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1783 - Le commerce du port de la Rochelle : produits, origine et destination, tarifs, etc.

D 26 décembre 2007     H 03:20     A Pierre     C 0 messages A 3392 LECTURES


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Difficile de trouver plus complet que cet article de l’Encyclopédie Panckoucke sur l’activité du port de La Rochelle : les produits, les pays d’origine et de destination, les tarifs des droits, etc.

Un étonnant parcours dans les réseaux économiques régionaux, nationaux et internationaux, tissés autour du port de La Rochelle, à la fin de l’ancien régime.

Au bas de cet article : un glossaire de mots et produits oubliés mentionnés dans la page.

Commerce de La Rochelle, Pays d’Aunis, Xaintonge &c.

Les vaisseaux de La Rochelle, à travers tout l’Atlantique
Animation : P. Collenot

Le principal négoce de cette ville si célèbre par sa puissance & par sa chute se fait du côté de la mer. Les navires destinés pour le Canada & les Colonies du nord partent dans les mois de mai & de juin & font leurs retours en décembre

Les productions des provinces & pays qui composent la généralité, sont des sels, des vins, des eaux de vie, des chanvres.

On y élève aussi quantité d’excellens chevaux.

Les armemens & cargaisons des Rochellois se font ordinairement pour les isles Françoises de l’Amérique, celle de Cayenne, la côte de S. Domingue, dans ce qui n’est pas de la concession de la compagnie établie en 1698, le Canada, la côte de Guinée, les isles Açores & le Portugal

Avant le traité d’Utrecht, ils en faisoient aussi pour la baye d’Hudson & l’Acadie, mais l’une a été restituée & l’autre a été cédée aux Anglais par ce traité.

La charge des vaisseaux qui partent pour les Colonies Françoises des isles Antilles, consiste en tout ce qui est nécessaire pour l’habillement & la nourriture des habitans, comme des vins, des eaux-de-vie, de la farine, du bœuf d’Irlande, des toiles & de toutes sortes de marchandises seches. On y ajoute, pour le Canada, de la quincaillerie, de la meгcerie, des haches, des couteaux, des armes, des aiguilles, de la poudre & du plomb.

On retire de ce commerce diverses marchandises, suivant qu’elles se cultivent dans ces différens lieux ;

Des isles Antilles, du sucre brut & blanc, du cacao, du rocou, du gingembre, de la casse, des cuirs, des bois de Bresil, du bois de campêche, du bois de citron, du carrer, ou écaille de tortue & quantité de fruits confits.

Saint-Domingue fournit de la cochenille, du quinquina, du cacao, du carraque, de la vanille, même des perles, des émeraudes & des piastres ; mais comme tout cela provient des prises des flibustiers, on n’y compte pas comme sur un commerce réglé. Ses marchandises sont, les cuirs, le tabac, & quelques bois pour la teinture & la marqueterie.

Le Canada & les Colonies du côté du nord donnent de la morue verte & seche, du stockfiche, du saumon & des anguilles salées, de l’huile de poisson, des mâts & toutes sortes de pelleteries ; mais celles-ci ne sont que pour la compagnie des castors.

« Tout ce qui se charge a la Rochelle pour les Colonies ne paye aucuns droits de sortie ; mais ce qui en revient & toutes les marchandises qui s’y chargent pour tout autre endroit, payent à l’entrée & à la sortie les droits des cinq grosses fermes, & généralement tous les nouveaux droits, même quelques droits particuliers, tels que celui de la prévôté, qui est de 4 deniers pour livre de l’estimation. »

Le nombre des vaisseaux que les marchands de la Rochelle employent au commerce des isles est environ de cinquante bâtimens, depuis quatre-vingt jusqu’à cent cinquante tonneaux. Ces vaisseaux partent dans les mois de novembre & de décembre pour les vins nouveaux & de temps en temps pendant le cours de l’année pour les autres marchandises. Ils reviennent aussi en tout temps.

On va seulement ajouter ici les prix ordinaires des principales marchandises qui font les retours des vaisseaux de La Rochelle, & de quelques unes qu’on y envoie.

