à tout ce qui tend au bien public.

Le général ne doute nullement que les troupes ne s’acquittent avec autant de promptitude que de résolution de toutes les parties du service et que Sa Majesté et la Nation ne soient satisfaits de leur conduite et de leur valeur, au point de se persuader qu’il n’a rien manqué de leur part pour assurer le succès.

Tout officier qui se distinguera en quelque rencontre peut compter sur l’approbation et l’attention du général et qu’il ne manquera de le recommander fortement à Sa Majesté et au Duc, et afin qu’il puisse avoir la satisfaction de rendre cette justice aux officiers sous ses ordres, il s’attend que les commandants des corps lui rapporteront dans toutes les occasions ce qu’il n’aura pu par lui-même observer.

Tout détachement parti ou bataillon qui aura fait paraître une résolution peu commune peut s’attendre au crédit qui lui en viendra et que l’on rendra un compte fidèle de leurs actions.

Ces ordres furent reçus comme il le devaient, avec des acclamations universelles, en effet ils étaient très propres à inspirer aux officiers ce courage qui est l’âme d’une armée au moment d’une action.

Le 23 sur les 8 heures du matin notre avant-garde mit à la voile et poussa vers l’île d’Aix située à l’embouchure de la rive qui conduit à Rochefort ; le reste de la flotte demeurera à l’arrière environ à deux lieues de l’isle. Le capitaine How, à bord du Magnanime, conduisait l’avant-garde. Vers le midi les Français firent feu de leur fort, mais pendant quelque temps sans aucun effet. Il continua son cours fort tranquillement sans tirer un seul coup, jusqu’à ce qu’il ait gagné la longitude du fort ; il fondit alors sur le fort et mouilla aussi près qu’il put mener son vaisseau ; dans cette position il commença à saluer les Français à son tour et son feu fut si continu qu’en moins d’une minute de son vaisseau parut tout enflammé ; après la première bordée on ne tira plus guère du fort ; cependant il s’écoula encore plus d’une heure avant qu’on y baissât le pavillon : le Barfleur avait aussi pointé quelques pièces, mais ils se trouva trop éloigné pour pouvoir faire quelque effet.

A notre entrée au fort nous trouvâmes que toute sa force avait consisté en 6 canons de fer, montés en barbette ; 2 de fonte au sommet d’une vieille tour et 2 mortiers. Nous y fîmes prisonnier 500 hommes partie soldats partie matelots.

Je souhaiterais pouvoir dire avec vérité que nos gens se sont comportés avec autant de modération qu’il l’auraient dû ; mais je suis mortifié pour l’amour de notre discipline d’avouer que les ordres sévères que le lecteur vient de lire n’ont pas été aussi sévèrement exécutés. On souffrait que matelots et soldats s’enivrassent à la fureur et que dans cet état abominable, ils insultèrent cruellement les pauvres habitans. En bien peu de tems cette petite isle devint la scène la plus horrible de dévastation ; on souffrit le pillage de l’église, les pauvres prêtres virent leurs bibliothèques étrangement dérangées et mises en pièces et leurs habits servant de mascarade aux ivrognes. Si quelques-uns de ces misérables eussent été pendus sur-le-champ cela nous eût fait plus d’honneur que la présente conquête elle-même et nous aurait par là bien affermi notre discipline.

Dans les rue de l’Ile d’Aix, au petit matin
Photo : P. Collenot - 2005

Le fort de l’isle d’Aix était une pièce de la propre architecture de Vauban, et si des ouvrages dont on travaillait à l’augmenter du côté de la mer eussent été finis, ç’eut été une place très forte, mais tel qu’il était alors, il n’y avait pas moyen de le défendre. Si le capitaine How eut été informé de son véritable état, il aurait été l’attaquer dans sa barque longue plutôt qu’à bord du Magnanime ; car à la première volée des petites armes à feu l’ennemi, faute d’embrasure pour se couvrir se serait vu forcé d’abandonner son canon. Cette digression ne doit pas me faire soupçonner de vouloir ternir la réputation de Monsieur How ; je suis persuadé qu’il connaissait aussi peu l’état de ce fort, que nous avons paru en général par notre façon d’agir connaître toute autre partie de la côte où nous devions tenter la descente. Avant de quitter cette isle il ne sera pas hors de propos d’informer le lecteur qu’à vue de pays elle m’a paru avoir environ 5 milles d’Angleterre de circonférence et qu’elle ne produit qu’un très petit vin que nous avons fait nos efforts pour détruire cette année.

