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1790 - Le Thou (17) - Une révolution qui inquiète les petits paysans

L’abolition des droits féodaux par la Constituante

D 22 mai 2008     H 11:56     A Razine     C 0 messages A 945 LECTURES


Sources :
- Pétition des habitants du Thou, A. N., D XIV-2, pièce N° 362 – document publié dans "La Rochelle, Ville Frontière", Editions Rumeur des Ages – 1989
- Sources diverses

Le comportement des paysans d’Aunis à l’origine de cette pétition peut surprendre et mérite quelques tentatives d’explications. Un examen de la situation économique et sociale dans les dernières années de l’ancien régime montre une désagrégation du tissu social rural. Entre l’attitude résolument antiseigneuriale de la Saintonge de 1789 à 1792, le calme des campagnes d’Aunis tranche singulièrement. D’ailleurs, la préparation des Etats généraux n’a suscité qu’un intérêt modéré en Aunis. Devant la disparition de leurs anciens cadres de production les paysans manifestent leur inquiétude à travers cette pétition adressée à l’Assemblée constituante

5 mars 1790 – Pétition des habitants du Thou (17) au sujet de la révocation des droits féodaux par l’Assemblée Constituante

LE CONTEXTE ECONOMIQUE ET SOCIAL

Châteaux brûlés, refus de payer les droits féodaux ont été moins répandus en Aunis qu’en Saintonge. La passivité des paysans aunisiens peut s’expliquer par l’attachement et leur dépendance au seigneur local qui assurait leur survie, dans une conjoncture où la masse des paysans pauvres s’est accrue en même temps que leur appauvrissement.

Entre 1750 et 1789, la proportion des journaliers et laboureurs à bras est passée de 62 à 75 %. Des crises ponctuelles se sont succédées dès 1750, aggravées par des conditions climatiques terribles favorisant la misère du peuple. L’hiver 1788, les contemporains écrivirent que la mer et les rivières gelérent interrompant le trafic fluvial et maritime. De 1750 à 1789, l’économie rurale en Aunis n’a cessé de décliner : salines concurrencées par celles de Bretagne, eaux de vie qui se vendaient mal, production céréalière en diminution. Les mauvaises années se sont enchaînées, les semences sont devenues rares et trop chères. Tous ces éléments cumulés ont creusé des écarts importants de fortune entre noblesse ou bourgeois qui tiennent les terres et les paysans (mais aussi entre paysans eux-mêmes). Pour le paysan pauvre, le fermage et même le métayage sont souvent inaccessibles. Ne lui reste alors d’autre alternative que l’exode rural ou bien rester dans la dépendance du propriétaire qui assure sa subsistance et celle de sa famille, en fournissant du travail.

C’est dans cette situation de crise des premières années de la révolution, que les paysans du Thou expriment leurs angoisses face à la disparition de leur ancien cadre de vie, la destruction des droits féodaux et l’accès impossible à la propriété qui met en péril les conditions de leur survie.

LA PETITION DU 5 MARS 1790 ADRESSEE A L’ASSEMBLEE CONSTITUANTE

« Votre célèbre assemblée veut détruire les droits féodaux. Dieu en soit loué, nous ne serons plus poursuivis par les procureurs fiscaux. Mais on nous dit aussi que vous ne vouliez plus que l’on nous donne de terre aux huitième et au dixième. Que deviendrons-nous et nos enfants, nous ne serons donc plus que des journaliers sans pouvoir de posséder de propriété… Vous avez dit dans vos décrets que l’on pouvait racheter les droits de fruits et les terres, mais ces rachats ne sont que pour les gens riches. Nous ne pouvons pas le faire ainsi, nous autres pauvres paysans, nous ne serons pas plus heureux et au contraire…

Dites donc messieurs dans vos ordonnances que nous pouvons avoir des terres comme ci devant à la charge d’une redevance en fruits, car sans cela nous sommes tous ruinés. Notre seigneur dit qu’il va affermer toutes les terres incultes et en faire une métairie, ainsi une seule personne aura ce qui fait vivre cinquante famille.. Il faut donc que nous abandonnions le pays, mais où irons-nous donc avec nos femmes et les enfants. Trouvez donc un moyen, messieurs pour nous faire avoir des terres car sans cela nous serons bien plus malheureux que nous étions. »

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