Le sucre brut se vend vingt-trois à vingt-cinq liv. le cent ; le sucre blanc, cinquante à soixante ; l’indigo six francs la livre ; le rocou, vingt sols ; le cacao, quatorze à quinze sols ; le coton cent & cent cinq livres le quintal ; le gingembre, trente à trente cinq livres aussi le quintal. Il ya des pelleteries de tout prix. Pour le castor, il n’y a que la compagnie qui en puisse vendre.

Le bœuf d’Irlande se vend depuis quinze jusqu’à vingt livres le baril ; le suif du même pays, trente livres le quintal ; & le beurre aussi d’Irlande, depuis seize jusqu’à vingt-cinq livres le cent.

Il faut remarquer que ces prix changent quelquefois, augmentant & baissant suivant les conjonctures ; mais l’on a pris une estimation moyenne à laquelle ils ont coutume de toujours revenir.

En temps de guerre, les Suédois & les Danois viennent à la Rochelle charger des vins & des eaux-de-vie.

Pendant la paix, les Anglois & les Hollandois y en chargent pareillement ; à quoi ils ajoutent du papier d’Angoulême, des toiles de Barbesieux, des serges de Poitou, des syrops, de l’indigo de Saint-Domingue & des castors de la compagnie.

On envoie aussi de la Rochelle des eaux-de-vie en Normandie & en Picardie ; en Portugal, des soieries de Tours & de Lyon & des étoffes d’Amiens & de Saint-Maixent ; & en Espagne, du cacao des Colonies Françoises de l’Amérique.

Le commerce que les marchands de la Rochelle font à la côte d’Afrique, leur fournit du morfil, des cuirs, de la cire & de la poudre d’or. Celui de Portugal de la moscouade du Bresil, du chocolat, de l’éсоrсе de citron, des oranges & du tabac de Bresil. L’Angleterre, du plomb & de l’étain. L’IrIande, du bœuf salé pour les Colonies, des beurres, des suifs & des cuirs. Enfin la Hollande, des épiceries, des fromages & des huiles de baleine.

Le commerce d’Afrique, d’Espagne & de Portugal n’étant pas réglé, les Rochellois n’y destinent pas un certain nombre de vaisseaux, se contentant d’en armer suivant les conjonctures. Pour celui d’Angleterre, de Hollande & du Nord, il se fait le plus ordinairement par les navires de ces nations, qui viennent elles-mêmes charger les marchandises qui leur conviennent.

Les raffineries de la Rochelle sont très-considérables & c’est là que sont raffinés tous les sucres bruts qui viennent des isles par les retours des vaisseaux.

Les sels policrètes & anodins que les droguistes de la Rochelle préparent, sont propres pour l’Espagne & le Portugal, où l’on en fait quelques envois.

Isle de Rhé

C’est dans l’isle de Rhé que se fait cette excellente fenouillette, ou eau-de-vie d’anis, qui a une égale réputation en France & dans les pays étrangers, particulièrement parmi les nations du Nord.

Cette isle est fort abondante en vins & en sel. Le vin y est médiocre, mais il est excellent pour en faire de l’eau-de-vie ; on prétend qu’année commune, il s’en enlève près de quarante mille barriques, que les habitans font brûler.

On ne parlera pas des pêches abondantes de toute sorte de poissons frais, qui se font le long des côtes du pays d’Aunis & de Xaintonge, ni de celle des sardines qui se nomment sardines de Royan, qui se fait aux mois de juin & de juillet à l’embouchure de la Gironde, parce que le débit n’en est que pour les provinces de la généralité, ou quelques unes qui en font voisines, & que d’ailleurs à l’égard des sardines salées, il en est parlé à un endroit particulier. Voyez SARDINE

On se contentera même d’indiquer en cet endroit que c’est des marais salans de Brouage, de Marennes & de l’isle de Rhé, que se tire cette quantité extraordinaire de sel qui suffit presqu’à tout le royaume, & qui en fournit encore en abondance aux étrangers ; ce commerce qui fait la plus grande & la plus solide richesse de cette généralité, méritant un article particulier.