Quelque peu considérable que fut cette première conquête, comme elle paraissait cependant nous présager d’ultérieurs succès, elle enfla le courage de tous nos gens, comme si l’on y aspirait avec beaucoup d’empressement : si l’on avait tenté la descente ce soir-là ou même le lendemain je suis moralement assuré qu’on aurait fait tout ce qu’on pouvait attendre un armement si considérable ; mais non, on laissa passer 5 jours entiers pendant lesquels on resta dans la plus grande inaction à la vue de la Rochelle et de toute la côte. Je ne doute point que nos chefs n’ayent eu leurs raisons pour ce délai : quant à nous qui n’êtions pas du Conseil et particulièrement un volontaire ignorant parfaitement l’art moderne de la guerre ; il nous sembla que c’était donner à l’ennemi le tems de rassembler ses forces ; car il faut se ressouvenir que depuis 8 jours on nous avait vus sur la côte de France ; qu’on n’aille pas pourtant s’imaginer que nous ayons été pendant tout ce tems entièrement inactifs : non, il s’est tenu de fréquents conseils, pendant qu’on était si assidu à sonder le long de la côte que j’ose avancer qu’on sera en état de dresser une carte complète de ces parages pour le bénéfice de futures expéditions. En attendant, la cause du délai devenait tous les jours plus impénétrable ; les braves séchaient d’impatience, pendant que ceux dont les sens était plus rassis et l’esprit plus tourné à la politique se fortifiaient de plus en plus dans l’opinion qu’on n’avait jamais pensé à mettre pied à terre au pays d’Aunis ; mais quand nous y faisant voir, nous n’avions en dessein que d’y attirer les troupes de l’endroit où se ferait la véritable descente, que lorsque nous leur aurions donné le temps qui leur falait pour se mettre en marche, nous irions droit à notre objet et que le débarquement se ferait avec toute la diligence possible ; mais qu’ils se trompaient bien fort : ceux que nous soupçonnions capables d’un trait pareil de politique militaire ils seraient au bout de leur rôle, lorsqu’après-midi 28 l’amiral appela à bord du Ramillies tous les commandans des régimens et qu’à 8 heures du soir on fit à bord des bâtimens de transport la lecture des ordres suivans :

Les troupes se tiendront prêtes à descendre des bâtimens dans leurs esquifs à minuit ; il y aura un certain nombre d’esquifs, des vaisseaux de guerre destinés au service de chaque régiment sous les ordres d’un lieutenant ; ces esquifs et ceux du bâtiment de transport qui seront sous la direction d’un lieutenant d’infanterie recevront les grenadiers, les piquets, une deux ou autant de compagnies qu’elles pourront contenir. Le commandant de chaque régiment mettra pied à terre avec le premier détachement ; on aura soin que les soldats ne soient pas trop pressés dans les esquifs.

Les rameurs seront pour la plupart des soldats, qui après le premier débarquement retourneront à leur corps et iront et viendront jusqu’à ce que le tout, hommes, provisions, tentes, bagages &c. seront à terre en conformité des ordres du 18 7bre lorsque la 1ère partie de chaque régiment se trouvera embarquée, il faudra se rendre sans bruit au rendez-vous assigné à la division et toute la division y recevra ses ordres d’un capitaine de vaisseau de guerre auquel il faudra obéir exactement en tous points.

L’attaque de l’îsle d’Aix est un bel exemple est le général se promet que les troupes tâcheront d’imiter le sang-froid et la valeur décidée que l’on a fait paraître à cette occasion.

