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1783 - L’année de toutes les catastrophes météorologiques

D 24 mars 2007     H 00:38     A Pierre     C 5 messages


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Inondations, tremblements de terre, éruptions volcaniques [ voir note sur l’éruption du volcan Laki en Islande en 1783 ], tornades, tempêtes, brouillard persistant, orages, grêlons gros comme le poing. On peut dire que l’année 1783 a été remarquable sur le plan de la météo.
Il est aussi tombé des grêlons contenant des crapauds jaunes, ce qui - Dieu merci - n’arrive pas tous les jours ...!

Voir aussi : 1783 - inondations en Angoumois et Limousin

Voir en ligne :

- 1- Observations du curé de Grassac (16)

Cette année (1783), le mois de janvier et de février ont été extrêmement pluvieux. C’est à l’abondance de ces pluies qu’on attribue les phénomènes surprenants et funestes, qui ont rempli toute l’Europe d’étonnement, d’affliction et de crainte. Jamais les orages et les débordemens n’avoient été aussi fréquens et aussi terribles. Jamais on n’avoit éprouvé autant d’incendies, causés par le tonnerre et le feu usuel.

Le 5 février, vers 11 heures du matin, commencèrent dans la Calabre des tremblemens de terre très violens et très fréquens, un tonnerre affreux, une agitation terrible dans la mer. Tous ces fléaux bouleversèrent tellement ce beau pays et la Sicile, que dans la Calabre ultérieure 300 villes et villages furent entièrement détruits. Les chemins et les rivières disparurent par les éboulemens, et dans la Sicile, la ville de Messine fut presque toute engloutie et renversée. La terre n’étoit pas encore bien affermie au mois d’août. On porte le nombre des morts à cinquante mille. Le 5 mars, on en avoit retiré de dessous les ruines des maisons trente mille. Il en est resté beaucoup que l’on n’a pas pu trouver et beaucoup d’autres qui ont été ensevelis dans les éboulemens des terres.

Dans le mois de mars, une éruption volcanique fit sortir, près d’Yslande, une isle du fond de la mer. On voyoit des tourbillons de feu rouler avec impétuosité, brûler tout et calciner les pierres les plus dures.

Le 23 mai, à 7 heures du soir, on a vu descendre perpendiculairement, avec une précipitation étonnante, sur les paroisses de St-Maurice et d’Antigny, diocèse de La Rochelle, trois colonnes de la grosseur d’une barrique ordinaire, dans toute la longueur. Elles partoient de trois nuages divisés et éloignés l’un de l’autre d’un quart de lieu. Elles pompèrent l’eau des rivières avec une rapidité et un bruit surprenant. On voyoit s’élever dans leur intérieur des flammes très vives, qui s’élançoient de toutes parts, sans être dirigées par le moindre souffle de vent.

Le 15 juin, il s’éleva un vent très impétueux, qui déracina et renversa une grande quantité de gros arbres, surtout noyers, dans les paroisses de Bouex, Vouzan, Chazelles et autres.

Dans ce même tems l’atmosphère dans toute l’Europe fut remplie d’un brouillard singulier, tel que les vieillards assurent n’avoir jamais rien vu de pareil. Le soleil, quoique très chaud, n’avoit pas la force de le dissiper. Il continuoit le jour et la nuit avec une intensité variante. Quelquefois, des fenêtres du presbytère de cette paroisse on ne pouvoit pas voir le village de Chez-Paynaud ; souvent il masquoit entièrement le logis de La Bréchinie. Le ciel étoit d’un gris blanchâtre. Le soleil, qui étoit fort pâle dans la journée, étoit d’un rouge brun à son lever et plus rouge brun à son coucher. On pouvoit le fixer en tous sens sans en être incommodé. Quelques fois on ressentoit dans ce brouillard une odeur puante et difficile à déterminer. Il étoit très sec, puisqu’il ne ternissoit pas seulement les glaces qu’on y exposoit ; il desséchoit les sels au lieu de les liquéfier : il ne faisoit pas monter l’hygromètre et n’empêchoit pas l’évaporation d’être abondante ; il causoit une légère cuisson dans les yeux, et les personnes qui avoient la poitrine délicate en étoient affectées. Quoique le vent du Nord ait soufflé très souvent, ce brouillard a duré tout l’été et n’a été entièrement dissipé qu’à la fin de septembre.