Marchandises auxquelles on accorde de la tare au Bureau Général de La Rochelle

Entrée

- Généralement toutes les drogueries venant des ¨pays étrangers, lorsqu’elles sont dans des boucauds, barils, bariques, caisses ou tierçons, ont la tare à proportion des futailles.
- Le poivre en balle, 10 sols par chacune balle.
- Le sucre de Bresil qui vient toujours dans des caisses, 20 pour cent.
- Les sucres & moscouades des isles Francoises de l’Amérique ; sçavoir :

  • Pour les cinq grosses fermes & 40 sols du domaine d’occident, 14 pour cent
  • Les sucres & moscouades de Cayenne, lorsqu’ils sont dans des caisses, 20 pour cent, & dans des bariques, 14 pour cent.
  • Et pour les droits de 3 pour cent, tant en caisses qu’en barils, 17 pour cent
    - Le tabac de Saint-Domingue, 4 livres par rôle.
    - Le coton en laine, 6 livres par balle.
    - L’indigo, carret, госоu & autres marchandises venant des Colonies Françoises, soit en futaille ou emballage, à proportion desdites futailles & emballages ; mais seulement à l’égard des trois pour cent.

Sortie

A l’égard de la sortie, il ne se donne aucune tare que sur les soiries, que l’on fait aussi à proportion de ce qui les contient.

Marchandises qui arrivent ordinairement à la Rochelle, tant des pays étrangers que des provinces du royaume, avec les lieux de leur débit & consommation.

Sçavoir :

Des Colonies Françoises de l’Amérique

De l’indigo, de la casse filtalle, du coton, des sucres bruts, du carret, des sucres rafinés, de la caouanne, du rocou, du chocolat, de la cochenille, du cacez ou cacao, du campêche, des cuirs, des cuirs du Cap verd, de la mitraille, du morphile, du cascarille ou quinquina, des confitures, du tabac de Saint-Domingue, du jus de citron.

Les rafineurs de la Rochelle consomment partie des moscouades dans leurs rafineries ; & les sucres qui en proviennent, aussi bien que ceux qui y arrivent tout rafinés des isles, se dispersent dans le Poitou, l’Aunix, la Saintonge, l’Angoumois, le Limosin, le Perigord, le Maine, la Touraine, l’Anjou & Orléans.

Les moscouades se portent aussi à Rouen pout y être rafinées & quelquefois en Hollande, suivant que les marchands y croyent trouver leur compte.

Les mélasses ou syrops qui sortent des sucres sont portés en Hollande & ne payent aucun droit suivant l’arrêt d’exemption.

L’indigot, le carret, le coton, la cochenille, sont portés à Paris, à Lyon, & sortent par acquit à caution pour ces lieux ; mais lorsqu’on en charge pour Bordeaux, ce qui est rare, ou autres lieux où les droits sont dûs, on donne des acquits de paiement

De Canada

Des castors, des peaux d’orignaux en poil & apprêtées, toutes sortes de pelleteries communes non apprêtées, comme sortes. Renard, loutre, fouine, pitois, peaux de loups-marins, peaux de loups de bois, peaux d’ours &c, chiens, chats & autres, des bleds & des pois

La compagnie des Indes a le privilège exclusif du castor, avec la faculté de le faire transporter par tout le royaume sous acquit à caution. On envoie partie des orignaux en Hollande & à Bayonne par acquit de paiement ; & partie des orignaux sont portés dans le Poitou & à Paris où ils sont apprêtés, & sortent par acquit à caution. Toute la même pelleterie va à Paris & à Lyon

De Provence et Languedoc

Des huiles d’olives, des savons, des olives, des capres, des fruits secs comme raisins, figues, amandes, &c., des anchois, des noix de galles, du ris, du sené & autres marchandises du Levant.

Ces marchandises se consomment, partie dans le Poitou, la Touraine & l’Anjou, où on les transporte par passavant ou acquit à caution, suivant que la chose le requiert ; & partie dans le Limosin, le Perigord & la Saintonge : mais à l’égard de ces trois provinces, on donne des billets de paiement, parce que les droits y sont dûs.

De Bordeaux

Des vins & partie des marchandises ci-dessus nommées, de Provence & de Languedoc ; lesquelles ne venant pas directement à la Rochelle, descendent soit jusqu’à Bordeaux, & ensuite y font renvoyées dans des barques. Il y vient encore :

Des tuiles, de la brique, de la poterie de terre, et un peu de bois. Le vin ne sort point de la Rochelle & s’y consomme ; partie des autres marchandises se débitent comme ci-dessus.

De Bretagne

Du fer en verge, du fer en gueule, du fer en barre, des toiles royales à faire des voiles, des rabes de morue, des bois de merrain de toutes sortes, du poisson sec de la pêche Françoise, des sardines, des bariques en bottes.