Il est deffendu au soldat tant qu’il sera dans les esquifs de faire feu sous quelque prétexte que ce soit, mais il attendra jusqu’au moment qu’il puisse joindre l’ennemi la bayonnette au bout du fusil.

On distribuera 8 mantelets par régiment et les officiers commandant en disposeront pour mettre en cas de besoin les esquifs et les rameurs à couvert des coups de mousquet, et débarqueront le plus doucement et dans le meilleur ordre qu’il sera possible.

Les compagnies se formeront et se tiendront prêtes à attaquer tous ceux qui se présenteront.

L’ingénieur en chef, le quartier maître général et ses députés mettront pied à terre avec le 1er corps qui débarquera immédiatement après le deuxième débarquement, on mettra à terre les outils propres pour les retranchemens. M. Bois controlleur d’artillerie est nommé pour donner les ordres à l’ingénieur en chef, au capitaine de l’artillerie et à chaque branche de ce département. On lui obéira.

Chaque régiment enverra immédiatement le nombre de tentes qui l’aura de reste en comptant une tente pour 8 hommes, suivant l’ordre du 15.

Le colonel Kingley se tiendra prêt à marcher avec les grenadiers après leur débarquement avec 2 officiers, le major Parguhar et le chevalier Guillaume Boothley lieutenant-colonel.

Chaque régiment recevra du garde d’artillerie 10 chevaux de frise et les enverra prendre incessamment.

Il ne sera pas difficile de s’imaginer combien l’on fut surpris à louie de ses ordres, nous étions à 1 mille pour le moins de la côte où l’on comptait débarquer ; cette côte comme il est naturel de le soupçonner était devenu une batterie continuelle, d’ailleurs il est bon de dire ici que depuis deux ou trois jours on avait observé distinctement 2 camps a peu de distance de la mer ; posons que tout se fut exécuté avec la plus grande diligence, les grenadiers et les compagnies détachées (les plus neuves de chaque régiment) montant tout au plus à 1200 hommes aurait dû disputer le terrain pour le moins pendant 6 ou 7 heures, avant qu’ils eussent pu être épaulés par un second débarquement et cela sans la moindre espérance de retraite, puisque les esquifs devaient d’abord retourner pour venir prendre d’autres troupes.

Ces difficultés étaient trop palpables pour échapper à l’observation du soldat le moins susceptible de réflexion ; cependant quoique notre débarquement eût tout l’air d’un coup de désespoir, je dois cette justice à l’armée de dire que je n’ai pas remarqué la moindre crainte dans aucun de ceux que j’ai eu occasion d’observer ; tout au contraire il se fit avec tant d’empressement que tous les esquifs furent prêts en moins une heure avant le tems marqué. Il faisait froid et la mer était agitée ; cependant nous restâmes dans ces esquifs jetés les uns sur les autres et heurtant contre les vaisseaux pendant l’espace de 4 heures au bout desquelles nous fumes de nouveau surpris à la lecture des ordres très laconiques que voici :

Toutes les troupes auront à retourner à bord de leurs vaisseaux respectifs jusqu’à nouvel ordre

Si le lecteur s’attend que je lui rende quelques raisons de tout ceci, il se trompe fort, car j’avoue que je suis aussi peu instruit qu’il l’est lui-même sur cet article : tout ce que je puis dire avec certitude c’est qu’à en juger du murmure que ce dernier ordre excita, je ne doute nullement que les troupes ne se fussent plutôt vues exposées à toutes les difficultés alléguées ci-dessus que de n’avoir point mis pied à terre.

Les deux jours suivants furent employés à faire sauter les fortifications à demi achevées de l’Isle d’Aix et pour qu’il ne fut pas dit que cette fameuse expédition ne nous avait pas coûté une goutte de sang, on s’y prit avec si peu d’adresse que l’on fit sauter en même tems quelques-uns de nos propres soldats ; cela fait nous bravâmes hardiment l’ennemi et reprîmes le 1er 8bre en toute diligence la route de nos ports où nous arrivâmes sains et saufs le 6 du même mois.