On craignoit beaucoup que ce phénomène extraordinaire ne nuisit aux récoltes et ne causât des maladies épidémiques, mais il n’a produit aucun funeste effet.
Il paroit que ce brouillard était une suite naturelle d’une chaleur un peu forte, qui, dans le mois de mars, succédoit aux pluies longues et abondantes des mois de janvier et février, sans qu’il y ait eu pour ainsi dire de gradation. La première impression de chaleur a dû sublimer tout à la fois une grande abondance de parties aqueuses, dont la terre étoit profondément pénétrée et leur donner, dans le premier tems de leur élévation, une qualité sèche et un degré de raréfaction plus grand que celui des brouillards ordinaires.

L’été a été généralement très orageux, mais le trois août a été le jour le plus terrible. Il sembloit, ce jour-là, que la nature fut bouleversée, car l’orage a été presque universel.
Dans des endroits, il est tombé des grains de grêle aussi gros que le poing, armés de pointes irrégulières, qui perçoient comme des dards. Il y en avoit dans lesquels on a trouvé des crapauds de couleur jaunâtre et des escargots avec leurs coquilles. Dans d’autres, endroits, il est tombé une congélation bizarre, large comme la main, sur laquelle étoit empreinte une croix. On a même vu des herbes étrangères incrustées dans l’intérieur de quelques éclats.

La Providence a préservé cette paroisse de tout fâcheux accident.

Source : notes laissées dans les registres de Grassac (16) par Jean Durand, curé.
Publié dans le Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente - Année 1897 - Dans Notes historiques sur la baronnie de Marthon en Angoumois, par M. l’abbé Ad. Mondon, curé de Chazelles.


- 2- Journal de Marc Debresme des Gagniers de Mouthiers (16)

Le mois de juin s’est comporté fort pluvieux, ce qui a pu faire tort aux fromens et aux vignes, y ayant eu beaucoup de brouillards successifs. Il y a eu le 15, aux environs de midi un coup de vent qui a cassé et arraché beaucoup d’arbres soit châtaigniers, nohiers, etc. ; quelques personnes ont pensé qu’il y avait eu un tremblement de terre.
La fin du mois de juin 1783, c’est à dire despuis le 22, il a fait assez beau, ce qui a esté favorable pour les fauches qui se sont faites dans ce temps-là. Il y a eu néant moins des brumes ou fumées consécutives, principalement le matin et le soir ; le soleil alors paraissait fort rouge et ressemblait à la lune dans son plain ; lesdites brumes ont continué despuis environ le 18 juin jusqu’au 3 ou 4 juillet, ce qui fait 15 jours. On ressentait en certain temps une odeur de fourneau de charbon. Ce phénomène a occasionné bien des réflexions.

Source : Journal de Marc Debresme des Gagniers de Mouthiers - Bulletins et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de Charente - Année 1922


1783 : l’éruption du Laki, en Islande


Commencée en 1783, l’éruption dure 8 mois. Ce volcan comprend 115 cratères sur une longueur de 25 km. Les épanchements de laves sont abondants. En revanche, les cendres volcaniques représentent un volume assez faible.

Cette éruption constitue la plus grande catastrophe de l’Islande. Les dégâts matériels sont considérables. Les effets les plus néfastes sont dus aux émissions de cendres et de gaz qui polluent les eaux et les pâturages. Aucune perte humaine n’est causée directement par les coulées de laves. Mais les récoltes et le bétail sont lourdement touchés entraînant épidémies et famines parmi la population. Entre 1783 et 1786, la mortalité islandaise et de l’ordre de 22 %.

La même année, une autre éruption se déroule au Japon accentuant les effets du Laki. Les poussières volcaniques et les gaz causent une brume bleuâtre s’étendant dans l’hémisphère nord, accompagnée d’une baisse de la température de 1 °C.

En France, les famines qui suivent l’éruption du Laki, favorisent le mécontentement général, et la multiplication d’émeutes. Certains font le lien avec le déclenchement de la Révolution française de 1789.

Source : site de l’Agence régionale de l’environnement de Haute-Normandie

Voir aussi Wikipédia Laki

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