La consommation s’en fait partie dans la ville & aux environs ; partie du fer s’envoie dans le bas Poitou, par acquit à caution ; mais il n’en sort guères pour les provinces où les droits sont dus, comme en Saintonge, parce qu’il y en vient des forges de l’Angoumois & du Périgord.

Presque toute la morue verte & sèche, qui entre à la Rochelle, y est apportée par des vaisseaux que les bourgeois de cette ville, & ceux des sables d’Olonne, envoient à la pêche.

Cette morue, outre la consommation de la ville, se distribue dans les provinces circonvoisines, ainsi que les autres denrées, & paie les droits lorsqu’elle va dans les provinces où ils sont dûs.

De Вayonne et du Pays d’Arcasson

Du bray gras & sec, du goultran, de la résine, des laines, de la réglisse, des jambons

Des huiles de baleine & fanons, de la pêche Françoise.

Le bray & le goultran se consomment, la plus grande partie, à la Rochelle, en radoub de vaisseaux ; les résines, les laines & l’huile de baleine se transportent dans les provinces voisines, aussi bien que la réglisse et les jambons : on en fait payer les droits quand ces choies vont dans des lieux où ils sont dûs.

D’Espagne

Du fer en barre & des laines

Ces deux sortes de marchandises se consomment dans le Poitou

De Portugal

Des tabacs de Bresil & de Marignan, des huiles d olives, des cassonnades, du bois de Bresil, du bois de crabe.

La plus grande partie des tabacs s’achète par le fermier, & est distribuée dans les bureaux de la ferme ; les droits d’entrée en sont payés par les marchands qui les vendent. Il en sort quelques rôles pour le Canada par acquit à caution, du bureau de la ferme du tabac, & à part, par un passavant du bureau des fermes du roi. On envoie les huiles, une partie dans les provinces où les droits sont dûs, & l’autre partie dans le Poitou & l’Aunis. Le bois de crabe se transporte à Tours, à Orléans & à Lyon ; & les cassonades du Bresil, à Tours & à Orléans

De Hollande et des Pays du Nord

Du lin, du chanvre, des fromages, des planches, des mâts, des toiles, du bray gras, du goultran, du fil d’archal, du fil de caret, du fil d’étoupes, de l’acier, des bordilles ou poêles à frire, du poivre, de la muscade, du gérofle, de la canelle, toutes sortes d’autres drogueries & épiceries, du fil de lin, du fil de chanvre, de la mercerie, de la quincaillerie, du cuivre ouvré, du cuivre en plaque, des pots de fer &c

La plus grande partie de ces marchandises se consomme dans la Rochelle même ; le reste se disperse dans les provinces voisines, & l’on en fait payer les droits dans les lieux où ils sont dûs.

D’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse

Des beurres, des sardines, du plomb, du bœuf salé en barils, de l’étain, des flocons de terre, des harengs blancs & sorets, de la bierre

Nota. Que le boeuf salé se décharge à l’isle de Rhé, pour n’en point payer les droits.

Il faut encore observer que les étains & les plombs d’Angleterre, ouvrés & non ouvrés, ont été mis au nombre des marchandises de contrebande, par le règlement de 1701.

Les autres marchandises d’Angleterre, Ecosse & Irlande qui viennent à la Rochelle, s’y débitent comme celles de Hollande.

A l’égard des marchandises du cru du royaume & particulièrement du pays, dont les Rochellois font commerce avec les étrangers, ou dans quelques provinces de France ; les principales sont des vins, des eaux-de-vie, des toiles, des bas de laine & de soie, des étoffes des mêmes matières, du biscuit, &c.

Leur destination est quelques vins & eaux-de-vie pour la Hollande & l’Angleterre : mais beaucoup des uns & des autres, pour la Picardie & la Normandie, qui y vont sans acquit à caution ; les bas & étoffes de soie & de laine, s’envoient la plus grande partie à Lisbonne & à Madère, & paient les droits suivant le tarif, & encore сеux de la prévôté.

... à suivre ...