Adieu toute expédition secrète ; je quitte l’habit de soldat et me retire à la ferme de mes ancêtres, bien résolu à ne plus entendre parler de politique et de ne plus lire de ma vie des nouvelles !


Le contexte historique évoqué par ce document

en Angleterre : En 1756, William Cavendish, duc du Devonshire occupe les fonctions de Premier ministre. William Pitt l’Aîné fait son entrée dans le gouvernement Devonshire, où il occupe le poste de secrétaire d’État, mais il est détesté par Georges II, parce qu’opposé à la guerre de succession autrichienne. En avril 1757, Georges II limoge William Pitt mais il le rappelle quelque temps plus tard. William Pitt fut chargé de la politique concernant la Guerre de Sept Ans (suite de la guerre de succession autrichienne).

en Europe : Marie-Thérèse d’Autriche s’allie avec ses anciens ennemis, la Russie et la France, et devient ennemie de la Grande-Bretagne et Hanovre Georges II s’allie donc avec la Prusse. La Grande-Bretagne, Hanovre et la Prusse se trouvèrent face à un bloc puissant formé de l’Autriche, la Russie, la France, la Suède et la Saxe. Cette guerre européenne (Guerre de Sept Ans) se propagea en Amérique du Nord.

Les acteurs de cette expédition

Le général Sir John Mordaunt, Chevalier de l’ordre du bain (1697 - 23 octobre 1780).

Au début de la guerre de Sept Ans, il est nommé responsable de l’entrainement des troupes anglaises à Blanford. L’année suivante (1757), il est choisit comme commandant pour diriger un raid sur Rochefort, le grand arsenal français en Charente. La flotte est commandée par Sir Edward Hawke et Sir Charles Knowles. L’expédition comporte 31 vaisseaux de guerre, 49 bâtiments de transport pour véhiculer 10 bataillons. Mordaunt est assez dubitatif sur cette idée et craint que les renseignements disponibles (qui datent de 1754) ne soient obsolètes. Cependant, le projet est poussé par William Pitt et Mordaunt ne peut qu’obéir. La flotte part d’Angleterre le 6 septembre 1757 et capture l’île d’Aix le 21 septembre. Cependant, comme craint, la défense de Rochefort est plus élaborée et des bancs de sable rendent nécessaire un débarquement par barques sur les 2 derniers kilomètres. Devant ces difficultés, Mordaunt et ses confrères décident d’annuler l’attaque le 25 septembre. Cependant, le 28 septembre, un deuxième conseil de guerre décide de tenter un débarquement de nuit sur les forts gardant l’embouchure de la Charente, Mordaunt devant diriger personnellement les premiers assauts. Malheureusement pour le commandant anglais, un fort vent empêche ce plan d’aboutir et Hawke décide de rentrer en Angleterre. Mordaunt n’a d’autre choix que de rembarquer.
Furieux de l’échec de cette expédition, William Pitt, avec l’appui du roi George II, forme une commission d’enquête afin de trouver des responsables. Cette commission conclut que l’expédition aurait dû être menée à son terme et que les défenses de Rochefort n’étaient en aucun cas imprenables. En conséquences, Mordaunt, est jugé en cour martiale en décembre 1757. Acquitté de l’accusation de désobéissance, il est néanmoins relevé de son commandement et du poste de gouverneur de Sheerness.

Par la suite, Mordaunt n’occupera plus jamais de commandement opérationnel. Il sera néanmoins nommé général en 1770 et gouverneur de Berwick de 1778 jusqu’à sa mort en 1780.
Charles Knowles (c.1704-1777),

Vice Amiral de l’Escadron Bleu de la flotte de Sa Majesté, Gouverneur de l’Ile de la Jamaïque.

Sa participation à cette brillante expédition de 1757 lui a - semble-t-il - barré à tout jamais l’accès à un commandement en mer.


