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1765 - Et si nous transformions les salines d’Aunis en bassins à huîtres ?

Du sel aux huîtres : une idée à creuser

D 10 septembre 2018     H 00:46     A Pierre     C 0 messages     A 20 LECTURES


Monsieur Beaupied, Seigneur Duménil, Ecuyer, de la Société Royale d’Agriculture de la Rochelle, a écrit en 1765 un "Mémoire sur les marais salans des provinces d’Aunis et de Saintonge". Sa lecture est assez ennuyeuse, à cause de ses interminables réflexions sur les dimensions idéales des marais salants. Il émet toutefois quelques suggestions intéressantes, en particulier sur l’utilisation possible des salines comme bassins pour l’élevage des huîtres, moules et autres coquillages.

Il conclut ce chapitre par cette réflexion désabusée : "tout ce qui porte l’empreinte d’une nouveauté industrieuse, même de celle dont le succès est aussi assuré que lucratif, rencontre presque toujours des obstacles, que le temps & le petit nombre de ceux qui savent penser, sont seuls capables de lever."
Et finalement, le temps qui passe a donné raison à Monsieur Beaupied : une grande partie des marais salants de cette région ont été reconvertis en bassins d’affinage pour les huîtres.

Source : BNF Gallica

Voir en ligne :

On pourroit tirer de nos salines une ressource qui a été fort négligée jusqu’à ce jour , ce seroit de multiplier les reservoirs où l’on éleve des huitres. Peu de personnes ignorent aujourd’hui que celles de Marennes en Saintonge , sont particulièrement recherchées pour leur couleur qui est d’un très-beau vert, surtout pour leur extrême délicatesse. Elles ont en effet une saveur & un goût exquis. Celles de Ré, d’Olleron , & surtout de Lozieres ne deviennent point aussi vertes, mais on doit attribuer ce défaut au peu de soin qu’on en a pris jusqu’à présent. Elles sont aussi délicieuses que celles de Marennes, les huitres blanches de Nieul ne leur cédent point en bonté. Dans ces différens endroits, ainsi que dans les marais salans de Tadon , de Laleu, de Nieuil & de Perigny, on pourroit facilement y construire des reservoirs dont la dépense seroit très-médiocre ; & avec des soins & de l’intelligence , il seroit aisé de parvenir à élever des huitres vertes, aussi belles & aussi bonnes que celles de Marennes. Pourquoi donc ne pas profiter d’un avantage que le sol & l’industrie peuvent nous procurer ? pourquoi rejetter constamment un tribut que la délicatesse des tables s’empresse à nous payer. Les huitres de Marennes sont avidement recherchées de toutes les Provinces voisines & surtout de la capitale : on en fait, tous les ans , des envois considérables.

Photo : Pierre Collenot - 30/08/2013 - Au cours d’un vol en ULM au-dessus de la Seudre et de ses marais.

Il ne tient qu’à nous de partager cet avantage avec la Saintonge ; rendons ce précieux coquillage aussi commun dans l’Aunis qu’il peut l’être ; faisons le parquer, au moins trois ans, avant de l’enlever du réservoir ; apportons y, pendant ce temps, les soins convenables. Alors égal en bonté & peut-être même supérieur aux huîtres de Marennes, il leur sera toujours préféré, a cause de la facilité des envois. Il deviendra alors l’objet d’un commerce intéressant pour nos salines. Mais pour y réussir il faut nécessairement que le ministere public interpose son autorité , pour empêcher les larcins d’huitres qu’on fait journellement. Ces vols jusqu’à ce jour impunis , ont fait tomber leur culture. C’est le seul obstacle que j’ai rencontré dans leur rétablissement, mais il seroit facile à lever : attachons nous donc à soigner ce testacée, puisque sa réussite, & le profit en sont également sûrs ; ne négligeons plus, comme nous avons fait jusqu’à présent , un avantage que tant de provinces nous envient & dont elles tireroient sûrement un meilleur parti ; profitons des connoissances utiles qu’un Naturaliste de cette Ville , observateur exact & conchiliologue éclairé , nous a donné dans un mémoire sur les huitres de cette province [1] : nous y trouverons la description de leurs parties intérieures, celle de leur jeu , de leur couleur, de leur coquille , de leur accroissement, des soins que ces bivalves exigent, depuis leur enfance jusqu’à leur maturité, & enfin la manière de construire les réservoirs. C’est dans le manuscrit que l’auteur a bien voulu me confier, que j’ai puisé les connoissances sur cette partie. Mais sans vouloir pénétrer dans les motifs qui l’ont empêché jusqu’à présent de rendre son ouvrage public , motif qu’on ne peut attribuer qu’à un excès de modestie, nous sommes persuadés qu’il ne refusera plus aujourd’hui de le faire imprimer, puisqu’il est nécessaire pour multiplier nos reservoirs, perfectionner la culture des huitres, & augmenter par-là le revenu de nos salines.

Les huitres ne sont pas les seuls coquillages dont on peut améliorer le goût & la saveur, en les faisant parquer ; des mains industrieuses sont également sûres de réussir , en prenant les mêmes soins des Moules, des Petoncles & de deux espèces de Cammes abondamment repandues sur les côtes de l’Aunis, l’une appellée Palourde , & l’autre Patagau : pourquoi négligerions nous leur culture ? puisque nous les voyons, assez souvent, servir sur les meilleures tables, & y figurer avec les mets les plus délicats. Il est certain qu’en les soignant comme les huîtres, dans des reservoirs abreuvés par la mer, ils acquerroient une saveur plus delicieuse. J’en ai fait l’épreuve en Ré, il y a quelques années sur les moules, & j’ai eu la satisfaction d’en manger de vertes , d’un goût bien plus exquis que celui de nos meilleures moules de Charon [2] Les palourdes & les petoncles également soignées réussiroient de même : changeons donc puisque nous le pouvons la couleur de ces coquillages, perfectionnons en, par la culture, les sels qui en font l’agrément & la saveur ; donnons leur , tous la même forme, un nouvel être, & plus de célébrité. Alors ces métamorphoses , heureux effets de l’art qui ne demande que des soins & de l’industrie pour perfectionner les dons de la nature, nous dédommageront amplement de nos peines ; si les sauniers entendoient leurs intérêts, ils pourroient faire de ces coquillages un débit journalier qui ne seroit point à négliger. Je leur ai plusieurs fois proposé d’en élever dans des réservoirs ; mais je n’ai pu encore les y déterminer, j’en ai été peu surpris, car tout ce qui porte l’empreinte d’une nouveauté industrieuse , même de celle dont le succès est aussi assuré que lucratif, rencontre presque toujours des obstacles, que le temps & le petit nombre de ceux qui savent penser, sont seuls capables de lever.


[1On peut voir l’extrait de ce Mémoire , au Mercure de France. Septembre 1751. Pag. 41.

[2Charon , bourg à 3 lieues de la Rochelle, près duquel, dans l’embouchure de la Sevre-Niortoise, sont placés les Bouchots à moules de la province.

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Les mots-clés de l'article

pour en savoir plus sur : 17 Charron - 17 Marennes - 17 Nieul-sur-Mer - Huîtres - Marais salants - Sel -

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