Glossaire (Encyclopédie)


Le quinquina (fig. 1) et la casse (fig. 2)
Encyclopédie de Diderot et d’Alembert


- ARCHAL : Le fil de fer est nommé communément fil d’archal : la raison de cette dénomination est peu connue. M. Menage, célebre étymologiste, tire ce nom de filum & aurichalcum ; mais d’autres plus versés dans les matieres de commerce, prétendent que Richard Archal fut le premier inventeur de la maniere de tirer le fil de fer, & qu’il lui donna son nom.

Il y a aussi du fil d’archal depuis 1/2 pouce jusqu’à 1/10 de pouce de diametre. Les plus petits sont employés dans les instrumens de Musique, principalement pour les clavecins.

La Suede fournit beaucoup de fil d’archal aux autres nations.

Le premier fer qui coule de la mine lorsqu’on la fond, étant le plus doux & le plus fort, est conservé pour en faire du fil d’archal. Chambers.

- BRAI, s. m. mélange de gomme, de résine, de poix, & d’autres matieres visqueuses, ou de poix liquide, & d’huile de poisson, dont on se sert pour le calfat des bâtimens de mer. Voyez GOUDRON.

- CAMPECHE ou « Bois de Campeche » ou "Hématine", Haematoxylum campechianum, en anglais "bloodwoodtree" ou "Logwood" ? est un petit arbre tropical appartenant à la famille des fabaceae pouvant atteindre 15 mètres de haut. La principale utilisation était la teinture. En variant les produits de mordançage, le campêche permet d’obtenir des teintes allant du bleu au rouge, soit beaucoup de violets et de mauves, ainsi que des gris et de superbes noirs.

- CARET (voir aussi Fil de caret) & KOUANNE : Les tortues aquatiques different principalement des tortues terrestres, en ce qu’elles ont des nageoires au-lieu de pattes. Les especes les mieux connues sont la tortue franche, la kaouanne, & le caret. La chair de la tortue franche ressemble parfaitement à celle du boeuf par sa couleur, mais la graisse est d’un jaune verdâtre ; elle a fort bon goût.

La kaouanne est la plus grosse ; on en trouve qui ont jusqu’à cinq piés de longueur sur quatre de largeur ; elle a la tête beaucoup plus grosse que toutes les autres à proportion du reste du corps ; sa chair a un mauvais goût & sent la marée ; elle se défend de la gueule & des pattes contre ceux qui veulent la prendre. Les plaques d’écailles de cette espece de tortue sont beaucoup plus grandes que celles du caret, & cependant moins estimées parce qu’elles ont moins d’épaisseur.

Le caret a la chair moins bonne que celle de la tortue franche, mais beaucoup meilleure que celle de la kaouanne ; il est plus petit que les deux especes précédentes ; il a treize plaques ou feuilles d’écailles, huit plates & cinq courbes, qui sont plus estimées que celles des autres especes de tortues.

- CASCARILLE ou CHACRIL, cascarilla ou chakarilla (Hist. nat. bot.) Nous n’avons rien de mieux sur cette production naturelle, que ce que M. Boulduc en a donné à l’académie des Sciences, année 1709.

La cascarille ou le chacril, dit M. Boulduc, est une écorce assez ligneuse, épaisse depuis une ligne jusqu’à une ligne & demie, de la couleur à-peu-près du quinquina ordinaire, d’un brun pâle, moins compacte, & plus friable, d’un goût amer, un peu styptique, piquant la langue avec assez d’acrimonie, & laissant à la fin une impression d’amertume mêlée de quelque chose d’aromatique. Cette écorce est couverte d’une pellicule blanchâtre, mince, insipide, ridée, & sillonnée legerement & en divers sens. C’est, ajoûte M. Boulduc, l’écorce d’une plante du Pérou, qu’on ne connoit point encore.

Sa ressemblance avec le quinquina dont on distingue six especes, la fait compter pour la septieme ; cependant la cascarille est plus amere que le quinquina : elle est aussi plus acre & plus brûlante ; mais l’amertume du quinquina est plus désagréable & plus styptique.

- CASSE, s. f. cassia (Hist. nat. bot. & Mat. med.) genre de plante dont la fleur est le plus souvent composée de cinq feuilles disposées en rond ; le pistil devient dans la suite une silique cylindrique ou applatie, divisée en plusieurs loges par des cloisons transversales, ensuite d’une sorte de moëlle noirâtre pour l’ordinaire ; cette silique renferme des semences arrondies & noires. Il y en a de deux sortes dans les boutiques ; l’une qui vient d’Egypte, & qu’on appelle casse orientale ; & l’autre qui vient d’Amérique, & qu’on appelle casse occidentale.