Les vaisseaux composant cette armada

La liste ci-dessous présente des différences importante avec celle qui a été produite lors du procès du Général Mordaunt en Cour Martiale (décembre 1757). Voir la liste de vaisseaux présentée lors du procès

Nom Type Date/lieu construction Nbre canons

Equipage

Dimensions Histoire
HMS Royal George vaisseau de 1er rang 1756 100

870

Cap. Mathew Buckle

Il coula à Spithead le 29 août 1782 entraînant la perte de plus de 800 vies.

HMS Ramillies vaisseau de 2ème rang 1662 90

780

Cap. James Hobbs

Le vaisseau de 2ème rang de 82 canons HMS Royal Katherine fut construit en 1662 et reconstruit à Portsmouth en 1702, devenu alors un vaisseau de 2ème rang de 90 canons.

Pendant la guerre de Succession d’Espagne, il était le vaisseau amiral de l’Amiral George Rooke

Il fut rebaptisé Le Ramillies en 1706, en l’honneur de la victoire de John Churchill dans la battaille de Ramillies.

Il fut reconstruit une seconde fois à Portsmouth en 1749, et re-lancé le 08/12/1749.

Pendant la Guerre de Sept Ans il était le vaisseau-amiral de l’Amiral John Byng quand celui-ci échoua lors de la relève de Port Mahon, ce qui occasionna la perte de l’ile de Minorque par l’Angleterre, un manque de résolution qui mena l’amiral en Cour Martiale et à son exécution.

Il fit naufrage à Bolt Head près de Plymouth le 15/02/1760. Il n’y eut que 26 survivants sur un équipage de 725 hommes.

HMS Namur 80

750

Cap. Peter Denis
HMS Neptune vaisseau de 2ème rang 1683 90

Cap. James Galbraith

il fut reconstruit deux fois avant d’être renommé Torbay dans sa réincarnation comme vaisseau de 3ème rang en 1750. (Nota : cette dernière date semble discordante par rapport au récit ci-dessus, qui se situe en 1757)

HMS Barfleur vaisseau de 2ème rang 1697 à Depford 80

700

Cap. Samuel Graves

mis à la casse en 1783

HMS Princess Amelia 1757 à Woolwich 80

666

1579 tx

165 X 47.5

Cap. Stephen Colby
HMS Royal William vaisseau de 1er rang 1719 à Portsmouth 84

770

L 68,5 m x l 12,8 m

Cap. Witt Taylor

En 1782 il participa aux opérations navales qui menèrent à la libération de Gibraltar

HMS Magnanime vaisseau de 2ème rang 1741 à Rochefort 74

700

1500 tx

L 165 pieds

l 44,6

Cap. Hon. Richard Howes

pris aux Français le 12 Janvier 1748 par H.M.S. Nottingham et H.M.S. Portland. Acquis par la Royal-Navy. Devient H.M.S. Magnanime.

HMS Dublin vaisseau de 3ème rang 06/05/1757 à Depford 74

600

Cap. Geo. B. Rodney

Le premier des vaisseaux anglais type "74 canons". Il est tout neuf au moment de ce récit. Il fut démoli à Plymouth en 1784

HMS Le Ba 74
HMS Torbay 74

700

Cap. Hon. Aug. Keppel
HMS Intrepid vaisseau de 3ème rang 64 pris aux Français en 1747
HMS Alcide 64

500

Cap. James Douglas
HMS Essex 64
HMS Medesey 64
HMS Achilles vaisseau de 4ème rang 1757 60

420

Cap. Hon. S. Barrington

vendu en 1784

HMS Dunkerque 60

420

Cap. Robert Digby
HMS America 60

420

Cap. Hon. John Byron

[1La liste des vaisseaux présentée lors des auditions de la Cour Martiale qui jugea le Général Mordaunt est nettement différente de celle présentée ici. On y trouve i.e. 31 vaisseaux, 1.378 canons et 11.346 hommes d’équipage. Voir cette liste

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