La moëlle mondée s’aigrit quand on la garde : elle contient beaucoup de phlegme, de sel essentiel, & d’huile : elle purge doucement les humeurs bilieuses, & échauffe peu ; mais elle est venteuse, & donne des vapeurs à ceux qui y sont sujets. Pour lui ôter cette qualité, on l’atténue avec le sel végétal ou autre, & on la fait bouillir legerement : la dose est depuis demi-once jusqu’à une once & demie.

- CASSONADE, s. f. (Hist. nat.) espece de sucre que les Portugais du Bresil ont les premiers apporté en France ; & comme ils le livroient dans des caisses qu’ils appellent casses, on lui a donné le nom de cassonade. Voyez l’article SUCRE.

- FIL DE CARET : on donne ce nom à de gros fil qui sert à faire les cordages. Dans les corderies du roi on n’est pas encore bien d’accord sur la grosseur que les fileurs doivent donner à ce fil, pour le rendre meilleur & plus propre à faire de bons cordages : il en est de même du degré de tortillement ; mais en général on prétend que lorsqu’il est filé fin & moins tors, les cordages en ont plus de force & sont meilleurs : mais communément les fileurs donnent au fil les uns trois lignes ou trois lignes & demie de circonférence ; d’autres 4 à 5 lignes, & quelques-uns mêmes vont jusqu’à six & sept lignes, & chacun prétend avoir attrapé le point de perfection. Mais si l’on veut approfondir cette partie, il faut voir ce qu’en écrit M. Duhamel dans son excellent Traité de la fabrique des manoeuvres pour les vaisseaux, &c. à Paris de l’Imprimerie royale, 1747.

Le fil de caret est aussi le fil qu’on tire d’un des cordons de quelque vieux cable coupé par piece ; ce fil est d’un grand usage sur la mer pour raccommoder des manoeuvres rompues : dans un vaisseau de guerre il faut avoir au moins 300 livres de ce fil. (Z)

- GOULTRAN, GOUDRAN, GOUDRON, s. m. (Hist. nat. Chimie, & Mat. méd.) substance résineuse noire, d’une consistance molle & tenace, d’une odeur forte, balsamique, & empyreumatique, qui porte dans les traités de drogues, outre le nom de goudron, ceux de brai liquide, de tare, de goudran, de poix noire liquide, de poix liquide, & quelquefois de poix navale, pix navalis, pissa. Voyez POIX.

On la retire par une espece de liquation ou de distillation, per descensum, exécutée dans un appareil en grand, des arbres résineux de notre pays ; du pin, du sapin, du meleze, &c. Ces procédés sont décrits à l’article PIN. Voyez cet article. Pomet avance sans fondement que le goudron découle par incision avec sa couleur noire, des troncs des vieux pins dépouillés d’écorce. Voyez PIN.

- MOSCOUADE, s. f. est parmi les épiciers le sucre des îles non altéré. C’est la base de tous les différens sucres que l’on fait ; il faut qu’elle soit d’un gris blanchâtre, seche, la moins grasse, & qu’elle sente le moins le brûlé qu’il est possible.

- PASSE-AVANT, s. m. (Jurisprudence) terme usité en matiere d’aides pour exprimer un billet que donnent les commis aux recettes des bureaux des douannes ou des entrées, portant permission aux marchands & voituriers de mener leurs marchandises plus loin, soit après avoir payé les droits, ou pour marquer qu’il faut les payer en un autre bureau, ou qu’elles ne doivent rien, lorsqu’elles ne font que passer de bout sans être commercées dans le lieu ; & dans ce dernier cas, le billet se nomme aussi passe de bout. Voyez le dictionnaire des aides, au mot passe de bout. (A)

- PIASTRE, s. f. (Monnoie) monnoie d’argent, d’abord fabriquée en Espagne, & ensuite dans plusieurs autres états de l’Europe, qui a cours dans les quatre parties du monde.

On l’appelle aussi piece de huit ou réale de huit, parce qu’elle vaut huit réaux d’argent ; elle est à-peu-près au titre & du même poids que les écus ou louis blancs de France de neuf au marc.

Il y a deux sortes de piastres ou écus d’Espagne, les unes qui se fabriquent au Potosi, que l’on appelle piastres du Pérou ; les autres qui viennent du Mexique. Ces derniers pesent un peu plus que les péruviennes ; mais par compensation elles ne sont pas d’un argent aussi pur que celles du Potosi.

- ROCOU ou ROCOURT, s. m. (Botan.) arbre exotique cultivé dans toutes les îles de l’Amérique. Il est nommé orleana seu orellana foliculis lapaceis, par Herman. ROCOU, (Teinture) pâte seche ou extrait qu’on a tiré des graines contenues dans la gousse de l’arbre appellé rocou. La pâte de rocou donne une couleur orangée presque semblable à celle du fustet, & aussi peu solide : c’est une des couleurs qu’on emploie dans le petit teint. On fait dissoudre le rocou pulvérisé, où on a mis auparavant un poids égal de cendres gravelées, & on y passe ensuite l’étoffe.

- SENE, (Mat. méd.) On trouve sous ce nom dans les boutiques de petites feuilles seches assez épaisses, fermes, pointues en forme de lance, d’un verd jaunâtre, qui ont une odeur legere & qui n’est point désagréable, d’un goût un peu âcre, amer & nauseabond.
On nous apporte deux sortes de séné ; savoir celui d’Alexandrie, ou séné de Seyde ou de la palte, ainsi appellé du nom d’un impôt que le grand-seigneur a mis sur cette feuille ; & celui qui s’appelle séné de Tripoly. Outre ces deux sortes de séné, on trouve encore le séné de Mocha, & le séné d’Italie. Ces deux dernieres especes se trouvent beaucoup plus rarement dans les boutiques, & elles sont bien moins efficaces que les deux précédentes.

Le séné d’Alexandrie est celui qu’on doit préférer, & qu’on doit choisir récent, odorant, doux au toucher, dont les feuilles sont entieres & ne sont point tachées.

Les feuilles & les follicules du séné fournissent un purgatif très-efficace, quoique son action ne soit point violente : l’une ou l’autre de ces matieres fait la base des potions purgatives le plus communément usitées. On les ordonne dans ces potions depuis un gros jusqu’à demi once. On employe aussi quelquefois le séné en substance & en poudre, mais seulement ou dumoins presque uniquement dans les électuaires officinaux ; car on l’employe bien quelquefois sous cette forme dans des remedes solides magistraux, mais très-rarement.

- STOCFISH, s. m. (Commerce de poisson) poisson de mer salé & desséché, couleur de gris cendré, ayant néanmoins le ventre un peu blanc ; sa longueur ordinaire est d’un pié ou deux. La morue seche ou parée, que l’on appelle autrement merlu ou merluche, est une espece de stockfish. Savary. (D. J.)

La Fenouillette de l’Île de Ré, l’anisette d’avant le pastis


Du Vendredi 1er Juin 1690

Les honnêtetez de Bouchetière continuent. Il a apporté ce matin avant la Prière un flaccon de fenouillete de Ré & nous est venu quérir Monsieur de la Chassée & moi pour en boire. Nous avons accepté le parti & en avons bu deux coups chacun. Monsieur le Vasseur nous tenoit compagnie. Le Commandeur, qui ne boit point de liqueur forte, en a pris un simple travers de doigt. Il en a fait boire aux Pilotes & aux passagers & vouloit achever son flacon ; mais il étoit de trop gros volume & la Messe qu’on a sonnée a mis fin à cette séance. Lorsqu’elle a été dite, Messieurs Charmot & Guisain, notre Aumônier & le Chirurgien, en ont bu ; nous autres, premiers conviez, en avons bu sur nouveaux frais. Conclusion : son flacon de cinq chopines a fauté [ou sauté ?] & il l’a remporté vuide. Il nous a à tous fort aimablement demandé notre amitié, & nous l’en avons tous assuré & l’avons tous embrassé de bon cœur. Dieu veuille cela continue.

Source : Journal d’un voyage fait aux Indes orientales par une Escadre de six Vaisseaux commandez par Mr Duquesne depuis le 14 Février 1690 jusqu’au 10 Août 1691 par ordre de la Compagnie des Indes Orientales - Robert Challes - Rouen - 1721

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